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Image : Pat Ryan.

Incursion dans le refuge d’isolement de la COVID-19 Spruce Bough, à Yellowknife, qui accueille des personnes en situation d'itinérance et aux prises avec des problèmes de santé.

Un photoreportage de Mario De Ciccio

Image : Alfred Betsidea, un résident du refuge.

Dans une chambre confortable de l’ancien motel Arnica Inn, à Yellowknife, Alfred Betsidea décrit comment il se sent.

Je mange mieux, je dors mieux, mais plus que tout, je me sens très, très heureux!

Une citation de :Alfred Betsidea, résident du refuge

À certaines des personnes les plus vulnérables de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, la pandémie a offert une chambre, un repas et quelques outils pour se reprendre en main. Ici, la pandémie – la raison d'être du refuge – n’est qu’un souci parmi tant d’autres chez les résidents.

Image : Alfred Betsidea, un résident du refuge.

Je ne veux plus retourner à Yellowknife et dormir dans des cages d’escaliers. Je ne veux pas retourner dormir à l’Armée du Salut.

Ne vous y méprenez pas : le refuge se trouve bel et bien à Yellowknife, à quelques minutes de marche du centre-ville. Mais pour Alfred, Yellowknife, c’est la rue. C'est très loin de la chambre qu’il occupe depuis novembre.

Lorsque tu es à Yellowknife, tu n’as rien. Tu es dans la rue. Tu n’as pas d’argent et pas de cigarettes, résume-t-il. Alors qu’ici, tu es en sécurité et tu as toujours des cigarettes. J’ai tellement de chance d'être ici.

Image : Alfred tient une coupure de journal.

Alfred est originaire de Délı̨nę, sur les berges du Grand lac de l’Ours. Il montre avec fierté la photo d’un tournoi de pêche qu’il a remporté lorsqu’il était encore chez lui. Les poissons sont immenses à Délı̨nę.

Des dettes et d’autres circonstances de la vie l’ont mené à Yellowknife et l’ont forcé, ces trois dernières années, à barauder entre les logements incertains de ses amis, les refuges pour sans-abri parfois trop pleins et les rues froides de la capitale ténoise.

Ça fait trois ans que j'ai de la difficulté. Ça fait trois fois que j’attrape une pneumonie. C’est dangereux!

Image : Façade extérieure avant du refuge, fondé dans un ancien hôtel. Un masque de protection par terre, dans la neige.

Le refuge d’isolement a ouvert ses portes en mai dernier pour accueillir les clients des différents refuges de la ville qui sont aux prises avec des problèmes de santé les rendant plus à risque de complications liées au SRAS-CoV-2.

Une façon d’enlever de la pression sur les centres de services aux sans-abri, d’éloigner certains des gens plus vulnérables de la rue et de leur offrir un endroit stable où s’isoler en cas d’éclosion ou de transmission communautaire de la COVID-19.

Image : Un musicien et des gens assis dans une salle commune.

Tout ça, c'était au début de la pandémie, quand le refuge a été mis en place d’urgence. Depuis, ce sont finalement d’autres besoins qui ont été comblés, comme le constate sa directrice, Diana Lubansa.

Certains de ces gens, on n'a qu'à regarder leur apparence physique : ils ont l'air plus en santé, ils sont plus engagés et plus actifs que lorsqu’ils sont arrivés ici.

Une citation de :Diana Lubansa, directrice du refuge
Image : Diana Lubansa, directrice du refuge

Les résidents surnomment affectueusement la directrice « Mama Bear » (maman ours). C’est elle qui leur attribue une chambre et veille sur eux, mais surtout qui prend le temps de les écouter avec compassion.

Pouvoir leur donner [ce soutien] fait toute la différence dans leur vie. Ça leur donne la place et la chance d'avoir du changement. Ça leur permet de penser à autre chose que leur prochain fix [leur prochaine dose].

Et s'il n’y avait pas eu de pandémie et de refuge? Plusieurs d'entre eux auraient continué de traîner en ville, et bon nombre d’entre eux seraient six pieds sous terre, croit-elle.

Image : Portrait de John Smallgeese à l'extérieur du refuge.

John Smallgeese fait partie de ceux qui ont longtemps traîné entre les refuges, le magasin d'alcool et le centre de dégrisement. Aujourd’hui, il a sa propre chambre, son téléviseur, son téléphone et, toutes les deux heures, il peut aller prendre sa dose d’alcool dans la chambre aménagée pour le programme de substances contrôlées.

Ce programme, encadré par les professionnels de la santé publique territoriale, a été instauré pour éviter que les résidents aient à sortir pour acheter de l'alcool et risquent ainsi d'être infectés par le virus.

Dans le cas de John, cela lui a permis de réduire considérablement sa consommation.

