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Est du Québec

Mise à jour le mardi 6 mai 2008 à 12 h 31
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Filière éolienne

Enthousiasme, déconvenue et espérances

La Gaspésie ne connaît pas encore toutes les retombées des choix technologiques d'Hydro-Québec pour le développement de 2000 mégawatts (MW) d'énergie éolienne.

Les éoliennes, qui s'érigeront dans les 15 projets de parcs éoliens retenus par la société d'État, seront construites par deux entreprises allemandes, Repower et Enercon.

Ces deux turbiniers ouvriront de nouvelles usines au Québec, principalement dans la zone désignée, soit la région de la Gaspésie-Les Îles et la MRC de Matane. Ce choix reçoit un accueil des plus contrasté dans la région.

Déconvenue

Les municipalités de Sainte-Anne-des-Monts et de Chandler sont déçues. Les deux villes avaient conclu des ententes de principes pour la fabrication de composantes d'éoliennes avec un autre turbinier, AAER.

Usine de fabrication de composantes d'éoliennes

À Sainte-Anne-des-Monts, le directeur de la Ville, Martin Richard, a espéré une bonne nouvelle jusqu'à la dernière minute. « En plus d'une déception, c'est un peu une incompréhension », commente-t-il.

Martin Richard espérait qu'Hydro-Québec choisisse un meilleur partage des avantages du développement éolien en Gaspésie.

La Haute-Gaspésie entend poursuivre les démarches pour tirer profit de l'essor de cette nouvelle filière industrielle dans la région. D'autres rencontres seront à l'ordre du jour, promet M. Richard.

L'amertume était vive aussi à Chandler. Si sa technologie avait été retenue, AAER promettait de créer des centaines d'emplois dans la petite municipalité.

Le maire Claude Cyr admet que le coup est difficile à encaisser: « AAER, c'est quand même les seuls turbiniers canadiens, québécois, c'est important de le dire, mais évidemment on est très déçus. »

La Ville comptait beaucoup sur l'éolien pour entreprendre enfin ses efforts de diversification économique depuis la fermeture de la papetière Gaspésia.

Enthousiasme

La mairesse de Matane, Linda Cormier (archives)

À Matane, l'humeur était tout autre. Quelques heures après l'annonce des projets retenus par Hydro-Québec, le turbinier allemand Enercon confirmait son intention d'implanter sa base industrielle dans la petite ville maritime.

La mairesse de Matane, Linda Cormier, était littéralement ravie: « On est extrêmement satisfaits de la nouvelle, d'autant plus qu'on ne l'attendait pas aussi rapidement. »

Une centaine d'emplois seront créés pour la fabrication de tours en béton et d'assemblage de composantes électriques. L'entreprise investira 30 millions. La directrice de la Société d'aide au développement des collectivités, Annie Fournier, indique que ce résultat n'est pas venu sans effort. C'est deux ans de travail, souligne-t-elle.

Avec la venue d'Enercon, quelque 350 personnes travailleront dans le domaine éolien à Matane.

Espoir

Matane attend aussi de savoir où le second fabricant d'éoliennes s'installera. Le turbinier allemand Repower, qui fabriquera des éoliennes de 2 MW pour cinq parcs, n'a pas encore choisi ses sites d'implantation.

Selon Stéphane Boyer, porte-parole de Saint-Laurent Energies, qui est le promoteur associé à Repower pour la production de 954 MW d'énergie éolienne, le turbinier a besoin de trois installations: « Pour fabriquer les pales, fabriquer les tours et les convertisseurs de puissances. »

Le maire de Gaspé, François Roussy, est optimiste. Selon lui, Gaspé profitera de l'arrivée de Repower dans le marché québécois de l'éolien.

Le maire rappelle que l'usine de pales de Gaspé, LM Glasfiber, travaille déjà pour Repower. Si les deux parties s'entendent pour que Gaspé approvisionne Repower dans le cadre de ce nouveau contrat, ce sera une excellente nouvelle, souligne le maire Roussy.

Les municipalités de la baie des Chaleurs espèrent aussi obtenir leur part des retombées du développement éolien.

La députée de Bonaventure et ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, avoue qu'elle travaille activement à l'établissement d'un troisième pôle de développement éolien dans le secteur. Pour ce faire, la ministre souhaite convaincre Repower de s'installer à New Richmond.

Elle estime avoir bon espoir d'y parvenir: « On peut travailler à partir d'aujourd'hui sur une base extrêmement solide pour créer, je l'espère, un troisième pôle industriel, ce qui est important pour la région de la Gaspésie. »

Pascal Bérubé, député de Matane (archives)

Le député péquiste de Matane, Pascal Bérubé, invite la ministre à un peu plus de retenue: « Pour la suite des choses, ce n'est plus au politique d'agir, c'est surtout une décision d'affaires. »

L'enthousiasme de la ministre est aussi tempéré par le maire de Gaspé. François Roussy souhaite que ce soit la logique économique plutôt que la logique politique qui prédomine. « Les chiffres parlent, et les avantages qu'une ville peut avoir par rapport à une autre, ce sont les industriels qui les constatent », fait-il valoir.

Repower poursuit ses négociations avec les différentes parties. Ses intentions devraient être connues au cours des prochaines semaines.