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Dave Greszczyszyn, l’appel tardif du skeleton

Dave Greszczyszyn
Dave Greszczyszyn Photo: Getty Images / Bongarts/Jan Hetfleisch

Le skeleton a éveillé un intérêt chez lui à l'adolescence, mais il ne s'y est investi qu'à la fin de la vingtaine, après avoir lancé sa carrière d'enseignant et travaillé à l'étranger. Si devenir skeletoneur est une expérience singulière au Canada, c'est encore plus vrai dans le cas de Dave Greszczyszyn.

Un texte de Guillaume Boucher

De Brampton, en Ontario, où Dave Greszczyszyn a grandi, il faut six heures de route pour trouver la piste de skeleton la plus près, à Lake Placid, un sérieux obstacle pour s’initier au sport. Plus jeune, il joue plutôt au football et au rugby, bien servi par son gabarit de 1,90 m (6 pi 3 po).

Avant de rêver à une vie de sport, il rêve à une vie de voyageur et d’enseignant, qu’il entreprend en Australie après avoir décroché une maîtrise à Brisbane. Il travaillera aussi en Corée du Sud.

Faire du skeleton, un projet qui l’allume depuis qu’il a vu des vidéos de ce sport pendant ses années à l’école secondaire, devient quelque chose de plus concret dans sa tête à son retour à Brampton.

« J’enseignais à temps plein, mais j’avais encore besoin de pratiquer un sport sur une base compétitive […] J’avais pratiqué des sports d’équipe. Je me disais que c’était le temps de faire un sport individuel, pour voir jusqu’où je pouvais me pousser », explique-t-il.

En 2007, l’année de ses 28 ans, Dave Greszczyszyn se lance dans l’inconnu et s’installe à Calgary, où il sent qu’il a les meilleures chances de réussir comme skeletoneur, en s’entraînant dans des installations olympiques.

Il doit continuer de travailler pour financer sa vie d’athlète. Avant que la paperasse administrative soit réglée pour qu’il puisse enseigner en Alberta, il cumule les emplois, comme conduire des autobus Greyhound et scolaires.

Dave GreszczyszynDave Greszczyszyn Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

« Moins, c’est mieux »

Dave Greszczyszyn se souvient très bien comment il a été séduit par le skeleton à sa première année sur les pistes. « C’était vraiment enivrant, raconte-t-il. Tous nos sens sont sollicités. On voit différemment, on a de nouvelles sensations, on entend des choses pendant qu'on descend. »

Oui, il y a de l’adrénaline, mais c’est aussi une joute intellectuelle. Il faut savoir comment entrer dans un virage, comment ajuster ta trajectoire. On pense constamment. C’est comme les échecs, mais à haute vitesse. C’est un sport aussi cognitif qu’athlétique.

Dave Greszczyszyn

Il découvre son sport et ses limites en faisant ses classes en Coupe nord-américaine, où il compétitionne pendant trois ans sur les pistes de Calgary, Whistler, Lake Placid et Park City. La troisième année est celle du déclic. Il comprend enfin ce qu’il doit faire pour mettre en pratique ce conseil qu’on lui répète sans cesse à propos de sa conduite : « Moins, c’est mieux (less is more). »

« Je suis un gars assez costaud, explique-t-il. Quand on se balance sur le traîneau, ça crée de la friction et ça nous ralentit. À Calgary, dans le virage no 8 et celui de l’accident de bobsleigh dans le film Cool Runnings, j’ai compris ce que voulait dire "moins, c’est mieux" […] Je dois encore me rappeler aujourd’hui que le traîneau veut faire sa propre affaire, les virages aussi. Il faut juste trouver une façon d’y aller en douceur. »

En 2011-2012, Greszczyszyn passe à une autre étape et décroche sa place dans le circuit de la Coupe d’Europe. Il termine 2e au classement général et s’enrichit de son expérience sur de nouvelles pistes.

