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Image : Quatre jeunes entrepreneurs autochtones nous font découvrir leur passion.

Texte et photos : Véronik Picard | Illustration : Mathieu Blanchette

Jeunes, créatifs et authentiques, quatre entrepreneurs autochtones ont su placer de façon originale nature et tradition au coeur de leurs missions. Onquata, MiskiZann, MOS et Messy Kitchen donnent une place centrale à leurs communautés dans leurs décisions d'affaires. Récits de leurs parcours inspirants.

Lisanne Petiquay_Crédit Véronik Picard
Image : Lisanne Petiquay_Crédit Véronik Picard
Photo: Lisanne Petiquay_Crédit Véronik Picard  Crédit: Radio-Canada / Véronik Picard

Dans les mocassins de MiskiZann

J’ai rejoint Lisanne Petiquay à La Tuque près de la petite rivière Bostonnais. Entourée de la forêt, assise sur une table à pique-nique, elle me raconte l’histoire derrière MiskiZann. Le nom de son entreprise est le mélange de miskizin, qui signifie chaussure en langue atikamekw, et de son prénom.

Au printemps dernier, après quatre années comme conseillère élue à Wemotaci, Lisanne se sentait d’attaque pour un autre mandat. La vie, elle, en a décidé autrement. Un problème de santé lui vaut une opération qui force un arrêt de travail de 6 mois. À l’âge de 36 ans, Lisanne repense alors son plan de carrière.

Lui revient alors à l’esprit un après-midi, 15 ans plus tôt, passé à faire de l’artisanat avec sa tante. Celle-ci lui avait montré un bien qui lui était précieux. Elle avait sorti un morceau de tissu entouré d'un ruban à l'intérieur duquel se trouvait une peau d'orignal tannée à la perfection. Elle lui avait dit : « Un jour, Lisanne va faire quelque chose de beau avec ça ».

Ce souvenir lui inspire alors une entreprise qui mettra en valeur la peau d’orignal tannée sous forme de mocassins, de bottes et de mitaines. Le tannage est une méthode qui permet de faire des vêtements et des accessoires imperméables. Lisanne ajoute que la peau d’orignal tannée à l’ancienne est « beaucoup plus résistante que les autres cuirs ». C’est un processus qui prend des semaines, voire des mois.

Tous les produits de MiskiZann sont faits à la main par Lisanne et sa belle-soeur.
Tous les produits de MiskiZann sont faits à la main par Lisanne et sa belle-soeur.Photo : Courtoisie Lisanne Petiquay

En convalescence, elle commence à rédiger son plan d’affaires. Elle participe également à un concours pour les entrepreneurs potentiels organisé par la Corporation développement économique Nikanik, de Wemotaci. Lisanne gagne le concours, ce qui lui permet d'avoir un financement plus grand pour son projet.

Entrepreneuriat autochtone

La jeune femme a toujours eu le désir de vivre et de travailler dans sa communauté. Ses quelques années d'études à Chicoutimi lui ont fait réaliser que Wemotaci lui manquait. C'est là qu'elle veut établir son entreprise. De cette façon, elle va créer des emplois et investir dans sa communauté.

S'il est important pour elle que son entreprise soit située dans sa communauté, elle avoue que ça ajoute une couche de complexité. L’éloignement de la ville complique les partenariats et l’achalandage. Mais elle est prête à surmonter ces défis supplémentaires afin de participer au développement de Wemotaci.

Le moment pour lancer son entreprise est idéal présentement, selon elle. L’ouverture envers les cultures autochtones est de plus en plus grande. À l’époque où elle vivait à Chicoutimi, elle se souvient d’avoir subi du racisme, ce qui est bien moins le cas aujourd’hui lorsqu’elle se rend en ville.

La personne derrière l’entrepreneur

Lisanne a deux passions principales, la cuisine et les arts traditionnels. Elle a déjà pensé ouvrir un café-bistro à Wemotaci. Le projet n’avait pas pu voir le jour en raison de la pénurie de logements et de locaux commerciaux là-bas. Elle n’écarte pas l’idée d’ouvrir un jour un restaurant où elle offrirait une option santé aux gens de sa communauté.

Sa passion pour l'artisanat lui vient entre autres des aînés qui l'ont toujours entourée. Elle veut elle aussi transmettre cette tradition.

Je voulais continuer à en faire parce que c’est un art qui mérite d’être gardé longtemps.

