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Image : La devanture de l'Orphelinat de l'Immaculée.

À l'époque où les familles québécoises s'en remettaient à la charité chrétienne, des milliers d'enfants dits illégitimes, abandonnés, orphelins d'un ou deux parents se sont retrouvés dans les orphelinats financés par l'État, mais dirigés par des communautés religieuses.

Un texte de Priscilla Plamondon Lalancette

À Chicoutimi, la vieille bâtisse en briques rouges qui abritait l'Orphelinat de l’Immaculée-Conception renferme des histoires qui ont marqué bien des vies.

Nous avons rencontré une vingtaine de survivants de cette époque qui affirment avoir subi de mauvais traitements dans cet établissement dirigé par les Petites Franciscaines de Marie entre 1931 et 1968. S’ils brisent aujourd’hui le silence, c’est dans l’espoir que l’Église et les religieuses admettent enfin leurs torts et demandent pardon.

Ces hommes et ces femmes meurtris ont pour la plupart été indemnisés par le Programme national de réconciliation avec les orphelins et orphelines de Duplessis afin de compenser en partie les injustices et les atrocités qu’ils ont vécues. Le gouvernement du Québec leur a présenté des excuses officielles en 1999. Mais celles de l’Église et des congrégations religieuses se font toujours attendre.

Voici leurs histoires.

Avertissement : les témoignages contiennent des propos difficiles qui peuvent choquer ou heurter certaines personnes.

Gérard Fournier dans sa maison.
Image : Gérard Fournier dans sa maison.
Photo: Gérard Fournier habite aujourd'hui sur le bord du lac Saint-Jean, à Saint-Gédéon.  Crédit: Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Le supplice de Gérard

Gérard Fournier avait 10 ans lorsque sa mère est morte, en 1942. Il croyait que ce serait la pire expérience de sa vie. Mais c’était avant que son père le place à l’orphelinat des Petites Franciscaines de Marie.

Le jour de son arrivée, une religieuse vêtue d’une longue tunique noire, d’un voile et d’une guimpe blanche l’attendait devant l’entrée de la grande bâtisse en forme de croix. Bienvenue à l’orphelinat, lui a-t-elle dit d’un sourire rassurant. Mais une fois son père parti, Gérard raconte avoir compris que c’était un baiser de Judas.

On était loin de l’amour d’une mère. On dirait que les religieuses avaient suivi un cours pour savoir comment maltraiter les enfants. Toutes les occasions étaient bonnes pour nous punir. Un moment donné, elles étaient tannées de nous donner des volées avec leur fouet. J’ai reçu des chocs électriques, allègue-t-il.

La famille de Gérard Fournier avec son père, sa sœur et ses deux frères.
Une des rares photographies de Gérard avec son père, ses frères et sa soeur.Photo : Avec l'autorisation de Gérard Fournier

L’homme de 87 ans se rappelle que les religieuses rivalisaient d'imagination à son égard. Il garde en mémoire l’image de ses jointures en sang, frappées à coup de ciseaux, ou encore la douleur soudaine de ses petits doigts écrasés dans le claquoir de la chapelle.

Dans son département (les groupes vivant dans l'un des huit secteurs de l'orphelinat étaient appelés département), où soixante garçons étaient surveillés par seulement deux Franciscaines, le réveil était toujours brutal et accompagné de hurlements. Gérard se levait au son des languettes de cuir qui s'abattaient sur les fesses nues de ses camarades à quatre pattes. Les enfants qui avaient le malheur de faire pipi au lit mangeaient des volées 365 jours par année, témoigne-t-il.

Par crainte de mourir, Gérard sentait la révolte germer en lui. Privé d’affection, il cumulait les sévères corrections. Avec 12 autres jeunes, il a d’ailleurs tenté de s’évader de cette « prison », mais il raconte que la police les a rapidement ramenés à l’orphelinat. Les Franciscaines auraient ensuite voulu casser son caractère et l’auraient mis en pénitence pendant 15 jours dans une salle de bain, nourri au pain et à l’eau. Il dormait alors en petite jaquette de coton sur un plancher glacial de terrazzo.

Puis un jour, c’est son petit frère qui a goûté à leur médecine parce qu’il a refusé de cirer le plancher. Gérard se souvient qu’une nonne lui a plongé la tête dans une grosse cuve en fonte émaillée et qu’elle le frappait à coups de brosse à plancher.

Les enfants de l’orphelinat étaient effectivement forcés de travailler, ou plutôt de faire leur part, comme disaient les religieuses. La tâche de Gérard consistait à récupérer les bébés abandonnés dans le portique. Tous les matins, avant de servir la messe, on allait voir s’il y avait des bébés. On les montait à la crèche et on se dépêchait de sortir de là parce que ça sentait l’urine chauffée. Ceux qui étaient morts, ils les mettaient dans une petite tombe blanche. Mais c’était toujours la même. J’avais remarqué qu’un coin de la tombe était brisé. Après, c’était le service des anges. Il n’y avait pas de cimetière pour les bébés. Je ne sais pas où ils les mettaient.

