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Image : Boyd Stevens tenant sa canne, assis sur un banc à côté d'une porte portant un écriteau ''open'' d'un bâtiment délabré.

Un récit de Vincent Bonnay

Dans l'Ouest canadien, de nombreuses villes s'évanouissent dans les Prairies. Certaines ne sortent de l'oubli que le temps d'une séance photo, d'autres s'accrochent à la vie, mais toutes sont pourtant bien plus que des ruines. Excursion dans les villes fantômes de l'Alberta avant que l'histoire ne les emporte.

Image : Une vieille bâtisse abandonnée.
Photo: Boyd Stevens : « Les gens ont commencé à partir à la fin des années 40. Ils prenaient le train pour aller trouver une vie meilleure, je suppose. »  Crédit: Radio-Canada / Vincent Bonnay

Le décor de bois, de rouille et de poussière des rues semble irréel. Seule la bande originale qui accompagne nos pas nous l’assure : nous ne sommes pas perdus dans un vieux western spaghetti. L’harmonica et les notes mythiques d’Ennio Morricone sont remplacés par le sifflement du vent, lancinant, accompagné par le choeur des hautes herbes qui ondulent en rythme à chaque bourrasque. On ne peut s'empêcher d’attendre que le silence soit rompu par le « Moteurs! Action! » de Sergio Leone. Mais rien ne vient. Il ne manque que la vie dans cette ville fantôme.

Boyd Stevens tenant sa canne, assis sur un banc à côté d'une porte portant un écriteau ''open'' d'un bâtiment délabré.
Boyd Stevens, 86 ans, n'a pas quitté Orion, comme les centaines d'habitants partis depuis longtemps.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Mais elle est là, cette vie, au détour de ce qui fut un temps une gare, à ce que l’on dit : un vieil homme, assis sur un banc devant ce qu’il reste de sa boutique. Pas de colt à la ceinture ni de Stetson sur la tête, mais une canne, une casquette et, surtout, un sourire. Boyd Stevens, 86 ans, n’est pas un figurant, au contraire, c’est le personnage principal de ce qui se joue à Orion, et il tient ce rôle depuis des décennies. Pourquoi est-il toujours ici, alors que le train, le silo à céréales, l'école et des centaines d’habitants sont partis depuis longtemps? À l'écouter, la réponse semble évidente. C’est ici que je veux être, c’est tout. Point final.

À l’image de Boyd Stevens, la vie est encore présente dans les villes fantômes. Elles sont un peu partout, parfois à quelques kilomètres à l'écart des routes de campagne, au milieu des champs de canola, parfois juste là, discrètes. Des villes minières nées à l'ère du charbon ont succombé à l'apogée du pétrole, d’autres ne vivaient que par et pour leur ligne de chemin de fer, lien avec la civilisation, le commerce, mais un jour, le train ne passe plus.

Elles ne s'annoncent que timidement, par un simple panneau, un nom, qui ne parle plus à grand monde depuis des décennies, mais chacune a son histoire. Loin des fictions que déroule notre imaginaire à la vue de ces décors, les villes fantômes sont bien réelles et portent encore, sur leurs murs vieillis par le temps et les personnages qui les habitent, une partie de l’histoire de l’Alberta, de l’Ouest canadien. Il suffit de tendre l’oreille pour écouter ces histoires pendant qu’il en est encore temps.

Image : Des bâtiments abandonnés à Nemiskam.
Photo: Des bâtiments abandonnés à Nemiskam.  Crédit: Radio-Canada / Vincent Bonnay

Nemiskam, « No services »

Nemiskam, vous l’auriez manquée. Le long du Red Coat Trail, une route dont le tracé reprend celui de la marche vers l’ouest de la police montée en 1874, un chemin bifurque et s’enfonce dans les champs. « Nemiskam, No services », peut-on lire avant de tourner. Et pour cause, de la station-service, à l’angle de la rue principale, il ne reste plus grand-chose. Son toit, à moitié effondré, protège pour quelque temps encore des reliques d’un lointain quotidien comme une vieille télévision, une cuisinière.

