•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Image : Journaliste qui tient un micro en entrevue avec un producteur qui est appuyé sur un sac d'oignons.

Au cours des cinq dernières décennies, l'émission La semaine verte s'est transformée et a su refléter les changements qui ont touché le monde agricole et l'environnement.

La semaine verte s’inscrit dans la lignée d’une longue tradition d’émissions agricoles sur les ondes de Radio-Canada.

L’émission célèbre cette année sa 50e saison.

S’adressant d’abord et avant tout aux producteurs, l’émission élargira son auditoire en présentant des reportages qui se collent aux préoccupations de chaque époque face à la gestion des ressources renouvelables.

Le paysage agricole a bien changé depuis les débuts de La semaine verte sur nos ondes. Alors que nous comptions au Québec 61 000 fermes en 1970, nous en dénombrons un peu moins de 29 000 à l’heure actuelle.

Il y a 50 ans, 1000 villages côtiers canadiens vivaient de la morue, il n’en reste plus un seul aujourd’hui.

Les défis environnementaux auxquels nous faisons face rendent La semaine verte plus pertinente que jamais 50 ans après sa création.

Image : Homme debout qui regarde la caméra en tenant des feuilles.
Photo: L'animateur Yvon Leblanc commence à animer La semaine verte en 1978. Il en sera l'animateur jusqu'en 2002.  Crédit: Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Au-delà du magazine agricole

Issue d’une fusion entre les émissions Les travaux et les jours et Les quatre saisons, La semaine verte est présentée pour la première fois à la télévision le 5 septembre 1971.

À ses débuts au petit écran, l’émission ne dure que 15 minutes. Elle prendra sa forme actuelle d’une heure le 17 septembre 1972.

La semaine verte suit de près l’actualité rurale. À l’agriculture, aux forêts et aux pêches s'ajoutent les grandes questions environnementales. Chaque semaine, l’émission informe le public avec des reportages, des portraits et des grands dossiers.

Dans cet extrait tiré de la toute première émission télé, l’équipe de La semaine verte couvre une manifestation. Des agriculteurs de l'Union catholique des cultivateurs UCC bloquent une route avec leurs tracteurs.

Pierre Perreault sera le tout premier animateur télé de La semaine verte. Dans ce montage, nous le voyons présenter les sujets de la semaine en 1973. Pierre Perreault s’entretient ensuite avec l’horticulteur Antonin Lebeau, qui présente quelques plantes d’intérieur lors de la chronique horticole du 6 janvier 1974.

La semaine verte à la radio

Le 19 septembre 1970, La semaine verte est diffusée pour la première fois à la radio de Radio-Canada. L'émission radio, qui ne durera qu'un an, sera un tremplin pour la télévision.

La semaine verte radio est au départ animée et réalisée par Marc Perron, Germain Lefebvre et Raymond Laplante, qui résument les nouvelles agricoles de la semaine tant au Québec qu’ailleurs au Canada avec des correspondants situés à Moncton et à Ottawa.

Les actualités agricoles sont suivies d’un grand dossier qui touche les producteurs et l’émission se termine en présence d’un agronome qui vient partager quelques techniques avec les auditeurs.

De 2006 à 2011, Errol Duchaine animera aussi une émission radio de La semaine verte sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada.

Rentabiliser la terre dans les années 1970

Les années 1970 seront marquées par la recherche de la rentabilité en agriculture.

La semaine verte s’intéresse alors aux défis des producteurs qui souhaitent agrandir leurs exploitations agricoles. Expansion, tel est le mot d’ordre en agriculture à cette époque.

Peu à peu, l’agriculture se spécialise, les besoins de la consommation favorisent l’apparition de plus gros producteurs de lait nature.

Charles Dussault, journaliste

En 1974, le journaliste Charles Dussault s’entretient avec Edwin Nadeau, un producteur laitier de Saint-François-de-Madawaska au Nouveau-Brunswick. L'éleveur, qui produit 9500 livres de lait, est insatisfait de sa production. « Va falloir que ça aille plus vite que ça », dit-il. Il affirme avoir commencé il y a quelques mois l’insémination artificielle de son troupeau de 50 vaches laitières, ce qui pour lui représente l’avenir.

Je crois que, dans les années à venir, il va falloir cultiver et travailler comme des industriels et non pas comme de simples cultivateurs ou comme des petits habitants. Je crois qu’on devrait être un peu plus reconnus comme des professionnels.

Edwin Nadeau, producteur de lait nature, 1974


En 1973, l’émission visite les serres de l’Université Laval, qui expérimente la culture de la tomate. Nous en sommes aux balbutiements de la culture en serre au Québec.

À l’intérieur de la structure, l’animateur Pierre Perreault s’entretient avec le chercheur en agronomie Marc J. Trudel. L’agronome lui communique ses conclusions.