La cuisine de l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception.
Des religieuses de l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception à Chicoutimi préparent le repas dans la cuisine de l'établissement.Photo : Société historique du Saguenay, P002, S1, D1549, P12

Au réfectoire, c’était interdit de laisser de la nourriture dans son assiette. Mais les repas de l’orphelinat donnaient des haut-le-coeur à Gérard. On aurait pu couper le gruau au couteau. C’était une bouette à cochon. Mais le plus pénible, c’était les gros morceaux de lard dans les bines. Il y a un petit qui a régurgité et la religieuse l’a obligé à tout manger. Il a fallu qu’il vide son assiette avec tout ce qu’il avait mis dedans. Quand tu as vu ça une fois dans ta vie, tu ne peux pas l’oublier. Par peur de subir le même sort, Gérard avait d’ailleurs pris l’habitude d’attacher un petit sac de plastique dans ses sous-vêtements pour y glisser les morceaux de gras afin de les jeter plus tard aux toilettes.

Quand le jeune rebelle a osé parler de ce qu’il endurait à son père lors d’une visite au parloir, les religieuses qui écoutaient discrètement l’ont frappé de plus belle.

C’était l’omerta. On n’avait pas le droit de dire ce qui se passait là-dedans.

Gérard Fournier

Encore aujourd’hui, la « mauvaise foi » des bonnes soeurs lors des journées d’adoption scandalise Gérard. Les religieuses donnaient des jouets neufs aux enfants. On était assis par terre et on ne savait même pas quoi faire. On n’avait jamais joué avec ça. Mais elles voulaient donner l’impression que les enfants étaient bien. Une fois les visiteurs partis, elles nous les enlevaient. C’était la même chose pour les cadeaux de Noël. Une fois les photos prises, ils disparaissaient.

Des années après être sorti de l’Immaculée-Conception, Gérard Fournier est d’ailleurs retourné là-bas avec une voiture remplie de présents pour les enfants. Il voulait que les jeunes puissent enfin garder ces précieux objets. Il avait espoir de mettre une croix sur ce passé douloureux. Mais encore aujourd’hui, la page n’est pas complètement tournée et son pardon, loin d’être accordé. Avant de mourir, je voulais que le monde sache que vivre à l’orphelinat, c’était un supplice, conclut-il.

* PHOTO SUIVANTE : Archives de l'Université du Québec

Une vue aérienne de l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception
Image : Une vue aérienne de l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception
Photo: L'Orphelinat de l'Immaculée-Conception de Chicoutimi a été construit en forme de croix.  Crédit: Archives de l'Université du Québec

La terre promise d’Alain

Tout comme sept de ses frères et soeurs, Alain Laforge a été arraché à ses parents négligents dans les années 60. Après une traversée du désert dans une famille pauvre dont le père éprouvait des problèmes de santé mentale, l’orphelinat représentait en quelque sorte la terre promise pour cette fratrie.

Les enfants ont trouvé un toit, certes, mais pas l’amour dont ils rêvaient. Un tout autre cauchemar les attendait, selon Alain. Une fois arrivés chez les Franciscaines, les enfants ont été séparés et n’avaient plus droit d’entrer en contact les uns avec les autres, sous peine de punition.

La mère d'Alain avec quatre de ses enfants.
La mère d'Alain avec quatre de ses enfants lors d'une visite à l'orphelinat. Alain se trouve en bas à gauche. Photo : Avec l'autorisation d'Alain Laforge

Alain raconte qu’il était forcé de nettoyer et de cirer les planchers, mais surtout de récurer des toilettes répugnantes avec une brosse à dents dès l’âge de 5 ans. Les enfants n’avaient droit qu’à deux carrés de papier pour faire leurs besoins. Les cabinets étaient donc beurrés d’excréments.

Il y avait d’ailleurs des heures fixes pour aller aux toilettes le matin, le midi et le soir. Entre-temps, Alain a souvent sali ses sous-vêtements parce qu’il n’arrivait plus à se retenir. Et comme toute déviation des règles était sanctionnée, il soutient qu’il était alors battu avec une sangle de cuir qui servait à affûter les rasoirs ou encore avec une grosse cuillère de métal.

L’homme de 63 ans se souvient qu’il ne mangeait jamais à sa faim. Il dévorait les coeurs de pommes jetés dans la cour extérieure pour calmer son appétit. Au déjeuner, il prenait garde de ne pas renverser son lait suri, sinon la soeur épongeait le plancher avec une tranche de pain qu’elle lui faisait ensuite ingurgiter.

