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Image : Un chaton blanc et gris dans les mains d'une femme souriante.

Un texte de Roxane Léouzon

Elles offrent un toit — et parfois même des condos de luxe —, le biberon, des soins palliatifs et tout leur amour à des dizaines de chats par année. Elles consacrent des milliers de dollars à leur bien-être. Elles les préfèrent parfois aux humains. Sont-elles des crazy cat ladies? Absolument, et elles s'en revendiquent fièrement!

***

Dans l’imaginaire collectif, la crazy cat lady, ou « folle aux chats », est souvent une vieille dame esseulée, n’ayant pas toute sa tête, macérant dans une odeur d'ammoniaque avec un nombre insoutenable d’animaux.

Vous aimez tellement ces jolies bêtes aux yeux en amandes que vous avez peur de vous retrouver dans cette situation? Ne paniquez pas. Certaines personnes réussissent à transformer ce penchant excessif en une oeuvre utile. Elles cajolent sans cesse de nouvelles créatures au poil soyeux, et ce, en toute salubrité.

Partout au pays se trouvent des individus et des petits groupes qui sauvent des chats et des chiens dans leur propre foyer. Certains travaillent de façon officielle, comme organismes sans but lucratif ou refuges. D’autres passionnés le font de manière — disons — artisanale. Ce qui les caractérise tous est l’affection pour les animaux et la bonne volonté, selon la directrice générale de la Société pour la prévention de la cruauté faite aux animaux (SPCA) de l’Outaouais.

Tout le monde a sa place et sa raison d’être. On devrait travailler en synergie et en harmonie, parce qu’on a tous le même but, soit de sauver de plus en plus d’animaux, estime France Dubois.

Débordée, la SPCA de l’Outaouais transfère à d’autres refuges environ 1000 animaux par année sur les milliers qu’elle reçoit. Les animaux très mal en point et les chatons naissants, par exemple, sont souvent confiés à des citoyennes qui en font leur spécialité. Ces dernières investissent parfois beaucoup d’argent sur un seul individu.

Ces refuges maison sont particulièrement sollicités cet été, alors que la SPCA de l’Outaouais est forcée de réduire ses services en raison de la pandémie de COVID-19.

Sans les bénévoles qui les composent, surtout des femmes, beaucoup de petits chefs-d’oeuvre à moustaches n’auraient pas survécu. En voici quelques-unes pour vous inspirer.

Image : Un chat orange et noir couché.
Photo: Zora souffre d’ataxie sévère depuis qu’elle est toute petite. « On m’avait dit qu’elle ne marcherait probablement jamais. Alors on lui a fait une chaise roulante. On a fait de l’aquathérapie pour renforcer ses muscles de jambes. Maintenant, elle se déplace. »  Crédit: Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

La pouponnière de Mamoushka

La pouponnière de Mamoushka

Derrière le grand sourire de Leeann Lafond se cache une immense fatigue. Entre la fin février et la mi-juillet, la Gatinoise s’est occupée de 67 chatons orphelins.

Mon conjoint est très compréhensif, parce que, des fois, j’ai 25 boules de poil qui courent partout!

Leean Lafond, propriétaire du Refuge d’espoir pour chatons errants

Leeann n’a pas d’emploi rémunérateur. Le refuge l’occupe sept jours sur sept, au moins de 5 h à 22 h, mais ne génère pas de profit. Elle effectue toutes les tâches toute seule, mis à part un peu d’aide de son conjoint, Paul, à ses côtés depuis 19 ans. À quel point faut-il aimer les chats pour poursuivre un tel travail?

Ça prend une folie des chats pour faire ça. Mais j’ai aussi une famille et je dois me réajuster pour lui donner du temps. Parce que je vis pour mes chats. Je suis bien là-dedans.

Leean Lafond, propriétaire du Refuge d’espoir pour chatons errants
Une femme souriant qui regarde vers la gauche.
Leeann Lafond a aménagé un refuge pour chatons dans sa propre maison.Photo : Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

C’est dans sa propre maison que Leeann a aménagé son refuge, étant titulaire d’un permis du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Elle y accueille depuis trois ans les chatons qui lui sont signalés par des citoyens ou par d’autres refuges.