Lisanne Petiquay, propriétaire de l’entreprise MiskiZann

Les causes sociales et communautaires qui touchent Wemotaci lui tiennent particulièrement à coeur. Lisanne veut, entre autres, avoir un impact sur les communautés atikamekw principalement au niveau de la préservation de la culture et des arts traditionnels.

L’avenir de MiskiZann

La demande est grande pour les produits de MiskiZann autant chez les Autochtones que chez les non-Autochtones. Lisanne et son unique employée, une de ses belles-soeurs, sont donc très occupées. Elle souhaite engager d’autres employés lorsqu’elle aura un espace pour son entreprise.

Une maison préfabriquée qu’elle veut convertir en atelier-boutique devait être livrée à Wemotaci au début du printemps. En raison de la pandémie de COVID-19, la livraison a eu lieu à la mi-juin. Un moment tant attendu qui permettra d’amener son entreprise encore plus loin, mais il reste tant à faire: son site Internet, son atelier-boutique, sa chaîne de production. Lisanne a des ambitions internationales pour MiskiZann.

Finalement, elle désire redonner aux jeunes de sa communauté en mettant sur pied un programme qui les encouragerait à s’accomplir dans le sport, la musique et la culture atikamekw.

Portrait Lara Sioui_Crédit Véronik Picard
Image : Portrait Lara Sioui_Crédit Véronik Picard
Photo: Portrait Lara Sioui_Crédit Véronik Picard  Crédit: Radio-Canada / Véronik Picard

Pagayer de la tradition à la modernité

Onquata signifie «  qui vient de l’hiver  ». C’est le nom wendat de Lara Siouï et celui qu'elle a donné à son entreprise. Assise sur une bûche près de l’Hôtel Musée des Premières Nations, à Wendake, la jeune femme passionnée de nature me raconte son parcours et la genèse de son projet.

Lara se rend en forêt dès qu’elle le peut avec sa mère. Lors d'un de ces moments partagés ensemble, elles ont décidé de décorer leurs chalets respectifs. Elles ont apporté de vieilles rames qu’elles ont décapées, peintes et vernies. Le résultat est au-delà de leurs attentes, cette décoration représente leur culture. Ça fait maintenant 3 ans que la Huronne-Wendat de 30 ans est propriétaire de son entreprise de rames décorées.

Certaines que d’autres personnes de leur communauté souhaiteront utiliser ces rames modernes pour leurs périples en canot, ou en guise de décoration, elles commencent à en vendre à Wendake. C’est ainsi qu’est née Onquata.

Une mère qui vient tout juste de prendre sa retraite et qui met à profit sa créativité et son sens artistique et une jeune femme dynamique qui a l’entrepreneuriat dans le sang, bref, un duo en parfaite harmonie pour diriger ce projet de fabrication de rames.

N’ayant jamais pu exploiter son côté artistique, la mère de Lara s’épanouit dans la confection de rames et de motifs aux couleurs modernes, qui conservent les traditions wendat. De son côté, Lara se concentre entre autres sur le marketing, le service après-vente, le contact avec les clients, l’administration, la comptabilité, la prise de photos.

Les rames Onquata sont utilisées lors de certains triathlons pour la partie canot.
Les rames Onquata sont utilisées lors de certains triathlons pour la partie canot. Photo : Courtoisie Lara Siouï

Dans sa vie de tous les jours, Lara travaille à temps plein chez Revêtement Premium avec son frère et son père. Onquata monopolise donc la majeure partie de ses soirs et ses fins de semaine.

L’entreprise compte présentement un employé qui confectionne des rames. Ce processus peut prendre entre 2 h 30 et 4 h, selon la grosseur.

Parmi ses clients, Simons et Les lofts Charest : « Ça nous fait une belle visibilité », dit-elle. Mais vraiment, la collaboration qui a le plus marqué Lara, c’est lors de la fête nationale en 2019. Son entreprise avait été à l’honneur de cette grande fête en signe de collaboration entre les cultures. De plus, le grand chef de la Nation Huronne-Wendat, Konrad Sioui, est un bon client, il donne les rames Onquata à ses partenaires d’affaires.

La rame aide à créer des ponts, elle sert à continuer à avancer.

Lara Siouï, propriétaire de l’entreprise Onquata

Entrepreneuriat autochtone

Selon Lara, les entreprises autochtones se démarquent par leur différence, leur richesse et les histoires uniques qu’elles ont à raconter. Les Hurons-Wendat ont toujours été reconnus pour leur force en commerce. Lara considère que sa fibre entrepreneuriale lui vient en partie là. Elle fonce, peu importe la situation et les défis rencontrés.