Un jour, alors que les religieuses avaient annoncé aux enfants qu’ils partaient en voyage, le petit Laforge a vomi son gruau. Elles l’ont obligé à tout ravaler pour que l’autobus puisse prendre la route de Baie-Saint-Paul. C’était de la cruauté, affirme Alain. Ce jour-là, les enfants ont visité l’institut psychiatrique des Petites Franciscaines de Marie, dans Charlevoix. L’activité consistait à observer des jeunes malformés, infirmes ou ayant un handicap mental. On vous amène-là pour vous montrer qu’il y en a des bien pires que d’autres dans la vie, aurait expliqué une nonne.

Extrait du récit écrit par Alain Laforge.
Alain Laforge a rédigé une lettre de 14 pages au ministre de la Solidarité sociale en 2012 pour expliquer le calvaire qu'il a enduré à l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception. Photo : Avec l'autorisation d'Alain Laforge

En 2012, dans une lettre de 14 pages adressée au gouvernement dans le cadre du Programme national de réconciliation avec les orphelins de Duplessis, Alain Laforge a raconté en détails à quel point il en a bavé physiquement et mentalement pendant les quatre années passées à l’orphelinat. Souvent en rentrant se coucher au dortoir, il devait se mettre en ligne avec d'autres pour manger une volée. Il a été envoyé au trou noir. Et lorsqu’il recevait des cadeaux de ses grands-parents, ils se volatilisaient comme par magie entre les mains des bonnes soeurs.

Je ne peux souhaiter la même situation à mon pire ennemi, de même qu’imaginer vivre ou plutôt survivre à ce genre d’abomination.

Extrait de la lettre d'Alain Laforge au ministre de la Sécurité sociale, en 2012

Encore aujourd’hui, Alain Laforge ressent la honte de ces humiliations répétées. Les souvenirs de l’orphelinat continuent à hanter ses jours et ses nuits. Il a déjà fait trois tentatives de suicide. Une de ses soeurs a également tenté de mettre fin à ses jours à deux reprises.

Vous aviez la responsabilité de protéger et de prendre soin de ces enfants. Je ne demandais rien d’autre que d’être aimé. Ce n’est pas tout l’or du monde qui me redonnera ce que j’ai manqué, qui pourra effacer les maux causés par le manque d’humilité, de dignité, de respect, conclut-il.

J. Simone Desbiens regarde des photos de son enfance.
Image : J. Simone Desbiens regarde des photos de son enfance.
Photo: Dans son appartement à Montréal, J. Simone Desbiens repense souvent à son Saguenay natal.  Crédit: Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

La famille brisée de Simone

La mère de J. Simone Desbiens est morte en 1934 alors que la fillette avait 4 ans. Son père, qui était bûcheron, a donc mis ses quatre enfants en pension chez les soeurs franciscaines, le temps de se remarier.

Simone essaie d'oublier cette période de sa vie où elle se berçait à longueur de journée. Elle ne sortait jamais jouer dehors. On n’avait pas de manteau d’hiver. Elle n’allait pas à l’école non plus. Dans son souvenir, à 8 ans, elle ne savait ni lire, ni écrire.

À l’orphelinat, Simone était tenue à l’écart de ses frères et soeurs. Elle peinait à consommer les repas distribués aux enfants. Je me plaignais à mon père que la nourriture n’était pas bonne. Quand il venait, il m'emportait des fruits. Mais finalement, je ne les mangeais pas. Je me les faisais enlever aussitôt que j'arrivais au réfectoire, rapporte-t-elle.

La dame de 89 ans en veut toujours aux Franciscaines d’avoir brisé sa famille. Elle affirme que, lorsque son père les a ramenés au bercail, quatre ans plus tard, sa petite soeur Gervaise avait disparu. Elles ont donné ma soeur en adoption sans le consentement de mon père. Mon père n’a jamais voulu signer les papiers d'adoption. On aurait aimé ça qu'elle soit là. On a été séparés. Mon père était très en colère contre les religieuses, soutient Mme Desbiens.

Des photos en noir et blanc appartenant à J. Simone Desbiens.
J. Simone Desbiens conserve plusieurs photographies de son passage à l'orphelinat puis à l'institut familial qui était dans la même bâtisse.Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Simone raconte que le paternel a finalement retrouvé sa fille manquante. Elle était devenue l’unique enfant d’un couple infertile plutôt aisé. Au fil des ans, Gervaise a pu visiter sa famille biologique quelques fois par année. À chacune de ces occasions, elle repartait en pleurant. Puis à l’âge adulte, elle a fait les démarches pour obtenir ses papiers d’adoption. Celle dont le nom avait été changé a pu constater que la signature de son père était bel et bien manquante, explique sa soeur.

Elle a terriblement souffert de ne pas être avec ses frères et soeurs. Nous aussi, on a souffert, témoigne celle qui conserve un dossier avec toutes les traces de leur passage à l’orphelinat.

