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Image : Deux amoureux cousins avec un arbre généalogique dans le dos

Au-delà du tabou

Texte: Elyse Allard | Illustrations: Marie-Pier Mercier

Dans notre société, les tabous d’il y a 100 ans tombent les uns après les autres. Pensons simplement à la façon dont nous concevons aujourd’hui le divorce, l’homosexualité ou la transsexualité. Rares sont les mœurs qui empruntent le chemin inverse : acceptées autrefois, aujourd’hui stigmatisées. C’est le cas de l’amour entre cousins.

Après avoir reçu des témoignages de couples qui cachent le lien familial qui les unit, nous vous présentons un dossier complet sur la question, de l’origine du tabou aux véritables risques de la consanguinité.

Mais d’abord, trois couples de cousins ont accepté de nous raconter leur histoire, dont un à visage découvert.

Image : Deux amoureux s'embrassent
Photo: Amour entre cousins - Chapitre 1  Crédit: Radio-Canada / Illustration: Marie-Pier Mercier

Mon cousin, mon grand amour

Mon cousin, mon grand amour

Geneviève et Stéphane

La photo date des années 1970. Un garçon de 6 ans porte sa cousine naissante dans ses bras. Personne n’aurait pu deviner que, 20 ans plus tard, leurs retrouvailles allaient se transformer en une belle et grande histoire d’amour.

Geneviève Lussier et Stéphane Beauregard sont cousins au premier degré, aussi appelés cousins germains. Le père de Geneviève et la mère de Stéphane sont frère et sœur.

Enfant, Stéphane est timide. Quand on lui pose la question, des années plus tard, il se souvient à peine de la pétillante Geneviève, si différente de lui. Il aura fallu un épisode traumatisant pour les souder l’un à l’autre pour le reste de leur vie.

Stéphane, 6 ans, porte sa cousine Geneviève dans ses bras.
Stéphane, 6 ans, porte sa cousine Geneviève dans ses bras. Photo : Courtoisie : Geneviève Lussier et Stéphane Beauregard

C’est l’été 2000. Geneviève a 21 ans et s’apprête à célébrer son dernier jour de travail avant le retour en classe. Elle reçoit un appel inattendu. Son cousin de l’Estrie est à Montréal avec des amis. C’est tellement rare qu’il passe par la métropole. Geneviève les invite au restaurant où elle se trouve avec des collègues.

Est-ce un verre de trop qui la pousse à complimenter Stéphane avec insistance ce soir-là?

Je n'arrêtais pas de lui dire : “Comme il est beau, mon cousin! Comme il est beau!” L’une de ses amies était même venue me voir pour me dire que c’était déplacé. (rires)

Geneviève Lussier

Sur le chemin du retour, le petit groupe tombe sur un homme couvert de sang et un autre étendu sur le trottoir; un cas de rage au volant qui a mal tourné. Geneviève et Stéphane décident d’intervenir auprès des blessés en attendant l’arrivée des ambulanciers.

Quand ils sont partis, se souvient Geneviève, l’adrénaline est tombée. C’est la première fois qu’il m’a prise dans ses bras. Il n’y avait pas d’amour là-dedans. On venait de vivre quelque chose de vraiment intense et il m’a rassurée.

Dans les jours qui suivent, Geneviève est anxieuse et supporte mal la solitude. Seul Stéphane peut comprendre ce qu’elle a vécu. Pour lui changer les idées, son cousin lui propose de venir passer le reste de l’été chez lui, à la campagne.

Piscine, cocktails, amis, musique. Cet exil de la ville a l’effet escompté.

Il avait sa chambre, j’avais la mienne. C’était l’été. C’était relaxe. On était juste bien, raconte Geneviève.

Un soir de longues discussions, de façon anodine et sans arrière-pensée, elle demande à Stéphane : « Est-ce qu’un gars comme toi pourrait s’intéresser à une fille comme moi? » Son côté timide et réservé la charme, même si elle n’a aucunement l’intention de lui faire des avances.

On savait que ça ne se faisait pas.

Geneviève Lussier

Mais la réponse positive de Stéphane éveille des sentiments que les deux cousins croyaient impossibles. Le lendemain, c’est lui qui prend les devants. Il surprend Geneviève en l’embrassant. Je suis allée aux toilettes et j’ai eu un sale vertige, se rappelle-t-elle, tout s’est mis à tourner.

À partir de cet instant, Geneviève et Stéphane savent qu’ils s’engagent l’un envers l’autre pour la vie. Ils viennent d’une famille unie. Pas question de faire quoi que ce soit qui risque de la diviser. Alors que, pour elle, l’assentiment des proches est une condition sine qua non à la poursuite de cette relation, pour lui, peu importe ce qu’en dira l’entourage : On ne va pas demander de permission.

