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Image : Dr Barwin

Un texte de Antoine Trépanier

Norman Barwin a longtemps eu la réputation d’être le dieu de l’insémination artificielle à Ottawa, et même ailleurs au pays. C’était avant que ses fautes professionnelles ne le rattrapent. Selon les avocats d’un recours collectif intenté contre lui, le médecin désormais radié a conçu 91 enfants avec le mauvais sperme, dont le sien. Aujourd’hui, certains des enfants qui ont récemment découvert qu’il était leur père biologique cherchent d’autres demi-frères et demi-soeurs… Au Québec.

Radio-Canada s’est entretenue avec trois Québécois qui sont du groupe. L’un habite l’est de la province, les deux autres l’Outaouais. Deux d’entre eux se sont confiés pour la première fois à visage découvert parce qu’ils veulent mettre au grand jour cette histoire jusqu’ici moins connue chez les francophones.

Image : Les petits dernier du Dr Barwin
Photo: Les petits dernier du Dr Barwin  Crédit: Radio-Canada

Les petits derniers du Dr Barwin

Marie-Pier ne s’est jamais vraiment attardée à son identité. La benjamine d’une famille de trois filles n’avait que son teint basané qui éveillait les soupçons. Je me faisais souvent demander si j’étais québécoise, dit-elle sourire en coin.

Originaire de Gatineau, en Outaouais, Marie-Pier a les cheveux foncés et un regard profond. Rien de semblable à son père ni à ses deux soeurs, mais rien de si différent non plus. Jamais ne s’est-elle vraiment demandé d’où elle venait, quelles étaient ses origines, sa génétique, ou comment elle avait été conçue.

Marie et sa mère sur une table de pique-nique.
Marie-Pier ne s’est jamais vraiment questionnée par rapport à ses origines ou sa génétique, jusqu’en janvier dernier. Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Mais tout a changé en janvier dernier. Sa mère, Louise, s’était juré que cet épisode demeurerait secret. Celui où elle rêvait d’un troisième enfant d’un mari vasectomisé. Le couple craignait le jugement de proches, mais aussi que leur petite dernière soit perçue différemment des deux autres. Personne ne saurait qu’elle a fait appel à une banque de sperme et au Dr Barwin.

Puis, à l’automne 2019, elle voit un reportage qui la bouleverse. Une jeune femme, de dos, les cheveux foncés, témoigne de façon confidentielle qu’elle est la fille biologique du Dr Norman Barwin.

Cette femme, c’est Tracy-Lee Prescott. Elle accepte aujourd’hui de lever le voile sur son identité. Tracy-Lee a toujours su qu’elle était issue d’un donneur. Mais lorsque les allégations se sont multipliées au sujet du médecin de sa mère, elle a fait le test d’ADN organisé par le cabinet d’avocat qui gère le recours collectif. Elle est la douzième parmi les enfants du Dr Barwin répertoriés par le cabinet. La femme de 38 ans soutient que cette première sortie médiatique était nécessaire pour que les Québécois sachent qui il est.

Portrait de Tracy-Lee Prescott.
Tracy-Lee Prescott est la 12e enfant du Dr Barwin répertoriée.Photo : Radio-Canada / Courtoisie

On en a trouvé partout [des enfants]. J’étais la seule à Gatineau et je me disais que c’est sûr qu’il y en a d’autres. C’est sûr que c’est pas correct, ce qu’il a fait. Les gens ont le droit de savoir comme moi, dit-elle.

Si quelqu’un a la chance de connaître ses antécédents, je me dis "pourquoi pas?"

Tracy-Lee Prescott, fille du Dr Barwin

J’ai commencé à réfléchir un peu, confie Louise.

Sa réflexion a duré quelques semaines. Puis, début janvier, elle annonce à sa fille qu’elle a été créée par insémination artificielle.

Sur le coup, je disais que ça ne changeait rien [...] C’est plus rendu chez moi, après, que je réfléchissais : mon père n’est pas mon père de sang. Et c’était un peu plus un choc d’apprendre ça, témoigne Marie-Pier.

Et Louise est convaincue que le père est Norman Barwin. C’est quelque chose que je sentais. On ne peut l’expliquer, dit-elle.

