•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Testing-Angie-Montfort
Radio-Canada / Yosri Mimouna

Texte : Angie Bonenfant | Illustrations : Yosri Mimouna

Lorsque le gouvernement de l’Ontario annonce la fermeture de l’hôpital, le 24 février 1997, une poignée d’irréductibles Franco-Ontariens montent aux barricades.
Radio-Canada / Yosri Mimouna

Pour de nombreux résidents francophones d’Ottawa, l’Hôpital Montfort n’est pas uniquement le lieu où ils sont nés ou l’endroit où ils vont se faire soigner. C’est un symbole qui leur rappelle la lutte livrée, il y a 25 ans, pour préserver leurs droits.

Lorsque le gouvernement de l’Ontario annonce la fermeture de l’hôpital, le 24 février 1997, une poignée d’irréductibles Franco-Ontariens montent aux barricades. Soutenus par une communauté francophone solidaire, ils s'engagent tête baissée dans un combat inégal pour sauver le seul hôpital francophone de l’Ontario.

Aquarelle d'un homme qui fait un salut de la main.
Radio-Canada / Yosri Mimouna

26 juin 1995

L’homme à l’origine de la saga Montfort n’est pas un Franco-Ontarien. Il n’est même pas originaire d’Ottawa. Il s’agit de Mike Harris, le nouveau premier ministre de l’Ontario. 

Politicien aguerri et fin stratège, il s’est fait élire au pouvoir en promettant de faire le ménage dans les finances publiques — un élément phare de son programme électoral intitulé La Révolution du bon sens

Son objectif? Effacer en cinq ans le déficit record de l’Ontario de plus de 10 milliards de dollars en sabrant les services jugés superflus. 

Mike Harris crée la Commission de restructuration des services de santé (CRSS) de l’Ontario. Le mandat et les pouvoirs de cette commission sont énormes et font beaucoup jaser.
Radio-Canada

30 janvier 1996

C’est avec cet objectif en tête que Mike Harris crée la Commission de restructuration des services de santé (CRSS) de l’Ontario. Le mandat et les pouvoirs de cette commission sont énormes et font beaucoup jaser.

« Le gouvernement pourrait abolir un conseil d'administration, prendre le contrôle de la gestion ou exiger la fermeture d'un hôpital. »

— Une citation de  Gérald Savoie, pdg, Hôpital Montfort, 1996

La commission ne perd pas de temps à dicter le programme. Elle somme tous les hôpitaux de la province de trouver des économies de 18 %. Si ce n’est pas fait, elle menace de faire les compressions elle-même. L'ultimatum soulève un tollé.

Des articles de journaux sur la fermeture de l'Hôpital Montfort.
Gracieuseté : mouvement La Résistance

24 février 1997

À Montfort, on a bon espoir d’atteindre l’objectif, car l’hôpital est l’un des plus performants de la province. La surprise est donc totale lorsque la CRSS recommande, un an plus tard, de fermer l’établissement.

La nouvelle crée une onde de choc dans la communauté francophone d’Ottawa et chez les gestionnaires de l’hôpital, qui disent pourtant avoir relevé le défi budgétaire lancé par le gouvernement. 

Un groupe d’opposition — un comité de survie — voit le jour dans les heures qui suivent l’annonce de la fermeture. La résistance franco-ontarienne s’incarne alors dans le mouvement S.O.S. Montfort.

Une illustration montrant les organisateurs du mouvement S.O.S. Montfort.
Radio-Canada / Yosri Mimouna

27 février 1997

La présidente du comité S.O.S. Montfort est l’ancienne mairesse de Vanier, Gisèle Lalonde. En dehors des milieux francophones, elle n’est pas une figure publique très connue sur la scène provinciale, mais elle ne tarde pas à se faire remarquer. 

« Nous sommes prêts à lutter pour sauver notre hôpital! »

— Une citation de  Gisèle Lalonde, présidente du comité S.O.S. Montfort, 1997

Accompagnée du pdg de l’Hôpital Montfort, Gérald Savoie, de la présidente du conseil d’administration, Michelle de Courville Nicol, ainsi que de l’ancien journaliste Michel Gratton, elle multiplie les représentations, organise la mobilisation et accentue la pression pour empêcher la concrétisation du projet de fermeture.

Deux hommes discutent confortablement assis dans un fauteuil.
Reuters

28 février 1997

La stratégie de S.O.S. Montfort porte rapidement ses premiers fruits, puisque le groupe réussit à obtenir un appui de taille, celui du premier ministre du Québec de l’époque, Lucien Bouchard. 

« C’est une question fondamentale de droits linguistiques, il est inconcevable que cet hôpital ferme. »

— Une citation de  Lucien Bouchard, premier ministre du Québec, 1997

M. Bouchard discute même du dossier, en privé, avec son homologue ontarien, mais c’est peine perdue. Mike Harris reste campé sur ses positions avec un entêtement qui défie toute logique, clame S.O.S. Montfort.

Le Grand Ralliement rassemble plus de 10 000 Franco-Ontariens, le 22 mars 1997, au Centre municipal d'Ottawa.
Radio-Canada / Yosri Mimouna

22 mars 1997

S.O.S. Montfort est avant tout un mouvement populaire. Les organisateurs en font une démonstration convaincante, un mois plus tard, lorsqu'ils tiennent un rassemblement monstre qui attire au Centre municipal d’Ottawa plus de 10 000 Franco-Ontariens venus de partout dans la province. 