Image : Un homme remplit un gobelet avec de l'alcool.

Je suis alcoolique, admet-il. Alors ils me donnent à boire toutes les deux heures, et quand j'ai besoin de cannabis, ils m'en donnent aussi. Le but est de diminuer lentement. Je ne peux pas tout couper d’un coup.

Je me sens mieux. Avant, je ne pouvais pas manger. Mais vous savez, sans l’alcool, j’ai faim!

Une citation de :John Smallgeese, résident du refuge

Image : Jonel Louis-Jean assis à une table avec des bouteilles d'alcool à côté de lui.

Selon les plus récentes statistiques (2019), les Territoires du Nord-Ouest comptent un taux d’hospitalisation lié à l’alcool six fois supérieur à la moyenne fédérale. Pourtant, le programme de substances du refuge est le seul en son genre.

Selon le directeur du programme, Jonel Louis-Jean, l’important est de combiner l’offre des substances à la compassion que les résidents n’ont pas reçue dans la rue.

Nous travaillons pour redonner aux gens ces petits brins d’espoir qu’ils ont perdus. Nous travaillons pour leur dire : vous avez une capacité en vous. Vous n'êtes pas des nuls, vous n’êtes pas inutiles.

Une citation de :Jonel Louis-Jean, travailleur social

Image : Jonel Louis-Jean et Pat Ryan.

Dans la chambre réservée à la distribution des substances, Jonel a l’habitude de prendre le temps de fraterniser avec les résidents du refuge lorsqu’ils passent prendre la dose qui leur a été attribuée.

Certains, comme Pat Ryan, aiment s'asseoir et discuter avec Jonel. C’est cet esprit communautaire du refuge qu'il apprécie.

Image : Pat Ryan.

Avant de venir ici, je voulais surtout qu’on me laisse tranquille. Mais depuis que je suis arrivé, j’ai rencontré des gens que j’aime côtoyer tous les jours. C’est très, très bien.

Une citation de :Pat Ryan, résident du refuge

Le refuge abrite une salle de billard et une salle de couture, et des activités artistiques sont organisées tous les mercredis pour occuper les résidents. À cela s’ajoutent les repas, offerts dans l’aire commune tous les jours.

Image : Diana Lubansa dans le corridor de l'ancien hôtel.

Le refuge et sa directrice ne prétendent pas pouvoir changer complètement la vie des résidents. L’endroit n’est pas pour tout le monde, comme le fait remarquer Diana : certains y emménagent, mais n’arrivent pas à faire la transition et repartent peu de temps après.

À d’autres personnes, comme Andrew Sewi et Joanne Lennie, le refuge a réellement donné une nouvelle chance. Andrew a pu diminuer sa consommation d’alcool et Joanne a pu y travailler comme cuisinière pour payer ses dettes.

Image : Andrew Sewi et Joanne Lennie assis dans le refuge.

Après avoir été longtemps sur la liste d’attente territoriale pour accéder à un logement abordable, le couple compte finalement déménager dans sa propre maison, à Tulita, le village de Joanne.

C’est comme si nous étions ici depuis toujours. Je me sens déjà triste de partir, mais au moins, ce n’est pas trop loin.

Une citation de :Joanne Lennie, résidente du refuge

Ça va être différent, ajoute Andrew. Nous sommes tellement proches des résidents et des employés, ici.

Image : Joanne Lennie dans la cuisine du refuge.

Avant la pandémie, la Société des femmes de Yellowknife avait travaillé pour acquérir l’ancien Arnica Inn afin d’y transformer ses chambres en logements de transition, une solution pour répondre à la crise du logement et au manque de ressources qui affecte les personnes vulnérables dans la capitale ténoise.

La crise de la COVID-19 leur a permis d’obtenir des fonds afin de s’y installer plus tôt, pour mettre sur pied le refuge. Il faudra toutefois encore beaucoup d'efforts et de ressources pour le transformer en un service permanent.

Image : Photo polaroid de la fête de Noël au refuge.

Le gouvernement ténois dit reconnaître la valeur du refuge, même s’il ne garantit pas son avenir après le 30 septembre 2021, quand cessera son financement lié à la COVID-19. Au cours des prochains mois, il évaluera les bienfaits du refuge et de son programme de substances contrôlées.

Mais que ce soit le sourire d’Alfred, l'appétit retrouvé de John ou l'esprit communautaire qui a conquis Pat, les bienfaits ne sont plus à prouver pour les résidents du refuge et ses employés.

La pandémie a été très difficile pour beaucoup de gens, mais ça a aussi mis au monde ce refuge. Nous avons pu sauver beaucoup d'âmes ici.

Une citation de :Diana Lubansa, directrice du refuge

Avec la collaboration de Kate Kyle

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