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Image : Sébastien Champagne devant deux ambulances.

Dans notre quotidien chamboulé, ils sont en première ligne pour nous accompagner, nous soigner, nous nourrir, nous informer et nous rassurer. Les femmes et les hommes dévoués à fournir les services essentiels jouent un rôle central pour nous permettre de traverser cette crise sanitaire. Portrait de ces héros du quotidien.

Texte : Alexandre Lepoutre | Photos : Josée Ducharme

Image : Sébastien Champagne porte un masque devant l'hôpital.

Sébastien Champagne est infirmier aux soins intensifs de l'hôpital de Trois-Rivières et fait partie de l’unité dédiée à la COVID-19. Sa vie quotidienne a été bouleversée depuis la prise en charge dans son service du premier patient atteint du virus.

Pourtant, l’infirmier se donne corps et âme pour être à la hauteur de l’événement, sans compter ses heures, sans jamais reculer devant la peur ou l’adversité, et avec un objectif en tête : sauver des vies.

Image : Sébastien Champagne marche vers l'hôpital de Trois-Rivières.

Être aux premières loges de la maladie comme il l’est, c’est aussi devoir faire preuve de résilience, de courage, et d’adaptabilité.

Tout l'hôpital a été transformé. On a bâti des unités de A à Z et on est passé de 18 lits à 43 lits en soins intensifs. Quand un patient arrive, une ambulance est mobilisée, un trajet est déjà établi, les gardiens nous escortent et le personnel est confiné à l’intérieur. C’est très spectaculaire!

Sébastien Champagne, infirmier
Image : Du personnel des soins intensifs regroupé dans un corridor.

Avant l’annonce du premier cas de coronavirus en soins intensifs, il régnait dans l’équipe de Sébastien une ambiance particulière teintée de fébrilité et d’appréhension. Puis ce qu’ils redoutaient est arrivé, sans vraiment prévenir. À ce moment-là, pas d’autre choix que d’y aller.

Quand le téléphone a sonné et que j’ai entendu le médecin mentionner qu’on allait admettre en soins intensifs le premier patient, je vais m’en souvenir toute ma vie. C’était très très émotif. Je sentais l’équipe silencieuse derrière moi qui attendait juste que je leur confirme ce qu’ils savaient déjà, et que tout allait commencer. Ça va marquer ma carrière à jamais.

*Puisque les visites sont interdites dans les hôpitaux, la photo a été fournie pas Sébastien Champagne.

Image : Sébastien Champagne remplit des papiers à un poste de garde.

Avec ce rythme effréné et son travail de nuit, Sébastien a dû mettre sa vie personnelle entre parenthèses.

On est isolés, on n'a pas de contact avec l'extérieur. J’ai coupé les contacts avec ma famille, je m’arrange avec eux, avec des amis pour les commissions. C’est toute une adaptation, mais j'adore mon travail, c’est une passion. C'est très difficile physiquement et psychologiquement, mais j’essaie de transformer ce stress en énergie positive. Ça va bien aller!

Image : Des ambulances et des camions de pompiers hissent un drapeau où il est écrit Ça va bien aller.

Les messages de soutien au personnel de la santé se sont rapidement multipliés, tantôt décrit comme ange gardien, tantôt applaudi aux fenêtres.

Dans un quotidien où ils sont mis à rude épreuve, ces déclarations d’amour leur mettent du baume au cœur. Sébastien se souvient du jour où des remorqueurs se sont regroupés devant son hôpital pour témoigner de leur solidarité.

On était très touché, on avait tous la larme à l’œil. Les gens sont là pour nous. On reçoit des mots d’encouragements, des repas gratuits, des arcs-en-ciel. Tout ça me va droit au cœur.

Image : Alexanne Lemay remplit un panier d'épicerie.

À 21 ans, Alexanne Lemay travaille depuis trois ans dans une épicerie de Trois-Rivières. Un travail qu’elle fait en parallèle de ses études en psychologie. Derrière sa caisse ou dans les allées du magasin, elle est aujourd’hui au front pour servir sa clientèle.

Pendant cette crise sanitaire, où son travail est essentiel pour assurer notre survie alimentaire, Alexanne est fière d’apporter sa pierre à l'édifice. Fière de son équipe, fière de son métier dont la crise nous rappelle l’importance.

Image : Alexanne Lemay enregistre les prix des aliments à la caisse.

Un moment qui l’a marquée? La ruée vers les épiceries aux premiers jours de la COVID-19 en territoire québécois. Alexanne se souvient du 12 mars comme si c’était hier. Un vent de panique se fait sentir et le magasin se remplit à une allure fulgurante. Bilan : les ventes sont multipliées par trois.

Mais derrière les chiffres, une réalité. Celle de devoir servir tout le monde, celle d’être capable d’approvisionner les rayons au rythme de la demande. Bref, celle de contrôler la panique pour ne pas la rendre contagieuse au sein de l’équipe. Alexanne n’aurait d’ailleurs pas pu relever ce défi sans la solidarité de ses collègues.

