ÉLECTIONS QUÉBEC 2018

Et si nous avions eu un mode de scrutin proportionnel?
2 octobre 2018 (mis à jour le 3 oct.)
Encore une fois, un parti a remporté la majorité des sièges à l'Assemblée nationale sans que la majorité des électeurs ait voté pour lui. À quoi ressemblerait le Québec si on avait eu un mode de scrutin différent? Nous avons fait le calcul.

Notez que, dans une version antérieure de ce reportage, une confusion entourait les concepts de scrutin mixte non-compensatoire (aussi appelé parallèle) et compensatoire. Nous l'avons modifié pour expliquer les nuances entre les deux.
Chaque cercle représente un député. Avec le mode de scrutin actuel, chacune des circonscriptions élit un député. La Coalition avenir Québec a su en tirer avantage avec 59 % des sièges remportés, bien que le parti n'ait récolté que 37 % des votes.
C'est ce que les détracteurs du mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour lui reprochent : il crée souvent une distorsion entre la volonté populaire de l'ensemble de la province et les détenteurs du pouvoir.
Mais il existe d’autres options pour éviter ce genre de déséquilibre. Voici par exemple à quoi pourraient ressembler les résultats du 1er octobre si on avait comptabilisé les votes selon un mode de scrutin mixte non-compensatoire (aussi appelé parallèle).
Ce mode de scrutin se décline en deux facettes : 75 députés seraient élus par 75 circonscriptions qui couvriraient tout le territoire. Cependant, les 50 députés restants seraient élus de façon proportionnelle, peu importe le nombre de sièges remportés par les partis dans les circonscriptions. Cette méthode est notamment utilisée au Japon.
Avec un tel mode de scrutin, la Coalition avenir Québec aurait probablement été majoritaire, mais par une très faible marge (64 sièges au lieu de 74).
Cela n'aurait sans doute rien changé pour le Parti libéral (32 sièges).
En revanche, Québec solidaire aurait quelques sièges supplémentaires (14 au lieu de 10), grâce à tous les votes récoltés, même si ces derniers n’auraient pas nécessairement permis de remporter des circonscriptions.
Avec cette méthode, le Parti québécois, qui a amassé plus de votes que Québec solidaire, se verrait en troisième position au lieu d'être dernier (15 sièges au lieu de 9).
Toutefois, avec un mode mixte non-compensatoire, il existe encore une distorsion entre le nombre total de votes recueillis par les partis et le nombre de sièges gagnés, bien qu'elle soit moindre. La Coalition avenir Québec aurait remporté 51 % des sièges (plutôt que 59 %), avec 37 % des voix.
Pour en arriver à une adéquation entre la volonté populaire et la répartition du pouvoir, tout en respectant les différences régionales, il existe le mode de scrutin mixte compensatoire. La Coalition avenir Québec, avec le Parti québécois et Québec solidaire, ont d'ailleurs promis d'adopter cette méthode pour les prochaines élections.
Avec ce calcul, il y aurait toujours 75 circonscriptions pour couvrir l'ensemble du territoire. Cependant, les 50 sièges restants serviraient à ajuster le résultat final. Par exemple, un parti qui aurait 10 % des votes, mais moins de 10 % des élus, se verrait attribuer des députés supplémentaires. Ainsi, la composition de l'Assemblée nationale serait davantage représentative de l'ensemble des votes des citoyens. C'est la méthode utilisée en Allemagne.
Avec un tel mode de scrutin, la Coalition avenir Québec perdrait le tiers de ses sièges et deviendrait minoritaire (49 sièges au lieu de 74).
Cela ne changerait quasiment rien pour le Parti libéral (33 sièges au lieu de 32).
Mais la différence serait énorme pour Québec solidaire, qui aurait plus que doublé ses troupes élues (21 sièges au lieu de 10).
Même chose pour le Parti québécois (22 sièges au lieu de 9), qui finirait encore une fois devant Québec solidaire.
Le mode de scrutin mixte compensatoire donne un résultat final proche de celui d'une proportionnelle pure. La différence, c'est qu'il respecte le vote régional grâce aux sièges de circonscriptions. La proportionnelle pure considèrerait plutôt le Québec comme une seule grande entité uniforme.
Ce n'est pas la première fois que des politiciens promettent de modifier le mode de scrutin. Au fédéral, Justin Trudeau avait fait de même en 2015, avant de renier sa promesse par la suite. Alors François Legault tiendra-t-il parole ou se ravisera-t-il lui aussi, une fois au pouvoir? À suivre.
Méthodologie
Nous avons pris les résultats de l'élection générale de 2018 (dernière mise à jour : le 2 octobre à 1 h 11) et avons conservé uniquement les partis avec plus de 2 % des voix.
Pour répartir les 75 députés élus par les 75 circonscriptions que compterait le Québec, nous avons conservé 60 % des sièges gagnés par les partis. Les 50 sièges attribués de façon non-compensatoire ou compensatoire représentent les 40 % restants.
Nous nous sommes inspirés des recommandations du Directeur général des élections du Québec et du Mouvement démocratie nouvelle. Toutefois, nos calculs sont une approximation. Dans les faits, pour passer de 125 à 75 circonscriptions, il faudrait redessiner la carte électorale du Québec. De plus, pour répartir les 50 sièges restants, le Mouvement démocratie nouvelle propose de créer 8 régions électorales. De plus, avec un mode de scrutin différent, les stratégies des partis et le comportement des électeurs différeraient probablement aussi.
Naël Shiab journaliste de données, Santiago Salcido designer et Melanie Julien chef de pupitre
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