La première informée de leur amour est la mère de Geneviève. Heureusement pour le couple, tout se passe bien. Même chose pour la mère de Stéphane, qui prend relativement bien la nouvelle. Geneviève craint toutefois le pire pour ce qui est de son père. Comment lui annoncer qu’elle est amoureuse du fils de sa sœur?

Je ne suis pas passée par quatre chemins. Je lui ai dit : “Stéphane et moi, on sort ensemble.”

Geneviève Lussier

Quand elle lui fait cet aveu, l’homme se rassoit dans sa chaise et déclare : Au moins, on sait qu’il vient d’une bonne famille. L’humour désamorce la bombe.

Seule une amie d’enfance de Geneviève réagit plus négativement à la nouvelle : Voyons Geneviève! Il y a toute la planète! Tu n’as jamais eu de difficulté à rencontrer quelqu’un. Pourquoi aller piger dans ta talle familiale? Mais le désaccord s’estompe au bout de quelques jours.

Si les familles l’avaient mal pris, on ne serait probablement pas ensemble, mon amour, conclut Geneviève en regardant, amusée, son conjoint des 20 dernières années. J’aurais probablement insisté, lui répond Stéphane en riant.

L’autre chose à considérer dans leur couple, plus importante encore que l’assentiment des proches, c’est que Geneviève et Stéphane veulent pouvoir fonder une famille. Ils s’entendent alors sur un point : si leur progéniture est à risque, mieux vaut mettre un terme à la relation.

Or, après quelques mois de fréquentation, Geneviève tombe enceinte. Pour être certaine que cet enfant sera en parfaite santé, elle rencontre un spécialiste de l’Hôpital Saint-Justine, à Montréal.

Je suis entrée dans son bureau et il m’a dit : “Qu’est-ce que je peux faire pour toi?” Je lui ai répondu : “Je suis enceinte et c’est mon cousin le père.”

Geneviève Lussier

À sa grande surprise, le médecin lui explique que la consanguinité n’est que très rarement synonyme de tares chez l’enfant. Une simple recherche dans l’arbre généalogique des futurs parents permet de déterminer qu’aucun de leurs proches n’a souffert de graves problèmes de santé. Ainsi, le risque pour leur descendance de souffrir de maladies génétiques ou de malformations est à peine plus élevé que dans n’importe quelle autre famille.

De fait, Geneviève et Stéphane sont aujourd’hui les heureux parents de trois adolescents parfaitement constitués. Deux filles et un garçon remarquablement doués pour les études.

Geneviève Lussier, Stéphane Beauregard et leurs trois enfants.
Geneviève Lussier, Stéphane Beauregard et leurs trois enfants.Photo : Courtoisie : Geneviève Lussier et Stéphane Beauregard

Plus intelligents que leurs propres parents, comme ils se plaisent souvent à le dire.

Malgré les années passées ensemble, Geneviève et Stéphane hésitent encore à révéler qu’ils sont cousins à de nouvelles connaissances, par peur d’être jugés. Ils admettent cependant que leur situation particulière comporte certains avantages.

À Noël, on ne se demande jamais dans quelle famille aller. C’est la même famille. (rires)

Stéphane Beauregard

Isabelle et Cédric

L’histoire d’Isabelle et Cédric* commence bien avant leur naissance. Ils sont respectivement la fille et le fils de Nicole et Diane, deux sœurs qui ont choisi des vies on ne peut plus différentes. L’une fréquente l’église et élève sa famille dans la pure tradition judéo-chrétienne. L’autre fraye avec les motards et a épousé un homme violent.

Les trois enfants de Diane sont d’ailleurs déjà placés en foyer d’accueil lorsqu’elle perd la vie dans un accident de voiture, en 1980. Parmi ceux-ci, il y a l’aîné, Cédric, qui n’a alors que 6 ans. La famille choisit de confier le garçon et ses deux jeunes sœurs en adoption et perd rapidement contact avec les enfants.

Cédric se souvient de sa famille biologique. À 19 ans, le jeune homme, pourtant réservé et timide, décide d’aller cogner à la porte de ses grands-parents maternels. Apprenant qu’il s’y trouve, ses oncles et ses tantes biologiques affluent vers la maison familiale. C’est alors qu’Isabelle, 9 ans, découvre l'existence de ce cousin.

La première image que j’ai de Cédric : il est sur le lit d’eau au sous-sol de mes grands-parents et il se chamaille avec mon frère. Pour moi, c’est surréel. C’est comme de la science-fiction.

Isabelle

Dans les années qui suivent, Cédric continue de fréquenter sporadiquement la famille de sa mère. Comme ce soir de Saint-Jean-Baptiste où il arrive sur une motocyclette. À la vue de ce cousin ténébreux, Isabelle ressent pour la première fois de l’attirance pour lui.

