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Image : « Fermé jusqu'à nouvel ordre, M. Legault », peut-on lire dans la fenêtre d'un établissement licencié.

Si l’essentiel de notre quotidien a gravité autour des aléas de la COVID-19, 2020 ne se résume toutefois pas qu’à la pandémie. Dans l’œil de notre photographe Ivanoh Demers, voici ce qui a marqué le Québec cette année.

TEXTE : VALÉRIE BOISCLAIR

Image : Longue file de clients devant le magasin Costco à Terrebonne.

Le couperet est tombé le 14 mars 2020. L'état d’urgence sanitaire, d'abord déclaré pour 10 jours, s'est prolongé jusqu'à aujourd'hui. Avant même l'annonce des autorités, la ruée dans les supermarchés pour faire le plein de rouleaux de papier hygiénique et de conserves était déjà entamée.

Image : Une voiture de police est seule sur la longue route menant vers la frontière américaine.

Avec la fermeture de la frontière canado-américaine, des commerces et des restaurants, combinée au recours au télétravail, les routes et les espaces publics se sont peu à peu vidés. Le Québec était bel et bien entré dans une ère inédite alors que ses citoyens étaient appelés à rester à la maison.

Image : Des travailleuses de la santé, portant un masque, des gants et une visière, vont à la rencontre d'automobilistes à l'extérieur de la clinique de dépistage.

Les images des centres de dépistage se sont rapidement taillé une place dans notre quotidien. La première clinique a ouvert ses portes le 22 mars, à la place des Festivals, à Montréal. Dans cet endroit hautement symbolique de la métropole, qui accueille d’ordinaire des dizaines de milliers de visiteurs, le silence régnait, se souvient Ivanoh Demers.

Vêtues de masques et de visières, les infirmières accueillaient un à un les automobilistes. Ces images lui ont subitement rappelé celles vues en Italie, où la pandémie avait déjà frappé.

« C’est là que je me suis dit : voilà, ça commence. C’est rendu chez nous. »

— Une citation de  Ivanoh Demers
Image : De profil, François Legault a les mains serrées devant lui. Des drapeaux du Québec sont installés derrière lui.

S’il y a deux figures qui ont accompagné les Québécois tout au long de la pandémie, c’est bien celles du premier ministre François Legault et du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda. Au cours de leurs conférences de presse quasi quotidiennes à la population, ils ont tous deux tenté de rassurer les Québécois, les exhortant à tout faire pour aplatir la courbe.

Image : Les mains juste sous les yeux, le Dr Arruda fixe droit devant lui.

Mises à jour du bilan de la COVID-19, annonces de nouvelles mesures sanitaires pour endiguer la transmission du coronavirus : ces points de presse ont permis aux Québécois non seulement de suivre l'évolution de la pandémie dans la province, mais aussi d'entendre les représentants du gouvernement répondre de leurs décisions.

Image : Un cadavre est évacué du CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval.

Au nombre des reproches adressés au gouvernement, on trouve en tête de liste sa gestion catastrophique des éclosions dans les foyers pour aînés. Depuis le début de la pandémie, environ 15 % des décès liés à la COVID-19 sont survenus dans les résidences pour aînés (RPA) et plus de 60 % dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD).

Des histoires à donner froid dans le dos au CHSLD Herron, à Dorval, et au CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval, où plus d’une centaine de résidents sont morts lors de la première vague, font aujourd’hui l’objet d’une enquête publique du Bureau du coroner.

Image : Une femme pleure devant la porte d'entrée du centre et tend la main aux gens qui lui rendent hommage.

Le 8 avril, des dizaines de pompiers et de policiers ont applaudi et salué à grands coups de klaxons et de sirènes le travail du personnel soignant du CHSLD Sainte-Dorothée, dont la détresse était palpable, explique Ivanoh Demers. « Ce sont des gens qui avaient besoin d’aide, qui avaient besoin d’être encouragés », dit-il.

Image : Une employée de l'hôpital de Verdun.