Marie-Pier et sa mère
Les résultats d’un test ont confirmé que Marie-Pier est la fille de Norman Barwin.Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Quelques semaines plus tard, la confirmation. Marie-Pier est dorénavant la seizième enfant de Norman Barwin à se joindre au recours collectif.

C’est important de connaître ton identité, tes gênes, de savoir vraiment d’où tu viens. Je suis contente que mes parents me l’aient dit, parce que ça fait partie de moi, explique Marie-Pier.

Image : Une loupe devant un rideau
Photo: Il est difficile de trouver de possible enfants du Dr Barwin au Québec.  Crédit: Radio-Canada

Trouver les enfants québécois

Les quatre dernières années auront été rocambolesques pour Rebecca Dixon. Je ne m’attendais pas à prendre des appels d’avocats et de journalistes, lâche en riant la jeune femme de 30 ans. C’est elle qui a intenté un recours collectif contre Norman Barwin en 2016.

Ce dernier devait avoir inséminé sa mère avec le sperme de son père en 1989. Or, une vingtaine d’années plus tard, Rebecca a des problèmes de santé et une prise de sang révèle que son père biologique n’est pas celui avec qui elle a grandi. Un test d’ADN confirmera qu’ils n’ont pas de lien génétique.

Par l’entremise de ses avocats, elle fait un test d’ADN avec une jeune femme qui avait auparavant eu la confirmation du Dr Barwin qu’il était son père biologique. Le résultat est clair : les deux sont soeurs, il n’y a aucun doute.

Mme Dixon ignore combien de patientes et d’enfants il pourrait y avoir. L’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario estime que le médecin déchu n’a pas conservé les dossiers ou registres selon les standards de la profession.

Mme Dixon assise sur une chaise dans un parc d'Ottawa.
Rebecca Dixon a intenté un recours collectif contre Norman Barwin en 2016.Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Je m’attends que peut-être dans 20 ans, quelqu’un passe un test d’ADN sur Ancestry ou 23andMe et on va en trouver d’autres, avance Rebecca Dixon.

Mme Dixon a fait l’objet de nombreux reportages en anglais depuis quatre ans, mais son épopée semble s’être arrêtée à la rivière des Outaouais.

On n’a pas eu tant d’histoires dans les médias au Québec ou en français. Alors, je pense qu’il y a des gens qui n’ont pas encore entendu cette histoire, suggère-t-elle dans un français impeccable.

Pourtant, l’Outaouais n’avait aucune clinique de fertilité sur son territoire avant 2018. Selon ce que plusieurs familles nous ont confié, il était alors très commun pour les Québécoises de se tourner vers les cliniques d’Ottawa, en particulier celle du Dr Barwin, pour procéder à une insémination artificielle.

Des démarches entreprises par Radio-Canada auprès du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais n’ont cependant mené à aucune référence du Dr Barwin dans les archives.

Des médecins de l’Outaouais qui pratiquaient au même moment disent avoir de vagues souvenirs de lui.

Je n’ai pas eu vent de médecins de l’Outaouais québécois concernant l’utilisation des services de ce médecin, écrit le président de l’Association des médecins omnipraticiens de l’ouest du Québec, le Dr Marcel Guilbault, dans un échange de courriels.

Or, un médecin qui a adressé des patientes au Dr Barwin dans les années 1980 nous a affirmé sous le sceau de la confidentialité qu’à l’époque, très peu de docteurs pratiquaient ce genre d’intervention et que les patientes voulaient généralement rester dans la région, plutôt que de se rendre à Montréal. Le Dr Barwin était alors la référence.

La démarche de Marie-Pier, Tracy-Lee et Rebecca pour trouver d’autres demi-frères et demi-soeurs est ardue. Le caractère confidentiel du dossier complique leur quête. L’un des enfants québécois à qui nous avons parlé, qui refuse de dévoiler son identité en raison de la sensibilité du sujet, veut contribuer lui aussi à l’effort de recherche. C’est cet homme de l’Est-du-Québec qui nous a signalé les nouveaux enfants qui se sont joints au recours collectif.

Selon Rebecca Dixon, le médecin radié par son ordre professionnel compte 16 enfants biologiques : 9 vivent Ontario, 3 en Colombie-Britannique et 4 au Québec. Depuis janvier, les deux plus récents cas qui se sont ajoutés au groupe sont du Québec.