Les deux jeunes adultes passent beaucoup de temps ensemble ce soir-là. À un certain moment, Cédric enveloppe sa cousine de ses deux bras et lui confie qu’un jour, il aimerait rencontrer une fille comme elle. Un geste et une réflexion qui ne manquent pas d’étonner le petit copain d’Isabelle de l’époque : Il est bizarre, ton cousin. Pourtant, même si celle-ci est sensible au geste, Isabelle n’y voit pas une tentative de séduction : Je me suis sentie tellement bien tout à coup. J’ai ramolli. Ça m’est resté, mais pas comme un fantasme.

Quelques années plus tard, Isabelle se marie avec un futur enseignant rencontré sur les bancs d’école. Le soir du mariage, c’est à peine si elle croise le regard de Cédric, qui lui, tombe sous le charme de sa cousine.

À mon retour chez moi, j’ai dit à un ami que j’avais vu un ange. C’est que je la trouvais belle!

Cédric

Un jour, en 2015, tout l’univers d’Isabelle s'effondre. Son conjoint, le père de ses trois enfants, la quitte pour une collègue. À ce moment, Cédric, lui-même père d’un jeune garçon, est séparé depuis quelques mois. Les conditions étant réunies, les deux cousins se rencontrent un soir et la magie opère.

Isabelle monte ensuite dans sa voiture, se disant à quel point ce qu’elle vient de vivre est étrange. Consciente qu’il s’agit de son cousin germain, elle se demande si elle n’est pas en train de devenir folle. Cédric lui envoie un court texto : J’étais bien avec toi. C’est assez pour dissiper ses craintes.

Les cousins se revoient à plusieurs reprises dans les semaines qui suivent et emménagent rapidement ensemble. Mais le doute persiste dans la tête d’Isabelle : Je ne voulais pas faire de gaffes, créer un malaise, parce que ça reste dans la famille.

Elle s’ouvre d’abord sur sa relation à un ami gai, qui l’encourage à sortir elle aussi du placard. Isabelle choisit de le faire en en parlant à une personne de confiance à la fois. Elle se confie à une amie d’enfance, qui ne peut concevoir que deux cousins puissent avoir une relation sexuelle ensemble. Même réaction de la part de son frère : C’est ton cousin! Ça n’a pas de bon sens! Protecteur, il invite sa sœur à reconsidérer la relation.

C’est finalement une tante commune à Isabelle et à Cédric qui se réjouit la première de la nouvelle : Pas besoin d’apprendre à aimer Cédric, on l’aime déjà.

Mais le plus gros morceau reste à venir. Au téléphone, les parents d’Isabelle lui posent directement la question : Es-tu amoureuse de Cédric? La réponse soulève l'indignation du père : Y as-tu pensé? Je l’ai bercé quand il était petit.

Peu de temps après, Isabelle reçoit une invitation à souper pour Cédric, elle et leurs quatre enfants. Ses parents ont décidé de passer l’éponge. Plus jamais ils ne remettront en question le choix de leur fille. Pour ce qui est de sa famille à lui, elle n’a pas eu à se prononcer.

Pour moi, ça ne regardait personne.

Cédric

Aujourd’hui encore, quand Isabelle dévoile à de nouvelles personnes que son conjoint est aussi son cousin germain, un commentaire revient souvent : Ce n’est pas pareil. Vous n’avez pas grandi ensemble. Le contexte de leur rencontre rend peut-être la relation plus acceptable.

Mais il va falloir arrêter de dire ça, croit Isabelle, parce que je ne peux pas garantir que ça n’aurait pas été la même chose si je l’avais connu plus tôt. En fin de compte, elle se réjouit d’une chose : grâce à elle, Cédric est redevenu un membre à part entière de sa famille biologique.

Louise et André

Louise et André* portent le même nom de famille. Pour la plupart des gens qu’ils côtoient, il s’agit d’une simple coïncidence. Mais leurs parents et amis proches savent que le même sang coule dans leurs veines.

En 1994, Louise vit un été qu’elle qualifie de « rock’n’roll ». La femme de 34 ans se sent prisonnière d’une relation toxique avec un homme qui la manipule. Pour lui changer les idées, une tante lui propose une escapade de quelques jours au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Au fil des confidences, Louise réalise qu’elle est profondément malheureuse. En parallèle, sa tante lui parle de son fils André en des termes qui le rendent attrayant à ses yeux : grand, brun, doux, attentif et respectueux. Je me disais : “C’est donc un gars comme ça que ça me prendrait”, se souvient Louise; “un gars comme ça”, et non pas “c’est lui que ça me prend”.

Sur le chemin du retour, elles font escale chez lui, à La Tuque. De toute évidence, la chimie opère dans les deux sens.