Citerne et postes d'essence délabrés.
Station-service abandonnée.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Mais cette station, aussi abandonnée soit-elle, a de la visite aujourd'hui. Les « bip » des flashs et des fermetures d’obturateur crépitent. Cinq visiteurs marchent à pas feutrés entre les débris qui jonchent son sol vers la sortie du garage. Ce sont des « ghostowners », des passionnés de villes fantômes si l’on veut. Des gens qui arpentent aussi souvent qu’ils le peuvent les villes comme celle-ci pour découvrir les petites histoires qui ont façonné l'Alberta. Derrière la grande dépression de 1930, il y a l’abandon d’une maison, quand ceux qui l’avaient construite se sont résolus à partir vers une vie meilleure. Les livres d’histoire ne peuvent pas tout retenir. Pour le reste, il y a des gens comme Johnnie Bachusky et ses amis explorateurs.

Johnnie Bachusky en train de photographier l'intérieur d'un vieux bâtiment.
Johnnie Bachusky, journalistePhoto : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Je publie des photos sur Facebook et, souvent, je mets comme légende “Lieu le plus triste de la terre”, mais maintenant, j’en ai toute une collection.

Johnnie Bachusky, journaliste

Passionné par les « choses du passé » depuis l’adolescence, ce journaliste a fait un premier reportage sur une ville fantôme pour la presse locale il y a près de 25 ans. Depuis, il arpente les routes des Prairies en quête de villes abandonnées pour les documenter.

Ne dites jamais à un ghostowner que c’est un loisir, affirme-t-il fermement. Ce n’est pas le cas. Les vrais comme nous le savent, nous prenons ça très au sérieux. Recherches, archives, entrevues, tout cela va bien au-delà de la simple balade du samedi après-midi. Ils creusent pour mieux s’immerger dans le passé.

Si vous pouviez vous imaginer ici même il y a 100 ans, il y aurait du monde, de l'activité partout, des chevaux, des voitures, pleins de promesses et d’espoir, dit d'un ton rêveur l’auteur Chris Doering, l’un des explorateurs du jour, avant de revenir à la triste réalité.

Aujourd’hui, il n’y a que vous et moi. C’est assez triste. Selon ses compagnons et lui, le moment est particulier. Le monde a changé, et les traces de ce passé s’effacent progressivement. C’est donc le moment de sauver ce qui peut encore l'être.

Panneau en bois vieilli indique sur un terrain en friche “Future home of KMart”.
Face à la lente mort de sa ville, un de ses derniers résidents aurait planté cette pancarte pour faire croire au monde qu'il y avait encore espoir.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Un peu plus loin, un panneau en bois vieilli indique sur un terrain en friche « Future home of KMart ». Johnnie explique que c’est un des derniers résidents qui, voyant sa petite ville mourir lentement, aurait voulu faire croire au monde qu'il y avait encore de l'espoir avec l’ouverture d’un supermarché. Comme le dernier magasin de la marque au Canada a fermé ses portes il y a plus de 20 ans, l’espoir s’est depuis longtemps envolé.

Mais l’histoire n’est pas toujours définitive, libre de toute attache avec le présent. L’un des membres du petit groupe, Cody Kapcsos, l’a découvert à sa grande surprise. Pendant des années, il est passé en voiture le long d'une route, proche de la frontière du Montana, près du hameau de Masinasin, invisible aujourd’hui. Depuis l’enfance, il scrutait les plaines par la fenêtre, lorsqu’un jour de 2009, en voiture avec sa soeur, il a vu une forme se dessiner dans les herbes hautes. Il a demandé à sa soeur de s'arrêter et a découvert une pierre tombale. Ce bout de prairie était un cimetières abandonné depuis longtemps au temps et à l’oubli. Trois ou quatre pierres tombales et quelques plaques restaient visibles. Parmi elles, un nom : Drusilla Ennis.

Cody a pris quelques photos qu’il a publiées sur Internet sans imaginer qu’au Minnesota une vieille dame venait, grâce à lui, de retrouver son ancêtre disparue. Pendant plus de 25 ans, Winnie Benson avait recherché son aïeule, cette arrière-arrière-grand-mère qui n’avait plus laissé de traces depuis qu'elle avait vécu au Dakota du Nord à la fin du 19e siècle. Près d’un siècle après sa mort, sa descendante a fait le voyage pour venir se recueillir sur sa tombe en 2015.

