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Image : Un cheval doré attaché à une carriole sur laquelle sont accrochées des photogra

Portrait d'une colporteuse d'art

Un reportage photo de Tiphanie Roquette

Image : L'artiste tient une photo dans ses mains. Des passants circulent autour de sa carriole.

Tout l’été, Lisa Brawn a offert ses créations gratuitement sur les bords de la rivière à Calgary. En tendant la main, elle bouleverse les barrières entre le public et le monde de l’art. Juste une toute petite chose, comme elle le dit, pour améliorer une relation parfois tendue.

Image : Un cheval doré attaché à une carriole sur laquelle sont accrochées des photogra

Lisa Brawn n'en est pas à sa première expérience. Toute sa carrière, elle est partie à la rencontre du public avec ses créations.

Au début, il ne s’agissait que de considérations financières. Pas de studio, c’était un loyer en moins à payer pour une jeune artiste.

Je cherchais d’abord un ancien camion de crème glacée pour le transformer en galerie d’art mobile. J’ai trouvé une caravane argentée [que j'ai appelée] Bambi et je l'ai transformée en espace d'art. J'ai fini par faire six expositions itinérantes, mes "art mobiles" [comme je les appelle].

Je me suis toujours sentie investie de la responsabilité de disséminer l’art dans le monde.

Lisa Brawn
Image : Un homme en vêtements de vélo photographie le cheval doré rattaché à la carriole de Lisa Brawn.

Je pensais que j’en avais fini avec tout ça. J’avais ma routine de travail en studio. Puis je suis tombée sur cette carriole indonésienne de vendeur de soupe ambulant et je me suis dit : Come on! C’est irrésistible.

Lisa Brawn lui a ajouté un cheval à bascule doré à la main. L’ensemble est un hommage à l’histoire des colporteurs.

Glace, crème glacée, poêles et casseroles… Pourquoi ne pouvais-je pas faire la même chose?

Lisa Brawn
Image : Des photos dans des emballages transparents.

Lisa Brawn, colporteuse d’art était née. Sur sa carriole, elle a punaisé une version imprimée de ses gravures sur bois en édition limitée.

Des photographies, des collages, des minipeintures se sont ajoutés au fur et à mesure des collaborations avec des artistes invités.

Au total, 1500 petites oeuvres d’art originales et gratuites, offertes aux passants.

Image : Lisa Brawn offre une de ses créations à un cycliste qui s'est arrêté à sa carriole.

Se rendre dans une galerie d’art demande un effort. Et puis, ça semble être de moins en moins une priorité dans la vie des gens.

C’est intimidant, avec un petit côté prétentieux, ajoute une des artistes invitées, Alison Morgan.

Avec ma façon de faire, je démolis toutes les barrières. Il n’y a plus d’obstacles financiers. Les gens n 'ont pas à faire un détour. J'essaie de faire plus de la moitié du chemin pour les rencontrer.

Image : Un gramophone au premier plan, derrière on voit des gens debout et d'autres assis autour de tables d'un café.

La démarche n’est pas si facile pour Lisa. Elle l’avoue, elle est timide.

De plus, la vie d’artiste est souvent solitaire. Enfermée dans son studio à graver le bois, elle pourrait passer des jours sans voir personne.

Image : Deux femmes regardent les créations offertes sur la carriole de Lisa Brawn.

Le public est-il prêt à faire l’autre moitié du chemin? Les bonjours timides de Lisa sont parfois ignorés. Certains passants regardent la carriole de loin sans oser s’approcher. D’autres prennent une petite oeuvre d’art sans un mot.

Dans un monde où l’adage C'est trop beau pour être vrai est répété à tout va, la générosité de Lisa Brawn éveille la méfiance.

Image : Un cheval doré attaché à une carriole sur laquelle sont accrochées des photogra

L'art est souvent un sujet controversé. Chaque sculpture publique est aujourd’hui disséquée dans les médias et les réseaux sociaux. Pas assez beau? Trop cher pour ce que c’est?

Ce n’est pas facile d’attirer le public vers le monde artistique, il y a beaucoup de tension autour de l’art public. C’est une relation difficile. J’essaie d’effacer ces barrières à mon niveau.

Image : Une fillette adossée à la carriole, de côté, esquisse un sourire pendant qu'elle se fait photographier par son père (non visible sur la photo).

Dans cette relation complexe, les enfants sont un pont.

Une fillette d’une dizaine d’années se plante devant l’artiste invitée ce jour-là, Colleen Rauscher. Vous êtes photographe? Moi aussi, je veux être photographe.

Image : Un garçon regarde avec attention le gramophone installé sur la carriole de Lisa Brawn.

Les enfants sont vraiment attirés par la carriole. Je leur donne leur première oeuvre d’art et ils adorent ça.

Ils engagent la conversation et se saisissent avec joie des oeuvres que leur tend l’artiste.

Image : Des passants et cyclistes circulent autour de sa carriole.

C’est un petit morceau de bonheur, une petite surprise. Si on peut avoir une accumulation de petites surprises, cela permettra de changer la perception qu’a le public de la culture.

Lisa Brawn
Image : Atelier-galerie d'artiste.

À l’arrivée du temps froid, le cheval et la carriole ont été remisés dans le garage. Lisa a retrouvé la solitude de son studio où elle poursuit ses gravures sur bois.

Mais sa démarche n’est pas morte, seulement en hibernation. Forte de la réponse positive du public, l’artiste pense déjà à repartir à sa rencontre. Cette fois-ci, le cheval se parera peut-être d’argent plutôt que d’or.

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