J'aimerais ça avoir des excuses, de la part des religieuses surtout.

J. Simone Desbiens

Mais à l’aube de ses 90 ans, elle estime que les chances de voir cela de son vivant sont bien minces.

* PHOTO SUIVANTE : Société historique du Saguenay, P002, S1, D1549, P20

Des lits côte à côte dans un dortoir.
Image : Des lits côte à côte dans un dortoir.
Photo: L'un des dortoirs de l'orphelinat de l'Immaculée-Conception.  Crédit: Société historique du Saguenay, P002, S1, D1549, P20

Une fratrie rongée par la honte

En 1960, la plupart des neuf enfants de la famille Tremblay (nom fictif) ont été placés chez les soeurs franciscaines peu de temps après le décès de leur mère. Mais contrairement à ce que laissait présager le nom de l’Orphelinat de l’Immaculée-Conception, les religieuses étaient loin d’être blanche comme neige, selon eux.

À 68 ans, Ghislaine n’a toujours pas raconté le calvaire qu’elle a vécu là-bas à son mari et à ses enfants. Pour ses frères et soeurs, l’orphelinat reste aussi un sujet tabou. Ils confessent tous avoir perdu l’esprit de famille le jour où ils y ont mis les pieds.

De 8 à 12 ans, Ghislaine prétend avoir connu d’atroces souffrances aux mains des religieuses et des prêtres qui oeuvraient dans l’établissement. Battue, abusée, affamée, elle dit en avoir pâti. Ghislaine raconte qu’elle avait peur des curés qui caressaient souvent ses fesses et ses seins. Ils profitaient de notre innocence, explique-t-elle. Ces attouchements, bien d’autres orphelins et orphelines s’en rappellent avec dégoût.

La violence et la répression étaient la principale méthode pédagogique des Franciscaines. Les coups de sangles et les claques derrière la tête faisaient partie du quotidien. Parfois, la jeune fille était enfermée dans le noir et devait demeurer à genoux toute la nuit. Un jour, elle a salué son frère pendant la communion. J’ai mangé une maudite volée, affirme-t-elle. Les seuls moments où les enfants étaient réunis, c’était lors des visites dominicales. Ghislaine aurait d’ailleurs été fouettée parce qu’elle avait raconté à son père qu’elle était maltraitée.

L'orphelinat, c'était la jungle. C’était une prison d’enfants.

Ghislaine

La petite Ghislaine lavait les planchers à quatre pattes et s’occupait des bébés de la crèche. Soixante ans plus tard, les gestes répétés d’humiliation qu’elle a subis font encore remonter ses larmes. Elle n’oubliera jamais que ses petites culottes étaient scrutées par les religieuses. Si elles étaient sales, elle les prenait en pleine figure devant les 59 autres fillettes de son département. Insultes et moqueries s’en suivaient.

Quand sa petite amie de La Doré est morte d'une pneumonie à l'orphelinat, Ghislaine n’a pas eu le droit d’assister à ses funérailles. Une religieuse lui a dit qu’elle ne le méritait pas. Ça m'a blessée pour le restant de mes jours. C'est tout ce qu'on avait, des amis.

Un enfant, c'est pur, ce n'est pas méchant. Mais quand tu vis de la violence tout le temps, soit tu deviens délinquant, soit tu apprends à fonctionner seul. Moi, je me suis bâti une carapace de 500 pieds d'épais pour me protéger. Ça prend des mécanismes de défense pour survivre à ça, confie Ghislaine. C’est d’ailleurs pourquoi elle veut à tout prix protéger sa famille de ses affreux souvenirs. Elle ne supporterait pas que ses enfants la prennent en pitié.

L'Institut Saint-Georges de Chicoutimi
L'Institut Saint-Georges de Chicoutimi recevait, selon un numéro de la revue Architecture daté de septembre 1961, 200 jeunes de 12 à 18 ans, « mal adaptés au milieu social, attardés scolaires, orphelins ou abandonnés.»Photo : BAnQ

Le frère de Ghislaine, Martin, est aussi demeuré à l’orphelinat de 1960 à 1964 et aurait écopé des mêmes châtiments. L’été, il devait travailler à la ferme des religieuses. Il ramassait des patates toute la journée dans les champs. À l’âge de 12 ans, il a été transféré à l’Institut Saint-Georges, à Chicoutimi, tenu par des pères maristes. Déjà vulnérable, le pensionnaire affirme avoir été abusé à répétition par quatre religieux jusqu’à ses 16 ans. Je suis rendu à 70 ans et j’y pense souvent, raconte-t-il, la voix chevrotante.