Certains bébés n’ont que quelques heures à peine quand ils lui sont confiés. Une grande partie d’entre eux arrivent malades, en hypothermie, rongés par les parasites. Le petit Ikitaï, par exemple, seul survivant d’une portée de quatre, a causé bien de l’angoisse à Mamoushka, comme l’appellent son entourage et ses fans sur Facebook.

Un chaton qui se fait nourrir au biberon.
Le petit Ikitaï a été nourri au biberon.Photo : Avec la gracieuseté de Leeann Lafond

Deux fois, je suis arrivée près de l’incubateur et je pensais qu’il était mort. Je ne voyais pas sa respiration tellement il était faible, explique celle qui a suivi plusieurs cours en soins des animaux au Collège Boréal, à Sudbury et au campus d’Alfred de l’Université de Guelph.

Ikitaï a contracté la panleucopénie féline, un virus mortel et hautement contagieux dont les symptômes s’apparentent à ceux d’une gastro-entérite. Il a dû suivre un traitement et un protocole de sécurité sévère pour éviter qu’il ne transmette sa maladie aux autres bébés. Aujourd’hui, le minuscule chaton tout gris se porte à merveille.

Plus tôt cette année, Shanghai a aussi reçu des soins intensifs. Le chaton blanc et gris, trouvé dans la rue sans sa maman, avait un rétrécissement de l’anus qui l’empêchait d’évacuer ses selles.

Un petit chaton blanc.
Shanghai est maintenant en bonne santé.Photo : Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

Allers-retours au vétérinaire, laxatifs, lavements, deux opérations, médicaments antidouleur : ses traitements ont coûté environ 1500 $. Leeann paie ce genre de soins grâce à des dons et à la fabrication de bijoux qu’elle vend par l’entremise de sa page Facebook, qui compte plus de 4000 abonnés. La grande cinquantenaire les abreuve d’ailleurs de photos et de vidéos de ses protégés poilus.

Une maison de réadaptation pour chats

Le rez-de-chaussée de son bungalow est une véritable pouponnière. On fait des sacrifices et on a descendu nos chambres en bas, souligne la mère de deux enfants, aujourd’hui adultes.

On pourrait penser qu'une odeur de litière constante règne dans sa maison, mais non, ça sent bon le désinfectant. Leeann raconte qu’elle nettoie les lieux tous les matins.

Tout près de la salle à manger se trouve la salle néonatale. On y trouve des incubateurs oxygénés munis de coussinets chauffants.

Ils doivent se maintenir à une température de 30 degrés Celsius la première semaine, parce que, normalement, la mère ne les quitte pas et les réchauffe, explique Leeann en brandissant un toutou dans lequel un mécanisme imite le battement de coeur d’une chatte. Pendant les quatre premières semaines, on les met là et on les sort seulement pour les nourrir et les stimuler pour faire leurs besoins.

Mamoushka doit d’ailleurs se lever toutes les trois heures pour leur donner le biberon. J’adore biberonner. Je suis fatiguée après mon quinzième biberon, mais je vais me coucher et je me lève avant que mon réveil sonne, assure Leeann.

Juste à côté se trouve la salle d’examen, où l’état de santé des petits est évalué à leur arrivée et tout au long de leur séjour. Un vétérinaire partenaire vient régulièrement sur place, notamment pour leur administrer des vaccins.

Lorsqu’ils sont assez grands et en santé, les résidents vont vivre dans la chatterie, une sorte de parc d’attractions pour félins. Les chatons y courent à travers les jouets multicolores, grimpent sur des modules de diverses hauteurs, explorent un tunnel et se promènent sur un pont suspendu.

À 10 ou 12 semaines, ils sont disponibles pour adoption. Leurs nouvelles familles doivent payer 200 $, ce qui couvre le prix des vaccins, des vermifuges et de la stérilisation. C’est un prix semblable à celui de la SPCA.

Quand ils quittent, ils partent avec un petit bout de mon cœur, parce que je les ai aimés comme s’ils étaient mes enfants.

