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Image : Prana Mago portant un masque debout dans son épicerie.

Texte | Alexandre Lamic et Marylène Têtu - Photos | Alexandre Lamic

Image : Une épicerie du quartier Commercial Drive à Vancouver.

Des travailleurs de l’ombre se sont révélés indispensables dans la crise qui accable la planète entière. Livreurs, commis d’épicerie ou de dépanneur, pharmaciens, chauffeurs d’autobus, réparateurs de vélos ou encore jardiniers, c’est grâce à eux que la Colombie-Britannique, comme les autres régions du monde, continue de fonctionner en cette période de grande incertitude.

Essentiels, dévoués et profondément humains, ils nous font part de quelques-unes de leurs préoccupations.

Image : Tau Jung portant un masque, dans son épicerie.

Des commis d’épicerie sont devenus le seul contact humain hebdomadaire pour certaines personnes.

L'ajout de nouvelles consignes a transformé leurs tâches quotidiennes. Au début, il fallait souvent répéter aux clients de respecter les quotas d'achats pour certains articles.

Il y a encore des gens qui ne respectent pas totalement les règles de distanciation sociale, ils essaient de faire leurs courses le plus vite possible et sont dangereusement proches de nous et des autres. C'est très stressant.

Tau Jung, employé d’épicerie
Image : Jubair Khalid debout dans l'entrée de son commerce

Leur nouvelle réalité est telle que les dépanneurs et les épiceries ont dû s’adapter pour assurer la sécurité de leurs employés.

J'essaie de me protéger du mieux que je peux en portant des gants et un masque au travail. Avec la majorité des magasins fermés, les clients sont heureux de nous voir ouverts.

Jubair Khalid, gérant d’un dépanneur
Image : Prana Mago portant un masque debout dans son épicerie.

Il vaut mieux être prudent que d'attraper le virus. Nous appliquons les règles de distanciation sociale pour nos clients, mais aussi pour notre propre sécurité.

Prana Mago, employé d’épicerie
Image : Junior Caceres en train de déposer une pizza dans l'étal.

L’Association des restaurants et de l’alimentation de la Colombie-Britannique (BCRFA) estimait à la mi-avril que seuls de 10 à 25 % des 15 000 restaurants se relèveraient du ralentissement provoqué par la crise de la COVID-19.

Junior Caceres, un immigrant parrainé, se trouve chanceux de pouvoir travailler en temps de crise. Il a besoin d’argent, et surtout, de conserver son emploi.

Image : Portrait de Junior Caceres dans la cuisine de la pizzeria.

Pour certains, la visite à la pizzeria est devenue une façon de se rattacher à leur vie d’avant et d’encourager les restaurateurs locaux.

Je vois de plus en plus de clients habituels revenir. C'est bon pour le moral, mais je ne sais pas si c'est une bonne chose pour combattre le virus.

Junior Caceres, employé de pizzeria
Image : Portrait de Colin Partington dans un bureau.

Colin est agent au ministère du Développement social et de la Réduction de la pauvreté, où les gens continuent de venir pour leur prestation.

Au travail, je me vois comme un agent de la circulation ou un gardien de phare. J'accueille les gens et je les aide à respecter les règles de distanciation physique.

Colin Partington, agent de sécurité

Cette peur du virus, mais surtout de le rapporter à la maison, est partagée par plusieurs de ces travailleurs à qui la pandémie donne peu de répit.

Je n'ai pas vraiment peur d'être malade, mais j'ai peur d'attraper le virus et de le transmettre à un proche.

Image : Portrait de Jecelyn Wazon dans une clinique.

Cette situation me donne un sentiment partagé. Une partie de moi est très heureuse d'aider les gens qui sont malades et de continuer à pouvoir faire mon travail. Et une autre partie a peur de contracter le virus et de le transmettre à ma famille.

Jecelyn Wazon, assistante dans une clinique médicale
Image : Harpeet Singh portant un masque, dans la rue.

C’est cette reconnaissance et cette valorisation de leur métier, qui semblait parfois anodin et qui est devenu soudainement quasi indispensable, qui motivent plusieurs des travailleurs rencontrés à se lever chaque matin et à faire leur boulot, alors que la plupart d’entre nous sont confinés à la maison.

Par ces temps difficiles, je suis heureux de travailler et de pouvoir être utile. Les clients à qui je fais la livraison sont vraiment très reconnaissants.

Harpeet Singh, préposé à la livraison
Image : Tony Albertson portant un masque, tenant des circulaires, devant un immeuble.

Tony Albertson se rend, lui, au travail tous les jours avec certaines craintes.

Ma femme a des problèmes respiratoires, donc je suis vraiment très inquiet. C'est pour ça que je porte toujours un masque et des gants à l'extérieur. Je désinfecte tout et me lave les mains plusieurs dizaines de fois par jour.

S'il vous plaît : restez chez vous! Si plus de gens sont dehors, j'ai encore plus de chances de rapporter le virus à ma femme. Aidez-moi, et restez à la maison.

Tony Albertson, facteur
Image : Victoria Dunn devant un immeuble.

