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Image : Une femme de dos dans un salon de tatouage exhibe un dragon coloré dessiné sur son dos.

Canevas humain Porter son art au-delà des tabous

Elle est tatouée sur tout le corps. Seulement ses mains, ses poignets, son cou, son visage et ses pieds n'ont pas été touchés. Michie Kojima pratique l'art du tatouage depuis plus de 15 ans, mais elle le cache toujours à ses parents. Portrait d'une tatoueuse japonaise établie à Vancouver.

Elle est tatouée sur tout le corps. Seulement ses mains, ses poignets, son cou, son visage et ses pieds n'ont pas été touchés. Michie Kojima pratique l'art du tatouage depuis plus de 15 ans, mais elle le cache toujours à ses parents. Portrait d'une tatoueuse japonaise établie à Vancouver.

Un reportage d'Élise Lacombe et Sarah Murphy

Image : Mains gantés d'une femme qui tient un instrument de tatouage en métal. En arrière-plan, des bouteilles de produits désinfectants.

Michie a quitté le Japon, au début des années 2000, pour s’installer d’abord à Prince George, dans le nord de la Colombie-Britannique. C’est là que la dessinatrice a troqué les croquis sur papier pour des canevas humains.

Image : Michie en train de réaliser un tatouage sur le bras d'une cliente.

Depuis que je suis jeune, j’aime dessiner. (...) Mon ancien conjoint est un tatoueur, et son meilleur ami avait un salon de tatouage. Je travaillais à l’accueil pour le salon. Un jour, j’ai commencé à dessiner pour le patron : je devais finir cinq dessins et les lui montrer. Je lui ai dit : “Voici ce que je peux faire, et je suis prête à travailler ici.” C’est comme ça que je suis devenue tatoueuse.

Image : Studio de tatouage avec sur les murs de l'art traditionnel japonais.

Le style de Michie est féminin, délicat et rempli de détails. L’artiste à la silhouette menue a aussi étudié le tatouage japonais traditionnel, style qu’elle utilise de plus en plus dans son studio du quartier Mount Pleasant, à Vancouver.

Je tatoue beaucoup en style japonais sur des personnes qui ne sont pas japonaises. Ça ne me dérange pas. Pour moi, c’est de l'art. Donc, peu importe d'où on vient et peu importe notre passé, on peut avoir n'importe quel type de tatouage. Ce n’est pas à moi de dire aux gens ce qu’ils devraient avoir ou pas.

Michie Kojima
Image : Dragon dessiné sur le dos d'une femme qui est en train de tatouer le bras d'une autre personne.

Le premier tatouage de Michie a été fait au Japon dans les années 1990. Maintenant, elle ne compte plus les oeuvres d’art qui couvrent son corps. Le plus grand tatouage représente un phoenix. Il part des épaules et descend jusque sous les fesses.

Image : Tatouages sur un bras représentant un coeur et l'esquisse d'un symbole avec un coeur au centre.

Bien que ses tatouages soient colorés, Michie n’est pas libre de s’exprimer autant qu’elle le souhaiterait en raison de ses origines japonaises.

Au Japon, les tatouages ne sont pas bien vus. Je dois les cacher. Je ne les montre pas à mes parents ou à ma famille. C’est la raison pour laquelle je retourne au Japon seulement en hiver ou en automne. Comme ça, je peux porter des vêtements plus longs. Ma mère n’est pas très chaude à propos de mon métier. Normalement, on ne parle pas de mon travail.

Michie Kojima
Image : Enseigne du studio de tatouage de Michie Kojima.

Au Japon, l’art du bain est populaire, mais il est interdit d’y aller si on a des tatouages. Pour les touristes, c’est plus flexible, je crois, mais les Japonais qui ont des tatouages, comme moi, ne peuvent pas entrer dans un bain public.

Image : Intérieur du studio de tatouage, avec des lits de tatouage, des affiches sur les murs et au fond de la pièce, et une femme qui tatoue un homme étendu sur un lit de tatouage.

Depuis les débuts de Michie, au début des années 2000, les femmes prennent une place grandissante dans le domaine du tatouage.

Je crois que nous voulons tous que nos clients s’intéressent à nous à cause de notre art, et non de notre apparence. Il y a énormément de femmes tatoueuses qui ont travaillé fort pour se tailler une place dans ce monde dominé par les hommes, et cela a ouvert la porte à beaucoup d’autres, spécialement quand j’ai commencé.

Michie Kojima
Image : Michie en train de réaliser un tatouage sur le bras d'une cliente.

Je ne crois pas avoir été victime de sexisme. J’ai quelques clients qui, quand ils prenaient un rendez-vous pour une consultation sur Internet, ne pouvaient pas dire si j’étais une femme ou un homme. Puis, après, quand je les rencontrais, certains avaient l’air surpris. Je crois qu’ils s’attendaient à voir un tatoueur plutôt qu’une tatoueuse.

Image : Michie nettoie le bras d'une cliente avant de commencer un tatouage.

Quand j’ai commencé, je crois qu’il y avait plus d’hommes au Salon du tatouage de Vancouver. Maintenant, je crois que c’est le contraire, qu’il y a plus de femmes qui font des tatouages durant le Salon. Je crois que cela va améliorer l’industrie du tatouage en apportant une sensibilité et des styles différents.

Image : Une femme de dos dans un salon de tatouage exhibe un dragon coloré dessiné sur son dos.

J’ai longtemps rêvé au jour où je pourrai parler librement de mon métier avec mes parents. Cela fait déjà plus de 15 ans que je le pratique et je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de discuter avec eux, surtout avec ma mère, de mon amour et de ma passion pour le tatouage, de ce que ce travail représente pour moi. Malheureusement, cela ne s’est pas encore fait et je ne suis pas sûre que cela arrivera un jour.

Michie Kojima
Image : Michie de face à côté d'une plante dans un endroit vitré. .

Michie a une petite fille de 4 ans. Lorsque le moment sera venu, l’artiste sera très heureuse de lui donner le nom des meilleurs tatoueurs et tatoueuses si celle-ci veut suivre les traces de sa mère.

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