Leean Lafond, propriétaire du Refuge d’espoir pour chatons errants

Les chats ont été sa source de réconfort après qu’elle a fait deux hernies discales, découvert qu’elle souffrait d'arthrose dégénérative de la colonne vertébrale et déposé ses ciseaux de coiffeuse, après 28 ans de pratique.

Je n’ai pas eu besoin d’antidépresseurs, parce que les chatons sont une thérapie naturelle. Je voyais le bien que je leur faisais à eux, mais je me rends compte que j’avais besoin d’eux et qu’ils me faisaient autant de bien, sinon plus.

Leeann n’est pas près de manquer de chatons dans sa vie. Son refuge étant plein à craquer, elle doit souvent en refuser, à contrecœur.

Image : Une femme souriante qui flatte un gros chat noir.
Photo: Juliana Lepoutre a aidé à sauver 44 chats en deux ans.  Crédit: Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

La maison de retraite de Juliana

La maison de retraite de Juliana

Nous sommes des crazy cat people, lance candidement Juliana Lepoutre dans l’entrée de la grande maison qu’elle partage avec sa belle-mère. Partout où l’œil peut se poser figure une décoration – photo, tableau, sculpture - liée aux félins.

Avant même d’entrer chez elle, à Rockland, dans l’Est de l’Ontario, le visiteur est averti que des amoureux des chats y résident. Sa voiture porte deux autocollants en forme de pattes, sur lesquels on peut lire « Miaou » et « J’aime mon chat ».

À l’inverse de Leeann, Juliana accueille essentiellement des chats vieillissants. Ces derniers demandent plus de soins, suscitent moins d’intérêt auprès des adoptants et courent plus le risque de finir euthanasiés dans des refuges. Selon un sondage de Humane Canada, la fédération de SPCA et de Humane societies du pays, 18 % des chats reçus dans ces refuges, soit plus de 20 700, ont été euthanasiés en 2016. Dans la grande majorité des cas, c’est leur état de santé qui était en cause, mais le manque d’espace a joué un rôle dans 8 % des euthanasies.

J’ai pris Magnum d’un refuge de Montréal, juste avant la date où il devait être euthanasié. Il est plutôt timide, dit Juliana en désignant un matou noir et blanc blotti dans une cabane rembourrée, qui a été adopté depuis notre visite.

Les refuges québécois débordent — notamment en raison, selon elle, du fait que les propriétaires sont en droit de refuser les animaux domestiques de leurs locataires.

L’organisme Furry Tales Cat Rescue, pour lequel elle est bénévole, vient à la rescousse de nombreux chats du Québec. Les animaux offerts pour l’adoption sont présentés sur le site web et la page Facebook de cet organisme basé à Smiths Falls, en Ontario.

Juliana sert de famille d’accueil pour des aînés jusqu’à ce qu’ils trouvent une vraie famille. Et cette tâche n’est pas de tout repos! Au moment de notre entrevue, trois chats abandonnés vivent chez elle, en plus des cinq dont elle est propriétaire.

Elle doit vider régulièrement une vingtaine de litières et remplir autant de bols de nourriture, en plus d’administrer des médicaments et de jouer avec les félins. Heureusement, son travail à domicile lui permet de leur accorder le temps nécessaire.

Avec la pandémie, le nombre d’adoptions a chuté, affirme-t-elle. Il faut dire que Furry Tales Cat Rescue n’organise plus d’événements spéciaux pour faciliter les adoptions et que les rencontres entre adoptants et adoptés se déroulent principalement par vidéoconférence. Mais des dizaines de chats attendent toujours une famille. Et le refuge cherche encore des bénévoles et des familles d’accueil.

Un gros plan d'un chat noir et brun.
Tippy, une femelle de neuf ans, aime se faire flatter sur la tête. Elle s’est retrouvée chez Juliana parce que sa « mère humaine » est décédée. Elle a finalement été adoptée par une nouvelle famille.Photo : Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

Copropriétaire d’une entreprise de mobilier de bureau, la femme de 55 ans a grandi sur une ferme, parmi de nombreux animaux. Pendant une grande partie de sa vie, elle a pris soin de son frère Jack, atteint de trisomie 21 et de démence. Quand ce dernier est décédé, il y a deux ans, Juliana s’est tournée vers des êtres ronronnants.

