Au lendemain de Seattle

Un important mouvement de protestation
se révèle à Seattle.

Le troisième Sommet des Amériques a eu lieu à Québec un peu plus d’un an après le sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle, l’événement qui a révélé à la face du monde l’existence du mouvement altermondialiste.

À Seattle, c’était la première fois qu’une manifestation arrivait à bloquer la tenue d’un sommet international. Pour les militants de la région de Québec, cet événement représentait non seulement une victoire, mais aussi un grand défi. Tout à coup, le Sommet des Amériques n’était plus vu comme un simple événement protocolaire, mais comme une occasion de discréditer le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).

À partir de ce moment, divers groupes de la société civile ont compris qu’ils devaient se préparer à accueillir à Québec des dizaines de milliers de militants. Des écologistes, des féministes, des groupes de défense des droits sociaux, des syndicalistes, des représentants d’organisations non gouvernementales (ONG), des associations étudiantes, des organisations de solidarité internationale et des partis politiques ont décidé de s’atteler à la tâche pour faire du sommet de Québec un événement comparable à celui de Seattle au point de vue de la mobilisation citoyenne.

Parmi les groupes qui se sont mobilisés, on retrouve Common Frontiers, la Table de convergence de l'opposition pacifiste, Opération Québec Printemps 2001 (OQP 2001), Opération SalAMI, ATTAC-Québec, Alternatives, Convergence des luttes anti-capitalistes (CLAC), le Comité d'accueil du Sommet des Amériques (CASA) et le Black Bloc.

Opération Québec Printemps 2001

En novembre 1999, une manifestation en appui aux militants réunis à Seattle a rassemblé dans les rues de Québec environ 200 personnes. Quelques jours plus tard, des représentants de groupes présents à cette manifestation se sont réunis pour faire un bilan de leur action. Pendant cette réunion, lorsqu’ils ont réalisé que le sommet de Québec était le prochain rendez-vous d’importance des altermondialistes, la coalition OQP 2001 est née.

En peu de temps, la coalition est parvenue à regrouper une trentaine d’organismes et des citoyens de la région de Québec qui voulaient lutter contre la mise sur pied de la ZLEA à l’aide de moyens non violents. OQP 2001 se voulait un groupe ouvert et diversifié, ses membres provenant des milieux syndical, environnemental, étudiant, politique, populaire et communautaire ainsi que du milieu de la coopération internationale.

Éducation citoyenne et mobilisation

Au cours des mois qui ont précédé le sommet, ces groupes ont organisé des séminaires, des manifestations et des camps de désobéissance civile à l'intention de ceux et celles qui voulaient se joindre au mouvement d'opposition à la mondialisation des marchés. La question de la violence divisait les groupes, mais la majeure partie des groupes d'opposition se présentaient comme étant résolument non violents. Les autres disaient prôner le respect de la diversité des tactiques.

OQP 2001 a mis sur pied un comité de formation chargé d’expliquer aux citoyens l’a b c de la mondialisation et, par le fait même, les grandes lignes du projet de Zone de libre-échange des Amériques. À l’invitation de groupes d’étudiants, d’organismes communautaires, de syndicats et de communautés religieuses, les membres du comité ont offert la formation à plus d’une centaine de reprises. « Notre but était d’éveiller la conscience sociale des gens, de les politiser afin qu’ils comprennent pourquoi ils devaient descendre dans la rue lors du sommet », se souvient le président d’ATTAC-Québec, Robert Jasmin, qui faisait lui-même partie du comité de formation.

De semaine en semaine, la mobilisation prenait forme. En plus des formations, des feuillets explicatifs étaient distribués, des bannières étaient fabriquées avec des draps, et des manifestations culturelles et artistiques étaient organisées sous le thème « Non à la ZLEA ». Une chorale féministe, les Amères Noëlle, composait, sur des airs connus, des chants anticapitalistes destinés à égayer la marche pacifique du 21 avril 2001. Les affiches étaient de plus en plus nombreuses à placarder les murs de la ville, et les médias alternatifs anti-ZLEA multipliaient les efforts pour mobiliser la population. Une manifestation contre le périmètre de sécurité s’est tenue quelques semaines avant le sommet et un manifeste contre le Sommet des Amériques et la ZLEA a été lancé par OQP 2001.

Par ailleurs, des consultations menées par des groupes de militants plus radicaux ont conduit à la réunion d’une cinquantaine de groupes de tout le nord-ouest américain. Cette initiative avait pour but de coordonner les actions de tous ces groupes lors du sommet. La principale de ces actions a été la manifestation du vendredi 20 avril, à laquelle ont pris part quelque 7000 militants et qui a mené à la chute du périmètre de sécurité.

Logistique

Les manifestants préparent
leurs affiches.

Les militants altermondialistes ont organisé des conférences de presse pour notamment dénoncer la couverture médiatique de l’événement par les grands médias. Ils affirmaient que ces derniers s’attardaient trop sur les aspects reliés à la sécurité et pas assez sur les répercussions socio-économiques de la création d’une zone de libre-échange des Amériques. Ce type de couverture médiatique, disaient-ils, diabolisait les manifestants. Par conséquent, il devenait difficile pour eux de mettre en place la logistique d’accueil des dizaines de milliers de militants attendus à Québec.

OQP 2001, la CASA, la CLAC et des étudiants ont organisé une campagne d’hébergement citoyen sous le thème « Adoptez un militant », qui invitait les gens de la région de Québec à offrir le gîte gratuitement aux militants de l’extérieur pour une ou plusieurs nuits. Une conférence de presse a été organisée pour solliciter l’aide des autorités. Si les manifestants n’ont nulle part où aller durant la nuit, disaient les responsables de l’hébergement, il y aura davantage de vandalisme au centre-ville de Québec. Ce cri d’alarme a été entendu, de sorte que l’Université Laval a ouvert ses portes à l’hébergement de 3000 manifestants et la Ville de Québec a prêté quelques-uns de ses locaux.

Les bénévoles qui ont assuré le bon fonctionnement de la logistique reliée à la sécurité, à l’hébergement et à la distribution de nourriture ont pris part à des formations données par des infirmières de la Santé publique.

Peu avant le sommet, OQP 2001 a tenu une campagne de relation publique dans le quartier Limoilou, car lors de l’événement, ce secteur de la ville est devenu le point de ralliement de plusieurs milliers de manifestants. Une zone appelée Périmètre de la solidarité y a été aménagée. De nombreuses activités y ont été organisées, dont des débats publics, des conférences, du théâtre de rue et des spectacles musicaux. Ces activités se sont déroulées dans un espace circonscrit afin d’imiter le périmètre de sécurité.

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