Nous en sommes venus à la conclusion que la culture de tomates en serre ainsi que d’autres légumes est possible et pouvait être rentable dans les conditions du Québec. Et aussi que nous devions l’implanter pour le mieux-être de la population agricole.

Marc J. Trudel, Université Laval, 1973

En 1978, l’émission nous fait découvrir un nouveau produit laitier qui fait son apparition sur les tablettes des supermarchés. Les journalistes Lucie Desjardins et Denis Faulkner partent à la découverte du procédé de fabrication et de la mise en marché du yogourt. Une nouveauté dans le monde agricole québécois.

Un nouveau produit laitier a récemment fait son apparition dans le panier de la ménagère, il porte un nom vaguement exotique, celui de yogourt.

Charles Dussault, annonceur à La semaine verte en 1978

L’arrivée d’Yvon Leblanc et l’ouverture sur le monde

C’est en 1978 qu’Yvon Leblanc prend la barre de La semaine verte. Il y restera durant 24 ans. On le voit ici animant sa toute première émission. Nerveux, il peine un peu à trouver dans quelle direction regarder la caméra et y va de quelques hésitations.

L’animateur gagnera rapidement en assurance et son ton calme et posé accompagnera confortablement nos dimanches durant près d’un quart de siècle. Il en va de même pour le thème musical, Paysage, du compositeur Edward-William Welch, qui ouvrira l’émission de 1984 à 2002. Une musique qui évoque le calme des campagnes, la douceur et la fragilité de la nature.

On peut entendre ici le thème bien connu dans cet extrait d’ouverture d’émission du 3 octobre 1993.

Vers la fin des années 1970, La semaine verte souhaitera faire découvrir aux téléspectateurs comment l’agriculture et les ressources naturelles sont exploitées dans différents endroits sur la planète.

La série Terre et moissons nous fera voyager autour du monde. Dans cet extrait, l’équipe s’est déplacée en Chine visiter les fermes d’État fondées par Mao Zedong durant la révolution culturelle chinoise. Le reportage est présenté dans le cadre des Beaux dimanches le 16 avril 1978.

Les équipes de La semaine verte ont également produit des reportages pour la deuxième série de Terre et moissons à la fin des années 1980.

Image : Gros plan de feuilles de chêne en automne.
Photo: Paysage automnal  Crédit: Radio-Canada

Parler d'environnement et s'interroger sur les pratiques

Au cours des décennies 1980 et 1990, les questions environnementales se font plus présentes dans l'actualité. La semaine verte continuera de s'entourer de spécialistes du monde agricole comme elle l’a toujours fait, mais avec ses journalistes, elle prendra de plus en plus la forme d’une émission d’affaires publiques.


Faire la lumière sur les grandes questions écologiques

En 1982, le phénomène des pluies acides inquiète les scientifiques. Ces pluies ont un impact sur la faune, la flore et le milieu agricole.

Des émissions supplémentaires d’oxyde de soufre et d’azote en empruntant le cycle de l’eau contribuent au déséquilibre de tous les écosystèmes.

Jean-Paul Plouffe, narrateur

Un reportage d’André Laprise diffusé le 7 juillet 1982 fait le point sur la situation.

Le reportage explique d’abord l’origine des pluies acides avec des cartes et des schémas. Sont abordés ensuite les effets de l'acidité des pluies sur les milieux aquatiques.

En 1991, on s’interroge sur la toxicité et la dangerosité des pesticides.


Yvon Leblanc présente ainsi un reportage de la journaliste et agronome Pascale Tremblay diffusé le 5 mai 1991.

La dernière révolution verte menée jusqu’ici principalement avec des armes chimiques s’essouffle et dévoile de plus en plus son envers et ses limites.

Yvon Leblanc, 1991

Au Québec, en 1991, on introduit 2500 tonnes de produits pesticides dans l’environnement. Les insectes et les ravageurs peuvent détruire environ le quart des récoltes potentielles. Jean-Yves Lohé, un producteur maraîcher de Sherrington explique que compte tenu des exigences des consommateurs, les producteurs doivent utiliser beaucoup de pesticides.

Autre enjeu environnemental et économique des années 1990, l’avenir des pêcheurs et des communautés gaspésiennes à l’heure où le golfe Saint-Laurent et l’Atlantique Nord se vident de leurs poissons de fond.


Le journaliste André Laprise s’entretient avec un pêcheur de poissons de fond dans un reportage diffusé le 8 novembre 1992.

Martin Castilloux, un pêcheur hauturier qui a investi un million de dollars dans un bateau de pêche, peine à rembourser sa dette. Plusieurs pêcheurs se retrouvent dans la même situation que lui.

Dans ce temps-là, on ne parlait pas de quota, on ne parlait pas de rien de ça. On parlait de pêche ouverte.

