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Image : Un homme fixe à un poteau électrique le poème suivant écrit en cure-pipes blancs : «L'instinct en laisse».

Le poète aux cure-pipes

Déambuler dans les rues de Rosemont pourrait vous réserver des surprises... poétiques! En effet, si vous portez attention aux poteaux électriques de l'arrondissement, vous y verrez peut-être les poèmes en cure-pipes d'Antoine Desjardins. Rencontre.

Déambuler dans les rues de Rosemont pourrait vous réserver des surprises... poétiques! En effet, si vous portez attention aux poteaux électriques de l'arrondissement, vous y verrez peut-être les poèmes en cure-pipes d'Antoine Desjardins. Rencontre.

Textes et photos par Stéphanie Dupuis

Image : Un homme sculpte des mots avec ses mains dans une cuisine.

Quelques fois par semaine, Antoine Desjardins bricole de petites phrases dans son calepin de notes. Il en choisit une, la sculpte en cure-pipes, la place dans des sacs puis se lance à la recherche d’un poteau électrique de la taille parfaite pour l’agrafer.

Image : Un calepin de notes, une tasse à café rouge, une agrafeuse et un poème écrit de cure-pipes blancs sur une table en bois orangé.

L’amour des mots s’est emparé d’Antoine Desjardins il y a bien longtemps. Ses débuts universitaires en journalisme lui ont vite appris qu’il souhaitait avoir plus de liberté créative dans son écriture. Il a d’abord bifurqué vers l’enseignement au primaire avant de finalement trouver sa voie dans la création littéraire.

« On me reproche toujours d’écrire trop », dit-il d’un air amusé.

Image : Plan rapproché sur les mains d'un homme tenant un cahier de notes dévoilant des courts poèmes.

Les derniers kilomètres de son mémoire en création additionnés de suppléances répétées dans les écoles primaires ont fini par avoir raison de lui : c’est l’épuisement professionnel. Son carnet de notes qu’il aimait tant garnir de proses et de nouvelles littéraires contient maintenant de petits poèmes de tout au plus sept mots.

Image : Un homme en imperméable marche sur un trottoir trempé par la pluie à Montréal.

L’inspiration ne venait plus aussi facilement à l’esprit d’Antoine Desjardins. Il s’est donc engagé dans de longues marches pour s’aérer l’esprit et s’inspirer. C’est alors qu’il déambulait, un peu désemparé, dans son quartier que l’idée s’est présentée devant lui. Sur la terrasse du Cinéma moderne, il y a avait des mots écrits en cure-pipes signés par l’artiste Patsy Van Roost.

Image : Les mains d'un homme forme des lettres avec des cure-pipes blancs sur une table de cuisine en bois orangé.

« J’ai tout de suite trouvé cela amusant. Je suis rentré chez moi et j’ai essayé à mon tour », raconte-t-il.

Même s’il se dit peu habile de ses mains, Antoine Desjardins parvient tout de même à former avec aisance des lettres avec ces tiges aux poils blancs.

Image : Antoine Desjardins a besoin de beaucoup d'agrafes pour fixer ses poèmes sur des poteaux électriques.

Son premier poème lui vient à l’esprit en novembre 2018, quand il croise sur sa route un arbre tranché. Il y agrafe ces mots : Bécqué bobo <3. L’effet est instantané : il retrouve enfin du plaisir dans quelque chose.

Le poète prend son oeuvre en photo et la publie sur son compte Instagram. Il fait de même avec ses quelque 30 poèmes suivants.

Image : Un homme portant une casquette et un imperméable agrafe des cure-pipes sur un poteau électrique par une journée pluvieuse à Montréal.

« Au début, des proches m’écrivaient pour me demander qui faisait ces poèmes. Ils croyaient que je suivais quelqu’un, raconte-t-il. Quand je te dis que c’est vraiment connu que je ne suis pas habile de mes mains! », ajoute-t-il à la rigolade.

Image : Un homme regarde vers un poteau électrique tenant à la main une agrafeuse devant des condominiums.

Il poursuit sa démarche et multiplie les apparitions, mais cette fois-ci, sur des poteaux électriques en bois. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi cet objet de la rue comme terrain de jeu plutôt que les arbres.

« Je suis proche des arbres. Je ne pourrais pas leur faire ça. À preuve! J’ai carrément une jungle chez moi », dit-il en pointant les nombreuses plantes qui peuplent son appartement du boulevard Rosemont.

Image : Un poteau électrique arborant le poème suivant écrit en cure-pipes blancs : «Pucké comme toi.»

En faisant la tournée des poteaux électriques qu’a décorés Antoine Desjardins dans des rues « manquant d’amour » de Rosemont, force est de constater que certains poèmes restent en place, adoptant la couleur du bois. D’autres se détériorent ou sont vandalisés.

Image : Un homme ragrafe une main sculptée en cure-pipes qui s'est détériorée au fil du temps sur un poteau électrique.

Le premier poème que j’ai fait a été vandalisé en quelques heures. J’y suis retourné et j’ai transformé les cure-pipes dégrafés en un nuage pleurant des coeurs. Ça m’a vraiment fait du bien.

Antoine Desjardins

Même s’il est en paix avec ceux qui détruisent ses oeuvres, le poète ne peut s’empêcher de réparer celles-ci.

Image : Un poteau électrique très sombre arborant le poème : « toasté des 2 bords » avec une petite rôtie.

Si, aujourd’hui, Antoine Desjardins agrafe ses poèmes uniquement dans le quartier Rosemont, il n’exclut pas l’idée d’exporter son art dans une autre ville qu’il chérit tout autant : Baie-Saint-Paul.

Image : Un homme souriant est placé à côté d'un poteau électrique inscrivant le poème suivant en cure-pipes blancs : «Un portoloin pour ton cœur en fuite».

C’est empreint de fierté et le sourire fendu jusqu’aux oreilles qu’Antoine Desjardins conclut la marche :

Si tu m’avais dit qu’à mes 30 ans, je serais en train de ‘’ taquer ’’ des poèmes en cure-pipes sur des poteaux électriques, je ne t’aurais jamais cru!

Antoine Desjardins

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