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Image : Andrew Wan examine son violon dans un studio de photo.

Dans le creux de son cou, un violon datant de 1744 avec lequel il a développé une symbiose remarquable. Dans sa tête, des notes décodées puis relayées à ses doigts, qui valsent le long des cordes d’un instrument d’exception. Voici comment se bâtit la relation fusionnelle entre un virtuose comme Andrew Wan, violon solo de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), et son outil de travail unique.

Texte et photos | Denis Wong

Image : Le violon d'Andrew Wan, déposé dans son étui en compagnie des archets.

C’est une œuvre d’art, dit Andrew Wan à propos de son instrument. Ce violon pourrait être dans un musée, mais ça fonctionne comme un outil et c’est inutile si c’est derrière une vitre. Je suis conscient que c’est précieux, rare et exquis. Il y a quelque chose de spécial à propos d’un instrument passé de génération en génération par des musiciens, bons ou mauvais, qui ont inspiré et expiré des particules d’argon et d’oxygène dessus, si bien que le bois a changé.

Image : Andrew Wan se réchauffe dans sa loge de la Maison symphonique de Montréal.

En ce matin de répétition à la Maison symphonique de Montréal, Andrew Wan est arrivé à l’avance dans sa petite loge, fidèle à ses habitudes. Avant d’aller rejoindre les autres membres de l’orchestre sur scène, le soliste accorde son instrument et joue quelques gammes pour se réchauffer.

Dans ses mains, le musicien originaire d’Edmonton tient un violon du 18e siècle conçu par l’artisan italien Michele Angelo Bergonzi. Cet instrument a beau avoir 277 ans, il semble avoir été pensé pour Andrew. Depuis plus d’une décennie, le grain et la texture sonore de ce violon s’harmonisent parfaitement au style du musicien.

Image : Andrew Wan discute avec des collègues avant une répétition de l'Orchestre symphonique de Montréal.

C’est avec cet instrument, généreusement prêté par le mécène David Sela, qu’Andrew Wan assume le rôle de violon solo à l’OSM depuis 2008. À l’âge de 37 ans, il partage cette responsabilité avec Richard Roberts, lui-même soliste au sein de l’orchestre depuis 1982.

Ce matin, les musiciens et musiciennes répètent la Symphonie no 7 du compositeur russe Sergueï Prokofiev. Les visages sur scène sont concentrés alors que le directeur musical invité Otto Tausk donne ses instructions. La quête de la perfection ne s’arrête jamais.

Image : Andrew Wan observe les mouvements du chef d'orchestre invité Otto Tausk.

Quand je vois les gestes du directeur musical, c’est mon rôle de les interpréter et de les amplifier pour mes collègues, explique Andrew Wan à propos de ses responsabilités à titre de violon solo. Il faut créer un environnement où tout le monde comprend ce qu’on essaie d’accomplir. Je travaille toujours avec les leaders des autres sections pour nous coordonner, et tout ça se déroule en temps réel.

Image : Andrew Wan présente son violon à son luthier de confiance.

Quelques jours plus tôt, Andrew Wan a rendu visite à son luthier, à l’atelier Wilder & Davis, situé à Montréal. Des sillons commençaient à se creuser sur le bois de la touche, à l’endroit exact où les cordes s’appuient sur l’ébène.

Je suis souvent chez le luthier pour essayer de peaufiner des choses, raconte le musicien. Il va m’arriver de jouer en pizzicato, en pinçant les cordes plutôt qu’utiliser l’archet, et je vais parfois égratigner l’instrument avec mes ongles. Mais je veux toujours que le violon ait parfaite allure, alors je vais le déposer chez le luthier pour qu’il le retouche. J’ai tellement d’estime pour cet instrument que je veux qu’il soit sans faille.

Image : Le violon d'Andrew Wan sur la table de travail du luthier.

Richard Benoit s'occupe du violon d’Andrew Wan depuis 2009. Le luthier joue un rôle central dans la vie professionnelle d’un musicien ou d’une musicienne. Pour mieux cibler les modifications à apporter, Richard a dû affûter son oreille afin de capter les subtilités sonores propres à cet instrument. De plus, lui et Andrew ont développé un vocabulaire commun pour bien comprendre les sensations que le violoniste recherche. Après tout, décrire la texture d’un son relève de l’abstrait.

Image : Andrew Wan et le luthier Richard Benoit examine des violons.

La durabilité de la relation entre le luthier et le musicien est super importante, décrit Richard Benoit. Comme on se connaît, je peux proposer des solutions à des problèmes qu’il peut avoir ou à des demandes d’améliorations qu’il recherche. C’est beaucoup plus simple. Avec le temps, on évolue ensemble et avec l’instrument. Qu’est-ce qu’on fait maintenant pour aller un peu plus loin, pour répondre à ses besoins et à ses sensations de jeu?

Image : Andrew Wan teste un violon chez le luthier.

