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Image : La SSI flotte dans l'espace avec la Terre en toile de fond le 17 avril 2010.

Le 2 novembre 2000, un premier équipage permanent arrivait à la Station spatiale internationale (SSI). C’était le début d’une présence sans interruption des humains dans l’espace. Les Canadiens Robert Thirsk et David Saint-Jacques partagent quelques souvenirs de leurs séjours en orbite.

Par Alain Labelle

Image : La SSI en orbite autour de la Terre.

Pas moins de 114 astronautes ont participé à de longues missions s’échelonnant sur plusieurs mois, dont trois Canadiens. Robert Thirsk fut le premier. Il fut suivi de Chris Hadfield en 2012, puis de David Saint-Jacques en 2018.

Image : Bob Thirsk passe dans le sas ouvert de la SSI.

Le séjour de Robert Thirsk s’est déroulé sur 187 jours, de mai à novembre 2009. C’était la réalisation d’un rêve d’enfant! La Station ressemblait aux maquettes dans lesquelles nous nous étions entraînés sur Terre, mais elle présentait aussi de nombreux éléments visuels, sonores et olfactifs distincts qui nous étaient peu familiers.

Image : Un gros plan de David Saint-Jacques en combinaison spatiale.

David Saint-Jacques a passé 204 jours dans l’espace en 2018-2019, la plus longue mission spatiale à ce jour pour un astronaute canadien. Après l’aventure risquée du voyage en fusée Soyouz, c’était un sentiment paradoxal d’arriver à la maison, en sécurité, malgré la précarité fondamentale de l’endroit! Un peu comme un alpiniste qui frappe à la porte d’un refuge en montagne après une ascension ardue.

Image : Lever du soleil photographié par David Saint-Jacques pendant sa mission spatiale.

 Mon premier lever de soleil spatial était particulièrement émouvant. Notre Soyouz ayant décollé à la tombée du jour, nous sommes arrivés en orbite en pleine noirceur. […] Je m’en souviens encore de manière très claire, ça m’a fait instantanément sortir de mon état d’esprit concentré sur les considérations techniques de pilotage et de surveillance des systèmes. J’ai absorbé le moment, avant de revenir à mes procédures! - David Saint-Jacques

Image : David Saint-Jacques se préparant à son retour sur Terre.

 À l’ouverture de l’écoutille du sas d’arrimage, en voyant les visages souriants de l’équipage […], j’ai été ému par le fait que l’humanité possède un tel avant-poste dans un endroit aussi inhospitalier et éloigné de notre environnement d’origine. Une véritable prouesse du génie humain.

Image : L'astronaute Robert Thirsk durant une période de sommeil.

L’astronaute Thirsk a vécu une première nuit mouvementée dans sa station de sommeil. En fermant les yeux au coucher, j’ai été surpris de voir des éclairs de lumière – comme des étoiles qui explosent toutes les quelques minutes. Je ne savais pas ce qui se passait. Au matin, ses coéquipiers expérimentés lui ont expliqué qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Ces éclairs étaient causés par l’effet du rayonnement cosmique sur la rétine de ses yeux.  C’était vraiment bizarre, mais j’ai appris à ignorer ces feux d’artifice nocturnes.

Image : David Saint-Jacques devant son compartiment-couchette

Son collègue Saint-Jacques a aussi eu de la difficulté à trouver le sommeil lors de la première nuit. On arrive en orbite à la fin d’une journée de travail de près de 16 heures. On est épuisé. Mais l’adrénaline est à son maximum, alors malgré la fatigue il est difficile de s’endormir! Après un moment, tout se place et j’ai dormi très confortablement dans ma petite chambre.

Image : Bob Thirsk installe le matériel requis pour l'exerciseur contre résistance provisoire de la SSI.

L’adaptation de l’astronaute Robert Thirsk à l’apesanteur n’a pas été difficile. Dès mon arrivée à la Station, j’ai rapidement appris à voler avec grâce dans la cabine comme Superman. Après quelques jours dans l’espace, j’ai eu l’impression d’y être né.

Image : L'astronaute David Saint-Jacques en discussion avec une collègue.

Ce fut une autre histoire pour David Saint-Jacques… Ça m’a pris quelques semaines avant d’être vraiment à l’aise en orbite. D’abord physiquement, la microgravité c’est le fun , mais c’est très inconfortable. Le système vestibulaire est déséquilibré […]. On est facilement désorienté et ça donne la nausée. Le système cardio-vasculaire doit aussi se recalibrer, initialement il envoie trop de sang à la tête, et on se sent très congestionné, un peu comme sur Terre si on se met la tête en bas trop longtemps.