Une carte du Canada démontrant qu'il y a au moins 3 enfants du Dr Barwin en Colombie-Britannique, 9 en Ontario et 4 au Québec.
Le Dr Barwin a eu des enfants dans au moins trois provinces canadiennes.Photo : Radio-Canada

Je ne m’attendais pas à trouver deux autres personnes dans le même mois, quatre ans après avoir commencé toute cette expérience. Pour moi, ça m’a indiqué que c’est au Québec qu’on va peut-être trouver d’autres personnes, dit Rebecca Dixon.

Marie-Pier est du même avis, mais les gens doivent d’abord connaître l’histoire de Norman Barwin, selon elles.

Image : Une cellule et du sperme devant un rideau.
Photo: Dr Barwin est reconnu par certains comme étant le « Dieu des bébés ».  Crédit: Radio-Canada

Le « dieu des bébés »

C’est au milieu des années 1980 que Murray Thorpe a rencontré Norman Barwin pour la première fois. Étudiant à l’Université Carleton, il s’intéresse particulièrement à l’aspect psychologique de l’insémination artificielle.

Quand vous parliez d’infertilité à Ottawa, tout le monde disait que c’était l’homme de la situation.

Murray Thorpe

Le docteur sera même surnommé le dieu des bébés ou le baby whisperer.

L'homme assit dans son jardin dans une entrevue à Radio-Canada.
Murray Thorpe a fait une dizaine de dons de son sperme à la clinique de Norman Barwin.Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Au moment de leur rencontre, le Dr Barwin est très connu dans la communauté juive d’Ottawa et dans les organismes de planification des naissances. L’homme originaire d’Afrique du Sud et de confession juive ashkénaze pratique alors depuis une dizaine d’années à Ottawa, d’abord à l’Hôpital d’Ottawa, puis à la Broadview Fertility Clinic.

À l’époque, M. Thorpe veut aider les couples infertiles et deviendra donneur à la clinique Broadview. Il fera une dizaine de dons sur une période d’environ deux ans.

C’était l’anonymat, pour toujours, dit-il. Jamais n’a-t-il pensé une seconde que le médecin agirait autrement qu’avec professionnalisme.

Léonie Cloutier-Bouvier et Marc Bouvier sont du même avis. Ce couple de Gatineau a rencontré à deux reprises le Dr Barwin en 1987.

Notre médecin de famille [de Gatineau] nous a suggéré d’aller voir la clinique Broadview et le Dr Barwin. Il était très très reconnu à l’époque.

Marc Bouvier

Il avait une façon de te mettre à l’aise, se souvient M. Bouvier. Et là, il te présente ses bébés, ajoute son épouse. Sur le mur, des dizaines de photos de poupons. Ça m’avait frappé. Ça nous donnait beaucoup confiance. On se disait : "On va réussir à avoir un bébé", dit-elle.

Le couple marchant dans la forêt.
Marc et Léonie ont rencontré le Dr Barwin à deux reprises.Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Un seul essai et Léonie Cloutier-Bouvier tombera enceinte. Il était le Bon Dieu! s’exclame-t-elle.

Puis, les années passent. Le gouverneur général du Canada Roméo LeBlanc admettra le Dr Barwin au sein de l’Ordre du Canada en 1997 pour avoir profondément influencé les aspects tant biologiques que psychosociaux de la santé des femmes et pour des efforts [qui] ont favorisé une prise de conscience de l’importance de la cellule familiale dans la société de la part du grand public, des gouvernements et de la communauté médicale.

Le Dr Barwin lors de la cérémonie de l'Ordre du Canada en 1997.
Le Dr Barwin s’est vu remettre l’Ordre du Canada en 1997, honneur retiré en 2013.Photo : Radio-Canada

On lui retirera toutefois le prestigieux insigne en 2013.

Un document de l’Ordre des médecins et des chirurgiens de l’Ontario révèle qu’en 1995, le Dr Barwin est avisé que l’enfant d’une de ses patientes n’est pas issu du bon donneur de sperme. D’autres cas similaires s’ajouteront. Près de 20 ans plus tard, il subit une réprimande de l’Ordre, duquel il sera ensuite radié.

En 2016, la joute juridique s’intensifie. Rebecca Dixon et ses parents intentent un recours collectif contre le médecin.