Mon frère avait de grands besoins. Il a laissé un gros trou dans notre vie. Prendre soin des chats, ça remplit un gros trou.

Juliana Lepoutre
Image : Un chat blanc couché sur un tapis.
Photo: Rosabelle a eu bien de la difficulté à accoucher de Storm et Mini-Rosie. Elle a dû être transportée d’urgence au vétérinaire pour l’aider à expulser son deuxième chaton, 9 heures après le premier.  Crédit: Gracieuseté

Braver l’anxiété pour l’amour des chats

Braver l’anxiété pour l’amour des chats

Je n'ai jamais refusé autant de chats ni croisé autant de chats dans le besoin dehors en si peu de temps, témoigne Julie, qui accueille des chats chez elle, dans le Vieux-Hull.

Cette dernière n’a pas voulu que son nom complet soit publié, puisque, en l’absence d’un permis de refuge, elle excède la limite de quatre animaux domestiques permise par la Ville de Gatineau.

Julie ne souhaite pas officialiser son statut de refuge, puisque cela représenterait, à son avis, trop de gestion, de travail et de comptes à rendre. De toute façon, elle n’est pas certaine que le propriétaire de son logement accepterait un tel projet.

En ce moment, Julie héberge une maman, ses trois chatons et un matou auquel il manque une oreille. Mais elle en a déjà eu jusqu’à 15.

Je gère ça avec une dame que j’ai rencontrée en faisant du sauvetage ici et là. [...] On a parti la page Facebook Un pas de chat pour faciliter les adoptions et que les gens puissent suivre l’évolution des chatons, raconte la mère monoparentale, qui n’occupe pas d’emploi en raison d’un problème de santé.

Quand on les voit mal en point et ensuite remis sur pied, ça fait chaud au coeur de voir la différence qu’on peut faire pour eux.

Julie, Un pas de chat

La notoriété des deux femmes augmente et elles reçoivent de plus en plus de demandes. C’est devenu plus gros que ce qu’on voulait au départ, souligne celle qui avoue avoir de la difficulté à refuser de porter assistance aux animaux.

Pourtant, elle a besoin d’une pause, alors que les moyens financiers viennent à manquer et que ses chouchous intensifient son trouble d’anxiété. Car de son propre aveu, il est rare qu’un sauvetage de chats se passe sans embûche. Sa dernière maman gestante a dû être amenée en pleine nuit à l’urgence vétérinaire, alors qu’un de ses bébés avait perdu un oeil.

Deux petits chatons blancs, dont un avec un oeil manquant.
La petite Mini-Rosie y aurait contracté une infection à l’oeil. Son frère Storm est en bonne santé.Photo : Gracieuseté

À cela s’ajoute la crainte d’être pénalisée pour avoir enfreint le règlement municipal. En effet, les citoyens doivent normalement obtenir une licence pour chacun de leurs animaux et une première infraction peut coûter de 300 $ à 1000 $.

On ne veut pas arrêter complètement... Mais on ne fait pas de mal, on aide la SPCA. Ce que, nous, on prend, ça leur fait ça de moins à prendre, juge Julie, qui connaît au moins cinq autres personnes de l’Outaouais qui soignent et font adopter des chats sans permis.

Le chat lance un regard perçant à travers les barreaux de sa cage.
Un chat allongé dans un bac en plastique à la SPCA de l'Outaouais.Photo : Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

La directrice générale de la SPCA de l’Outaouais conseille à ces bonnes samaritaines de s’assurer que les chats recueillis n’ont pas tout simplement été perdus. Par ailleurs, des compétences et connaissances des maladies félines sont aussi nécessaires pour effectuer une prise en charge adéquate.

Image : Le chaton regarde vers le haut de la photo, comme pris par surprise.
Photo: Un chaton à l’air espiègle joue avec un objet.  Crédit: Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

Une affaire de femme

Une affaire de femme

Une chose saute aux yeux, c’est qu’une majorité écrasante de ces bienfaiteurs des chats sont des femmes.