Cody Kapcsos regarde l'horizon près de l'identification du cimetière de Masinasin.
Grâce aux photos de Cody Kapcsos, prises dans un cimetière abandonné, Winnie Benson, du Minnesota, a retrouvé la trace de son arrière-arrière grand-mère.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

En recevant son courriel, j'ai eu un choc, raconte Cody.Je ne pensais jamais rencontrer un jour un descendant d'une de ces personnes. Ça a vraiment attisé la flamme en moi, l’envie de le restaurer, de faire quelque chose pour ce cimetière.

Ce jour-là, qui était là pour capturer l’instant? Johnnie Bachusky et son appareil photo.

Pierre tombale de Drusilla Ennis, au cimetière de Masinasin.
Une photographie de la pierre tombale de Drusilla Ennis a permis à une de ses descendantes de retrouver sa trace.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Personne ne sait ce qui a poussé Drusilla Ennis à venir terminer sa vie sur ces plaines désolées ou si elle y a trouvé le bonheur, mais l’histoire est maintenant écrite. Une petite histoire familiale dans la grande histoire de l’Ouest.

Des gens vont dire : Les villes fantômes, des tas de ruines, des morts dans de vieux cimetières, qu’y a-t-il de si excitant là-dedans? Moi, je me sens vivifié par la découverte de ces lieux, confie Johnnie Bachusky, vivifié par cette connaissance de l'histoire de ceux qui nous ont précédés ici.

L’ombre des hautes herbes grandit, le soleil décline. La journée s'achève. Johnnie, Cody et ses compagnons rangent leurs appareils photo, leurs carnets de notes. Les souvenirs et les histoires qu’ils emportent avec eux seront sauvés, peut-être même publiés dans un futur livre, préservés pour la postérité. Le reste est « abandonné aux fantômes ».

En complément : l'arrêt à Nemiskam en vidéo

Image : Pancarte de bienvenue dans la ville d'Orion.
Photo: Orion, un hameau abandonné du sud de l'Alberta.  Crédit: Radio-Canada / Vincent Bonnay

Orion, « ville de pionniers »

Orion n’est pas une ville fantôme, selon le plus célèbre de ses habitants. Boyd Stevens préfère le terme de ville de pionniers. Depuis les premières lignes de cet article, il est toujours là, assis devant sa boutique. Il scrute une voiture qui passe dans sa rue. Est-ce un visiteur qu’il reconnaît? Un voisin? Il les connaît tous, et ils ne sont que sept. Dans le doute, il le salue.

La boutique derrière lui n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis ce maudit jour de Noël 2016. Le feu a emporté ce garage, acheté par son père en 1947, devenu quincaillerie par la suite, et que Boyd gardait précieusement depuis.

Écriteau dans une cour près de vieux bâtiments : No Trespassing! Private Property. Beware of rattlesnakese, skunks, racoons and neighbours!
Ceux qui prennent le temps de s'arrêter à Orion, alors que tout leur dirait de poursuivre leur route, pourront plonger dans les souvenirs de l'un de ses derniers habitants, Boyd Stevens.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Je me demande parfois pourquoi les gens viennent et s’ils ne perdent pas leur temps avec moi. Je ne suis pas si beau, pas si bon orateur non plus, plaisante-t-il. Mais n’en croyez pas un mot. Ceux qui prennent le temps de s'arrêter ici, alors que tout leur dirait de poursuivre leur route, pourront plonger dans les souvenirs de cette mémoire locale, une légende du Red Coat trail, disent certains.

Boyd raconte l’Orion de sa jeunesse. L'époque où le train entrait encore en gare, il courait alors assister au spectacle et parler avec les gens des chemins de fer, « un grand moment » de cette vie d’avant. Des gens partout en ville, ces fermiers qui venaient apporter leur grain au silo et « parler des problèmes du jour ». Cette époque où Lethbridge était à une journée d’ici (contre 1 h 45 en voiture aujourd’hui). Des souvenirs en noir et blanc.

Ça a commencé à la fin des années 1940, raconte Boyd.Les gens ont commencé à partir pour trouver une vie meilleure ailleurs, j'imagine. Mais pas lui. Je ne vais pas suivre le troupeau, que je leur ai dit. Je vais rester ici. Il est ainsi devenu témoin de ce qu’ont en commun les villes fantômes de l’Ouest : la perte de leur raison d'être. Comme souvent, la perte de la ligne de chemin de fer sonne le glas des petites villes des Prairies. Orion n’y a pas échappé.

Je dis à tout le monde que j'ai manqué le dernier train.