Martin Castilloux pêcheur hauturier gaspésien, 1992

En 1987, le Québec et la Gaspésie enregistrent la meilleure saison de pêche de leur histoire, mais de 1987 à 1992, l’industrie du poisson de fond perd 40 % de tous ses débarquements.

En 1992, le gouvernement fédéral décrète un moratoire sur la pêche à la morue. L’année 1994 sonnera la fin de la pêche à la morue, et 1995, celle du sébaste.

C’est en 1992 qu’à lieu le sommet de Rio au Brésil. La semaine verte se rend alors en Amérique latine afin de couvrir cette rencontre historique.

Un événement sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Un sommet de toutes les nations consacré à la survie de la planète. […] Des années après la déclaration solennelle des droits de l’homme, Rio nous donne celle, essentielle, de ses devoirs.

Yvon Leblanc, 1992

Dans cet extrait d’émission, Yvon Leblanc nous décrit le pays hôte et les raisons de cette rencontre internationale. C’est lors du sommet de Rio que sera adopté par les Nations unies le tout premier traité international sur les changements climatiques.

Image : Grange avec silo et vaches dans un champ.
Photo: Paysage rural en été.  Crédit: Radio-Canada

La valorisation et la protection des ressources

En 2001, La semaine verte s’intéresse au paysage agricole, en particulier aux granges qui disparaissent de nos campagnes. L’historien Michel Lessard nous emmène aux quatre coins du Québec découvrir la riche histoire de ces bâtiments de ferme.


Tout un art populaire est lié aux granges. L’historien se désole que les bâtiments de ferme patrimoniaux ne soient pas protégés.

C’est une grande perte au niveau de l’ethnohistoire, du patrimoine québécois, d’activités qui ont forgé le Québec, et à mon point de vue c’est une grande négligence.

Michel Lessard, historien

Une nouvelle image

Le 15 septembre 2002, La semaine verte apparaît sous une toute nouvelle formule.


Nouvel animateur, nouveau thème musical, nouvelle signature graphique, l’émission se réinvente.

Comme le mentionne Errol Duchaine lors de sa première animation, La semaine verte souhaite garder sa raison d’être.

Pour l’essentiel, soyez rassurés, La semaine verte ne change pas. On sait pourquoi vous aimez cette émission et c’est ce qu’on va continuer de vous offrir, c’est-à-dire le monde rural, la grande nature. L’histoire de ses ressources qui font notre monde.

Errol Duchaine, animateur

Voir l’agriculture autrement

La semaine verte s’intéresse à des enjeux comme l’alimentation locale. En 2006, l’équipe se rend au Bic pour découvrir un restaurant où producteur et restaurateur entretiennent un lien bien particulier.


Le reportage Des racines à l’assiette, diffusé le 22 octobre 2006, nous fait découvrir pour la toute première fois le restaurant Chez Saint-Pierre situé au Bic.

Comme le mentionne Errol Duchaine dans la présentation du reportage, cette histoire démontre qu’une autre agriculture est possible. « Une agriculture qui n’est pas que centrée sur la quantité, mais sur la qualité, la diversité et la fraîcheur des aliments. » Le menu élaboré par Colombe Saint-Pierre est composé à 90 % de produits locaux.

C’est une cuisine de vérité. Elle ne ment pas. C’est une cuisine qui automatiquement va être touchante, parce qu’elle est travaillée en ce sens-là.

Colombe St-Pierre, chef propriétaire du restaurant Chez Saint-Pierre

Les producteurs connaissent des succès, mais également des déboires, et La semaine verte est là pour faire état de leur réalité.


En 2008, la crise de la listériose frappe les fromagers du Québec. Étant donné la virulence et la dangerosité de la bactérie Listeria sur la santé humaine, le MAPAQ prend une décision sans précédent dans l’histoire de la fromagerie au Québec.

Des productions complètes sont jetées à la poubelle, des étalages de produits sont aspergés d’eau de javel avant d’être engloutis dans des conteneurs. Un épisode traumatisant et humiliant pour les producteurs, comme le montre le reportage de François Dallaire diffusé le 26 octobre 2008.

Le changement dans la continuité



En 2013, la journaliste Catherine Mercier, qui revient d’un séjour comme correspondante en Chine, prend la barre de La semaine verte. On la voit ici dans sa toute première entrée en matière.

Au cours de la décennie 2010, l’émission poursuit son mandat de suivre l’actualité du monde agricole, des pêcheries et de la foresterie.

Les enjeux tels que la disparition des insectes pollinisateurs, l'accaparement des terres agricoles, la crise de la biodiversité, les cultures OGM, l’impact des changements climatiques sur l’environnement sont abordés chaque semaine à l’émission.

Une passion pour la nature qui perdure depuis plus de 50 ans.

Équipe
Recherche et rédaction : Sophie Caron
Recherche d'archives : Simon Bouchard, Sylvie Cournoyer, Service de gestion des documents de Radio-Canada

Partager la page