Les femmes démontrent plus d’empathie envers les animaux comparativement aux hommes, affirme effectivement Catherine Amiot, professeure de psychologie sociale à l’Université du Québec à Montréal, qui se base sur plusieurs études portant sur la question.

Elles ont aussi plus de chances d’être activistes des droits des animaux ou de faire du hoarding, c’est-à-dire de garder un très grand nombre d’animaux à la maison, ce qui est un comportement problématique si les besoins des animaux ne peuvent pas être tous satisfaits, fait-elle valoir.

Elles existent donc bel et bien, ces dames qui vivent dans un logement insalubre avec un beaucoup trop de chats... C’est un trouble psychologique qui peut avoir d’importantes conséquences négatives sur la santé de ces derniers et qui doit être traité.

Mais comment expliquer cette disparité entre hommes et femmes?

Plusieurs hypothèses sont mises de l’avant, selon Mme Amiot. Tout d’abord : l’ocytocine. Cette hormone sécrétée davantage par les femmes est associée au comportement maternel et au sentiment amoureux. Lorsqu’elles en produisent en présence d’animaux, les femmes pourraient donc porter leur attachement sur ces derniers.

Une deuxième explication est plus sociale. On encourage les femmes à démontrer de l’empathie, des comportements de soins envers autrui. Elles pourraient donc développer ces comportements de soins aussi envers les animaux, expose Mme Amiot. Des études intéressantes démontrent que les personnes qui ont des traits stéréotypés plus féminins ont plus de considération envers les animaux, alors que ceux qui ont des traits stéréotypés plus masculins, comme la compétition, en ont moins.

Et les crazy cat men?

Ces caractéristiques ne sont toutefois pas l’apanage des femmes. Daniel Bolduc en est la preuve.

Le Gatinois est considéré comme une « famille d’accueil élite » de la SPCA de l’Outaouais. Bénévolement, il offre l’hospitalité aux chats qui ont besoin de soins et de socialisation avant d’être mis en adoption. Jusqu’à présent, 178 chats ont ainsi transité par la maison de ce retraité de la fonction publique.

C’est valorisant d’en prendre soin. Des fois, ils ont des infections, des maladies respiratoires, je m’occupe d’eux. Ce n’est pas long que j’apprends qu’ils ont trouvé une famille, décrit le célibataire de 58 ans.

Ce sont des laissés pour compte et je leur donne une seconde chance dans la vie.

Daniel Bolduc

Lors des événements regroupant des bénévoles de la SPCA, Daniel a rapidement remarqué qu’il était l’un des rares représentants de la gent masculine.

Le chat en question porte un protège-cou.
Daniel Bolduc tient un chat dans ses bras, tout près de son visage, l'air affectueux. Photo : Avec la gracieuseté de Daniel Bolduc

Je ne me suis jamais arrêté à ça. Je ne me sens pas moins homme parce que je m’occupe de chats.

Daniel Bolduc

Il juge que pour constituer une bonne famille d’accueil, il faut de la compassion. Aussi, il faut être fait solide : il est difficile selon lui de retenir ses larmes lorsqu’on doit dire au revoir à un être qui a partagé votre vie pendant plusieurs semaines.

Image : Une femme âgée souriante devant une forêt et des structures en bois.
Photo: Mimi Lozner s’occupe de chats en détresse depuis 58 ans.  Crédit: Radio-Canada / Roxane Léouzon

Le club des crazy cat ladies et leur colonie

Le club des crazy cat ladies et leur colonie

En arrière du lieu de travail de France Saint-Jean, à Chelsea, se trouvent des condos à chats. Il s’agit de petites cabanes en bois, en plastique et matériaux divers, chauffées l’hiver par des lampes et des tapis chauffants. Les félins peuvent s’y réfugier pour se protéger des autres bêtes sauvages. Le grand luxe!