J’étais attiré par toi, mais c’était un peu ambigu. C’était particulier. Je me disais : “C’est ma cousine... mais tu m’attires.” (rires)

André

La veille du départ, Louise et André sont seuls, près du feu. Au terme d’une longue conversation qui s’étire jusqu’au petit matin, un rapprochement pudique déclenche une étincelle. Juste ce contact-là, lui tenir la main. C’était vraiment unique, raconte Louise. Un bien-être, une chaleur, une douceur. C’est encore comme ça aujourd’hui. Plein d’amour qui passe là-dedans.

De retour chez elle, Louise rompt immédiatement avec son copain de l’époque. Les week-ends suivants, elle les passe avec André, entre son appartement de Longueuil et La Tuque. C’était comme naturel. C’était facile, se rappelle André. On était faits pour être ensemble.

Très rapidement, Louise et André s’entendent pour ne pas avoir d’enfant. Ce n’est pas dans les plans, ni pour l’un ni pour l’autre. La question de la santé d’une descendance commune ne se pose donc pas pour le couple.

Quand arrive le moment d’annoncer leur relation à leurs proches, une chose est claire : la réaction de l’entourage n’aura pas d’influence sur leur avenir. Heureusement pour eux, tout se passe bien. Les seuls commentaires négatifs viennent, étonnamment, de la sœur cadette de Louise, pourtant réputée pour être ouverte d’esprit.

Elle a dit : “Ouache, ton cousin.” Ça a pris plusieurs années avant qu’elle passe outre le “ouache”.

Louise

André constate d’ailleurs que les remarques désobligeantes et les blagues sur la consanguinité viennent souvent des jeunes de moins de 30 ans. Aujourd’hui encore, les conjoints sélectionnent soigneusement les gens à qui ils révèlent leur véritable lien de parenté. Quand on lui demande si elle a pris le nom de son mari, Louise répond que c’est un hasard et que la vie est drôlement faite.

Vingt-six ans après leur rencontre, Louise et André sont toujours aussi amoureux l’un de l’autre. Jamais leur lien de parenté n’est venu jouer les trouble-fête dans leur couple. Leur relation ferait d’ailleurs l’envie de bien des gens. Ils ont une vie active, voyagent beaucoup et font des projets d’avenir dans la maison qu’ils ont construite ensemble.

Que tu sois cousin, que tu sois gai, je pense que l’amour devrait primer sur le reste. Si tu te sens jugé par tes amis, ne change pas ton couple, change d’amis.

Louise

* Prénoms fictifs

Image : Un arbre généalogique
Photo: Un arbre généalogique  Crédit: Radio-Canada / Illustration: Marie-Pier Mercier

Les véritables risques de la consanguinité

Les véritables risques de la consanguinité

L’article 155 de notre Code criminel indique clairement que les rapports sexuels entre cousins ne sont pas incestueux aux yeux de la loi, comme c’est le cas, par exemple, de ceux entre frère et sœur.

Alors, d’où vient cette conception bien ancrée dans la population selon laquelle l’amour entre cousins peut être mal? Beaucoup diront que la consanguinité augmente le risque de maladies génétiques chez l’enfant, mais à quel point?

Pour distinguer le vrai du faux, nous avons rencontré la chef du service de génétique médicale au CHU Saint-Justine, la Dre Anne-Marie Laberge.

La Dre Anne-Marie-Laberge, chef du service de génétique médicale au CHU Sainte-Justine, à Montréal.
La Dre Anne-Marie-Laberge, chef du service de génétique médicale au CHU Sainte-Justine, à Montréal.Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Dans quelle proportion un enfant issu de cousins germains peut-il souffrir de maladies génétiques?

Il faut savoir qu’à la base, nous sommes tous porteurs de maladies récessives. Tous les couples risquent d’avoir un enfant qui souffre d’une anomalie congénitale ou d’une maladie génétique sévère, dont les mutations doivent provenir des deux parents.

Dans la population en général, de 2 à 3 % des enfants naissent avec ce type d’affections particulières. Chez les cousins germains, comme ils partagent une partie de leur bagage génétique, ils sont donc un petit peu plus susceptibles d’être porteurs des mêmes mutations. Ce risque augmente à environ 5 %.

Est-ce un risque faible ou élevé?

Tout est relatif. Pour certaines personnes, un risque de 5 % peut sembler élevé, alors que pour d’autres, c’est plutôt faible. Si l’on regarde la situation en sens inverse, deux cousins ont 95 % de chances d’avoir un enfant en bonne santé.

Arrangement des chromosomes d'une cellule spécifique d'un individu.
Arrangement des chromosomes d'une cellule spécifique d'un individu.Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Alors, d’où vient cette conception, répandue au sein de la population, selon laquelle des cousins auront nécessairement des enfants malades?