Quand ils nous appelaient, on savait ce qui allait se passer. On devait les suivre dans leur bureau, en arrière, dans un genre de petite clinique. Leur excuse, c'est qu'ils devaient vérifier si on était circoncis ou bien ils nous trouvaient une autre maladie. J'en ai eu des doigts dans le derrière. Tout le monde le savait, mais il n’y avait personne pour les arrêter. Ils en passaient deux ou trois par soir, dans leur bureau. On se faisait aussi taponner dans le dortoir. Il y en a qui ont été obligés de masturber des religieux, soutient-il.

Les conséquences ont été irréversibles pour Martin. Même s’il a réussi à fonder une famille, il s’est replié sur lui-même. Tes enfants, tu ne cherches pas à les coller quand tu as vécu ça. Tu les repousses. Coller un enfant, je ne sais pas c'est quoi. Je n’ai pas collé les miens. Embrasser un bébé, je ne suis pas capable. Comment donner de l'amour quand on n’en a jamais reçu? Même avec ma conjointe, les grands je t'aime et les grandes accolades, il n’y en a jamais eu. Ça prend quelqu'un qui accepte ça.

Des bancs d'église alignés devant l'autel.
La chapelle de l'Institut Saint-Georges au début des années 1960. Photo : BAnQ

Gilbert, le frère de Ghislaine et Martin, raconte aussi avoir été agressé sexuellement par des maristes. Les frères avaient des grandes mains. Toutes les occasions étaient bonnes de se rincer l'oeil et de nous toucher. Le soir, quand il y en a un qui entrait dans le dortoir, j’espérais qu'il ne choisisse pas ma rangée. Il y avait quatre rangées. Paralysé par la peur, Gilbert admet qu’il a toujours fait semblant de dormir lorsqu’il était victime d’abus.

À l’Institut Saint-Georges, tant Gilbert que Martin disent aussi avoir été privés de nourriture et enfermés dans une cellule noire pour punir leurs comportements jugés délinquants.

Appelé à commenter les allégations d’agressions sexuelles et de maltraitance survenues à l’Institut Saint-Georges de Chicoutimi dans les années 60, le père Yvan Mathieu, provincial des Pères Maristes, a assuré par courriel que les personnes qui ont témoigné dans le cadre de ce reportage avaient toute l’estime des Pères Maristes pour le courage et la démarche qu’elles ont entreprise.

Guy et Marcelle Tremblay
Image : Guy et Marcelle Tremblay
Photo: Guy et Marcelle Tremblay se sont achetés une maison près de Montréal il y a quelques années.  Crédit: Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Les anges et les démons de Guy et Marcelle

J’ai mangé des volées, mais je ne les avais pas volées, concède Guy Tremblay qui se fait l’avocat du diable. Contrairement à la majorité des orphelins, l’homme de 78 ans, qui était dans les bonnes grâces des prêtres et des soeurs, n’a pas été traumatisé par son passage chez les Petites franciscaines de Marie. Il a été battu à quelques reprises, mais il croit qu’il le méritait.

Pour survivre dans cet univers, il savait séduire. Il y a même fait du théâtre et développé son sens artistique. Heureux de l’éducation qu’il y a reçu, il se rappelle tout de même de certains moments dégradants, comme d’avoir été forcé d’effectuer une procession avec ses caleçons souillés sur la tête.

À l’orphelinat, il y avait des anges et des démons, illustre Guy pour expliquer qu’il y avait des religieuses bienveillantes et des marâtres.

Sa sœur Marcelle, elle, a souffert le martyre. La dame de 83 ans admet que plusieurs religieuses étaient gentilles, mais qu’elles ne s'interposaient jamais pour empêcher les tortionnaires d'infliger des sévices corporels et psychologiques aux jeunes. Il y en avait une entre autres que c'était sa folie de donner des volées tous les soirs pour des niaiseries. Marcelle a fait la file devant la cellule de cette religieuse pendant cinq longues années pour recevoir sa fessée quotidienne.

D’autres corrections exagérées sont restées marquées dans sa mémoire. Alors qu’elle marchait et discutait dehors avec une amie, elle a dépassé le coin de la bâtisse de quelques pas, ce qui était strictement défendu. Une sœur lui aurait donc fouetté les fesses avec une corde à danser de cuir pliée en quatre jusqu’à ce que des cloques d’eau apparaissent sur sa peau. Si tu criais, tu en avais plus longtemps, explique-t-elle. La petite est demeurée enfermée pendant deux jours à l’infirmerie à la suite de cet épisode. Sa sœur Huguette était hors d’elle. Elle a sommé une religieuse de libérer Marcelle. Mais ce fut une grave erreur. Elle a été punie parce qu’elle lui a tenu tête. Ils l’ont envoyée quelques semaines dans une prison pour femmes à Québec. Elle est revenue traumatisée, se remémore Marcelle.

Les bonnes sœurs avaient surnommé Marcelle mes grands yeux morts. Aujourd’hui encore, l’infirmière retraitée n’en revient pas.

Elles ne nous aimaient pas, les religieuses. Elles nous répétaient qu’on était là par charité.

