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L'artiste Ingrid St-Pierre et le designer Tristan Réhel
Radio-Canada / Denis Wong

Texte et photos : Denis Wong

Tristan Réhel regarde la coupe du patron qu'il a créé pour Ingrid St-Pierre.
Radio-Canada / Denis Wong

Son univers est théâtral, coloré et empreint d’une douce fantaisie : le designer émergent Tristan Réhel se démarque par ses créations de mode uniques. L’artiste Ingrid St-Pierre l’a mis au défi d’imaginer et d’assembler de toutes pièces une robe ancrée dans son univers musical. À travers sa démarche, découvrez comment il transforme l'abstrait en réalité concrète.

Tristan Réhel dans son atelier, avec l'artiste Ingrid St-Pierre.
Radio-Canada / Denis Wong

À son atelier situé dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, Tristan Réhel rencontre Ingrid St-Pierre pour la toute première fois. Depuis que l’autrice-compositrice a découvert son travail sur les réseaux sociaux, elle cherchait à collaborer avec le jeune designer et elle lui a donné un mandat important : celui de réaliser la robe qu’elle portera sur la pochette de son prochain album, qui sortira le 11 mars.

Je trouve que nos deux univers ont une parenté : il y a une grande délicatesse, une grande poésie dans ce qu’il fait, décrit-elle. Tristan est un créateur, mais ce ne sont pas juste des vêtements; il crée des pièces d’art et des émotions quand je les regarde. Ce ne sont pas tous les artistes qui ont cette poésie.

Tristan Réhel ajuste la robe que porte Ingrid St-Pierre.
Radio-Canada / Denis Wong

Pour ce premier essayage, le patron que Tristan a préparé sert uniquement à vérifier ses mesures et à s’assurer qu’Ingrid sera à l’aise dans le vêtement. La véritable création sera constituée de trois étages de volume et nécessitera plus de 90 mètres carrés de tulle d’un orange flamboyant. Elle sera exubérante et théâtrale, à l’image du travail du designer de mode.

Tristan Réhel est à l'oeuvre derrière sa machine à coudre.
Radio-Canada / Denis Wong

On savait qu’on voulait une grosse robe, du volume et de la transparence, précise le designer. Mais après, j’avais vraiment carte blanche pour aller vers ce que je ressentais et l’inspiration de son album. J’aime autant avoir des contraintes qu’avoir des libertés. Les contraintes, ça nous sort de notre zone de confort, mais avec de la liberté, je peux vraiment m’éclater.

Ingrid St-Pierre, dans l'atelier du designer Tristan Réhel.
Radio-Canada / Denis Wong

« Le projet en soi est une ode à l’enfance, explique Ingrid St-Pierre à propos de cet album, qui sera instrumental. C’est une petite boîte de pâtisseries, de cartes postales ou de petits films. Je voulais que le visuel fasse écho à cette nostalgie et à cette mélancolie, mais pas en étant trop polie. J’ai écrit beaucoup de textes, que j’ai envoyés à l’équipe de Juste du feu [l’agence avec laquelle Tristan collabore], parce que j’avais besoin de le verbaliser. »

Tristan Réhel découpe un morceau de tissu sur le plancher de son atelier.
Radio-Canada / Denis Wong

Vendredi après-midi, deux jours après la visite d’Ingrid à son atelier, Tristan reçoit finalement le tissu orangé qu’il a commandé pour concevoir la robe. Le designer a fait la tournée des magasins spécialisés à Montréal, un parcours qu’il connaît par cœur, afin de trouver la bonne teinte de tulle.

C’est le début d’une course contre la montre. Le designer de mode n’a que 48 heures pour confectionner le vêtement qu’Ingrid portera lundi matin, à l’occasion d’une séance de photos en studio.

Tristan fait des ajustements sur la robe de tulle orange.
Radio-Canada / Denis Wong

Mon processus [de création] est très instinctif, raconte Tristan Réhel. Des fois, ça part d’un concept, d’une idée, d’une émotion... D’autres fois, c’est juste une photo de famille ou un tissu que je trouve. En général, je m’inspire de ma psychologie, de mes sentiments et de ce que j’ai vécu; souvent, c’est le cœur de mes projets. Quand je travaille sur ce qui m’appartient, c’est unique.

Le reflet de Tristan Réhel apparaît dans le miroir de son atelier.
Radio-Canada / Denis Wong

Âgé de 25 ans, le créateur a terminé ses études à l’École supérieure de mode de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en 2020, alors que le Québec était confiné au début de la pandémie. Le défilé prévu pour célébrer la fin de ses études a été annulé et l’avenir apparaissait plutôt nébuleux. Malgré le contexte difficile, Tristan Réhel a planché sur ses propres créations. Son travail a attiré les regards et cette attention a mené à des contrats, si bien qu’il se consacre désormais à temps plein à sa passion. Le designer se dit choyé par la tournure des événements.

