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À Tampa Bay, il faut chasser pour se nourrir

Olivier Archambault
Olivier Archambault Photo: Courtoisie Crunch Syracuse
Martin Leclerc

BILLET - La philosophie du Lightning de Tampa Bay est tellement simple qu'elle en est déconcertante : « si tu veux manger, tu dois chasser » (You eat what you kill).

Le Lightning est l’une des organisations les plus efficaces de la LNH en ce qui a trait au recrutement amateur. Sa banque d’espoirs est pleine. Son club-école est conséquemment l’un des plus compétitifs de la Ligue américaine.

Pourtant, mardi, le Crunch de Syracuse a mis sous contrat l’attaquant Olivier Archambault, 25 ans, que le monde du hockey professionnel nord-américain semblait en voie d’oublier. L’entente est valide jusqu’à la fin de la saison 2018-2019.

« Disons que le parcours d’Olivier a été sinueux. Ça n’a pas été une ligne droite », dit de façon imagée son agent Normand Dupont.

Archambault avait été en 2009 le tout 1er choix au repêchage de la LHJMQ par les Foreurs de Val-d’Or. En 2011, il avait été choisi au quatrième tour par le Canadien de Montréal. Déçu de sa progression au cours des deux saisons suivantes, le CH avait finalement choisi de ne pas lui offrir de contrat.

Depuis la fin de son stage junior (qu’il a aussi disputé avec les Voltigeurs de Drummondville et les Remparts de Québec), l’attaquant de Le Gardeur a porté les couleurs des Aces de l’Alaska, des Mallards de Quad City, des Stringrays de la Caroline du Sud et des Americans d’Allen, au Texas, dans la Ligue de la côte est. Entre ces quatre exotiques destinations, il avait brièvement eu le temps de poser son baluchon dans la Ligue américaine, avec les club-écoles du Wild du Minnesota et des Sharks de San José.

À la fin de janvier dernier, pour on ne sait trop quelle raison, les astres se sont alignés. Le Crunch de Syracuse était alors aux prises avec un tsunami de blessures.

« Nos propres joueurs de la East Coast League étaient déjà eux-mêmes blessés ou avaient déjà été rappelés dans la Ligue américaine », raconte le DG adjoint du Lightning, Julien BriseBois.

Pour dépanner, le Crunch a donc fait appel à Olivier Archambault, à qui on a accordé un court essai professionnel...

***

Appuyons sur la touche « accélérer ».

Nous sommes seulement deux mois plus tard. Olivier Archambault mène le premier trio du Crunch en compagnie de Mathieu Joseph et de Gabriel Dumont. La semaine dernière, il a inscrit quatre buts en trois matchs.

L’un de ces filets, marqué en prolongation vendredi soir contre Springfield, était absolument spectaculaire. Tellement, qu’après avoir enjambé la bande pour se ruer vers le héros du match, ses coéquipiers se sont soudainement arrêtés sur la patinoire pour regarder la reprise au tableau indicateur.

« C’était assez drôle comme scène », raconte BriseBois.

Comment un joueur de 25 ans, que toute l’industrie du hockey semblait avoir mis de côté, a-t-il pu se retrouver au sein du premier trio d’une des équipes les plus compétitives de l'AHL en si peu de temps? Le club-école du Lightning est une méritocratie : peu importe d’où ils proviennent, ce sont ceux qui attrapent le gibier qui sont récompensés. Il n’y a pas de hiérarchie qui tienne.

« Quand il m’avait appelé en janvier, Julien BriseBois m’avait dit qu’il allait m’accorder une vraie chance. J’étais sceptique. Toutes mes équipes précédentes avaient tenu le même discours. Mais ils l’ont réellement fait, et ça va très bien », raconte Archambault.

« Depuis mes années dans le junior, j’avais tendance à n’en faire qu’à ma tête. Je n’étais pas le plus attentif aux recommandations qu’on me faisait et j’avais tendance à ne me fier qu’à mon talent. Julien m’a dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et j’ai suivi son conseil. Je suis vraiment content du résultat en ce moment. »

***

Le dirigeant du Lightning corrobore.

« Olivier était censé dépanner au départ, mais son profil cadrait avec ce que nous recherchons : la vitesse sur patins et la rapidité d’exécution. Nous avons travaillé avec lui. Nous avons vu qu’il était réceptif et qu’il s’améliorait.

« Il a 25 ans et je pense qu’il a beaucoup de potentiel non réalisé. Est-ce qu’il se rendra dans la LNH? Je l’ignore. Mais je ne suis certainement pas dans la business de mettre des plafonds au-dessus de la tête de nos gars et de leur dire qu’ils ne réussiront pas », commente BriseBois.

Les amateurs de hockey québécois ont vivement réagi récemment lorsqu’ils ont appris que Tampa Bay avait conclu une entente avec le meilleur marqueur de la LHJMQ, Alex Barré-Boulet.

Normalement, l’embauche d’un joueur autonome de 20 ans par une autre formation de la LNH se fait dans l’indifférence générale. Or, le Lightning a tellement connu de succès avec ce genre de d'acquisitions au fil des ans que bon nombre d’amateurs ont tout de suite bondi de colère, convaincu que le Tricolore n’avait pas bien fait ses devoirs.

Depuis le début de sa carrière de gestionnaire dans le monde du hockey professionnel, Julien BriseBois multiplie ce genre de paris peu coûteux et bien calculés. Il ne gagne pas à tous les coups, soit. Toutefois, lorsque ces joueurs sortis de nulle part atteignent la LNH, ils deviennent des actifs extrêmement précieux.

Photo : Dick Blume, syracuse.com

Cette saison, Yanni Gourde, un petit attaquant de 26 ans jamais repêché, compte 56 points, dont 24 buts, dans l’uniforme du Lightning. Il y a 2 ans, alors qu’il était âgé de 24 ans et qu’il n’avait jamais été choisi au repêchage, Jonathan Marchessault avait aussi fait sa place avec le Lightning et apporté une belle profondeur à cette formation. Il est ensuite devenu un marqueur de 30 buts.

BriseBois souligne qu’à 25 ans, Olivier Archambault est encore bien jeune.

« Je me rappelle que (lorsque BriseBois oeuvrait au sein du club-école du Canadien à Hamilton) Mathieu Darche avait 32 ans et jouait dans l'AHL depuis quelques années. Nous avions travaillé avec lui pour lui permettre de mieux utiliser son intelligence et ses mains. Il a passé près de trois saisons dans la LNH par la suite.

« Il y a six ans, nous avions récupéré le défenseur Jean-Philippe Côté dans la East Coast League à l’âge de 30 ans. On a travaillé avec lui et il a mérité 19 matchs dans la LNH à l’âge de 32 ans. Certains diront que ce n’est pas énorme. Mais nous étions extrêmement contents de pouvoir compter sur lui quand on l’avait rappelé », explique l’homme de hockey du Lightning.

***

Olivier Archambault a inscrit 8 buts et 5 passes en seulement 19 matchs avec le Crunch de Syracuse jusqu’à présent. Qu’adviendra-t-il de lui?

« Parfois, des joueurs parviennent à écrire de très belles histoires chez le Lightning. Olivier se fait offrir une occasion d’en rédiger une à son tour », dit Normand Dupont.

« Le Lightning a reconnu qu’Olivier est un joueur bourré de talent. Mais posséder de grandes habiletés ne fait pas nécessairement un bon hockeyeur. Il faut être bien concentré et bien jouer dans toutes les zones. Olivier a gagné en maturité et on lui donne une belle chance. Il lui reste à continuer de la saisir. »

Bonne chasse, Olivier Archambault.

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