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Image : La joueuse professionnelle Catherine ''CAth'' Leroux écoute les instructions de son entraîneur avant un match de Counter-Strike Global Offensive, assise devant son ordinateur.

PROFESSION : GAMEUSES

Elles sont les meilleures au monde. Elles voyagent aux quatre coins de la planète. Elles sont suivies par des dizaines de milliers de fans. Une vie de rock star. Bienvenue dans les coulisses d'une équipe professionnelle de sport électronique.

Elles sont les meilleures au monde. Elles voyagent aux quatre coins de la planète. Elles sont suivies par des dizaines de milliers de fans. Une vie de rock star. Bienvenue dans les coulisses d'une équipe professionnelle de sport électronique.

Textes : Catherine Marineau-Dufresne / Photos : Denis Wong

Image : La joueuses professionnelle de jeux vidéo Catherine « CAth » Leroux est assise face à un miroir pendant qu'elle se fait maquiller avant le prochain match de son équipe.

Samedi matin en Pologne, dans des loges à l’accès restreint, cinq joueuses passent tour à tour entre les doigts de fée des maquilleuses. Visages impeccables, cheveux parfaitement placés, chandails aux couleurs de leur équipe, elles sont prêtes. Dans un instant, elles iront choisir leurs armes virtuelles pour massacrer leurs opposantes. Et elles seront sans pitié. Leur objectif : remporter la finale du plus gros tournoi de l’année de Counter Strike: Global Offensive (CS:GO), un jeu de tir à la première personne.

Image : L'équipe professionnelle féminine Dignitas joue sur scène devant une foule pendant un match de Counter Strike: Global Offensive en Pologne.

Sur scène, elles s’appellent CAth, EMUHLEET, artStar, milk et rain. La première est Québécoise, Catherine Leroux, alors que les autres habitent en Californie, en Arkansas, à Hawaï et en Alberta. Sous la bannière de Team Dignitas Female, ces jeunes femmes dans la vingtaine prennent part à une dizaine de tournois par année. Leurs adversaires sont tantôt des hommes, tantôt des équipes mixtes. Mais ici, à l’Intel Challenge de Katowice, la compétition est exclusivement féminine.

Image : La joueuse Catherine « CAth » Leroux patiente en coulisses avec ses coéquipières., elles sont assises et discutent derrière les écrans géants qui constituent le décor de la scène où se disputent les matches.

L’ambiance sur place rappelle celle d’un plateau de tournage de cinéma, entre les techniciens en coulisses qui donnent des décomptes et l’omniprésence de caméras braquées sur la scène. Ici, chacun a un rôle bien précis et tout est calculé. L'entrée des joueuses a été chorégraphiée et répétée la veille, en vue de la diffusion en direct sur le web.

Image : L'entraîneur de l'équipe féminine Dignitas profite d'un causus pour donner de dernières instructions aux joueuses avant le début d'un match, Catherine « CAth » Leroux l'écoute avec un air sérieux.

Il faut être capable de gérer son stress d’une façon saine. Des fois, avant les matches, j’essaie de ne pas avoir d’émotions, parce que je ne veux pas qu’elles prennent le contrôle sur moi.

Catherine « CAth » Leroux, joueuse de Team Dignitas Female
Image : L'équipe féminine Dignitas se regroupe une dernière fois avant que chaque joueuse prenne place devant son ordinateur sur scène pour un match de Counter Strike: Global Offensive.

Ce que toute cette mise en scène cache, toutefois, c’est l’interminable attente qui rythme tout le séjour en Pologne. Les coéquipières sont prises en charge par les organisateurs du début à la fin. Le matin, une navette les cueille à l’hôtel pour les déposer des heures à l’avance sur le site des matches. Le jour, elles patientent en coulisses plus longtemps que ne durent leurs affrontements. Rien ne doit perturber leur concentration ni leur préparation. L’équipe passe la vaste majorité de son temps recluse, loin de l’action et des fans. Profiter des autres activités? Ça attendra la fin du tournoi.

Image : L'équipe est rassemblée dans une chambre d'hôtel pour une session de travail. Les joueuses sont assises sur des lits et regardent un enregistrement d"un match de leurs adversaires pour analyser leurs stratégies.

Une chambre d’hôtel fait office de quartier général lorsque l’équipe est en déplacement. Les cinq femmes et leur entraîneur travaillent depuis leur lit, alternant séances de visionnement pour analyser le jeu de leurs adversaires et réunions pour peaufiner leurs stratégies. Il s’agit de la dernière ligne droite de leur préparation intensive, qui a débuté par une semaine d’entraînement au siège social de Dignitas, à Philadelphie. Le reste de l’année, les joueuses s’exercent en ligne, en groupe ou individuellement, de façon régulière.

Image : Emmalee « EMUHLEET » Garrido est placée de dos et regarde une télévision accrochée au mur qui diffuse un match de Counter Strike: Global Offensive.

Mon plus grand défi est de me battre contre le décalage horaire, puisque la majorité de nos tournois sont à l’étranger. Une fois, je suis tombée très malade après avoir beaucoup voyagé, à cause de tous les changements que ça m’a fait subir. Le décalage horaire nous désavantage, car la plupart des autres équipes viennent d’Europe. On espère avoir des tournois en Amérique du Nord. À ce moment-là, nous aurons un avantage.