Boyd Stevens, habitant d’Orion
Boyd Stevens tenant sa canne, assis sur un banc à côté d'une porte portant un écriteau ''open'' d'un bâtiment délabré.
Boyd Stevens, 86 ans, n'a pas quitté Orion, comme les centaines d'habitants partis depuis longtemps.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Si on ne vient plus en train, on vient toujours à Orion. Boyd Stevens a le souvenir de nombre de ces visiteurs, comme un couple d’Allemands qu’il ne connaissait « ni d’Ève ni d’Adam », venu lui parler grâce à un magazine de voyage, ou une Autrichienne qui voulait une dédicace.

De ces visiteurs, nombreux sont ceux qui disent qu’ils reviendront saluer Boyd, mais la plupart ne reviennent pas . Alors il savoure l’instant de la rencontre, ces amitiés parfois éphémères.

On se dit qu’il aurait toutes les raisons d'être nostalgique, mais on n'en trouve aucune trace dans ses mots. Philosophe, il parle avec la raison, comme une réflexion apaisée, sans rancune ni regret. Comme s’il avait contemplé assez longtemps ses rues vides, ses prairies, et le temps qui passe, pour apprendre à accepter l'évolution du monde.

Une maison délabrée dans un champ.
Le train ne se rend plus à Orion, mais Boyd Stevens voit quand même beaucoup de visiteurs attirés par le cachet du lieu.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

J'ai le sentiment qu'un jour il n'y aura plus rien ici. Je ne peux pas empêcher le progrès. C'est ainsi. Et c'est comme ça un peu partout en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba. Ça ne me rend pas heureux, mais il faut l'accepter. Faire contre mauvaise fortune bon coeur, conclut-il dans un sourire.

En complément : l'arrêt à Orion en vidéo

Image : Gare et rail hors service.
Photo: À l'ancienne gare de Rowleye, on peut voir ce qu'il reste du chemin de fer : quelques 200 mètres de rail ont été conservés.  Crédit: Radio-Canada / Vincent Bonnay

Rowley, « la petite ville qui ne voulait pas mourir »

Rowley, c’est « la petite ville qui ne voulait pas mourir ». Pourtant l’histoire a commencé de la même manière que tant d’autres. Une ville grandissante à l’aube du 20e siècle, une gare, une école, un barbier, un hôtel, trois silos à céréales s'élevant comme des gratte-ciels dans les champs au nord de Drumheller, près des Badlands du centre-est de la province. En 1920, la ville, en plein essor, comptait plus de 400 habitants. Et puis la chute.

S’ils ne sont plus que 10 aujourd’hui, la ville n’est pas morte pour autant. L'histoire de Rowley, c’est Doug Hampton, le gardien des clés de la ville, qui la raconte, mais pas n’importe où : derrière les portes battantes du Sam's Saloon, là où la révolte a commencé.

Doug Hampton dans son saloon.
Doug Hampton, le gardien des clés de la ville de Rowley.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Imaginez, en 1975, la ville est cernée par les coups du sort, et la bataille presque perdue après des années à subir l'assaut de l’exode rural depuis la grande dépression. Sur la rue principale, le commerce de Sam Leung, un immigrant chinois adoré de la petite communauté qu’il a servie pendant trois décennies, presque jusqu'à son décès en 1972, est fermé depuis peu. Le bâtiment, cédé à la ville, patiente dans l'obscurité.

Son heure est venue ce jour de 1975, quand un groupe d'irréductibles pénètre l'édifice pour se rassembler autour d’une bière et d’un constat : notre ville se meurt, sauvons-la.

Rue principale de Rowley, avec le Sams Saloon et l'ancien poste de traite.
Sur la rue principale de Rowley, on voit toujours la devanture du commerce de Sam Leung, décédé en 1972, ranimé avec le Sams Saloon.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

En venant avec leurs bières dans ce lieu abandonné, « l'épicerie-boucherie-restaurant » de Sam était devenue, par la force des choses, une sorte de saloon. À écouter Doug, ici, de grandes idées naissent souvent de conversations tardives et de bières. Pourquoi ne pas en faire un vrai saloon?