Chez des cousins porteurs d’une maladie génétique, le risque de la transmettre peut effectivement être plus élevé. C’est possiblement après avoir observé ce phénomène dans bon nombre de familles qu’on en est venus à cette conclusion. Pendant longtemps, l’Église a d’ailleurs restreint ces unions.

Or, on réalise que beaucoup d’enfants de cousins vont très bien. La génétique est une science assez jeune. Il y a 100 ans, nous n’avions pas la même compréhension des risques qu’aujourd’hui.

Que dites-vous aux couples de cousins qui veulent concevoir un enfant?

On commence par remonter leur arbre généalogique pour détecter de possibles maladies génétiques connues. On leur pose des questions assez générales, par exemple : « Des enfants sont-ils morts en bas âge dans votre famille? Est-ce qu’un proche parent souffre d’une déficience intellectuelle? De surdité? Y a-t-il quelqu’un en fauteuil roulant dans votre parenté? etc. »

Si l’on détecte une maladie précise dans l’histoire familiale, le risque que les deux cousins en soient porteurs peut être plus élevé. Dans ce cas, on s’assure de bien confirmer le diagnostic auprès de la personne atteinte. Puis, on teste potentiellement les conjoints pour vérifier s’ils peuvent transmettre la maladie.

Par contre, s’il n’y a pas d’affection particulière dans la famille, on se contente d’informer le couple de la légère augmentation du risque d’anomalie congénitale ou de maladie génétique dont je vous parlais précédemment.

Qu’en est-il durant la grossesse?

Durant la grossesse, c’est un peu différent. On recommande aux couples de cousins une échographie plus détaillée du fœtus qui vise à détecter un certain nombre de malformations congénitales. Parfois même, on leur propose une échographie du cœur du bébé si [ce service] est accessible, quoique l’échographie détaillée permet généralement de détecter la plupart des anomalies importantes.

Est-ce que certaines populations sont plus à risque de transmettre des maladies génétiques?

Certaines populations sont effectivement connues pour souffrir de maladies génétiques récessives très spécifiques. On peut rechercher, par exemple, la maladie de Tay-Sachs chez les juifs ashkénazes ou des hémoglobinopathies chez les personnes d’origine méditerranéenne. Il faut cependant avoir des données scientifiques qui démontrent que des maladies sont particulièrement répandues dans ces communautés pour procéder à des tests particuliers.

Est-ce que les maladies récessives chez les personnes originaires du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de Charlevoix sont la conséquence d’unions entre cousins?

C’est un mythe. La présence de maladies récessives au Saguenay n’est pas due à la consanguinité, mais bien à un effet fondateur.

L’effet fondateur est propre aux populations formées, au départ, d’un petit nombre d’individus. Si, par hasard, au sein du petit groupe qui colonise une région, on retrouve plus de porteurs d’une maladie génétique que dans la population en général, le risque que leur descendance en soit atteinte s’en trouve multiplié.

Autrement dit, le Saguenay–Lac-Saint-Jean a été peuplé par un échantillon non représentatif de la population du Québec, dont le taux de porteurs de maladies [comme l’acidose lactique ou la tyrosinémie héréditaire] était plus élevé que dans le reste de la province. Des études ont démontré qu’il n’y avait pas plus de consanguinité proche au Saguenay qu’ailleurs.

Est-ce que l’hémophilie, associée à la consanguinité au sein des familles royales européennes, est également un mythe?

Tout à fait!

L’hémophilie est une maladie liée au chromosome X, donc transmise uniquement par les femmes. Elle n’a rien à voir avec la consanguinité. La théorie veut que la reine Victoria, surnommée la « grand-mère de l’Europe », ait été porteuse de l’hémophilie. Elle l’aurait donc transmise à ses nombreuses filles, qui elles, se sont mariées avec plusieurs monarques européens, et certaines ont mis au monde des garçons hémophiles.

Image : Deux mains qui s'effleurent avec des feuilles entre les doigts
Photo: Amour entre cousins - chapitre 3  Crédit: Radio-Canada / Illustration: Marie-Pier Mercier

Tabou, mais pas interdit

Tabou, mais pas interdit

Si les risques associés à la consanguinité sont plutôt faibles, qu’est-ce qui explique que les couples de cousins fassent l’objet d’autant de préjugés défavorables?

Selon la sexologue Audrée Plamondon, il faut remonter jusqu’au Moyen-Âge pour comprendre ce tabou, qui perdure.

La sexologue en relation d’aide, Audrée Plamondon.
La sexologue en relation d’aide, Audrée Plamondon. Photo : Courtoisie : Audrée Plamondon

Dans notre société occidentale, les unions entre cousins n’ont pas toujours été mal perçues. Au Moyen-Âge, les monarchies européennes vont jusqu’à encourager l’endogamie, soit le mariage au sein d’un même clan, pour conserver le pouvoir et le patrimoine dans la famille. Or, dès le milieu du 18e siècle, la science s’intéresse de plus près aux risques associés à la consanguinité.