Des 192 personnes qu’affirme représenter le cabinet Nelligan O’Brien Payne LLP, seulement 5 à 10 % proviendraient du Québec.

Le recours n'a pas encore été autorisé et toutes les allégations contre M. Barwin n'ont pas, à ce jour, été prouvées devant une cour de justice. Devant le comité de discipline de l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario, Norman Barwin n’a pas contesté les faits allégués, mais ne les a pas admis non plus.

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Le Dr Barwin était très connu dans les organismes de planning des naissances de la région d’Ottawa.Photo : Radio-Canada

Notre objectif est de parvenir à un règlement négocié et à une certification en même temps, soutient l’avocat des plaignants, Me Peter Cronyn.

Me Cronyn reconnaît que la réglementation entourant la pratique de l’insémination artificielle n’était pas bien encadrée à l’époque où le Dr Barwin a commis les sévices. L’objectif du recours collectif est d’amener une compensation, mais nous voulons aussi créer un véhicule pour permettre aux gens d’avoir des réponses à leurs questions, ajoute-t-il.

Nous avons des négociations avec les avocats de Norman Barwin depuis un certain temps. Et nous nous réunissons régulièrement.

Me Peter Cronyn, avocat des plaignants dans le recours collectif contre Norman Barwin

L’avocate de Norman Barwin a décliné la demande d’entrevue formulée à l’endroit de son client. De plus, elle a refusé de répondre aux questions que lui a fait parvenir Radio-Canada par courriel.

Image : Une pratique mal encadrée, plaident les enfants
Photo: Une pratique mal encadrée, plaident les enfants  Crédit: Radio-Canada

Une pratique mal encadrée, affirment les enfants

La situation réglementaire au Canada est au coeur des préoccupations de certains membres du recours collectif. Ils craignent qu’un petit nombre de donneurs soit les géniteurs de centaines d’enfants.

Puis, le caractère anonyme est une épine au pied de bien des enfants.

C’était pour savoir l’historique médical, de la santé. C’était cet aspect qui me préoccupait le plus pour moi et mes enfants aussi, explique Marie-Pier, qui connaît maintenant l’identité de son père biologique.

L’Association canadienne des personnes conçues par don de gamètes est du même avis. Son objectif est de forcer le gouvernement fédéral à encadrer davantage les dons de sperme au bénéfice des enfants.

Il y a un manque de protection pour les personnes conçues par les dons de gamètes. Les législateurs ne comprennent pas cet enjeu. Ils ne comprennent pas ce qu’on vit, clame l’un des cofondateurs, Kevin Martin.

Nous voulons plus de protection, plus d’informations.

Kevin Martin, cofondateur de l’Association canadienne des personnes conçues par don de gamètes

Il demande par exemple à Ottawa de lever l’anonymat entourant les dons de sperme, comme l’ont fait la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Suède, notamment.

En Nouvelle-Zélande, le gouvernement avise les donneurs qu’ils doivent accepter de « divulguer des informations d'identification [les] concernant à tout enfant conçu à partir de [leur] sperme » parce qu’il s'agit d'une obligation légale.

L’Association voudrait que les enfants aient accès à leurs antécédents médicaux et limiter le nombre d’enfants qui peuvent être conçus à partir d’un même donneur.

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L'Association canadienne des personnes conçues par don de gamètes voudrait que les enfants aient accès à leurs antécédents médicaux. Photo : iStock

Présentement au Canada, il n’y a aucune limite sur le nombre de descendants.

Santé Canada n’a pas le pouvoir de recueillir ou d’exiger la divulgation de l’identité des donneurs ou des renseignements médicaux, écrit le porte-parole du ministère, Geoffroy Legault-Thivierge.

En 2010, la Cour suprême du Canada a tranché : certains articles de la Loi sur la procréation assistée étaient inconstitutionnels en raison d’une atteinte à la compétence des provinces. Parmi ces articles, on comptait ceux relatifs à la collecte de renseignements médicaux.

Mais la situation actuelle est aussi préoccupante pour les donneurs comme Murray Thorpe. Ce dernier a communiqué avec le cabinet Nelligan O’Brien Payne LLP pour savoir s’il représente des enfants qui auraient pu être créés avec son sperme. En raison des allégations qui pèsent contre l’ancien médecin, il craint qu’on ait utilisé sa semence plus souvent qu’anticipé et qu’elle ne soit pas celle que les parents avaient préalablement choisie.

