Activer la version sans son

Zilonsymphonie
punk
du 375e

Zilon

Textes et photos par
Denis Wong

Avec Zilon, le punk des années 70 et 80 s'est invité à Montréal symphonique. Armé de ses pinceaux et de ses bombes aérosol, le vétéran du graffiti a apposé sa griffe sur un ballet de Prokofiev. Rencontre avec un artiste insoumis, qui a vécu les balbutiements de la culture punk underground à Montréal.

L’artiste de 61 ans a reçu le mandat de créer une œuvre sur une queue-de-pie préparée spécialement pour le chef d’orchestre Simon Leclerc. Celui-ci a porté le veston pendant le ballet Roméo et Juliette, de Sergueï Prokofiev. En choisissant Zilon, le producteur Nicolas Lemieux a voulu développer une image forte et intense pour Montréal, tout en lui rendant un hommage senti.

« Quand je vais travailler là-dessus, ça va être très acrobatique. Je ne peux pas effacer l’affaire, je ne peux pas le nettoyer. Si je rate mon coup, il faut que je trouve une façon de le camoufler, d’y ajouter de la peinture. Je n’ai pas une idée préconçue, je n’ai pas un sketch devant moi. »

Pour Zilon, le tissu d’un vêtement de luxe, préparé sur mesure par un tailleur, est devenu un terrain de jeu et un objet d’art inattendu.

« Je trouve que c’est un défi magnifique de faire des choses avec peu. Parce que faire beaucoup, c’est du maquillage. C’est pour ça que je n’aime pas beaucoup la peinture; tu maquilles, tu maquilles. Un dessin, c’est fragile. Un dessin, tu fais deux, trois lignes, et si t’as mal foutu ton truc et que t’as été un putain de touriste là-dessus, il faut que tu déchires la feuille. »

En plus d’orner la queue-de-pie, le travail de Zilon a été mis en valeur dans les projections multimédias et la scénographie du segment musical de Prokofiev.

Avec les œuvres fournies par Zilon, une productrice et un réalisateur du Studio Normal ont préparé une rétrospective multimédia du travail de l’artiste. Ces images ont été projetées sur les panneaux de la scène de Montréal symphonique et se sont ajoutées au travail accompli sur la queue-de-pie.

« C’était comme mes deux DJ technos. Je leur ai amené ma musique visuelle et j’ai dit, tout bonnement, vous remixez ça à votre façon, vous vous amusez, vous me faites une surprise. J’ai dit wow, c’est tout un cadeau! »
« Je voulais amener mon époque, une époque que j’ai adorée et que j’adore encore. Ce côté new wave, punk. Aujourd’hui on retrouve ce mélange électro-clash, mais c’est toujours la même affaire. »

Zilon a connu la naissance du graffiti montréalais et de la culture punk underground dans les années 70 et 80. Une époque où les règles étaient inexistantes, où il volait ses aérosols et où des policiers l’ont déjà frappé parce qu’il taguait des murs.

« Dans les années 80, on trouvait des buildings abandonnés, on décorait ça spontanément et on ouvrait ça à 3 h du matin sans se faire attraper par la police. On appelait ça des cocktails graffiti, et on invitait le monde à venir avec de la peinture pour dessiner. C’était merveilleux, c’était des antigaleries, c’était des antiespaces. »
« Le punk d’aujourd’hui a du make-up. Dans les années 70, il n’y en avait pas de make-up, on se crissait des crayons-feutres dans la face. On était sur des stages en plywood avec deux ampoules et on jouait. Aujourd’hui, t’as des écrans LED, Moment Factory, Green Day, avec de l’eye-liner et des cosmétiques. Tu es commandité de la tête aux pieds. »

De prime abord, Zilon donne l’impression d’être bourru, voire antipathique. Mais l’artiste est également un être sensible et gêné qui avoue se cacher derrière sa carapace punk.

« Je n’aime pas l’humain plus qu’il le faut. Je ne dis pas que je le hais. Je côtoie les gens dans mon métier. Mais des fois, je fais exprès pour être DJ dans mes expositions pour avoir des écouteurs et ne répondre à personne. C’est mon travail qui parle pour moi. »
« L’art, c’est mon compagnon. Les visages que je fais sur les murs ou sur une feuille de papier, ce sont mes compagnons invisibles qui me suivent depuis très longtemps, depuis que je suis un jeune enfant, dans un environnement de violence familiale. »
« Je me souviens de mon père, une fois, quand j’étais un jeune garçon et que j’avais mis mes dessins sur le mur de ma chambre. Il est entré, il était alcoolique, mon père, il a pris mes dessins, il les a déchirés, il me les a foutus en pleine face et il m’a dit : la prochaine fois, c’est un poing sur la gueule que tu vas avoir. »

Contrairement à d’autres artistes qui ont mené d’aussi longues carrières, Zilon a gardé un certain anonymat au fil des années. Pour lui, cet événement de Montréal symphonique représente une forme de consécration, et cette queue-de-pie est une réalisation importante.

Cette aventure du 375e ne changera pas son cœur de punk.

« Je me considère comme un porc-épic, je ne suis pas comme un caniche, et je ne deviendrai pas un caniche. Un galeriste m’a déjà dit : “T’aurais besoin d’un suivi avec un psychologue.” Je suis parti à rire et j’ai dit : “Regarde, un psychologue, ça va me donner quoi? Faire des peintures à la spatule et des grosses fleurs pour ton plaisir? Fuck you.” »
Zilon

Écoutez le concert Montréal symphonique en direct sur ICI Musique

Radio-Canada.ca

Textes et photos Denis Wong Design Mathieu Blanchette Développement Marie-Anne Seim