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Image : Une femme déguisée en mime prend la pose avec un panier de fruits et légumes à ses pieds.

Texte et photos | Denis Wong

Image : Mitche Des Rosiers remplit des paniers de fruits et légumes devant son domicile.

Des dizaines de boîtes et de bacs jonchent le sol devant le domicile de Mitche Des Rosiers. En cette journée caniculaire de mai, cette résidante d’Ahuntsic répartit des fruits et légumes provenant d’un grossiste montréalais. Lorsque la pandémie a frappé, elle a spontanément lancé un groupe d’achats dans son entourage afin de réduire les coûts, mais aussi les visites à l’épicerie. Avec l’aide d’un ami, elle distribue aujourd’hui 34 paniers remplis de produits frais.

Image : Mitche Des Rosier prend une poignée de tomates pour les mettre dans un panier.

Mitche a été chef propriétaire d’un restaurant pendant huit ans. Elle connaît la valeur des produits saisonniers, ce qui lui permet de choisir judicieusement chez le grossiste. Toutes les deux semaines, elle lance un appel à tous dans un groupe Facebook privé afin de connaître le nombre de paniers qu’elle préparera le lendemain.

« Je prends en note les demandes spéciales, mais je ne les achète pas nécessairement, explique-t-elle. Il faut que ce soit un bon rapport qualité-prix. Si quelqu’un veut du kale mais que ce n’est pas la bonne période et que ça coûte 60 $ la caisse, je prends autre chose. En ce moment, j’attends ma livraison d’asperges du Québec! »

Image : Un couple costumé comme s'il allait à la plage accueille Mitche Des Rosiers devant leur domicile.

Mitche s’occupe gratuitement de la livraison des fruits et légumes… à la condition qu’on l’accueille en costume au moment de la distribution. Cette idée est le fruit d’un heureux hasard. Lors de sa toute première commande, qui consistait en 18 paniers, on lui a demandé combien il en coûterait pour le transport. Sans réfléchir, Mitche a répondu à ses camarades qu’il fallait simplement se déguiser. Elle a été prise au pied de la lettre.

Image : Un couple costumé comme s'il allait à la plage célèbre dans une mini-piscine en forme de licorne.

« C’est triste, la pandémie, lance Mitche Des Rosiers. On vit un stress absolu en ce moment et des fois on ne s’en rend même pas compte. Ça fait du bien de faire quelque chose de léger et de niaiseux. Il y a des gens dans le groupe qui passent une semaine à réfléchir à leur costume. Il y en a d’autres qui se déguisent dès qu’ils se réveillent! »

Image : Simon Predj et Mitche Des Rosiers discutent sur un ton enjoué.

Chaque fois, Mitche affiche les photos de sa virée sur les réseaux sociaux, et le compte-rendu génère beaucoup de réactions. Le concept pousse les participantes et participants à embrasser le brin de folie qui sommeille en eux.

« J’ai plein de costumes et on n’a pas beaucoup d’occasions de les sortir, lance Simon Predj, déguisé en docteur de l’époque de la peste noire. J’ai sorti la mascotte, le cowboy victorien, un complet de Noël! Ça me fait rire de voir les photos de tout le monde. Ça transforme un service utile en quelque chose de vraiment agréable. »

Image : Valery St-Gelais sourit dans son costume dont la moitié est une robe et l'autre moitié est un complet.

Plusieurs personnes se sont découvert des talents cachés dans la cuisine en cette période de pandémie. C’est le cas de Valéry St-Gelais, amie de Mitche depuis huit ans, pour qui les paniers reçus sont toujours une agréable surprise.

« Il y a plein de légumes, certains que je ne connais même pas, dit-elle. Alors ça me force à être imaginative. Je cuisine au boutte et bien plus qu’avant parce que je ne veux rien perdre. Depuis le début, je n’ai presque rien gaspillé de ces paniers. »

Image : Mitche Des Rosiers discute avec une amie après lui avoir livré son panier.

Cet amour de la cuisine a bien failli glisser entre les doigts de Mitche Des Rosiers. En 2017, elle a fait une dépression après s’être surmenée au travail. Deux ans plus tard, elle perdait son restaurant après un différend avec les nouveaux propriétaires de son immeuble. Huit ans de labeur s’écroulaient sous ses yeux, elle qui trouvait son plaisir à cuisiner pour les autres.

Image : Mitche Des Rosiers dépose un poireau dans un panier en souriant.

Depuis un an, Mitche remonte la pente. Elle retrouve à nouveau ses élans gastronomiques. En santé, elle profite de la pandémie pour recharger ses batteries et poursuivre ses études littéraires. La distribution de ces paniers lui fait du bien. Pas uniquement parce que ça lui permet de voir son entourage, mais aussi parce que ça renforce ses liens d’amitié.

« Depuis la pandémie et avec le groupe Facebook, on fait beaucoup de troc, dit-elle. Du cidre contre des micropousses et des carottes. Une recette contre un fenouil. Je trouve ça l'fun : il y a plus d’échange et plus d’entraide. »

Image : Un panier de fruits et de légumes baigne au soleil.

Livrer des fruits et des légumes peut paraître banal, mais ce geste résonne. Sur le groupe Facebook, un homme a confié avoir sombré au début du confinement, mais que ces livraisons lui ont remonté le moral. Il s’est depuis établi des objectifs qu’il atteint quotidiennement : cuisiner une recette, faire une amélioration dans son logement et jouer de l’un de ses instruments de musique.

« C’est carrément son genre de faire ça, conclut Valéry St-Gelais en parlant du projet de son amie Mitche. C’est une fille avec plein d’amour à donner. Je pense qu’elle a besoin de nourrir le monde. »

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