Image : David Saint-Jacques aperçu à travers un hublot de la Station spatiale internationale.

 Il y a aussi une certaine désorientation dans le temps parce que le soleil se couche et se lève 16 fois par jour. Il faut régler notre horloge interne par le flot des événements. Psychologiquement, on doit aussi apprendre à vivre sur scène, avec tous nos faits et gestes observés, et aussi à vivre avec le risque permanent de faire une erreur qui pourrait avoir des conséquences graves. - David Saint-Jacques

Image : Le Canadarm2 de la SSI saisit le véhicule de transfert japonais HTV-1.

L’un des moments forts de la mission de Robert Thirsk a été la manipulation du vaisseau cargo japonais HTV-1. Une opération délicate. Comme il s’agissait de la première capture robotique d’un vaisseau spatial en vol libre depuis la SSI, mes coéquipiers et moi avions quelques appréhensions avant sa prise en charge et l’accostage. Mais tout s’est bien déroulé.

Image : Les astronautes canadiens Julie Payette et Bob Thirsk dans la SSI.

Deux compatriotes ont visité Robert Thirsk durant son séjour. Julie Payette, membre de la mission STS-127, est venue prêter main-forte à l’équipage permanent de l’Expedition 20/21 pour réaliser des travaux d’assemblage et apporter des approvisionnements. Les deux astronautes ont ainsi marqué un moment historique en devenant les deux premiers Canadiens à se rencontrer dans l’espace.

Image : Guy Laliberté à bord du module Zvezda de la Station spatiale internationale.

Un touriste canadien de l’espace, Guy Laliberté, a également visité la Station en 2009.

Image : Les astronautes de la mission STS-127 et de l’Expedition 20/21 dans la SSI.

Autre record : lorsque 13 astronautes représentant tous les partenaires de la SSI (7 Américains, 2 Russes, 2 Canadiens, 1 Européen et 1 Japonais) s’y sont retrouvés en même temps pour la première fois, équipages de la navette et de la SSI confondus.

Image : Marc Garneau lors de sa visite dans la SSI.

Outre Julie Payette, d’autres Canadiens ont participé à l’assemblage de la SSI. Marc Garneau fut le premier à visiter un équipage permanent en 2000, puis Steve MacLean en 2006 et Dave Williams en 2007 s’y sont également rendus. Un autre visiteur canadien s’est rendu à la SSI lors de la présence en orbite de Robert Thirsk.

Image : L'astronaute Chris Hadfield et le drapeau canadien, dans la coupole de la Station spatiale internationale.

En 2012, Chris Hadfield est devenu le premier commandant canadien de la SSI pendant la deuxième partie de sa mission de 5 mois.

Image : Chris Hadfield en train de jouer de la guitare dans la coupole d'observation de la SSI.

Guitariste et chanteur accompli, il a notamment produit une vidéo de la chanson Space Oddity de David Bowie qui a fait le tour du monde… terrestre.

Image : Zarya, le premier élément de la SSI.

La construction de la SSI avait commencé en 1998, avec la mise en orbite du module russe Zarya, rejoint deux semaines plus tard par le module américain Unity, puis en 2000 par le module d’habitation pressurisé russe Zvezda.

Image : Photo du Canadarm2 et de Dextre prise par David Saint-Jacques lors de sa mission à bord de la SSI.

Après de nombreux autres vols de vaisseaux américains et russes, le premier laboratoire spatial a finalement été complété en 2011. Les plus importantes contributions canadiennes à la SSI sont les robots Canadarm2 et Dextre, ainsi que la base mobile, une plateforme de transport et d’entreposage.

Image : Le Canadarm2 et la navette Endeavour.

Les astronautes Robert Thirsk et David Saint-Jacques expliquent qu’il n’existe pas de journée type dans l’espace. Chaque jour est unique et chargé. En général, je me réveillais à 6 heures du matin, je commençais ma journée de travail à 8 heures et je la terminais à 19 heures, explique Robert Thirsk.

Image : L'astronaute de l'ASC David Saint-Jacques fait du vélo stationnaire pour une évaluation de son VO2max.

Chaque jour, nous faisons environ 2 heures d’exercice physique, requis pour contrecarrer les effets délétères de la microgravité. Lorsqu’il y a des activités spéciales comme une sortie en scaphandre ou l’arrimage d’une capsule cargo à l’aide de Canadarm2, ça domine l’horaire pour plusieurs jours. On a généralement un jour de libre par semaine; une fois le ménage fait, on peut vaquer à nos projets personnels. - David Saint Jacques

Image : Les membres d'équipage des missions STS-127 et Expedition 20 réunis pour un repas à l'intérieur de la SSI.