Auparavant, j’étais toujours chez le luthier, si bien que les gens disaient à la blague que j’y travaillais, se rappelle Andrew Wan. Je voulais trouver un son précis et je n’ai pas eu d’idée arrêtée là-dessus jusqu'à il y a environ six ans. Aujourd’hui, j’ai une bonne idée du son du violon pour chacune des saisons. Quand la température est plus sèche en hiver ou quand c’est très humide en été, je sais ce qu’il faut faire pour qu’il sonne mieux.

Image : Le violon d'Andrew Wan sur la table de travail du luthier.

Les artistes de haut niveau ont la chance d’essayer plusieurs instruments, lesquels sont proposés par des mécènes au nom de leur amour pour la musique. Andrew Wan a testé un total de 18 instruments avant d’arrêter son choix sur ce violon venant de Crémone, en Italie. Depuis le 16e siècle, cette ville est reconnue pour sa tradition en lutherie et plusieurs artisans de renom, tels que Stradivari, Rugeri et Amati, y ont tenu leur atelier.

En plus d’avoir un super son, son histoire est impressionnante, ajoute le luthier d’expérience en parlant de cet instrument de grande valeur. Il y a une très petite minorité d’instruments où il y a de la magie quand on en joue, et cet instrument en fait partie.

Image : Andrew Wan et le pianiste Charles Richard-Hamelin posent pour une photo en studio.

En plus de l’OSM, l’instrument d’Andrew Wan se fait aussi entendre ailleurs. Le soliste fait notamment partie du Nouveau Quatuor à cordes Orford, où il transpose ses talents dans la musique de chambre.

Cette semaine, le violoniste se prête à une session de photo en studio pour une collaboration qu’il mène avec le pianiste classique Charles Richard-Hamelin. Les deux musiciens collaborent depuis cinq ans et sont devenus de bons amis, au fil des kilomètres passés sur la route pour se rendre à des concerts.

Image : Le pianiste Charles Richard-Hamelin, dans un studio de photographe

C’est quelqu’un qui a un très bon sens de l’humour, indique Charles Richard-Hamelin à propos d’Andrew Wan. Il ne se prend jamais au sérieux, mais il prend la musique au sérieux. Il a une éthique musicale qui est proche de la mienne. Il veut toujours mettre la musique, la partition et le compositeur en valeur. L’important n’est pas de se valoriser ou d’épater la galerie avec sa technique. On sent vraiment sa volonté d’être un messager de la musique.

Image : Andrew Wan pose lors d'une session de photos en studio.

À l’extérieur de la vie sous les projecteurs des concertos, Andrew Wan est aussi professeur adjoint au Département de musique de l’Université McGill, à Montréal. En plus d’y transmettre son savoir, il estime y apprendre autant que les élèves sous sa tutelle.

Depuis que j’enseigne, je suis devenu plus empathique et ça m’aide dans mon travail. J’ai appris à mieux comprendre les gens, et avec chaque génération d’étudiants, les choses changent. L’approche qu’avaient mes professeurs n’est pas celle que je dois utiliser aujourd’hui. Et cette approche change aussi au sein de l’orchestre.

Image : Andrew Wan se déplace sur la scène de la Maison symphonique de Montréal.

En 2008, lorsque le directeur musical Kent Nagano l’a engagé comme violon solo, Andrew Wan était le plus jeune membre de l’OSM. Plusieurs années plus tard, il a trouvé en Montréal une ville d’adoption où vivre de son art. Grand amateur de hockey et fan des Oilers, Andrew Wan multiplie les analogies sportives : il insiste sur le concept d’équipe au sein de l’orchestre et sur le fait que la première étoile revient à une personne différente à chaque concert.

Image : L’Orchestre Symphonique de Montréal en répétition, vu depuis le balcon de la salle.

L’Orchestre symphonique de Montréal amorcera un nouveau chapitre de son histoire en septembre, lorsqu’il accueillera officiellement le directeur musical Rafael Payare. Andrew Wan a fait partie du comité qui a choisi le chef du Venezuela et il a été impressionné par son approche authentique. Le soliste est impatient de créer une nouvelle complicité avec un directeur musical, après 13 saisons fructueuses sous les ordres de Kent Nagano.

On ne voulait pas trouver une pâle imitation de Kent Nagano, souligne Andrew Wan. Rafael Payare est exactement la personne dont nous avions besoin, et [il sera avec nous] un long moment.

Image : Andrew Wan et son instrument d'exception

Les chefs d’orchestre se suivent mais ne se ressemblent pas nécessairement. De nouvelles générations de musiciens et musiciennes intègrent les rangs de l’OSM, et les mentalités en musique classique sont en constante évolution. Mais certains objets sont faits pour braver le temps et pour échapper à son caractère intraitable.

Bien sûr, Andrew Wan n’est pas la seule personne au sein de l’Orchestre symphonique de Montréal à jouer d’un instrument d’exception. Et comme les autres, pendant une brève période de l’existence de son violon, le soliste lui aura rendu justice par son talent.

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