C’est moi qui nourris mes bébés, note avec fierté la grande blonde volubile, désignant les bols d’eau et de nourriture, eux aussi chauffants. Ses bébés, ce sont les dizaines de membres de l’une des quatre colonies de chats sauvages supervisées par l’organisme Save a Pet, de Chelsea.

Il y a presque six ans, France a remarqué que le nombre de chats sauvages se multipliait dans les alentours. Si rien n’était fait, les chats allaient continuer à se reproduire hors de tout contrôle, mais aussi de souffrir de diverses maladies.

Cette fanatique des animaux — elle possède présentement quatre chats, deux chiens et plusieurs poules — qui soignait déjà chez elle des chatons et des matous, a alors fait appel à Mimi Lozner. Mimi avait une expertise en capture, stérilisation et relâche.

Ce sont des chats qui sont trop sauvages pour être adoptés. Alors on attrape les chats, on les tranquillise, on les stérilise, on les vaccine, on leur coupe un petit coin de l’oreille gauche pour les reconnaître, puis on les relâche dans la nature, explique Mimi, qui a contribué pendant une vingtaine d’années à de tels programmes à Montréal et sur la Rive-Nord.

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Des chats sauvages en train de se restaurer sur une terrasse.Photo : Avec la gracieuseté de France St-Jean

À Chelsea, quatre groupes de chats sont ainsi traités, les uns à quelques dizaines de mètres des autres, pour un total d’au moins une cinquantaine d’individus. Kelly, Blue, Chinese, Butter... France a nommé tous les membres de sa bande et est en mesure d’en caresser plusieurs. Elle est toutefois la seule à pouvoir les approcher. Lors de la visite de Radio-Canada, aucun chat n’était en vue.

Aujourd’hui, en plus de ce programme pour les chats sauvages, l’organisme géré bénévolement et à temps plein par Mimi offre un service de soins et d’adoption de chats abandonnés, auquel France contribue.

À travers une collaboration sur plusieurs plans, les deux grand-mères sont devenues inséparables. On est pareilles. On s’aime d’amour, déclare France, âgée de 50 ans, pendant que Mimi, 78 ans, acquiesce.

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France a réussi à domestiquer Gremlin, l’une des premières chattes de la colonie. En plus d’aimer les animaux, France aime les enfants humains. Elle a cinq enfants, dont trois adoptés, et 12 petits-enfants.Photo : Radio-Canada / Roxane Léouzon

Elles font d’ailleurs partie d’un club de crazy cat ladies, constitué essentiellement de femmes qui jasent de chats devant un drink et un bon souper. On a tant de choses en commun, explique l’anglophone. On est toutes crazy about animals, on aime prendre un verre, on aime la bonne bouffe, on a voyagé beaucoup. Et on a toutes un grand coeur, ajoute la francophone.

La discussion entre les deux femmes est ponctuée d’anecdotes. J’ai commencé à voyager à 28 ans dans des pays défavorisés et, partout, je ramassais des chats. J’en ai ramené deux du Vietnam, un de Hong Kong, raconte Mimi. Quel est le nombre maximal de chats qu’elle a déjà eu chez elle? Elle refuse de dévoiler cette information, percevant elle-même ce chiffre comme étant démesuré. Les gens vont se dire que je suis vraiment folle, glisse-t-elle.

La conversation revient toutefois aux choses sérieuses. Selon Mimi et France, des changements sont nécessaires pour améliorer la vie des chats au Québec. Les propriétaires doivent comprendre l’importance de les faire stériliser pour limiter leur surpopulation. D’après elles, le MAPAQ et les vétérinaires devraient agir pour que cette opération soit offerte à un coût abordable. Ces frais sont actuellement libres de fluctuer en fonction de l’offre et de la demande, et peuvent varier d’un vétérinaire à l’autre. L’Association des médecins vétérinaires du Québec évalue qu’il en coûte environ 240 $ pour faire castrer un mâle et 318 $ pour pratiquer une ovario-hystérectomie sur une femelle.

En attendant que tous les chats soient stérilisés et bien traités, on peut heureusement compter sur des amoureuses des chats partout au pays pour voler à leur rescousse. Qui veut rejoindre le club?

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