J’ai peur que mon sperme ait été mal utilisé. Peu importe la manière. Si [c’est le cas], je devrais être au courant.

Murray Thorpe, donneur à la clinique du Dr Barwin

Le cabinet travaille toujours sur une banque d’ADN qui lui permettrait de déterminer qui sont les géniteurs des enfants dont les parents ont été floués par le Dr Barwin. Selon les avocats, seulement un ou deux donneurs ont imité Murray Thorpe dans sa démarche et ils espèrent en attirer d’autres.

Les donneurs comme Murray Thorpe sont importants pour qu’on puisse fournir à nos clients des réponses sur leurs origines et sur le sperme utilisé pour les concevoir, explique l’une des avocates au dossier, Frances Shapiro Munn.

Image : Une recherche qui fait des petits
Photo: Une recherche qui fait des petits  Crédit: Radio-Canada

Une recherche qui fait des petits

En voyant Rebecca Dixon à la télévision, Marc Bouvier et Léonie Cloutier-Bouvier ont compris qu’il valait mieux aviser leur fille Anik. Elle a alors 30 ans, et elle ne sait pas que Marc n’est pas son père biologique.

Le doute commençait à réduire à cause d’une certaine ressemblance physique. C’est là que c’est devenu critique. C’était assez fort qu’on a eu des frissons, soutient M. Bouvier.

Ce genre de discussions marque une vie, témoignent-ils. La douleur, la colère et la tristesse sont palpables.

C’était quelque chose d’assez douloureux pour moi, mais j’étais quand même contente de connaître la vérité. C’est comme si les choses faisaient du sens maintenant. Que les choses se sont placées pour moi, relate Anik.

La jeune femme imitera des dizaines d’autres personnes et fera un test d’ADN officiel, supervisé par les avocats du recours collectif.

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Anik a effectué un test d’ADN afin de déterminer si Norman Barwin est son père.Photo : Radio-Canada / Jacques Racine

Nous avons reçu de nombreux appels et chaque fois que nous faisons une entrevue dans les médias, nous recevons plus d'appels, affirme Me Peter Cronyn.

Le résultat est négatif. Elle n’est pas la fille du Dr Barwin.

Je suis resté surpris des résultats d’ADN, confie M. Bouvier. Pour le couple, c’est le soulagement. Je ne voulais pas qu’elle fasse partie de tout cela, dit Mme Cloutier-Bouvier.

Et pour Anik, c’est le début d’une grande quête, à l’image de celle menée par les enfants du Dr Barwin. Elle s'inscrit dans des banques d’ADN en ligne. Je voulais le connaître, mon donneur. Je voulais savoir de l’information sur ma famille, explique-t-elle.

Puis, en août 2019, elle reçoit un courriel qui la rapprochera de son but. Son ADN correspond à celui d’une autre femme enregistrée sur une banque en ligne. On lui a trouvé une tante.

De son côté, Murray Thorpe reçoit un appel de sa soeur. J’ai un match! s’exclame-t-elle.

Anik a trouvé son père biologique. M. Thorpe, son premier enfant. J’étais sous le choc. J’ai tellement espéré cela. J’étais tellement excité, confie M. Thorpe, visiblement ému.

Anik n’a toutefois aucune manière de confirmer que le sperme de Murray Thorpe était bel et bien celui sélectionné par ses parents, en vertu de l’anonymat conféré aux donneurs et de l’absence de registres.

Père et fille veulent maintenant trouver toute la progéniture de Murray Thorpe. Et pas seulement au Québec.

En un instant, je suis devenu père et grand-père. Et ça me berce. C’est tellement un changement profond. Toute ma vie, quand les gens me demandaient si j’avais des enfants, je répondais non. Soudainement, ce n’est plus la réponse. Mon héritage reste dans ce monde, dit-il.

Un changement profond, c’est aussi ce qu’ont vécu les enfants du Dr Barwin en découvrant l’existence de leurs demi-frères et demi-soeurs par le biais du recours collectif. Aujourd’hui, ils demeurent en contact, apprennent à se connaître, et poursuivent, eux aussi, leur quête.

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