Tony et Victoria réalisent qu’ils apportent plus que des colis, mais aussi du réconfort à certaines personnes pendant le confinement.

Je peux voir que les gens se sentent seuls chez eux, beaucoup essaient d'avoir une petite discussion quand ils me voient, et c'est très agréable. En plus, ils sont très reconnaissants.

Victoria Dunn, factrice.
Image : Conor Preston parmi les plantes.

Cela a été une surprise pour Conor Preston, du petit centre jardin indépendant Figaro’s Garden, de voir que son commerce était ajouté à la liste des services essentiels. Il est même difficile de répondre à la demande.

Le cogérant de cette jardinerie de Vancouver-Est croit d’ailleurs que l’augmentation des ventes de semences est liée à la pandémie de la COVID-19.

Image : Portrait de Conor Preston.

C'est une période étrange et stressante que nous vivons en ce moment. Avoir une activité saine et gratifiante comme planter des fleurs, des arbustes ou des légumes apporte beaucoup aux gens.

Nous avons rapidement réalisé à quel point les plantes et les semences étaient importantes pour les gens, surtout en ce moment.

Conor Preston cogérant, Figaro’s Garden
Image : Portrait de Tempest Simpson.

Avec les plantes, tu ne peux pas mettre le printemps sur pause. Alors nous avons trouvé des moyens pour que les gens puissent avoir leurs plantes et leurs semences en minimisant les contacts, en fait, sans qu’ils aient à entrer dans le magasin. Ils passent leur commande sur notre site Internet et passent ensuite chercher leurs plantes ici.

Tempest Simpson, employée du centre jardin Figaro's Garden.
Image : Jensen Gifford en train de réparer un vélo.

Allez marcher dans votre quartier et faites des promenades en vélo, répète fréquemment la médecin-hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, la Dre Bonnie Henry, lors de ses points de presse quotidiens.

En raison des mesures sanitaires, plusieurs ont opté pour le vélo comme moyen de transport, c’est pourquoi les magasins de vélos ont rapidement été déclarés services essentiels, et leur achalandage a explosé comme les bourgeons en ce doux printemps.

Image : Portrait de Ben Papworth.

Nous sommes très heureux de pouvoir servir notre communauté par ces temps difficiles pour tout le monde.

Je préfère me concentrer sur mon travail plutôt que de me laisser aller au stress ou à la panique. Ici, tout le monde respecte les mesures de sécurité mises en place.

Ben Papworth, directeur du service réparation et entretien de Mactalla Cycles
Image : Portrait de Jensen Gifford.

Je suis vraiment reconnaissant de pouvoir continuer à travailler et de servir les clients. Toutefois, je suis continuellement préoccupé. Il y a une sorte de force invisible qui fait qu'on n'est jamais vraiment sûr d'être en toute sécurité. Il y a toujours un fond d'anxiété quand on sort de chez soi ces temps-ci.

Jensen Gifford, mécanicien pour Mactalla Cycles
Image : Cameron Crockett sur un chantier.

Cameron Crockett n’a pas eu de pause durant la pandémie.

Les chantiers de construction n’ont pas été fermés en Colombie-Britannique, et avec ces collègues, il a dû apprendre à gérer les directives de distanciation physique dans des conditions pas toujours évidentes. Sans oublier l’isolement auquel font face ceux qui doivent travailler, comme Cameron.

C'est vraiment une période particulière et difficile. On n'a pas l'habitude d'être obligé de rester loin de sa famille et de ses amis pour les protéger, et pour se protéger soi-même.

Cameron Crockett, ouvrier de la construction
Image : Nick assis dans son autobus.

Au volant de son autobus, Nick garde le sourire aux lèvres malgré la baisse d’achalandage de 80 % dans les transports en commun depuis la mise en place des mesures de confinement.

Mon travail est de transporter les gens, et de continuer à le faire même pendant des périodes difficiles. Et j'en suis fier.

Les usagers sont vraiment reconnaissants de notre présence. Nous faisons de notre mieux pour garder un environnement sain, pas seulement pour les utilisateurs, mais aussi pour nous, je ne veux pas rapporter le virus à la maison.

Nick, chauffeur de bus
Image : Phoebe portant son masque dans la pharmacie.

Je suis heureuse et fière de pouvoir servir les gens à la pharmacie, et ils en sont très reconnaissants. J’étais médecin aux Philippines et j'aurais aimé pouvoir faire plus, mais encore une fois, je suis très heureuse de pouvoir apporter ma contribution.

Phoebe, pharmacienne
Image : Portrait de Caroline Levy dans la microbrasserie.

De la façon dont on travaille jusqu’à la manière dont on accueille les clients, tout a changé ici et continue de se modifier chaque semaine.

Caroline Levy, gérante de la microbrasserie Parallel 49

Les travailleurs de ces petites entreprises indépendantes devront encore s’adapter et faire preuve de créativité pour rester ouverts dans une période de notre histoire où l’inconnu prévaut.

Mais quand la pandémie sera derrière nous, allons-nous nous souvenir des sacrifices qu’ont dû faire certains travailleurs pour nous permettre de nous nourrir, pour nous transporter ou pour livrer nos médicaments?

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