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Image : Un homme range des affaires autour de tentes dans un campement d'itinérants.

Pourtant, à Edmonton, comme dans plusieurs grandes villes au pays, ils sont nombreux à vivre dans des campements de fortune. Rencontre avec deux itinérants francophones de la capitale albertaine.

Un photoreportage d'Axel Tardieu

Image : Des tentes dans le deuxième emplacement du Peace Camp dans le quartier d'Old Strathcona à Edmonton.

Ils sont près de 35 000 à vivre dans la rue au Canada. L’automne est une saison qu’ils redoutent. À l'approche de l'hiver, leur priorité est de trouver un toit pour rester au chaud. Entre l’insécurité, l’indifférence des passants et une économie en berne, le nombre de défis à relever est grand.

Image : Un homme avec un masque dans la rue.

Sur la table en plastique installée au milieu du parc Light Horse, des contenants de café sont en libre-service à côté de petits beignets sucrés. Peter, 52 ans, se prépare pour aller au Dollarama acheter de la nourriture pour sa chatte Didi avec les 725 $ qu’il reçoit, chaque mois, du gouvernement provincial. Il ne veut pas donner son nom de famille à cause des stigmas.

« Ma famille ne sait pas que je vis dans la rue. Je ne veux pas leur dire. C’est une question de fierté. »

— Une citation de  Peter, itinérant
Image : Anthony portant un masque assis dehors.

Anthony, lui aussi, préfère taire son nom de famille. Ce Franco-Albertain ne veut pas que sa situation soit connue de ses futurs employeurs. Après des problèmes d’alcoolisme, il s’est retrouvé à la rue en septembre, à l’âge de 47 ans.

« Je ne veux pas aller dans les refuges du centre-ville parce qu'il y a trop de drogués. C’est dangereux. On peut se faire voler toutes nos affaires. Il ne faut pas faire confiance aux gens là-bas. »

— Une citation de  Anthony, itinérant
Image : Des locataires du campement de sans-abris à Edmonton.

Tous les deux se sentent chez eux au Peace Camp, le deuxième campement de personnes sans domicile fixe à s’installer au coeur d’Edmonton depuis le début de la pandémie. Elles sont presque une centaine, réparties dans plus de 50 tentes, posées à trois rues de l’avenue Whyte, une artère commerciale très animée de la capitale albertaine.

Il y a des anciens combattants, des enfants de survivants des pensionnats autochtones, d'anciens ouvriers, des soudeurs, des mécaniciens…, raconte Kevin Bell, bénévole au campement. C’est surtout des gens de l’industrie des sables bitumineux. C’est la première fois qu’on voit des campements comme ça dans la ville.

Image : Un panier d'épicerie contenant des affaires personnelles, notamment des vêtements, de Peter.

Peter a bien connu les pétrolières de Fort McMurray. Il pouvait faire jusqu’à 100 000 $ par année à l’époque. Depuis trois ans, sa vie a bien changé. Elle ne tient plus que dans une tente. Tous les jours, il se réveille à 5 heures du matin pour consulter les offres d’emploi dans deux entreprises de recrutement. Sa compagne et lui passent une nuit dans un hôtel lorsqu’ils réussissent à rassembler assez d'argent, sinon ils sont contraints à faire du « camping ».

« En ce moment, il n’y a pas de travail. J’ai tout essayé. Ce n’est pas un choix de vivre dans une tente. »

— Une citation de  Peter, itinérant
Image : Anthony portant un masque assis dehors.

Anthony, lui, va vivre son premier hiver dans la rue. J’ai juste une couverture. Je porte deux paires de pantalon, trois paires de bas.

Lorsqu’il ne trouve pas de travail payé à la journée, il passe son temps libre au Peace Camp pour socialiser autour du feu. À la fois optimiste et inquiet, il espère mettre rapidement assez d’argent de côté pour pouvoir payer un dépôt de garantie et un premier loyer dans un appartement.

Image : Une itinérante résidente du Peace Camp dans le quartier d'Old Strathcona à Edmonton.

Dans ce campement, plusieurs occupants fuient l'appareil photo et esquivent les regards qu’ils ressentent trop souvent comme un poids. Je suis surdiplômé, mais sans emploi, déplore Anthony, qui a passé six ans dans une université canadienne, avant de partir enseigner l’anglais dans des écoles en Asie.

« Ce n’est pas facile de se promener dans la rue avec toutes tes affaires dans un caddie et voir le regard des gens, d’être humilié à trouver une toilette pour se nettoyer. C’est stigmatisant. Ils pensent peut-être que je suis un drogué, mais les préjugés, ce n’est pas moi qui vais y mettre fin. »

— Une citation de  Anthony, itinérant
Image : Un homme assis sur une table avec une tronçonneuse à la main.

Depuis le mois de mai, Kevin Bell passe plusieurs heures par semaine à aider les personnes marginalisées du Peace Camp.

« Ces gens souffrent de problèmes physiques ou psychologiques et de problèmes de dépendance de drogue ou d’alcool. Il ne faut pas les juger. Il faut les loger pour créer une stabilité et, ensuite, régler les autres problèmes. »

— Une citation de  Kevin Bell, bénévole
Image : Un homme en chaise roulante.

Il existe des associations qui méritent d'être applaudies, selon le bénévole, mais elles ne sont pas toutes adaptées à la réalité de toutes les personnes.

« C'est souvent géré par des services religieux qui ont des règles qui ne collent pas avec le style de vie des itinérants, qui ne sont pas tous en mesure de remplir les conditions pour rester dans ces centres. »

— Une citation de  Kevin Bell, bénévole
Image : Une itinérante résidente du Peace Camp dans le quartier d'Old Strathcona à Edmonton.

Le nombre d’itinérants à Edmonton a diminué de moitié depuis 2008, selon l’association Homeward Trust. Cependant, depuis un an, ce chiffre a augmenté de 20 %.

En attendant la construction de logements sociaux par les autorités et une reprise de l'économie, les occupants du Peace Camp se racontent leur passé cabossé, assis autour du feu, et font le plein de chaleur humaine, avant que leur campement de fortune ne soit progressivement démantelé.

Image : Un itinérant du camp de sans-abris d'Edmonton.

« Je vois ici des exemples extraordinaires de gens que je serai fier d’appeler des amis dans le futur. »

— Une citation de  Anthony, sans-abri

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