Le personnel du réseau de la santé étant au bout du rouleau, le gouvernement Legault a lancé au printemps une vaste campagne pour encourager les volontaires à venir leur prêter main-forte.

Comme l'accès aux zones rouges des hôpitaux a rarement été accordé aux médias, l’essentiel des images du personnel soignant ont été prises dans le même cadre : à travers une vitre.

« Cette photo qui remonte à la mi-avril, à l’hôpital de Verdun, je me rappelle l’avoir prise de très loin, raconte Ivanoh Demers. Parmi la centaine de fenêtres de la bâtisse, il y avait cette femme, dans la lune. Elle regardait au loin, l'air préoccupé. »

Image : Une femme portant une jaquette jaune et un masque de protection regarde un homme et quatre femmes par la fenêtre.

Pour protéger les résidents des foyers pour aînés et prévenir les éclosions, l’accès aux visiteurs a été limité, au grand dam de ceux qui ont un parent en CHSLD.

La famille Barroso est l’incarnation du combat mené par les proches aidants. Ses membres ont raconté à Radio-Canada l’angoisse et la solitude de leur mère, Ana, âgée de 91 ans, qui a contracté la COVID-19 dans sa résidence de l’est de Montréal.

Photographiés ici, les sœurs et frère Barroso tentent de profiter, à tour de rôle, d’un petit moment avec elle.

« Ce moment, tout à fait spontané, illustre parfaitement le dilemme auquel étaient exposés les membres des familles qui ont un proche dans une résidence. »

— Une citation de  Ivanoh Demers
Image : Un homme et une femme s'embrassent dans un couloir de l'aéroport.

Année où les retrouvailles auront été plus intenses que jamais, 2020 a forcé tout un chacun à prendre ses distances. Pour les couples qui ne résidaient pas déjà en sol québécois, la situation a été compliquée par la fermeture des frontières.

Vers la mi-octobre, des assouplissements du fédéral ont permis à ceux dont la douce moitié vit à l'étranger, ou qui ne sont ni mariés ni conjoints de fait, de demander une exemption pour mettre le pied au Canada. Et revoir l'être cher.

C'est le cas de Laurence Fafard, qui attendait avec impatience le retour de son amoureux Adam Kudnig, natif d'Australie. Séparés au tout début de la pandémie, ils auront passé 7 mois loin l'un de l'autre.

Image : Une femme porte un masque qui est troué et sur lequel est écrit « fuck le masque ».

Certains ont toutefois décidé de faire fi des mesures sanitaires et des appels à la prudence du gouvernement. Rejetant ce qu’ils jugent être des entraves à leur propre liberté, plusieurs niant même l’existence de la COVID-19, ils ont été nombreux à prendre la rue pour défendre leur « droit de choisir ». Comme de fait, la majeure partie des manifestants ont pris l’habitude de ne pas porter le masque ni de respecter la distanciation physique.

À la fois anti-masque et anti-vaccin, les membres de ce mouvement disent que le gouvernement Legault a perdu leur confiance et réclament des médias une plus grande transparence.

Image : Une femme se tient sur le bord de la route. Elle tient dans sa main gauche un drapeau sur lequel on voit le visage d'une femme autochtone de profil.

Mais bien avant que la COVID-19 ne s’installe chez nous, les Québécois avaient les yeux rivés sur un tout autre problème. Au début de l’année, ce sont les blocages ferroviaires d’un bout à l’autre du pays qui préoccupaient les autorités. La cause défendue par les chefs héréditaires wet’suwet’en, qui s’opposaient à la construction du gazoduc Coastal GasLink sur leurs terres ancestrales, dans le nord de la Colombie-Britannique, a eu des échos jusque dans l’est du pays.

De Listuguj, en Gaspésie, à Kahnawake, près de Montréal, les manifestants, autochtones comme non autochtones, ont bloqué des chemins de fer, défiant les injonctions.