Marcelle Tremblay
Des religieuses rassemblées dans la chapelle.
Des religieuses de l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception de Chicoutimi assistent à une cérémonie dans la chapelle.Photo : Société historique du Saguenay, P002, S1, D1549, P02

Cinq autres frères et sœurs de Guy et Marcelle se sont retrouvés à l’orphelinat en même temps qu’eux parce que leur père alcoolique était violent. Leur mère, qui ne pouvait subvenir seule à leurs besoins, a décroché un emploi à l’Immaculée-Conception, où vivaient ses enfants. Mais six jours sur sept, elle n’avait pas le droit d’adresser la parole à la chair de sa chair.

Je la croisais dans le corridor que je cirais et c’était comme une étrangère, se désole Guy. Si on me prenait à parler à ma mère, je n’étais pas au parloir le dimanche suivant, expose-t-il.

Les réunions familiales n’avaient lieu que le jour du Seigneur. Or, il ne s’y disait pas grand-chose puisqu’une sœur épiait toujours les conversations.

On était avertis qu'il ne fallait pas dire qu'on avait été battus. C’était un régime de peur, mais on a survécu. On ne peut pas oublier ça. On était à leur merci, relate Marcelle.

Les religieuses s’emparaient apparemment des cadeaux apportés lors de ces visites dominicales. Adieu pommes, oranges et bonbons! À Noël, Guy se souvient même d’avoir déballé un tourne-disque qui lui a aussitôt été retiré.

Et lorsque les enfants devaient travailler aux champs pour cueillir des bleuets ou éplucher des noisettes, ils ne goûtaient malheureusement jamais au fruit de leur récolte. Ça allait tout à la communauté, aux prêtres et à l’évêché, expliquent le frère et la sœur.

Heureusement, depuis sa sortie de l’orphelinat, la famille Tremblay s’est ressoudée. On reprend toutes les années perdues pendant lesquelles on était séparés. On aurait pu s’éparpiller, ne pas se connaître. Il y en a plusieurs à qui c’est arrivé, racontent Guy et Marcelle qui vivent sous le même toit.

Ces enfants de Duplessis souhaitent que la congrégation religieuse reconnaisse ses torts. Qu'ils acceptent justement ce qui s'est passé, pas le cacher comme le Vatican a fait avec tous les scandales qui sortent, soutient Guy. Loin de vouloir jeter la pierre aux franciscaines ou encore les excuser, il rappelle que l’orphelinat était sous-financé par le gouvernement, que les religieuses le tenaient à bout de bras et que plusieurs des sœurs n’avaient pas véritablement la vocation. Certaines étaient forcées d’enfiler la bure, ce qui, selon lui, pouvait également représenter un supplice.

Gaétan Larouche
Image : Gaétan Larouche
Photo: Gaétan Larouche tient une photo de ses parents dont il a été séparé dans son enfance.  Crédit: Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Gaétan, l’enfant qui voulait mourir

On se faisait pas battre, on se faisait fouetter! J'avais les avant-bras bleus à force de manger des coups de strap, raconte Gaétan Larouche.

Le régime de peur instauré par les bonnes sœurs à l’orphelinat de Chicoutimi le terrorisait lorsqu’il était petit. Tellement qu'à l'âge de 6 ans, il rêvait de mourir.

Le soir, je faisais ma prière en dessous de mes couvertures avec ma petite Sainte Vierge et je demandais au Bon Dieu de venir me chercher parce que j'étais écœuré, se souvient-il.

Gaétan Larouche tient un livre et un chapelet.
Gaétan Larouche lors de sa communion à l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception.Photo : Avec l'autorisation de Gaétan Larouche

Or, le petit Gaétan est demeuré là-bas 6 années de plus, soit jusqu’à ses 12 ans. Chaque petit écart de comportement était puni. Il recevait une fessée 3 ou 4 fois par semaine. Les sœurs mettaient 15-20 enfants au milieu du dortoir et nous donnaient des coups, relate-t-il.

La mère de Gaétan était dépressive et son père, incapable de s’occuper de ses quatre enfants. Son sort était donc entre les mains de celles qui faisaient œuvre de charité. Mais ce qui se passait à l’orphelinat était loin d’être catholique pour Gaétan. Les enfants marchaient à la peur. J’ai été marqué à vie. Quand il faisait pipi au lit, il explique qu’il se faisait asperger d’eau glacée et mangeait une raclée, des images qui lui reviennent souvent en tête.

Comme les autres enfants, Gaétan était forcé de travailler. Il devait ramasser les couches souillées et nauséabondes à la crèche puis les descendre au rez-de-chaussée. Il lavait et cirait aussi les planchers.

L’orphelinat, c’est l’endroit où il a perdu son petit frère Jean-Pierre. À 9 ans, le benjamin a succombé à une maladie. Je le revois encore avec son gros ventre gonflé, s’attriste Gaétan, qui n’a pu lui faire ses adieux.