Au début, on parlait de pureté du sang, de pureté de la race. Mais au fil des alliances toujours de plus en plus proches dans la parenté, on a constaté les conséquences de la consanguinité et l’on a commencé à la restreindre.

Audrée Plamondon, sexologue

Un cas célèbre de dérèglements génétiques probablement liés au grand nombre de mariages consanguins dans une même famille est celui du roi Charles II. Des chercheurs ont récemment conclu que le degré d’endogamie de la dynastie des Habsbourg d’Espagne pourrait être à l’origine de la faiblesse, tant physique que mentale, de ce roi impuissant et au visage déformé.

Signe que cette époque n'est pas complètement révolue, la reine Élisabeth II et son époux, Philip Mountbatten, duc d'Édimbourg, sont des cousins issus de germains (parenté au troisième degré).

En calculant le degré d’endogamie de la dynastie des Habsbourg d’Espagne, des chercheurs ont conclu que la multiplication des mariages consanguins dans cette famille avait pu être à l’origine des dérèglements génétiques chez le roi Charles II.
En calculant le degré d’endogamie de la dynastie des Habsbourg d’Espagne, des chercheurs ont conclu que la multiplication des mariages consanguins dans cette famille avait pu être à l’origine des dérèglements génétiques chez le roi Charles II.Photo : Juan Carreño de Miranda, Kunsthistorisches Museum Wien

C'est finalement l'Église qui s’acquitte de la tâche de restreindre les mariages entre cousins. Comme la moralité est souvent dictée par la religion, la chrétienté s’est mise à voir d’un mauvais œil ces unions consanguines. Aujourd’hui encore, beaucoup de Québécois et de Québécoises, majoritairement catholiques, y voient une relation immorale et incestueuse, ce qui n'est pas le cas aux yeux de la loi.

Commet un inceste quiconque, sachant qu’une autre personne est, par les liens du sang, son père ou sa mère, son enfant, son frère, sa sœur, son grand-père, sa grand-mère, son petit-fils ou sa petite-fille, selon le cas, a des rapports sexuels avec cette personne.

Article 155 du Code criminel du Canada

Tabou ou pas, selon les cultures

Un tabou n’est jamais universel, mais plutôt culturel, souligne la sexologue Audrée Plamondon. Alors que, dans plusieurs régions du monde, les individus sont encouragés à chercher un partenaire sexuel le plus loin possible du clan familial, certaines cultures valorisent les alliances entre cousins.

Il y a des sociétés dans lesquelles il n’est ni interdit ni mal vu de marier son cousin germain. Il y a également des sociétés dans lesquelles le mariage endogame, avec un cousin germain, est fortement encouragé, explique la professeure au Département de sociologie de l’Université Laval Madeleine Pastinelli. Selon la sociologue, ces unions permettent, entre autres, de maintenir l’héritage dans la famille. La professeure Pastinelli précise que ces pratiques sont davantage liées à des régions du monde, plutôt qu’à des religions.

Fait à noter, le mot « cousin » peut avoir différentes connotations. En français, il fait le plus souvent référence au cousin germain (fils ou fille de l’oncle ou de la tante), alors qu’il en est autrement dans d’autres langues ou dans d’autres cultures. Certaines sociétés vont même jusqu’à établir différentes règles encadrant le mariage, selon qu’il s’agit de cousins de la lignée paternelle ou maternelle.

Qu’en est-il d’un point de vue éthique?

Selon Audrée Plamondon, il est tout à fait correct d’être en couple avec un cousin : Pourvu que les deux conjoints soient consentants.

Mais la « notion de clan » est aussi à prendre en considération, ajoute la sexologue. Une famille pourrait, par exemple, émettre certaines réserves à ce que deux cousins se fréquentent s’ils ont grandi ensemble ou s’ils ont été élevés comme frère et sœur.

Le lien de proximité implique un certain interdit.

Audrée Plamondon, sexologue
Image : Un chapelet accroché à une branche d'arbre
Photo: Amour entre cousins - Chapitre 4  Crédit: Radio-Canada / Illustration: Marie-Pier Mercier

Quand l’Église s’en mêle

Quand l’Église s’en mêle

Si les unions entre cousins ont la vie dure, c’est beaucoup parce que l’Église a longtemps restreint ces alliances pour « protéger les âmes et les corps » de ses fidèles. Un voyage dans le temps est nécessaire pour comprendre l’origine des empêchements de mariage entre des membres d’une même famille.