Par contre, elle trouve plus compliqué de gérer la fiscalité étant donné la Loi sur les Indiens, qui en complexifie le processus. Pas facile de trouver des fiscalistes qui s’y connaissent : « Ça me manque, j’ai tellement de questions et peu de réponses ».

Son entreprise l’a amenée à vivre des expériences personnelles qui n’ont pas de prix. Chaque année, Lara et sa mère se rendent sur la rivière Moisie avec un guide de pêche innu reconnu, Réginald Atshapi, pour attraper l’un des meilleurs saumons au monde. En échange, elle lui offre des rames pour ses séjours de pêche.

La personne derrière l’entrepreneur

Lara baigne dans le monde de l’entrepreneuriat depuis toujours. Elle a commencé à travailler pour l’entreprise familiale, Éconobois, à l’âge de 13 ans. Ses parents, ses oncles, ses tantes et ses deux grands-pères sont tous des entrepreneurs.

Après avoir fait ses études en commerce international, Lara est devenue directrice chez Éconobois – Revêtement Premium, une usine de fabrication de bois de qualité. C’est un poste rempli de défis qui lui en apprend tous les jours sur la gestion et sur l’entrepreneuriat.

L’équilibre, essentiel à sa vie, Lara le trouve dans ses escapades en nature. Elle s’accomplit autant dans ses loisirs et dans sa vie sociale que dans son travail. Son secret pour avoir le temps de tout faire : être efficace, ne pas s’en mettre trop sur les épaules et apprendre à déléguer.

L’avenir d’Onquata

Il y a un potentiel énorme en Europe. De nombreuses commandes de la Suisse ont été passées : « Les gens payaient des 150-200 $ de livraison », confie Lara, impressionnée par l’engouement que suscite son produit.

Pour l’instant, Lara a des points de vente au Québec et en Ontario, puis elle livre à l’international. Présentement, Lara ne développe pas comme elle voudrait son entreprise, car elle est trop occupée à produire.

La prochaine étape est de construire un atelier à Wendake pour permettre d’augmenter la production. Lara souhaite que davantage de rames soient offertes sur les marchés canadien et international. Mais la construction de l’atelier a été retardée en raison de la pandémie de COVID-19.

Pour Lara, c’est fondamental de créer des emplois pour les gens de sa communauté. Elle désire transmettre sa passion pour la nature, la créativité et l’artisanat autant à ses employés qu’à ses clients. « Quand nous aurons notre atelier, pourquoi pas faire des ateliers de création avec les jeunes de la communauté pour leur inspirer la création ainsi que le mouvement naturel et traditionnel », lance-t-elle.

Portrait Joey Hébert_Crédit Véronik Picard
Image : Portrait Joey Hébert_Crédit Véronik Picard
Photo: Portrait Joey Hébert_Crédit Véronik Picard  Crédit: Radio-Canada / Véronik Picard

Un MOS Rack pour les amoureux de plein air

Sur un banc de parc à Limoilou, Joey Hébert, 28 ans, raconte l’histoire de son entreprise, MOS, située au centre-ville de Québec. Cet Atikamekw de Wemotaci a grandi à La Tuque et habite maintenant dans la ville de Québec. Il se spécialise dans la mise en marché d’un support pour voiture qui facilite le transport d’accessoires de plein air.

Si Joey dit n'avoir jamais eu la fibre entrepreneuriale, c'est aujourd'hui sa spécialité. Il ne connaissait pas ce domaine avant de participer à son premier Startup Weekend, un événement qui permet à de futurs entrepreneurs de présenter une idée d’entreprise.

C’est lors de l’un de ces Startup Weekend que Joey a rencontré son partenaire d’affaires, Frédéric Laurin-Lalonde. Ils ont commencé à mettre au point un produit pour faciliter le transport d’accessoires de plein air comme des vélos et des kayaks. Le support s'installe sur le toit du véhicule et se glisse vers le côté, ce qui facilite la mise en place de l’équipement de sport sur le dessus de la voiture.

Ces deux MOS Racks sont installés sur des barres de toit.
Ces deux MOS Racks sont installés sur des barres de toit.Photo : Courtoisie MOS

En 2015, MOS a commencé la recherche et le développement. La stratégie de Joey pendant cette longue étape a été de participer à des événements et à des salons pour faire voir la compagnie. Joey a sondé sa future clientèle afin qu'elle s'implique dans la conception d'un produit qui lui ressemblerait.

