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Image : Jessica Cotte peint un mamelon sur le sein de Diane Moreau avant de le tatouer.

Par la nature du sujet, ce photoreportage contient de la nudité.

Par Émilie Richard

Image : Jessica Cotte et Diane Moreau.

Un matin de juin 2006, Diane Moreau se lève et prend rendez-vous avec son médecin, qu’elle voit peu de temps après. Une bosse. Puis, elle passe une mammographie. Deux autres bosses.

À la mi-août, elle reçoit un diagnostic de cancer du sein.

À la mi-septembre, c’est l’ablation. En l’espace de trois mois, elle n’a plus de seins.

Image : Jessica Cotte tatoue les seins de Diane Moreau qui est étendue sur une table.

Deux ans plus tard, grâce à une reconstruction mammaire, elle en retrouve de nouveaux.

Mais, après 13 ans, tout n’est pas parfait aux yeux de Diane. La femme forte et sensible qu’elle est veut retrouver toute sa féminité.

Un matin de septembre 2019, Diane met sa confiance entre les mains de l’artiste-tatoueuse Jessica Cotte. Cette dernière lui dessine ce qui lui manque. Des mamelons.

Image : Jessica Cotte dessine un cercle sur le sein de Diane Moreau.

Être féminine et me trouver belle en me regardant dans le miroir, c’est le souhait de Diane. Retrouver deux mamelons, sans faire disparaître pour autant les cicatrices de sa reconstruction mammaire. Les cicatrices de son cancer.

Diane a trois filles. Émue, elle prend une pause avant de poursuivre. Comme ma plus vieille m’a dit, mes cicatrices montrent que je suis en vie et que je suis là pour elles.

Donc, pas de fleur, de branche ou de dentelle pour camoufler ses lignes blanches, une option parfois choisie par les femmes. Diane ne veut que deux mamelons qui s’apparentent à des vrais.

Image : Jessica Cotte dessine la forme du mamelon.

Mon chirurgien a fait un beau travail, mais ce n’est pas un tatoueur et, avec le temps, ça s’est effacé. Mes mamelons sont rendus la même couleur que ma peau.

Avec l’accord du médecin de Diane et après un premier rendez-vous, Jessica confirme qu’elle peut la tatouer. Il ne faut pas que les tissus soient trop minces pour ne pas les abîmer.

Image : Un sein avec un mamelon dessiné à l'encre rouge.

Jessica se coiffe de sa lampe frontale et se lance. Elle dessine d’abord la forme qu’auront les mamelons « effet trompe-l’œil » de Diane.

Je cherche un point de lumière pour que l’on puisse voir que le mamelon pointe vers le haut et il faut qu’il soit rétracté et non pas dilaté.

Image : Des bouteilles contenant de l'encre.

L’artiste-tatoueuse travaille la couleur goutte par goutte, en mélangeant les différentes teintes.

On dit souvent que la couleur ressemble à la couleur de la lèvre, mais on l’élabore ensemble, si on veut quelque chose de plus ou moins apparent.

Image : Diane Moreau est couchée pendant que Jessica Cotte lui fait un tatouage.

Ça fait près d’un an que la Française, maintenant Sherbrookoise d’adoption, se consacre à son projet de tatouage du mamelon.

J’ai croisé du regard le reportage d’une femme en France qui fait ça. J’ai trouvé que son but était parfait. J’ai cherché ici si quelqu’un faisait ça et, de la façon dont elle le faisait, ça n’existait pas. Je me suis formée à faire ça. Je veux aider les femmes.

Image : Des dessins de mamelons sur des fausses peaux.

Jessica s'est pratiquée pendant des mois sur des fausses peaux, mais aussi sur des vraies, avec l’équipe de Forever Ink, un studio de tatouage où elle travaille quotidiennement.

Elle-même a maintenant trois mamelons sur le mollet. Des collègues ont aussi fait don d’un bout de peau « pour la cause ».

Image : L'appareil de tatouage est utilisé pour dessiner le mamelon sur un sein.

Diane ne fait pas de cas de l’aiguille qui marque sa peau, ou que très peu.

J'ai connu ce qu'était la douleur.

Diane n’a plus de sensation à gauche. Jessica alterne donc entre les deux seins.

Image : Jessica Cotte est penchée au-dessus de la poitrine de Diane Moreau pour lui faire un tatouage.

C’est le médecin de Diane qui l’a mise sur la piste du tatouage. Après plusieurs recherches, notamment sur le web, elle découvre Jessica.

L’artiste-tatoueuse cumule plus de 10 ans d’expérience, mais dans ce contexte, Diane est sa première cliente. Une cliente que Jessica accueille comme une amie. Elle prend le temps de l’écouter et d’échanger avec elle.

J'ai pensé à Diane toute la semaine. J'ai pensé à elle tout le temps.

Jessica est fébrile, mais confiante.

Image : Annie Bélanger et Jessica Cotte sont assises sur un divan.

Jessica collabore avec la Fondation cancer du sein du Québec en Estrie. Grâce au volet initiative communautaire, la tatoueuse verse un pourcentage de sa rémunération à l’organisme.

C’est un gros wow, parce que Jessica, c’est une femme de coeur avec une personnalité extraordinaire. Avoir un projet spécialisé comme ça en Estrie, c’est toute une chance. Si ça peut promouvoir la féminité et augmenter l’estime de la femme, on est là pour ça.

Annie Bélanger, agente de développement pour la Fondation
Image : Diane Moreau a la poitrine nue.

Au bout d’environ deux heures, Jessica termine son travail. La couleur des mamelons va se stabiliser avec le temps.

Un suivi sera fait trois mois plus tard et des retouches seront apportées, si nécessaire.

Image : Diane Moreau et Jessica Cotte pleurent.

Jessica se retire dans un coin pour permettre à Diane de se redécouvrir. Quelques secondes suffisent.

Diane verse des larmes. Jessica aussi.

La couleur, ça me fait penser à mes seins, plus jeune, confie Diane, visiblement émue et satisfaite.

Jessica est soulagée et heureuse.

Image : Diane Moreau regarde ses seins dans un miroir.

Pour elle, mais aussi pour les femmes et les hommes survivants du cancer du sein, Diane a assumé de dévoiler son intimité.

Moi, j'ai décidé d'aider, j'en parle. Je travaille avec le public depuis une quarantaine d'années et dans ma clientèle, il y a des gens qui ont eu le cancer et ma façon de les aider c'était soit de leur donner mon numéro de téléphone ou mon courriel et je leur disais: Si t'as besoin de parler, de crier, de n'importe quoi, je vais être là. En ce moment, je suis là.

Diane Moreau

Et elle rayonne.

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