De Théodose Ier à Vatican II

D’aussi loin qu’on se souvienne, des civilisations du monde entier ont vu d’un mauvais œil les unions au sein d’un même clan. Bien avant que la science ne s’y intéresse, des doutes existaient quant aux possibles tares des descendants de parents consanguins. Dès le 4e siècle, l’empereur romain Théodose Ier défend formellement les mariages entre cousins germains. Au sein de l’Église, il faut attendre encore quelques siècles pour qu’on prenne officiellement position sur le sujet.

Au départ, c’était plutôt laissé à la discrétion de l’évêque. C’était du cas par cas. À partir du 6e et du 7e siècle, on a commencé à structurer davantage les choses.

Monseigneur Simon Héroux, vicaire général du diocèse de Nicolet et docteur en droit canonique
Monseigneur Simon Héroux, vicaire général du diocèse de Nicolet et docteur en droit canonique.
Monseigneur Simon Héroux, vicaire général du diocèse de Nicolet et docteur en droit canonique.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

En 1917, l’Église catholique se dote de son premier Code de droit canonique, qui regroupe pour la première fois l’ensemble des lois, décrets et règles régissant les catholiques. Toutes les questions de la société civile y sont réglementées, notamment le sacrement du mariage.

À cette époque, le droit canonique empêche, entre autres, les alliances entre une personne et tous ses ascendants et descendants en ligne directe (grands-parents, parents, enfants, petits-enfants, etc.) ou en ligne collatérale (frères, sœurs, oncles, tantes, neveux, nièces, cousins, cousines, etc.) jusqu’au quatrième degré de parenté.

L’Église évoque différents motifs pour prohiber ces unions, notamment les lois biologiques de l’hérédité.

Il semble bien que des parents consanguins s’exposent davantage à ce que les enfants soient difformes ou faibles d’esprit, ou encore, les deux à la fois.

Mandements : lettres pastorales et circulaires (1952), Archives de l’évêché de Trois-Rivières

Le premier Code de droit canonique restera en vigueur jusqu’en 1983, année de publication du Code actuel, qui tient compte de la grande réforme opérée par le concile Vatican II.

Entre empêchement de mariage et dispense

Le droit canonique fait état de plusieurs raisons qui peuvent empêcher un mariage.

Parmi celles-ci, il y a la consanguinité, bien sûr, mais aussi l’âge des époux, la diversité de religion (aussi appelée « mariage mixte »), l’impuissance, le lien d’un mariage antérieur ou encore les vœux solennels de religion. L’Église célèbre bien des unions qui contreviennent à ces règles, notamment entre des membres d’une même famille, mais pour ce faire, il faut obtenir une dispense d’empêchement.

Le curé recourt à l’évêque pour obtenir la dispense d’empêchement de mariage.
Le curé recourt à l’évêque pour obtenir la dispense d’empêchement de mariage.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Bien sûr, la consanguinité en ligne directe (entre ascendants et descendants) demeure strictement défendue. Le mariage entre frère et sœur est aussi formellement interdit, mais certains proches parents peuvent convoler en justes noces en étant dispensés par l’Église. C’est le cas notamment des cousins germains, qui peuvent se marier entre eux sans rencontrer trop de résistance.

Jusqu’à la fin des années 1960, l’évêque accorde ces dispenses moyennant quelques dollars. Une enquête prénuptiale permet d’abord de déterminer le degré de parenté qui sépare les deux époux. Ceux-ci doivent ensuite payer une taxe appelée « componende » proportionnelle au lien familial qui les unit, jusqu'au quatrième degré de parenté.

Tarifs des componendes pour obtenir une dispense d'empêchement de mariage avant la réforme opérée par le concile Vatican II.
Tarifs des componendes pour obtenir une dispense d'empêchement de mariage avant la réforme opérée par le concile Vatican II.Photo : Courtoisie : Diocèse de Trois-Rivières

Au diocèse de Trois-Rivières, par exemple, les tarifs des componendes pour une dispense d'empêchement de consanguinité variaient entre 6 et 100 $. Ainsi, un mariage entre un oncle et sa nièce (du premier au deuxième degré), ou entre des cousins germains (du deuxième au deuxième degré), coûtait à l'époque 100 $. L'Église pouvait aussi réduire ses tarifs en fonction de la situation financière des futurs époux.

Le coût était minime. Ce n’était pas exorbitant. C’était plus symbolique qu’autre chose.

Monseigneur Simon Héroux, vicaire général du diocèse de Nicolet et docteur en droit canonique

C’était une manière de faire penser à ceux qui voulaient se marier entre parents qu’il y avait un risque, qu’ils devaient en être conscients. Puis, la décision leur appartenait. S’ils voulaient se marier, on ne les en empêchait pas, précise monseigneur Simon Héroux.

Qu’en est-il aujourd’hui?