L’homme de 71 ans espère un jour pouvoir faire la paix avec ce terrible passé, mais il a bien peur de ne jamais pouvoir oublier toute la maltraitance qu’il a subie.

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Image : Guy Brisson tient son chat dans ses bras.
Photo: Guy Brisson raconte qu'il se débattait comme un chat dans l'eau lorsque les religieuses le plongeait dans l'eau froide pour le punir d'avoir uriné dans son lit.  Crédit: Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

La souffrance de Guy

C’était en 1952. Guy Brisson avait 4 ans lorsqu’il a pris le chemin de l’orphelinat. Sa mère, Rose, venait de succomber à un cancer et son père, Henri, un travailleur de l’Alcan, n’était pas en mesure d’élever ses enfants. Pour le petit garçon de Kénogami, ces nouvelles portes qui s’ouvraient chez les religieuses étaient celles de l’enfer.

Quand je pissais au lit, elles me cognaient et elles me bûchaient sur la tête. Elles remplissaient des bains d'eau froide et elles nous calaient là-dedans. On cherchait notre souffle. On s'accrochait sur le bord du bain, on pensait qu'elles nous noyaient. On était comme un petit chat qui essaie de s’agripper. J’y pense encore aujourd’hui. Une religieuse qui maltraite des enfants comme ça, c'est pas catholique pantoute, lance-t-il.

Guy avait tellement peur de la discipline de fer des franciscaines, qu’une nuit où il était incapable de se retenir, il affirme avoir uriné dans le lit d’un camarade pour éviter les coups.

L’homme de 72 ans a l’impression que les sœurs lui ont volé sa jeunesse. Il soutient que les souffrances qu’il a connues à l’orphelinat de Chicoutimi lui ont laissé des séquelles psychologiques. Il a cumulé les dépressions et a même tenté de se suicider, en 1989. C’est un miracle qu’il ait survécu.

Toutes les affaires du passé revenaient, ce qu'elles m'avaient fait subir. J'étais triste. Ma femme s'en allait avec mes enfants. J’ai pris une carabine et je me suis tiré une balle dans la tête. Je me suis dit que je ne me manquerais pas.

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Guy Brisson tente d'expliquer la trajectoire de la balle qu'il s'est tirée sur la tempe et qui est ressortie plus bas.Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Toute l’enfance de Guy a été difficile. Il a terminé son primaire de peine et de misère.

Un enfant de 4 ans que tu domptes en le claquant sur la tête, tu deviens pas normal, c'est assuré.

Guy Brisson

Guy Brisson a aussi purgé une peine de prison pour avoir commis un homicide involontaire, en 1993. Médicamenté pour le reste de ses jours, il mène désormais une vie bien rangée avec son épouse près de Joliette. Mais il sait qu’il demeure fragile et qu’il peut basculer à tout moment. J’ai une femme et des enfants qui m’aident, dit-il d’un ton rassuré.

Reste que l’homme a fréquemment des flashback de son séjour à l’orphelinat. Je mangeais du gruau et il y avait des mottons dedans. J'avais restitué par terre. Elles m'ont pogné par le cou pis elles me mettaient la face dedans et disaient : “Mange, mange!”

Guy se souvient aussi d’une nonne qui se déguisait en diable pour effrayer les enfants. Elle avait des cornes sur la tête pis elle nous faisait peur. On se cachait en dessous des chaises.

Encore aujourd’hui, les mauvais quarts d’heure passés à l’orphelinat viennent le hanter et le tourmenter. Ça me faisait du mal en dedans. Ça me fait toujours du mal en dedans de moi. Je pleure souvent.

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Image : Richard Bergeron
Photo: L'ex-chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a écrit un livre dans lequel il témoigne de son passage à l'orphelinat de Chicoutimi.  Crédit: Radio-Canada

Richard Bergeron, le chouchou des religieuses

L’ex-chef de Projet Montréal et spécialiste en développement urbain, Richard Bergeron, a passé une partie de son enfance à l’orphelinat de Chicoutimi. Il a d’ailleurs publié une autobiographie intitulée L’orphelinat en 2012.

La mère de Richard est demeurée paralysée à la suite de son 5e accouchement. Son âge mental a régressé à celui d’un enfant de 5 ans. Son père, qui travaillait sur des chantiers, a donc pris la décision d’envoyer sa progéniture à l'orphelinat. Richard avait 3 ans lorsqu’il a été placé chez les soeurs franciscaines. À son premier réveil dans le dortoir, il raconte avoir expérimenté la pédagogie de la strap parce qu’il avait fait pipi au lit. Mais il ne l’a jamais remouillé par la suite. Son frère, par contre, a été fouetté pendant les six années passées là-bas.

