Entête de la page, où on y aperçoit l'enseigne des écritaux Grand Motel - Squat - Vacancy

Une oeuvre éphémère pour jeter la lumière sur un immeuble abandonné

Texte et photos par Alice Chiche

18 août 2018

L’artiste de rue Wartin Pantois a encore sévi ces jours-ci en réalisant une oeuvre éphémère pour attirer l’attention sur un immeuble à l’abandon du quartier Saint-Roch, à Québec. L’oeuvre en question, une enseigne au néon semblable à celles qu’on a l’habitude de voir sur les devantures d’hôtels, a été visible durant quelques heures. Récit d’une manifestation artistique où l’expression « éphémère » prend tout son sens.

Texte et photos par Alice Chiche

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Wartin Pantois nous donne rendez-vous à la tombée de la nuit, par une chaude soirée d’été, à l’angle des rues Caron et Sainte-Hélène. L’installation de l’oeuvre, qui détonne avec les collages sur mur auxquels l’artiste nous a habitués, ne prend que quelques minutes. Un simple crochet et une génératrice permettent de lui donner vie.

L'artiste, qui reste dans l'anonymat, s'affère à installer son oeuvre

Allumée, l’enseigne révèle l’inscription « Grand Motel – SQUAT – Vacancy ». Mais ici, pas de chambre à louer pour la nuit. Juste une volonté d’attirer l’attention sur une bâtisse qui tombe en ruines et de lui donner une utilité, le temps d’une soirée.

« J’ai repris le langage des hôtels et des motels. Ce n’est pas une invitation à entrer par effraction, c’est un pied de nez au fait que c’est un bâtiment qui est abandonné », explique Wartin Pantois.

L'oeuvre en cours d'installation

Ce projet, l’artiste y a longuement réfléchi. Après avoir envisagé de recouvrir entièrement le bâtiment ou de projeter des images sur ses murs, Wartin Pantois a finalement opté pour une affiche lumineuse : « Je trouvais que c’est une façon assez simple pour illustrer un propos. »

«  Ça fait plusieurs années qu’il m’énerve cet immeuble et ça s’est concrétisé ce soir », glisse-t-il le regard tourné vers son oeuvre.

Depuis sa vente, il y a plusieurs années, à un promoteur, l’immeuble se détériore, faute d’entretien.

Un passant devant la façade de l'immeuble, où l'oeuvre est allumée.

« Ça fait 12 ans qu’on endure un bâtiment abandonné dans notre quartier », s’indigne Wartin Pantois.

Ce bâtiment, qui abritait auparavant un magasin de la chaîne Omer DeSerres, aurait pu selon lui être rasé et transformé en parc le temps qu’un autre projet voit le jour.

« Les promoteurs immobiliers achètent des immeubles qu’ils laissent à l’abandon afin de pouvoir les détruire et faire des habitations qui s’adressent plus ou moins aux gens du quartier, parce que le quartier est quand même diversifié en termes de revenus. »

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Et l’immeuble devient oeuvre

La lumière jaillit à peine du lettrage que déjà les réactions des passants fusent. Ils s’arrêtent, contemplent. Certains repartent, d’autres s’approchent de l’artiste et engagent une brève conversation.

Des résidents du quartier dénoncent la mauvaise odeur et la pollution visuelle du bâtiment qui tombe en décrépitude.

Deux passants marchent dans la rue een contemplant l'oeuvre.

D’autres s’amusent de voir cette affiche lumineuse sur la devanture de l’immeuble délabré.

Certains racontent avoir vu des gens y dormir. Beaucoup sortent leur téléphone cellulaire pour immortaliser l’oeuvre éphémère.

Devenu presque invisible au quotidien, le bâtiment, grâce à l’enseigne illuminée, sort de l’anonymat et interpelle les passants.

« Même si ce n’est pas mon médium habituel, il reste que c’est quand même ma façon d’intervenir habituelle : placer des éléments perturbateurs ou questionnant dans l’espace public », relate l’artiste de rue.

L'artiste derrière sa caméra

La vie de cette oeuvre a été d’une courte durée. Habitué à faire du travail éphémère, Wartin Pantois a décidé de laisser l’enseigne en place que durant quelques heures.

« Si je la laisse, c’est sûr qu’elle va être volée, abîmée. Ça fait déjà deux heures qu’on est là. Compte tenu du type d’intervention, je trouve ça raisonnable », dit-il avant de se lever et de retirer le panneau lumineux, laissant le bâtiment retourner à l’obscurité de la nuit.

Wartin Pantois vis-à-vis son oeuvre

Alice Chiche journaliste et photographe, Olivia Laperrière-Roy conceptrice, Louis Gagné chef de pupitre.

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