Les profonds changements que connaît l’Église catholique à la suite du concile Vatican II sonnent le glas du système des componendes. Cette taxe n’existe plus aujourd’hui, mais les couples de cousins germains doivent encore obtenir une dispense de l'évêché pour se marier.

On est passé d’un monde rural à un monde plus urbain. Aujourd’hui, les jeunes voyagent de plus en plus, ils vont à l’université, alors qu’à l’époque, les gens se mariaient jeunes, et la proximité faisait en sorte qu’on voulait se marier entre parents.

Monseigneur Simon Héroux, vicaire général du diocèse de Nicolet et docteur en droit canonique

Preuve de cette époque révolue, selon le vicaire : Quand je suis arrivé à Nicolet, en 1973, on a célébré 1753 mariages, et sur ce nombre, 19 entre cousins. Plus ça va, plus ça diminue. En 2019, sur 140 mariages, aucune dispense n’a dû être accordée.

Selon le fichier de population BALSAC, construit à partir des actes de l’état civil du Québec, les mariages entre cousins germains ont toujours représenté moins de 1 % des unions dans la province, des années 1700 à nos jours.

Image : Deux amoureux se tournent le dos
Photo: Amour entre cousins - Chapitre 5  Crédit: Radio-Canada / Illustration: Marie-Pier Mercier

Tout est bien qui... ne finit pas bien

Tout est bien qui.. ne finit pas bien

Bien des histoires d’amour entre cousins n’ont rien d’un conte de fées. Le tabou a eu raison de nombreux couples, comme en témoigne l’histoire de Marie-Ève et David*.

C’est jour de noces dans un petit village éloigné des grands centres. David, le cœur léger, s’apprête à y retrouver sa famille élargie.

L’église est pleine à craquer. Dans la mi-trentaine, David se sent comme le mouton noir de la famille. Artiste et rebelle, la maison, le chien et les enfants ne sont pas pour lui. Dans le vestibule, il remarque une jolie femme et reconnaît tout de suite les traits de sa cousine Marie-Ève, qui n’est plus la petite fille qu’il a connue. Leurs regards se croisent. C’est le coup de foudre.

Dans les semaines qui suivent, les cousins multiplient les occasions de se revoir. Entre eux, une tension sexuelle palpable. L’interdit décuple le désir qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Jusqu’à ce qu’un soir, toutes les barrières tombent.

C’était vraiment intense, phéromonal. J’avais rarement connu ça.

David

Leur attirance est plus forte que le tabou, mais pas assez pour vivre leur amour au vu et au su de tous. Si certains de leurs amis devinent le lien qui les unit, leur famille, elle, ne doit rien découvrir. S’ensuit une longue série de mensonges et d’évitements pour masquer toute trace de leur histoire.

Dans une ère où tous les aspects de nos vies sont documentés sur les réseaux sociaux, Marie-Ève et David font figure d’absents sur la toile pendant les deux ans que dure leur relation. Même les photos de leurs nombreux voyages demeurent jalousement gardées dans leur téléphone intelligent. David, en particulier, tient mordicus à ce que son oncle n’apprenne jamais qu’il « couche avec sa fille ».

Il y avait tout le temps le stress de faire une gaffe et que ça mette la chicane dans la famille.

David

Au fil du temps, le secret viendra user leur relation, jusqu’au point de rupture. Un printemps, Marie-Ève et David décident d’organiser une sortie à la cabane à sucre avec quelques membres de la famille triés sur le volet. Ils espèrent secrètement qu’on devinera qu’ils sont en couple sans qu’ils aient à l’annoncer.

Ce jour-là, les cousins laissent tomber des indices révélant la nature de leurs sentiments. Arrivés ensemble, ils s’assoient côte à côte et font une longue marche en forêt. Pourtant, c’est l’omerta. Personne n’aborde le sujet. Personne ne pose de questions.

On testait la famille, et on n’a pas eu de feed-back. Ils n’ont rien voulu voir. On a présumé que les gens allaient mal le prendre.

David

Arrive le projet d’acheter une résidence commune. La question de la transparence envers leurs proches revient alors les hanter. Difficile de devenir copropriétaires sans dévoiler toute la vérité. D’un commun accord, Marie-Ève et David décident de rompre. C’est beaucoup moins compliqué ainsi.

Il vivra, pour sa part, un grand chagrin d’amour mêlé à un sentiment d’injustice : On se mettait beaucoup de poids sur les épaules par rapport au tabou, qu’on n’a jamais vérifié.

Des années plus tard, David est toujours célibataire. Marie-Ève, elle, a refait sa vie avec un autre homme. Même si le cousin se réjouit du bonheur de sa cousine, il ne peut s’empêcher de se faire la réflexion suivante : Avoir vu ton article avant, peut-être qu’on serait encore ensemble…

* Les prénoms et les lieux ont été changés pour respecter la volonté du couple.

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