Certains chefs héréditaires se sont finalement entendus avec Victoria et Ottawa. Tandis que les opposants au projet ont interrompu leurs manifestations avec l’arrivée de la pandémie, la construction du gazoduc, elle, suit son cours.

Image : Une femme, le poing en l'air, entourée de manifestants.

Alors que le printemps faisait place à l'été, le meurtre de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans étouffé par le genou d'un policier sous le regard complice de ses collègues, à Minneapolis, a soulevé une vague d'indignation aux États-Unis. Les derniers mots de George Floyd, I can't breathe (Je ne peux pas respirer), ont été scandés d'un bout à l'autre du pays.

Cette colère s'est fait ressentir de notre côté de la frontière, où se sont organisées des manifestations contre le racisme et la brutalité policière. Des milliers de personnes qui ont défilé dans les rues ont appelé le gouvernement à lutter contre le racisme systémique – un concept qui fait toujours débat et que le premier ministre Legault ne cautionne pas.

Image : Le fils de Joyce Echaquan prend son père, Carol Dubé, dans ses bras.

La question du racisme systémique aura été ravivée par la mort tragique de Joyce Echaquan, une Atikamekw de 37 ans dont les derniers moments à l’hôpital de Joliette ont été diffusés en direct sur Facebook. À l’horreur de ces images se sont ajoutées les insultes proférées par le personnel soignant à l’endroit de Mme Echaquan.

En solidarité envers la famille et les membres de la communauté de Manawan, des milliers de personnes ont manifesté afin de réclamer « justice pour Joyce », un slogan qui s’est fait entendre jusqu’à l’Assemblée nationale.

Quelques jours après la mort de sa femme, Carol Dubé a annoncé les recours judiciaires qu'il comptait entreprendre, la voix étouffée par les sanglots. En voyant la douleur de son père, Thomas-James s'est approché de lui et l'a pris dans ses bras.

Image : Une femme en pleurs est enlacée par une dizaine de personnes.

La disparition des petites Norah et Romy, qui ont fait l’objet d’une alerte Amber après avoir été enlevées par leur père, est venue assombrir le mois de juillet. Au terme d'une chasse à l'homme qui aura duré 12 jours, Martin Carpentier a été trouvé sans vie.

Après qu’on eut constaté le décès des fillettes, leur mère, Amélie Lemieux, a convoqué les médias afin de livrer un dernier hommage. « Soyez mes étoiles dans la nuit qui guideront mes pas dans cette douleur incommensurable », a-t-elle dit, le cœur brisé.

Image : Gilbert Rozon marche dans un couloir du palais de justice de Montréal.

C’est cette année qu’ont eu lieu les procès de vedettes québécoises tombées en disgrâce, comme Éric Salvail, Éric Lapointe ou encore Gilbert Rozon. Ce dernier a été acquitté, le 15 décembre, des charges de viol et d'attentat à la pudeur qui pesaient contre lui. Impassible, le fondateur du groupe Juste pour rire avait plaidé non coupable, rejetant en bloc les accusations de la plaignante.

Image : Une préposée fait la forme d'un coeur avec ses deux mains.

À la fin du mois de septembre, les Québécois ont goûté à un sentiment de déjà-vu en voyant certaines régions de la province basculer à nouveau au rouge. La recrudescence des cas de COVID-19 et des hospitalisations dues au nouveau coronavirus ont provoqué la fermeture partielle des restaurants et l’interruption de la majeure partie des activités culturelles et sportives.

Après avoir autorisé les rassemblements sous certaines conditions pour le temps des Fêtes, le gouvernement Legault a finalement changé d’idée en voyant la situation sanitaire se dégrader. Afin de désengorger le réseau de la santé, les Québécois devront passer Noël loin de leurs proches, dans l’attente d’un vaccin.

Celui-ci ne devrait toutefois pas tarder. Les premières doses ont été administrées au Québec le 14 décembre.

Image : « Et si l avenir du monde dépendait de vous? » peut-on lire sur une affiche annonçant la pièce. Un homme masqué marche tout près.

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