L’entreprise MOS a officiellement été lancée au printemps 2019. Une campagne de visibilité a été mise sur pied, puis les deux propriétaires de l’entreprise ont participé à l’émission Dans l’oeil du dragon.

« On a créé une belle vague, mais on n’a pas réussi à la “surfer” parce qu’on a eu des problèmes avec notre chaîne d’approvisionnement ». Malgré ce défi, l’équipe de MOS n’a pas voulu laisser tomber la clientèle qui avait acheté le produit. 43 unités ont donc été produites au Québec pour respecter les commandes.

Il n’y a rien de ce qui existe aujourd’hui qui aurait pu être possible sans les six autres membres de mon équipe.

Joey Hébert, fondateur et PDG de l’entreprise MOS

C’est le travail de tous les membres de l’équipe de MOS qui a permis de créer un produit, à un coût acceptable autant pour l’entreprise que pour la clientèle. Une tâche qui n’a pas été de tout repos. Le support qui est présentement en préparation et qui sera produit dès l'automne prochain a nécessité plusieurs essais. Le MOS Rack est le quatrième concept imaginé, et 12 prototypes ont dû être produits avant d’arriver au résultat final.

« Développer un nouveau produit, ça représente énormément de temps et d’argent. [...] On est trop perfectionnistes? Peut-être, mais c’est comme ça qu’on veut travailler », lance Joey.

Entrepreneuriat autochtone

Joey pense qu'il n'y a pas de « recette gagnante » pour devenir entrepreneur, mais que ça prend définitivement des sacrifices. Sur ce plan, il considère qu’il n’y a pas de différence entre les entrepreneurs autochtones et non autochtones.

Sa culture a influencé son entreprise de différentes manières. Le nom de son entreprise, MOS, signifie « orignal » en langue atikamekw. Joey mise beaucoup sur le travail d’équipe et l’écoresponsabilité. Chaque année, il réunit tous les employés pour redéfinir les valeurs de l’entreprise et réfléchir au meilleur moyen de les intégrer.

La personne derrière l’entrepreneur

La grand-mère paternelle de Joey est Atikamekw. Elle a toujours habité sur des terres familiales près de la rivière Flamand. Avant sa naissance, sa famille a déménagé à La Tuque, il y a donc habité pendant les 16 premières années de sa vie. Il rendait souvent visite à son père, qui a longtemps vécu à Wemotaci.

Joey a fait ses études postsecondaires à Trois-Rivières et sa maîtrise à l’Université Laval, à Québec. Grand sportif, il aime l'adrénaline que procure le métier d'entrepreneur, semblable à celle ressentie dans les multiples sports qu'il pratique. Dans les deux domaines, il faut mettre les bouchées doubles pour se démarquer, dit-il.

L’avenir de MOS

La pandémie de COVID-19 a ralenti la production. La nouvelle chaîne d’approvisionnement devait commencer la production en décembre 2019 en Chine et au Canada. Pour cette raison, MOS vise maintenant le début de la production pour l’automne 2020 et une mise en vente au printemps 2021.

Actuellement, les ventes de MOS se font directement aux clients, mais l'objectif est d'intégrer bientôt des détaillants. Ensuite, MOS aimerait rapidement se concentrer sur le marché nord-américain. Puis, dans un horizon de trois ans, Joey vise le marché européen.

MOS veut également élargir sa gamme de produits et aimerait créer des supports pour les véhicules de classes A, B, C et VR. L'engouement actuel pour le nomadisme automobile (la van life) pousse Joey à croire qu'il y a un marché pour ce type de produits.

Portrait Anna Lazare
Image : Portrait Anna Lazare
Photo: Portrait Anna Lazare  Crédit: Radio-Canada / Véronik Picard

Des saveurs mohawks qui retournent aux sources

C’est dans sa communauté de Kahnawake, au sud de Montréal, qu’Anna Lazare, 26 ans, m’a donné rendez-vous. Assise à une table à l’extérieur de son restaurant, Messy Kitchen, elle me raconte l’évolution de son entreprise florissante. Notre échange se déroule en anglais puisque c'est la principale langue utilisée par la communauté, mis à part le mohawk.