Emmalee « EMUHLEET » Garrido, joueuse de Team Dignitas Female
Image : La joueuse professionnelle Amanda « rain » Smith est emmitouflée dans une couverture et assise sur un lit lors d'une session de travail de l'équipe Dignitas à l'hôtel.

À travers cet horaire chargé, les temps libres se font rares et finissent souvent, eux aussi, par être rentabilisés. Les joueuses n’hésitent pas à piquer un somme dès qu’elles en ont l’occasion. Pour minimiser l’effet du changement d’horaire et du voyage sur leur corps, elles peuvent aussi compter sur les conseils d’une nutritionniste, rencontrée avant le départ pour la Pologne.

Image : Les joueuses Catherine « CAth » Leroux et Kiara « milk » Makua s'amusent et rient dans la loge de l'équipe féminine Dignitas en attendant leur prochain match.

En dépit de cette vie de moine, elles restent conscientes de leur chance de pouvoir parcourir le monde grâce à leur passion. Entre deux obligations, elles prennent quelques heures pour découvrir la ville et se changer les idées. Les moments de détente en groupe sont tout aussi déterminants pour solidifier l’esprit d’équipe et pour la préparation psychologique en vue de la compétition.

Image : Les joueuses sont au restaurant pour goûter la cuisine locale et partager un bon moment en équipe. Elles discutent et rigolent autour d'une table.

C’est certainement difficile de créer un bon esprit d’équipe et de rester positives quand on joue en ligne. En personne, on peut passer du temps ensemble, profiter de la compagnie des autres joueuses, aller luncher ou se faire faire les ongles. On n’a pas ce genre d’occasion en ligne, alors on se regroupe autour de notre passion pour CS:GO. Ça nous aide de profiter pleinement du temps qu’on passe en groupe lors des tournois, car quand on retourne chacune chez soi, on peut continuer de chérir ces souvenirs.

Carolyn « artStar » Noquez, joueuse de Team Dignitas Female
Image : Les joueuses sont réunies en cercle sur scène et performent leur cri d'équipe avant le début d'un match de Counter Strike: Global Offensive.

Les joueuses de Dignitas montent sur scène pendant que l’animatrice réchauffe la foule. Environ 300 personnes sont massées devant celle-ci, mais son énergie contagieuse est avant tout dirigée vers les caméras, qui séparent l’animatrice du plus gros auditoire, qui lui, est invisible. Plus de 224 000 personnes à travers le monde regarderont en ligne les matches du tournoi féminin.

Image : Les mains de la joueuse professionnelle de Counter Strike: Global Offensive Carolyn « artStar » Noquez sont placées sur son clavier personnalisé aux couleurs de l'arc-en-ciel.

Les cinq joueuses ont passé la moitié de leur vie à jouer à Counter Strike pour en arriver à ce niveau. Des heures et des heures consacrées au jeu. Tous les jours. Un entraînement rigoureux qui les a contraintes à de multiples sacrifices. Elles vont mesurer le fruit de leurs efforts dans un instant. Une fois devant leur ordinateur, les mains des joueuses se placent automatiquement sur les bonnes touches, leurs doigts réagissant à des réflexes nés de millions de répétitions.

Image : La joueuse Catherine « CAth » Leroux est concentrée devant son ordinateur en pleine partie de Counter Strike: Global Offensive.

Souvent, le plus grand défi, c’est de reproduire ce qu’on fait à la maison en tournoi international. De recréer les mêmes conditions : la hauteur de table, le positionnement des bras, les couleurs sur l’écran, mais aussi, le niveau de stress est plus bas chez soi qu’en compétition.

Catherine « CAth » Leroux, joueuse de Team Dignitas Female
Image : La joueuse Amanda « rain » Smith et son entraîneur David « Xp3 »Garrido procèdent à de derniers ajustement sur son ordinateur sur scène.

J'essaie surtout d'enlever la pression le plus possible en leur rappelant que tout ce qu'elles ont à faire, c'est de jouer comme dans les entraînements, et que, si elles le font, elles gagneront sans problème. Les filles s'entraînent contre des joueurs de plus haut niveau 80 % du temps, alors si elles respectent leur plan de jeu, tout devrait bien se passer.

David « Xp3 » Garrido, entraîneur de Team Dignitas Female
Image : Les joueuses de Dignitas sont rassemblées sur scène sous une pluie de confettis et soulèvent le trophée qu'elles viennent de remporter à l'Intel Challenge de Katowice.

La capitaine de Dignitas, Emmalee « EMUHLEET » Garrido, raconte que l’équipe aborde chaque tournoi comme si elle n’avait jamais gagné auparavant. Ce qui n’est pas le cas cette fois, à Katowice, où les joueuses doivent défendre leur titre de championnes du monde. Après 90 minutes de jeu, le verdict tombe enfin. Elles sont toujours les meilleures. C’est l’explosion de joie, dans les larmes de bonheur et les confettis qui tombent sur scène.

Image : Les joueuses professionnelles Carolyn « artStar » Noquez et Catherine « CAth » Leroux célèbrent leur victoire sous des confettis.

J’étais très émotive. Les larmes me sont montées aux yeux quand j’ai vu celles de mes coéquipières. Pour nous, c’est l’équivalent de gagner le Super Bowl. L’important, c’était de prouver qu’on était les meilleures, point à la ligne, peu importe nos rivales en finale. C’était vraiment réconfortant et rassurant de savoir que tout le travail qu’on a mis durant l’année était justifié.

Catherine « CAth » Leroux, joueuse de Team Dignitas Female

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