« Nous devons crier sans hésitation et sans peur qu’on ne touche pas à Montfort! »

— Une citation de  Gisèle Lalonde, présidente du comité S.O.S. Montfort, 22 mars 1997

Le Grand Ralliement, comme se plaisent à le nommer de nombreux observateurs, passe à l’histoire. Il fait figure de symbole de la fierté franco-ontarienne. C’est à cette occasion que Gisèle Lalonde popularise le fameux slogan Montfort fermé : jamais!.

Une personne au pupitre devant une foule qui brandit des drapeaux.
Gracieuseté Hôpital Montfort

« Les Canadiens regardent aujourd'hui un peuple debout! Un peuple fort! Un peuple uni! Un peuple solidaire! Un peuple vivant! La date du 22 mars 1997 sera dorénavant connue comme le jour du Grand Ralliement. Souvenez-vous de ce grand jour, parce que personne ne pourra jamais vous l'enlever! »

— Une citation de  Gisèle Lalonde, présidente du comité S.O.S. Montfort, 22 mars 1997
Des manifestants brandissent des pancartes et des drapeaux.
Gracieuseté Hôpital Montfort

30 mai 1997

La commission a-t-elle été prise de court par le mouvement de contestation qui est rapidement devenu d’envergure nationale? A-t-elle réalisé son erreur en suggérant la fermeture du seul hôpital universitaire francophone de la province? 

Devant la pression des Franco-Ontariens, la commission fait marche arrière. Le 13 août, elle annonce que l'Hôpital Montfort restera ouvert, mais qu’il jouera un rôle différent en offrant exclusivement des soins obstétriques et psychiatriques. 

La communauté francophone réagit très mal. Un hôpital ambulatoire — une grosse coquille vide, raille Gisèle Lalonde —, ce n’est pas ce qu’elle souhaite. La lutte se poursuit.

Une aquarelle illustrant une Gisèle Lalonde triste et découragée.
Radio-Canada / Yosri Mimouna

4 juillet 1998

Plus d’un an après le grand rassemblement, la commission semble peu encline à garder l’Hôpital Montfort dans son état actuel. Découragée et en désaccord avec les membres du mouvement sur la marche à suivre, Gisèle Lalonde quitte momentanément la présidence du comité S.O.S. Montfort. 

« Je ne veux plus rien savoir, je ne veux plus jouer aux fous comme ça. »

— Une citation de  Gisèle Lalonde, présidente du comité S.O.S. Montfort, 1998

Son retour est suivi d’une grande annonce, le 29 juillet : la lutte se poursuivra devant les tribunaux. La commission nous a poussés à bout, explique, dépitée, la présidente du C. A., Michelle de Courville Nicol, lors d’une conférence de presse. Nous n'avions plus le choix!

Un homme, sa femme et son fils se tiennent debout devant une foule.
Reuters

26 mai 1999

Mine de rien, Mike Harris achève un premier mandat en tant que premier ministre de l’Ontario. Lui et sa Révolution du bon sens sont en bonne voie de se faire réélire.

Le chef du Parti progressiste-conservateur ne montre aucun signe de recul dans le dossier Montfort. En pleine campagne électorale, il indique même que ceux qui luttent pour la survie de Montfort restent accrochés au passé.

Le 3 juin, Mike Harris et son parti obtiennent un deuxième gouvernement majoritaire, en remportant 45,1 % des voix.

En Cour divisionnaire, le 14 juin 1999, la cause de l'Hôpital Montfort est défendue pendant quatre jours par Me Ronald Caza, un flamboyant plaideur franco-ontarien.
Radio-Canada / Yosri Mimouna

14 juin 1999

Les audiences à la Cour divisionnaire de l’Ontario débutent dans les jours qui suivent l’élection. La cause de Montfort est défendue pendant quatre jours par Me Ronald Caza, un flamboyant plaideur franco-ontarien. Malgré le beau temps, la salle est bondée.

« On a un hôpital, on vous demande de le protéger! »

— Une citation de  Me Ronald Caza, juin 1999

Cinq mois plus tard, le 29 novembre, les juges donnent unanimement raison aux plaignants. À leur avis, il est erroné de supposer que les services en français offerts à Montfort puissent être remplacés par des services bilingues. L’hôpital doit demeurer ouvert, tranchent-ils.

Gisèle Lalonde et Gérald Savoie se font une forte poignée de main.
Gracieuseté : Hôpital Montfort/Photo : Martin Roy (Le Droit)

13 décembre 1999

La victoire est éclatante du côté des francophones, mais les réjouissances sont de courte durée. La Commission de restructuration des soins de santé de l'Ontario annonce assez rapidement qu'elle portera le jugement en appel. 

Le gouvernement Harris soutient que les principes constitutionnels non écrits sur lesquels s'appuie le jugement ne peuvent servir à faire d’un hôpital un enjeu identitaire.

La Cour d'appel de l'Ontario accepte d'entendre la cause le 2 mars 2000 et les audiences débutent le 14 mars, à Toronto.

Les organisateurs de S.O.S. Montfort célèbrent leur victoire.
La Presse canadienne / Yosri Mimouna

7 décembre 2001

La Cour d'appel déboute le gouvernement Harris et confirme la décision de la Cour divisionnaire. La communauté francophone se réjouit, mais demeure sur ses gardes, car la cause pourrait très bien être portée devant la plus haute instance judiciaire, la Cour suprême.

« Montfort est vivant! Et nous sommes toujours debout, plus grands et plus forts que jamais! »

— Une citation de  Gisèle Lalonde, présidente du comité S.O.S. Montfort, 2001

Le gouvernement Harris met fin au suspense le 1er février en annonçant qu'il allait respecter la décision de la Cour d'appel et ne pas s'adresser à la Cour suprême. Il est temps de tourner la page, concède le gouvernement. La victoire de S.O.S. Montfort est totale.

Partager la page