Les astronautes entrent en contact avec la famille et les amis au gré de la couverture satellite. Il y a un téléphone IP privé à bord qui nous permet d’appeler n’importe quel numéro de téléphone au sol. Nous avons bénéficié mentalement de ce lien quotidien avec la vie sur Terre, se rappelle Robert Thirsk. Ils profitent également des repas pour manger entre eux.

Image : David Saint-Jacques regarde un match de de soccer féminin opposant le Canada et les Pays-Bas.

Durant les temps libres, le midi ou le soir, j’avais l’habitude d’appeler ma conjointe quotidiennement, et un parent ou un ami différent d’un jour à l’autre. La fin de semaine chaque membre d’équipage a environ une heure pour faire un appel vidéo. C’était l’occasion de rester en contact avec les enfants – j’avais des gaufres déshydratées et du sirop d’érable en tube, alors souvent on déjeunait ensemble virtuellement!, se souvient David Saint-Jacques, qui a même profité d'un moment libre pour écouter un match de soccer féminin opposant le Canada et les Pays-Bas.

Image : La mer des Célèbes et l'Indonésie en Asie du Sud-Est.

L’éloignement de leurs proches demeure le principal élément négatif d’un séjour prolongé dans l’espace. L’entraînement avant le vol et la mission elle-même font qu’on est loin de la maison pendant de longues périodes. Ne pas pouvoir participer pleinement aux activités familiales est difficile, explique Robert Thirsk.

Image : David Saint-Jacques lors de sa première sortie dans l'espace.

Un moment fort de la mission de l’astronaute Saint-Jacques a été sa sortie extravéhiculaire. Pendant plus de 6 heures, j’étais très occupé avec les tâches que j’avais à accomplir, mais la vue de la Terre était hypnotisante et ne cessait d’attirer mon attention. À un moment donné, à l’occasion d’un problème technique, je me suis retrouvé en attente d’instructions, et j’ai pu savourer la vue, seul dans mon casque, satellite isolé de la Terre.

Image : L'astronaute David Saint-Jacques prend une photo par un hublot de la coupole de la Station spatiale internationale.

De l’intérieur de la SSI, le spectacle était tout aussi beau. Je flottais près d’une fenêtre chaque fois que j’avais du temps pour observer notre belle planète. Un orage est un phénomène puissant à contempler. L’observation de la Terre depuis l’espace est l’expérience de vol qui me manque le plus, se souvient Robert Thirsk. 

Image : Photo de Montréal, la ville la plus peuplée du Québec, prise par David Saint-Jacques à partir de la SSI.

La région de Montréal telle que photographiée par David Saint-Jacques lors de ses temps libres.

Image : Aurore au-dessus de la Scandinavie photographiée par David Saint-Jacques lors de sa mission à bord de la SSI.

Les astronautes jouent souvent à deviner la région du monde survolée, sans tricher en regardant la réponse sur le GPS. On finit par devenir pas mal bon! Une chose extraordinaire à voir en orbite, ce sont les aurores boréales. À partir de la SSI, elles sont en dessous de nous, elles ont l’air de filaments de brouillard vert qui dansent au sommet de l’atmosphère, c’est vraiment magnifique. - David Saint-Jacques

Image : Photo d'un coucher de lune a été prise par l'astronaute de l'ASC David Saint-Jacques de la Station spatiale internationale.

Les images de la Terre flottant dans le vide spatial ont contribué à la naissance de la conscience écologique moderne, et l’espace est le meilleur endroit depuis lequel surveiller et gérer la biosphère,  affirme David Saint-Jacques.

Image : Astronautes de cinq pays partenaires de la Station spatiale internationale dans la SSI.

Les astronautes canadiens s’entendent pour affirmer que, au-delà de la recherche scientifique, l’héritage durable de la Station est la réussite d’un partenariat international. Les cinq agences partenaires ont démontré qu’il est possible de surmonter les obstacles sociaux, culturels, économiques et politiques afin de poursuivre une vision commune, explique Robert Thirsk.

Image : Le littoral des Maritimes tel que photographié par David Saint-Jacques à partir de la SSI.

 La collaboration internationale dans l’espace a perduré à travers les bouleversements géopolitiques du 20e siècle. La SSI est un tour de force technologique, mais elle est également un tour de force diplomatique, affirme David Saint-Jacques.

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