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RIO 2016
Getty images/Valery Sharifulin
Boxe

Corruption à la boxe : c'était la faute des deux officielles!

BILLET – Fortement secouée par les allégations de corruption et de trucage de combats qui la frappent, l’Association internationale de boxe amateur (AIBA) a annoncé mercredi matin qu’elle avait décidé de suspendre plusieurs juges et arbitres pour le reste des Jeux. Le hic, c’est que la quasi-totalité des officiels écartés n’avait rien à voir avec les combats controversés des derniers jours…

Un texte de Martin Leclerc

L’AIBA n’a pas voulu révéler l’identité des officiels qui ont été sanctionnés.

La compétition de boxe olympique s’est poursuivie comme si de rien n’était, mercredi, dans le ring du Riocentro. Sauf que 11 des 36 juges et arbitres (9 hommes et 2 femmes) manquaient à l’appel. Il s'agit de :

Mik Basi (Grande-Bretagne), Michael Gallagher (Irlande), Mariusz Gorny (Pologne), Vladislav Malyshev (Russie), Sergei Morozov (Russie), Gerardo Poggi (Argentine), Rakhymzhan Rysbayev (Kazakhstan), Meng Wang (Chine), Khas-Erdene Khishgee (Mongolie) ainsi que les officielles Kheira Sidi Yakoub et Li Ming Liu, qui sont respectivement représentantes de l’Algérie et de Taïwan.

Depuis le début de la compétition de boxe, les officiels travaillaient normalement tous les jours. Une analyse des 239 combats disputés avant mercredi indique qu’au cours des cinq premiers jours de compétition, seulement 7 des 36 officiels de l'AIBA avaient raté une journée d'activité. Et la plupart du temps, ces absences étaient survenues au début des Jeux.

De toute manière, c’est la liste des juges et arbitres qui ont continué à sévir dans ce surréel tournoi de boxe qui est intéressante.

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Jusqu’à présent, j’ai noté cinq combats controversés qui ont beaucoup retenu l’attention des médias et des observateurs. Il y en a sans doute eu d’autres, mais j’ai retenu ceux-ci:

  • L’élimination de la championne irlandaise Katie Taylor aux mains de la Finlandaise Mira Potkonen en quarts de finale (décision partagée).
  • L’élimination du champion irlandais Michael Conlan face au Russe Vladimir Nikitin en quarts de finale (décision unanime).
  • L’élimination de la Québécoise Ariane Fortin à son premier combat des Jeux contre la Kazakhe Darima Shakimova (décision partagée).
  • La victoire en combat de médaille d’or du Russe Evgeny Tishchenko sur Vassiliy Levit (décision unanime).
  • La défaite par décision unanime du boxeur américain (portant les couleurs du Honduras) Teofimo Lopez face au Français Sofiane Oumia (décision unanime).

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Parmi les étonnants hasards qu’on dénombre dans le tournoi, il y a le cas du juge-arbitre vietnamien Trong Nghia Vuong, qui a été affecté à quatre de ces cinq combats controversés.

Pensez-y un instant: il y avait 36 officiels chargés de superviser 239 combats. Et la controverse, cette coquine, a suivi M. Vuong dans 80 % des cas. Dans le combat de la championne irlandaise Katie Taylor, Vuong a notamment été le seul juge à décréter que son adversaire finlandaise avait eu le dessus.

Au début du tournoi, le représentant d’une équipe m’avait confié que «les boxeurs russes combattant chez les 64 kg et 91 kg n’avaient aucune chance de perdre dans ce tournoi». Ces boxeurs sont Nikitin et Tishchenko, qui ont tous deux remporté les victoires les plus controversées des Jeux.

Eh bien, par un autre étonnant hasard, Trong Nghia Vuong a été assigné aux trois combats disputés jusqu’à présent à Rio par Nikitin. Et il travaillait dans trois des quatre combats que Tishchenko a disputés pour remporter sa médaille d’or.

Il y avait 36 officiels de disponibles. Et pour ces deux boxeurs, c’était toujours le même qui aboutissait dans le panel de juges : Trong Nghia Vuong. Qui sait, le responsable des assignations était peut-être mêlé.

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Le recoupage ne prouve rien, direz-vous. Avec raison.

Mais il y a un petit groupe autour de M. Vuong, qui semble avoir aussi joué de malchance depuis le début des Jeux.

Il y a un juge brésilien qui travaillait dans trois des cinq combats controversés. Il s’appelle Silva Do Rosario. Dans le combat où l’Irlandais Conlan a été battu par le Russe Nikitin, Silva Do Rosario avait donné la victoire au Russe. Et étonnamment, il a aussi été assigné à la moitié des combats de Nikitin et de Tishchenko.

Il y a aussi un Sri-Lankais, un Colombien, un Marocain, un Kazakh et un Irlandais dont les noms réapparaissent dans la liste des combats et des boxeurs controversés.

L’Irlandais s’appelle Michael Gallagher. Il était le seul de ce groupe à ne pas juger des combats mercredi à Rio. Tous les autres continuaient à superviser des combats, comme si de rien n’était.

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Dans le communiqué que l’AIBA a publié mercredi matin, alors que les médias du monde entier se déchaînaient sur le honteux tournoi de boxe olympique qu’elle supervise, il était écrit que «la fédération a révisé les 239 décisions prises depuis le début du tournoi et que moins d’une poignée était des mauvaises décisions».

«Il a donc été décidé que les arbitres et juges concernés ne seront plus d’office aux Jeux olympiques de Rio 2016», claironnait la fédération.

Parmi les juges «concernés» qui n’étaient plus dans le paysage mercredi, on retrouvait notamment les deux seules femmes qui faisaient partie du groupe d’officiels de boxe à ces Jeux. L’une d’elles, la Taiwanaise Liu, n’a été assignée à aucun des combats controversés. L'autre, l'Algérienne Keira, était d'office lors des combats des deux boxeurs russes.

Parmi les 11 juges et arbitres écartés de la circulation, il y en a 4 qui n’ont pas touché à ces 5 combats controversés. Et quatre autres qui en ont officié un seul. Contrairement, notamment, à ce bon M. Vuong.

Pauvres boxeurs, ils ne sont pas au bout de leur peine.