« En même temps, j’ai vraiment travaillé fort, ajoute-t-il. Même quand je n’ai pas de contrat, il faut quand même que je crée et que je présente des choses, et c’est comme ça que les [occasions] et la visibilité arrivent. À notre âge, il ne faut pas arrêter, jusqu’au jour où on va pouvoir prendre des vacances. Quand on est sur une lancée, il ne faut pas manquer notre chance. »

Tristan Réhel manipule un tissu, assis à sa table de travail.
Radio-Canada / Denis Wong

Bien qu’il soit totalement investi dans sa carrière en mode, Tristan Réhel raconte qu’à l’adolescence, il a longtemps envisagé de se lancer en théâtre. Des années plus tard, il est facile de constater les influences de l’univers scénique dans son parcours de designer.

Je pense que mes parents ont su avant moi que c’est ça que j’allais faire, dit-il en riant. Je dessine depuis que je suis tout petit, je créais des vêtements en papier d’aluminium sur mes Barbie. Je fais ça depuis vraiment longtemps. Tous mes amis écoutaient des films de Walt Disney, et moi, j’écoutais des émissions de drag queens. Tant qu’il y avait de la paillette, de la plume et de la couleur!

Tristan Réhel attache un morceau de tissu sur la robe qu'il prépare pour Ingrid St-Pierre.
Radio-Canada / Denis Wong

Parmi ses inspirations les plus importantes, Tristan cite le designer britannique Alexander McQueen et la marque de vêtements japonaise Comme des Garçons. Ces influences l’ont convaincu que le vêtement pouvait se transformer en pièce d’art et qu’il était possible de redéfinir ses textures et ses formes classiques. La robe en tulle qu’il réalise pour Ingrid s’inscrit directement dans cette ligne de pensée.

Plus j’avance dans mes projets, plus je vois gros, précise le designer de mode. Je trouve ça drôle, parce que je commence vraiment à manquer d’espace dans mon atelier. Le volume m’intéresse tellement : créer des formes aussi grosses avec un tissu aussi fin. Ça me fascine de partir d’un tissu en 2D et de créer des formes 3D de la grosseur qu’on veut. C’est inimaginable, ce qu’on peut faire.

Ingrid St-Pierre enfile la robe préparée par Tristan Réhel.
Radio-Canada / Denis Wong

Lundi matin, la séance de photos se déroule dans un vaste studio d’Hochelaga-Maisonneuve. Tristan a passé une nuit blanche pour mettre la dernière main à la robe bouffante à l’orange éclatant. La création semble provenir d’un rêve fantaisiste que le designer aurait fait durant son sommeil… s’il avait eu le luxe de dormir. 

La nuit a été très productive, dit Tristan. J’entre en mode automatique quand je sais que le compte à rebours a commencé. Je n’ai pas eu envie de dormir, je ne ressens pas trop la fatigue. Ça a super bien été!

Ingrid St-Pierre est toute sourire dans la robe orangée.
Radio-Canada / Denis Wong

Pour Tristan Réhel, la consécration survient si les yeux d’une personne brillent quand elle enfile le vêtement qu’il a conçu.

« Je suis un petit jujube, c’est le fun! » s’exclame Ingrid St-Pierre à propos de la création du designer. C’est encore plus beau que je le pensais. Je suis vraiment heureuse. C’est ludique, doux et aérien. J’ai vraiment l’impression que j’incarne et que j’habille mon enfance dans cette robe. La couleur, le tulle, la forme… c’est vraiment touchant.

Portrait de Tristan Réhel
Radio-Canada / Denis Wong

Malgré sa nuit blanche, Tristan continue de poser un regard vif sur la robe et y apporte des ajustements de dernière minute durant la séance de photos. Le designer l’admet candidement : il est un bourreau de travail. Encore à ses débuts, il ne compte ni son temps ni les dépenses. Le créateur rêve du jour où l’identité visuelle de ses vêtements sera à ce point forte qu’on l'associera spontanément à son nom.

« Je ne le fais pas pour calculer mes heures et dire : "voici combien tu me dois", conclut-il en parlant de son métier. Je le fais parce que j’aime ça, et c’est ce qui rend un travail authentique. Si j’aime ce que je fais, je me dis que quelqu’un d’autre aussi va aimer ça. Je ne peux pas être le seul sur la terre. »

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