Je confirme que c’était la norme, soit le matin à cause du pipi au lit, soit pour toute dérogation au règlement. J’ai vu des enfants qui y goûtaient souvent. Dans une institution comme celle-là, si les religieuses te prenaient en grippe, tu passais plus qu’un mauvais quart d’heure, raconte Richard Bergeron.

Il témoigne d’une violence systémique envers les enfants pour sanctionner la moindre petite désobéissance. Un système concentrationnaire où il y avait un ratio d’une religieuse pour dix enfants. Il corrobore également que la nourriture n’était pas mangeable. Les enfants n’avaient pas le droit d’en laisser dans leurs assiettes. Plusieurs en ont souffert, mais Richard avait développé une stratégie. Il asséchait la viande dans sa bouche, la glissait discrètement dans ses poches, puis en disposait aux toilettes. Durant 6 ans, c’est ce que j’ai fait. J’ai dû passer une vache entière, se remémore-t-il.

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De jeunes garçons s'amusent dans la salle de récréation de l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception.Photo : Société historique du Saguenay, P002, S1, D1549, P10

Contrairement aux souffre-douleurs de l’orphelinat, le petit Richard est vite devenu le chouchou des religieuses qui ont été charmées par son intelligence. Il savait lire à 4 ans et racontait d’ailleurs des histoires aux autres enfants. Il a aussi construit une maquette de l’orphelinat qui lui a valu une pluie d’éloges. Sortir du lot lui a rendu service. Il faisait partie des rares privilégiés.

J’ai compris comment les mettre de mon bord et j’ai joué ce jeu-là tout le temps. Mon expérience à moi a été assez heureuse à l’orphelinat.

Richard Bergeron

Même s’il reconnaît que plusieurs pensionnaires ont été marqués au fer rouge, il salue le dévouement des religieuses. Il affirme qu’il fallait se méfier de certaines d’entre elles, mais que la majorité des franciscaines étaient gentilles.

À titre personnel, je ne demande pas d’excuses aux religieuses, je les remercie. On parle d’un autre Québec que celui qu’on a aujourd’hui. Faut pas oublier les 50 ans qui nous séparent de cette période-là.

Par la voix de son avocat, la communauté des Petites Franciscaines de Marie nie les allégations, soulignant que des centaines de religieuses ont consacré leur vie à prendre soin d’enfants abandonnés et à leur procurer un milieu de vie conforme aux pratiques d’éducation existantes à l'époque.

Il nous apparaît pertinent de vous transmettre l’information à l’effet que le juge André Prévost de la Cour supérieure de Montréal a rejeté le recours collectif qui comprenait des allégations similaires à celles que vous nous avez transmises, indique aussi Me Pierre L. Baribeau dans une réponse envoyée par courriel.

L'histoire de l'orphelinat de Chicoutimi

L’Orphelinat de l’Immaculée-Conception a ouvert ses portes le 4 novembre 1931 à Chicoutimi. Cet établissement d’assistance publique reconnu par le gouvernement était dirigé par la congrégation religieuse des Petites Franciscaines de Marie. Dès la première année, les 18 sœurs venues de Baie-Saint-Paul ont accueilli 400 enfants. En 1942, elles étaient une soixantaine pour s’occuper de 575 orphelins.

En 1952, les quatre étages de la bâtisse étaient divisés en huit départements, dont la crèche, qui accueillait une centaine de poupons de 0 à 3 ans. Les garçons et les filles étaient regroupés selon leur âge dans des dortoirs d’une soixantaine de lits. Il s’agissait d’enfants illégitimes, abandonnés à la naissance, orphelins d’un père, d’une mère ou des deux parents. Parfois, ils se retrouvaient aussi à l’orphelinat parce que leurs parents étaient malades ou bien en raison d’un mariage désuni.

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L'imposante bâtisse qui abritait l'orphelinat de Chicoutimi fait partie du paysage saguenéen depuis presque 90 ans.Photo : Université du Québec

Selon une étude de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) conduite en 1999 par Léo-Paul Lauzon et Martin Poirier, l'Orphelinat de l'Immaculée-Conception de Chicoutimi recevait une subvention quotidienne de 0,70 $ par enfant en 1956. Les parents qui y plaçaient leurs enfants devaient aussi verser une pension aux religieuses.

En 1962, un incendie a détruit une partie du bâtiment pendant des travaux d’agrandissement. Puis, avec la Révolution tranquille, l’approche gouvernementale des services sociaux s’est transformée, tout comme la prise en charge des orphelins. Le nombre de pensionnaires a diminué, devenant insuffisant, et les déficits accumulés ont forcé la fermeture de l’orphelinat en juin 1968.

Le bâtiment a abrité l’Université du Québec à Chicoutimi. C’est aujourd’hui un édifice à bureaux.


Voyez le reportage Survivre à l'orphelinat de Chicoutimi de Priscilla Plamondon Lalancette.

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