Nous étions que trois sur le plancher, le magasin était plein et ça ne s’arrêtait pas. J’ai envoyé un message : “URGENCE, j’ai besoin d’aide”. Cinq collègues, cinq amis plutôt, qui ne travaillaient pas sont venus nous aider jusqu’à la fermeture. C’est un moment dont je vais me souvenir longtemps!

Image : Alexanne Lemay met de la marchandise dans un panier.

Quelques changements se sont invités dans la routine quotidienne d’Alexanne Lemay. Tous les employés doivent suivre un protocole sanitaire très précis : désinfection de certains produits, nettoyage des caisses et lavages de mains réguliers.

Désormais, Alexanne Lemay passe aussi une bonne partie de son temps de travail à préparer les commandes en ligne qui, dans ce contexte, ont explosé.

C’est un service qu’on offrait déjà, mais ça n’a rien à voir avec aujourd’hui. Au début, il y avait une attente de presque trois heures juste pour pouvoir entrer sur notre site. C’est du jamais vu. De notre côté, on a dû se réorganiser pour être efficace et ne pas faire d’erreur.

Image : Des aliments prêts à être emballés.

Nos clients sont fantastiques et je veux les remercier. Ils comprennent que dans la situation actuelle on fait de notre mieux. On va vite, on essaie de rouler le plus possible. Beaucoup de gens nous remercient. C’est le fun d’être reconnu. Et nous on est contents d’aller travailler. Ça nous donne aussi une certaine forme de socialisation.

Alexanne Lemay
Image : Serge Bellemare devant son camion.

Au volant de son camion, Serge Bellemare a passé sa vie sur les routes du Canada et des États-Unis. Enfant, il accompagnait déjà son père lui aussi camionneur. Une passion de père en fils et un métier qu’il n’échangerait pour rien au monde.

Avec plus d'1 million de kilomètres à son compteur, rien ne peut freiner Serge. Même pas une pandémie. Après notre rencontre, un long périple l’attendait, du Lac-Saint-Jean à l’Ontario, pour livrer de nombreuses marchandises.

Image : Serge Bellemare s'apprête à monter dans son camion.

Mon camion c’est comme un 1 et demi. J’ai un petit frigidaire, un micro-onde, ma glacière. C’est stressant sur le côté familial, les enfants s’inquiètent un peu. Mais je donne plus de nouvelles et on s’envoie des vidéos.

Image : Serge Bellemare dans son camion

D’un optimisme remarquable, Serge gère la crise avec patience et prudence. Deux qualités qui font souvent partie de l’ADN des camionneurs. Les relations qu’il entretient avec ses clients l’aident à garder le moral.

On s’habitue, on se conforme, on fait ce qu’il y a à faire. Nous avons des clients formidables, de bons fermiers. Tout le monde est très fin et ils sont contents de nous voir car, en ce moment, ils ne voient personne.

Image : Amélie Desmarais devant la caméra

Amélie Desmarais est journaliste à Radio-Canada Mauricie–Centre-du-Québec. 2020 sera l’année de sa 10e saison au sein du diffuseur public, elle sera aussi l’année d’un sujet d’actualité aussi intense qu’inattendu. Un défi colossal pour marquer une décennie au service de l’information.

En ces temps de pandémie, ses missions restent les mêmes : informer, décrypter, vérifier, et souvent rassurer. Indispensable en période de confusion. Raconter la réalité telle qu’elle est, avec la rigueur que demande le métier et en allant sur le terrain pour prendre le pouls, mais avec l’humanité d’une personne, d’une mère de famille, elle aussi aux prises avec les contraintes de la crise sanitaire.

Image : Amélie Desmarais réalise une entrevue avec un homme dans sa maison.

Amélie suit depuis le début les évolutions de la COVID-19, avec quelques ajustements dans ses méthodes de travail. Désormais, la prise de son se fait à l’aide d’une perche et les camions de reportage sont désinfectés en permanence.

L’intensité de son travail actuel lui rappelle la couverture des inondations printanières de 2017 au Québec. Elle pense que le rôle de journaliste est plus que jamais indispensable et utile dans des situations comme celle-ci.

En temps de pandémie, nous sommes les seuls invités qui ont le droit d’entrer dans le salon des gens, par le biais de la télévision. On fait encore plus partie de leur vie. Nous le voyons sur le terrain, il y a un lien étroit qui s’est tissé, car je pense que nous sommes une source de réconfort, une source d’information, une source de réponses à de nombreuses questions. C’est notre rôle, et nous le devons au public!

Image : Amélie Desmarais écoute le premier ministre Legault de son bureau.

Amélie Desmarais pense déjà au jour d’après. Celui où la crise sera derrière nous, celui où il faudra tirer les leçons, celui où il faudra rebâtir l’économie et la société largement fragilisées.

Quand la menace du virus sera contrôlée, ça va être notre rôle d’être présents pour parler de ces histoires, pour parler des gens afin qu’ils ne soient pas oubliés. Il y aura beaucoup de séquelles.

Ce virus occupe chaque seconde de notre vie de journaliste, comme c’est le cas pour beaucoup de gens. Nous sommes dans une urgence permanente.

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