Rivière des Outaouais : joyau ou dépotoir? | En remontant la rivière

La rivière des Outaouais a joué un rôle fondamental dans le développement de la région de la capitale fédérale, tout comme dans l’histoire de l'Amérique du Nord. Grande autoroute du commerce, des explorateurs et des missionnaires ont emprunté cette voie de navigation, qui a connu des moments difficiles, sinon critiques, au fil de son histoire.

Barrage sur la rivièreUn homme observant les chutes Chaudière (Photo : Archives du Canada)
Dès les débuts de la colonie française, les grands explorateurs ont passé par la rivière des Outaouais. Étienne Brûlé, pionnier de la présence francophone en Ontario, a emprunté ce cours d’eau en 1610. Même Samuel de Champlain, fondateur de Québec, y est passé deux fois, en 1613 et en 1615.

Cependant, la rivière qu’a connue Champlain a été grandement transformée. Au 19e siècle, le fondateur de Hull, Philemon Wright, est arrivé en Outaouais, amenant avec lui le développement de l'industrie du bois.

Rachel Gaulin relate l'histoire de la rivière des Outaouais.
Rachel Gaulin s'entretient notamment avec l'archiviste Michel Prévost pour raconter le passé de ce cours d'eau.

Rapidement, les premiers industriels ont réalisé le potentiel hydroélectrique de la rivière. En 1902, E.B. Eddy installa le premier barrage sur la rivière des Outaouais, en plein centre-ville, aux chutes Chaudière.

Du Témiscamingue jusqu'à l'embouchure du fleuve, la rivière des Outaouais et ses affluents comptent encore aujourd’hui 43 barrages. C’est la construction du barrage de Carillon, dans les années 60, qui a le plus modifié le paysage, approfondissant les baies et inondant des forêts.

Barrages sur la rivière des Outaouais et ses affluentsDes barrages situés sur la rivière des Outaouais et ses affluents.


Pendant que les barrages modifiaient l’allure de la rivière, l’industrie forestière prenait d’assaut le cours d’eau et ses rives. L’Outaouais est devenu la cour à bois des grandes compagnies forestières. Cette effervescence industrielle fut tellement importante qu’elle a été immortalisée sur l’ancien billet de 1 $.

Billet dUn ancien billet de 1$, où l'on peut observer le flottage du bois sur la rivière.
« Tout le long de la rivière des Outaouais, on va développer des scieries. Par exemple, au début du 19e siècle, à Hawkesbury, dans l'Est ontarien, vous avez les plus grandes scieries au monde. Ce n’est quand même pas rien, et on peut vraiment dire que le bois va devenir l'éden de la région, parce qu’avec le temps, on va développer des industries, des scieries. Et c'est ça qui va contribuer beaucoup au développement démographique de la région », explique Michel Prévost, président de la Société d'histoire de l'Outaouais.

Le flottage du bois



Le navigateur de plaisance Francis Lavigne se promène sur la rivière des Outaouais depuis plus de 30 ans. Il se souvient de
l’époque de la drave intensive sur ce cours d'eau.

Pollution sur la rivièreLa pollution dans la rivière est visible sur cette image prise au centre-ville d'Ottawa en 1969.
« Il y avait les débris qui flottaient, mais il y avait aussi l'écorce, la sève qui se lavaient à l'eau. [...] L’eau était d'une qualité très douteuse, on jetait encore de l'égout non traité à la rivière. Il y avait des "gâteaux" qui flottaient sur la rivière, surtout dans le coin de Gatineau et les usines de papier [...]. L'usine de Thurso n’avait pas de traitement des eaux, donc l'eau sentait, et l’eau était d'une qualité telle qu'on ne laissait pas les enfants se baigner », se rappelle-t-il.

Mais les usines n'étaient pas les seules pollueuses à l'époque. Les municipalités aussi envoyaient leurs égouts à la rivière.

Une conscientisation



Puis, l’urgence de la situation s’est fait sentir, et une grande prise de conscience a commencé en 1978. Le gouvernement du Québec a mis en place son programme d’assainissement des eaux avec de nouvelles normes pour les usines, les municipalités et les agriculteurs.

La marina d'Aylmer
Quelques années plus tard, le flottage du bois cessait sur la rivière des Outaouais. Puis, à partir de 1995, les usines de E.B. Eddy, l’ancienne Avelanor, et de James McLaren, à Thurso, ont commencé à traiter leurs rejets.

Du côté municipal, Ottawa a entrepris un programme majeur de modernisation de sa station d’épuration, et la Communauté urbaine de l’Outaouais inaugura la sienne en 1982.

Après des années d’exploitation intensive, la rivière des Outaouais revient peu à peu à la population. Ce sont les villégiateurs qui, aujourd'hui, se la réapproprient.