Ainsi est né le Sam’s Saloon en hommage au regretté Sam Leung, mais ils ne se sont pas arrêtés là. Au fil des années, les vieilles bâtisses poussiéreuses sont restaurées, et meublées avec tout ce qui traînait dans le garage de l’un, le grenier de l’autre. La ville s'est retrouvé une raison d'être. Ainsi soit-il. Ils transformeront tous les coups du sort en nouvel élément du musée géant qui venait de naître.

Vieille locomotive à côté d'élévateurs à grain.
Beaucoup de villes fantômes ont une histoire reliée au chemin de fer.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

La gare par exemple. Après la fermeture de la ligne régulière, elle accueillait encore un train à vapeur qui amenait parfois près de 300 touristes venant de Stettler à la fin des années 80. Mais en 1997, le propriétaire cesse l'activité et démonte tous les rails de la ligne. Tous, sauf un peu moins de 200 m qui, à Rowley, restent les témoins d’une époque où le sifflement de la locomotive retentissait avant d’entrer en gare. Aujourd’hui, elle est bien silencieuse, mais un mannequin est toujours assis à la place du chef de gare, attendant le prochain train, comme si personne n’osait lui avouer qu’il ne viendrait pas.

De l’autre côté de la rue, vous trouverez aussi l'école sans enfant, où des dizaines de petites poupées, cousues main, révisent la même leçon depuis des années. Plus haut dans la rue, c’est une banque. Seule la devanture a été construite pour le tournage du film Bye Bye Blues en 1988, mais les habitants ont rajouté un bâtiment derrière la façade. Cela va sans dire, une petite ville de cowboys bien conservée a attiré les cinéastes. Même Hollywood est venu jusqu'à Rowley pour le tournage de Légendes d'automne en 1994. En ville, il y a une pépite à chaque tournant.

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RowleywoodPhoto : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Pour entretenir tout ça, dès le départ, en plus de la bonne volonté, il fallait de l’argent alors on a créé ce qui attire aujourd'hui encore tant de visiteurs à Rowley : les pizza nights chaque dernier samedi du mois. Le principe est simple : cuisiner des pizzas, organiser des concerts, et grâce aux bénéfices, payer les factures, refaire la toiture d’un bâtiment, reconstruire un autre et ce depuis vingt ans, vingt-cinq ans, qui sait?, dit Doug. Lespizza nights sont devenues une institution. On vient d’Edmonton, Calgary, Lethbridge et d’ailleurs pour vivre ce grand moment. Le record est de 350 pizzas, rappelle fièrement Doug Hampton, mais l'été est bien calme cette année, car avec la pandémie, lespizza nights sont annulées, les visites des bâtiments aussi. Même si entre dix et trente voitures s'arrêtent en ville chaque jour, c’est encore un coup dur pour la petite ville.

En racontant la résilience de Rowley, c’est un peu l’oeuvre familiale que dévoile Doug. Sa famille était parmi les premières à s'établir ici, son frère est toujours là, alors on peut percevoir un brin d'émotion derrière sa fière moustache en fer à cheval.

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Doug Hampton, le gardien des clés de la ville de Rowley.Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Je suis fier de Rowley, c’est pour ça que je veux qu’elle reste belle et en vie. Voyez les bâtiments, vous comprendrez pourquoi. Il y a beaucoup d’histoire ici et tout a commencé avec nos mères, nos pères et grand-mères.

Doug Hampton, habitant de Rowley

Ville fantôme, ville touristique, certes, mais on vit toujours à Rowley. Il y a un jeune couple et ses deux enfants en haut de la rue, un autre couple vient d'emménager derrière le saloon et entretient ce côté de la ville. Toujours ça en moins à faire pour notre guide, ravi de pouvoir passer le flambeau à la jeunesse.

Le futur? Tant que je suis en vie, le futur s’annonce plutôt bien, pour autant que je sache, plaisante-t-il. Je veux que ça continue. Il faudra peut-être me pousser dans un fauteuil roulant les dernières années, mais pour l’instant je suis là.

En complément : l'arrêt à Rowley en vidéo

Avec Rowley et les autres, les pages d’histoires s'écrivent et se tournent au rythme des rencontres. On touche du doigt un passé que le monde est en train d’oublier. Ces villes ne sont pour la plupart pas si loin de nous et pourtant, elles sont comme des mirages en devenir dans les prairies. Enracinées dans une autre époque, avec un pied dans le monde d'aujourd'hui, sorte d'anachronisme vivant, mais pour combien de temps encore?

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