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Маяк
засекреченная ядерная катастрофа

Mayak, la catastrophe nucléaire secrète

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Mayak, la catastrophe nucléaire secrète

Gare de Tcheliabinsk dans l'Oural à 1500 km à l'est de Moscou. Premier arrêt de notre long périple.

Jadis fleuron de l'industrie militaire soviétique, la ville est connue à l'étranger depuis qu'une météorite s'y est écrasé l'an dernier. Mais rares sont ceux qui connaissent son secret.

En septembre 1957, la centrale de Mayak a explosé - la première catastrophe nucléaire majeure de l'histoire. Construite à la hâte par Staline après Hiroshima et Nagasaki, elle produisait du plutonium pour la première bombe atomique soviétique. Raison pour laquelle Moscou a longtemps caché cet accident. Impossible d’ailleurs de connaître le nombre de victimes, l’URSS n’a pas compilé de statistiques.

Un secret contre lequel lutte aujourd'hui Nadejda Koutepova.

La grande faucheuse nucléaire

Cette orpheline de l’atome puise sa détermination dans ses blessures. Son père et sa grand-mère sont tous deux morts du cancer. Lui avait été recruté comme « liquidateur » pour nettoyer les déchets radioactifs de la catastrophe, elle travaillait à la centrale.

Un destin par trop familier dans la région. Destin que Nadejda tente de changer en offrant gratuitement son aide aux habitants des régions contaminées, forte d’une formation en droit.

Nous la suivons jusqu'au village de Karabolka, où elle vient aider Sveta Hasanova. Le visage marqué de Sveta trahit une vie difficile; une vie à travailler la terre pour des salaires de misère. Mais le véritable drame de Sveta porte un nom : Regina, dont elle nous montre fièrement la photo. Partie à six ans d'un cancer du foie.

Pêcher dans la rivière contaminée

Dans le village de Brodokalmak, nous rencontrons Vyacheslav Tchiripanov, entrepreneur de pompes funèbres. D’après lui, la moyenne des gens qu'il enterre ne dépasse guère les 45-50 ans.

Et pour cause, Brodokalmak est l'un des nombreux petits villages plantés le long de la rivière Techa, théâtre de multiples déversements radioactifs au fil des ans. De dérisoires barrières en empêchent l’accès, rapidement contournées par les enfants des villages avoisinants.

Youri Potapov se souvient être allé y pêcher toute sa jeunesse. Son cou boursouflé attire le regard. Il confirme : lymphome; ajoute n'avoir que peu de temps à vivre. Youri pêche encore dans la rivière, comme la majorité des habitants du coin. Au voyageur de passage qui s'en étonne et qui lui demande pourquoi il n'a pas quitté le village maudit, Youri répond : « Pour aller où? ».

Jean-François Bélanger

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Mayak, la catastrophe nucléaire secrète

Gare de Tcheliabinsk dans l'Oural à 1500 km à l'est de Moscou. Premier arrêt de notre long périple.

Jadis fleuron de l'industrie militaire soviétique, la ville est connue à l'étranger depuis qu'une météorite s'y est écrasé l'an dernier. Mais rares sont ceux qui connaissent son secret.

En septembre 1957, la centrale de Mayak a explosé - la première catastrophe nucléaire majeure de l'histoire. Construite à la hâte par Staline après Hiroshima et Nagasaki, elle produisait du plutonium pour la première bombe atomique soviétique. Raison pour laquelle Moscou a longtemps caché cet accident. Impossible d’ailleurs de connaître le nombre de victimes, l’URSS n’a pas compilé de statistiques.

Un secret contre lequel lutte aujourd'hui Nadejda Koutepova.

La grande faucheuse nucléaire

Cette orpheline de l’atome puise sa détermination dans ses blessures. Son père et sa grand-mère sont tous deux morts du cancer. Lui avait été recruté comme « liquidateur » pour nettoyer les déchets radioactifs de la catastrophe, elle travaillait à la centrale.

Un destin par trop familier dans la région. Destin que Nadejda tente de changer en offrant gratuitement son aide aux habitants des régions contaminées, forte d’une formation en droit.

Nous la suivons jusqu'au village de Karabolka, où elle vient aider Sveta Hasanova. Le visage marqué de Sveta trahit une vie difficile; une vie à travailler la terre pour des salaires de misère. Mais le véritable drame de Sveta porte un nom : Regina, dont elle nous montre fièrement la photo. Partie à six ans d'un cancer du foie.

Pêcher dans la rivière contaminée

Dans le village de Brodokalmak, nous rencontrons Vyacheslav Tchiripanov, entrepreneur de pompes funèbres. D’après lui, la moyenne des gens qu'il enterre ne dépasse guère les 45-50 ans.

Et pour cause, Brodokalmak est l'un des nombreux petits villages plantés le long de la rivière Techa, théâtre de multiples déversements radioactifs au fil des ans. De dérisoires barrières en empêchent l’accès, rapidement contournées par les enfants des villages avoisinants.

Youri Potapov se souvient être allé y pêcher toute sa jeunesse. Son cou boursouflé attire le regard. Il confirme : lymphome; ajoute n'avoir que peu de temps à vivre. Youri pêche encore dans la rivière, comme la majorité des habitants du coin. Au voyageur de passage qui s'en étonne et qui lui demande pourquoi il n'a pas quitté le village maudit, Youri répond : « Pour aller où? ».

Jean-François Bélanger

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Credits :

  • Textes Jean-François Bélanger
  • Photos Jean-François Bélanger, Alexey Sergeev
  • Édition Florent Daudens
  • Conception visuelle et intégration Daniel Herrera-Castillo
  • Design Anne-Marie Duguay
  • Gestion de projet Julie Gauthier
  • Traduction Evguenia Kossogova

Les habitants du village de Karabolka n’ont jamais été évacués, même s’il est situé dans la zone contaminée.

Près de 60 ans après l’accident, Ozyorsk reste toujours une ville fermée, interdite d’accès pour les étrangers.

Par endroits, la contamination le long de la rivière Techa est 100 fois supérieure à la normale.

Les berges de la rivière contaminée Techa ressemblent par endroits à des villages fantômes.

Les autorités soviétiques ont érigé des clôtures le long des berges de la rivière Techa, contaminée, pour empêcher les gens de s’en approcher. Sans succès.

Dans certains villages de la zone contaminée, l’espérance de vie ne dépasse guère 45 ou 50 ans.

Fatalistes, les habitants de Brodokalmak continuent de pêcher dans la rivière contaminée où la radiation peut dépasser 100 fois la norme.

Sans compter les vaches broutant le long de la rivière Techa, qui transportent les isotopes radioactifs dans leur lait.

Nadejda Koutepova a suivi des cours de droit et offre ses services gratuitement aux habitants des zones contaminées.

Nadejda a perdu son père à l’adolescence. Ancien « liquidateur », il est mort d’un cancer à 45 ans.

Elle trouve parfois que les habitants de la région acceptent leur sort comme une fatalité.

Nadejda est venue aider Sveltana, qui a vu sa fille Regina emportée à 6 ans par un cancer du foie.