Il y a quatre ans, Anna et sa cousine Kahente ont commencé à faire des pâtisseries dans leur appartement. Elles avaient déjà une bonne petite clientèle qui leur passait des commandes. Elles ont donc décidé de se consacrer à temps plein à leur passe-temps.

Comme la demande est devenue de plus en plus grande, elles ont décidé de confectionner leurs gâteaux depuis une petite cuisine industrielle. Il y a deux ans, un bâtiment s’est libéré sur la rue River Road, à Kahnawake. Elles ont sauté sur l’occasion pour agrandir leur cuisine et aussi y offrir un service de restauration auquel elles ajoutent une diversité de mets et de desserts.

Kahente et Anna n’avaient jamais géré un restaurant, elles étaient toutes deux dans le début de la vingtaine quand elles se sont lancées dans cette aventure les yeux fermés. « Jusqu’à maintenant, tout va bien », lance Anna.

Peu de temps après l’ouverture du restaurant, Kahente prend la décision de se consacrer à sa vie de famille et à sa profession d'enseignante. Anna est donc l’unique propriétaire de Messy Kitchen depuis un an et demi.

Au fil des années, la passion d’Anna se précise. Elle délaisse complètement la pâtisserie pour se concentrer sur l’élaboration d’un menu pour son restaurant et de quelques autres pour son service de traiteur.

La soupe des trois soeurs est composée de courge, de haricot, de maïs et de gibier.
La soupe des trois soeurs est composée de courge, de haricot, de maïs et de gibier.Photo : Courtoisie Anna Lazare

L’entreprise continue d’évoluer et compte désormais 12 employés : des livreurs, cuisiniers et serveurs. Anna souhaite garder ses employés le plus longtemps possible, car « l’équipe est présentement en parfaite harmonie », confie-t-elle.

Entrepreneuriat autochtone

Anne considère qu’être une entrepreneure autochtone passe nécessairement par sa fierté d’être Mohawk. L'attachement prononcé pour sa culture se goûte dans tous ses repas. Lorsqu’elle cuisine le foin d’odeur ou la sauge, elle pense à l’histoire derrière ces ingrédients.

Les gens sont de plus en plus intéressés à commander des menus aux saveurs autochtones.

Anna Lazare, propriétaire du restaurant et service de traiteur Messy Kitchen

Anna a pris la décision de ne pas enregistrer Messy Kitchen dans le registre québécois des entreprises, principalement parce qu’il lui aurait fallu opter pour un nom en français, ce qu’elle ne voulait pas. Elle a donc pris la décision d’exploiter son entreprise à son nom. Cette décision lui coûte quelques contrats avec des compagnies de Montréal qui auraient souhaité commander des menus de son service de traiteur.

La personne derrière l’entrepreneur

Petite, Anna parlait couramment mohawk. Ayant fait son primaire dans une école privée de Montréal, elle n'a pas continué d'apprendre sa langue. Elle peut tout de même comprendre ce que les gens de sa communauté lui disent lorsqu’ils commandent, sinon ils interagissent en anglais.

Après ses études secondaires, Anna n’a pas trouvé sa vocation du premier coup, mais elle n’a jamais lâché. Elle est allée au cégep dans deux programmes différents et s’est aperçue qu’elle n’était pas faite pour ce type d’enseignement.

Elle est allée étudier la cuisine à la Pearson School of Culinary Arts sans trop savoir ce qui la menait là. Une grande passion pour la pâtisserie est alors née. Anna a poursuivi son apprentissage en travaillant pendant deux ans dans une boutique de beignes. « J’aimais beaucoup ça et j’étais bonne », dit-elle.

L’avenir de Messy Kitchen

En ce moment, Anna se procure du gibier, du vin, de la bière et d’autres denrées à Kahnawake. Elle désire continuer d’encourager sa communauté en y achetant le plus de produits possible.

Pour l’instant, des entreprises et universités montréalaises commandent chaque semaine le menu aux saveurs autochtones Back to our roots. Mais la clientèle de Messy Kitchen provient tout de même majoritairement de Kahnawake.

Dans les prochaines années, Anna veut déléguer la gestion du restaurant pour peaufiner son menu traiteur. Elle veut créer des plats signatures aux saveurs boréales que peu de gens connaissent.

Une fois que ce menu sera en place, elle souhaite que la clientèle montréalaise soit plus nombreuse que celle de sa communauté. Par la suite, Anna pensera peut-être à ouvrir un deuxième restaurant.

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