« Le profil des virages est différent en Europe, précise-t-il. Il faut aller là-bas pour le vivre et mettre ça dans nos archives personnelles. Tu vas mieux glisser ensuite. La plupart de ceux qui reviennent d’Europe atteignent un autre niveau. C’est la même chose pour les Européens qui viennent en Amérique du Nord et qui découvrent de nouvelles pistes. »

En 2012-2013, il est 3e au général de la Coupe intercontinentale, dernier circuit de compétition pour les skeletoneurs en développement. L’année suivante, il passe en Coupe du monde, avec un résultat fracassant à sa première course : une 6e place à Calgary.

« Je n’aime pas abandonner »

Dave Greszczyszyn est sur une belle lancée à quelques mois des Jeux de Sotchi, mais rate sa qualification, un échec qui le laisse amer. Il a alors 34 ans, mais sent qu’il n’en a pas encore fini avec le skeleton.

« Je n’aime pas abandonner. J’aime aller au bout de ce que je fais », dit-il d’un ton assuré. Il s’engage pour un nouveau cycle olympique, qui lui apporte d’excellents résultats. Il finit 10e aux Championnats du monde de 2017 et après avoir cumulé les tops 15 en Coupe du monde, il décroche une première médaille en décembre 2017, le bronze à Winterberg.

À l’aube de ses 38 ans, l’athlète de Brampton se sent plus fort et plus en santé que jamais à l’approche de ses premiers Jeux olympiques. À Pyeongchang, il se voit dans le top 6, ou peut-être même sur le podium.

Il y a trois choses importantes en skeleton : la poussée au départ, la conduite et l’équipement. L’équipement s’améliore [il a un nouveau traîneau depuis un an, NDLR]. La poussée s’améliore […] Si j’ai de la vitesse au départ, ma masse corporelle [95 kg, 210 lb] et ma conduite devraient me donner de bonnes chances. Aux Olympiques, il y a quatre courses. Tout peut arriver.

Dave Greszczyszyn
Dave Greszczyszyn (à droite) le 8 décembre 2017 après sa 3e place à la Coupe du monde de WinterbergDave Greszczyszyn (à droite) le 8 décembre 2017 après sa 3e place à la Coupe du monde de Winterberg Photo : La Presse canadienne / AP/Caroline Seidel

Athlète et enseignant

Dave Greszczyszyn enseigne toujours à temps partiel à Calgary, la plupart du temps en éducation physique. « Ça me garde actif, lance-t-il. Je suis de nature compétitive, et je suis un peu comme ça avec mes élèves. »

Mener deux vies de front, même en étant bien organisé, n’est pas de tout repos. Il l’a constaté en fin d’année scolaire.

« Cette année, on s’est beaucoup entraîné en avril, en mai, en juin et en juillet pour s’assurer d’arriver au sommet de notre forme en février, avant les Jeux. On a fait de gros entraînements. C’était difficile parfois. »

Dans une journée type d’enseignement, il a très peu de temps libre. Le sport occupe presque exclusivement le reste de son horaire.

Je me lève à 6 h. Je vais ensuite à l’école, où j’enseigne, disons de 8 h à 16 h. Je m’entraîne de 17 h à 21 h. Quand je n’enseigne pas, je m’entraîne. Et vice-versa.

Dave Greszczyszyn

Le sport, c’est toute la vie de certains athlètes. C’est parfois tout ce qu’ils connaissent. Pas Dave Greszczyszyn.

« J’ai eu plusieurs emplois, j'ai pratiqué plusieurs sports, j’ai voyagé. J’ai vécu beaucoup d’expériences. Je ne sais pas si ça m’aide ou non », répond-il quand on lui demande si ça lui donne une autre perspective sur sa vie d’athlète.

S’il peut apprécier au maximum chaque moment de sa vie de skeletoneur, c’est qu’il sait déjà ce qui l’attend après, un luxe que n’ont pas tous les athlètes.

« Je sais que quand j’en aurai fini avec le skeleton, il me restera l’enseignement. Mon expérience dans le sport, je pourrai m’en servir pour encourager et motiver des étudiants. »

 Dave GreszczyszynDave Greszczyszyn Photo : Getty Images / IBSF/Matthias Hangst

Bobsleigh et skeleton

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