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Image : Herb Lehr, dans une chaloupe, en train de remonter son filet de pêche.

L'établissement métis de Fishing Lake, situé à 280 kilomètres à l'est d'Edmonton, en Alberta, tente tant bien que mal d'empêcher le virus de pénétrer sur son territoire. Des problèmes préexistants compliquent cependant la tâche des dirigeants.

Un texte d'Andréane Williams

Assis sur le rebord de sa barque, Herb Lehr sort délicatement ses filets de pêche de l’eau et récupère un à un les poissons capturés avant de les déposer dans le fond de l’embarcation.

Chacun de ces poissons est important parce qu’il représente un repas pour une famille, explique le pêcheur, dont la longue tresse est secouée par le vent.

Depuis le début de la pandémie, l’homme de 61 ans, président du conseil général des établissements métis de l’Alberta, pêche presque quotidiennement. Il distribue ensuite ses poissons aux membres de sa communauté, pour les aider à nourrir leur famille.

Nous pêchons pour que les gens n’aient pas à aller en ville pour s’approvisionner. De cette manière, ils ne risquent pas d’attraper la COVID-19 et de rapporter le virus dans la communauté, explique-t-il en retirant un poisson blanc d’un filet.

Bien qu’aucun cas de COVID-19 n’ait été signalé à Fishing Lake jusqu’à présent, ses dirigeants comme Herb Lehr craignent le pire.

Selon lui, beaucoup de membres de la communauté vivent dans des maisons multigénérationnelles où s’isoler est presque impossible. Plusieurs n’ont pas droit au programme d’aide d’urgence du gouvernement fédéral et n’ont pas d’économies non plus.

Paysage campagnard : quelques terres sur le bord d'un lac.
Image : Paysage campagnard : quelques terres sur le bord d'un lac.
Photo: L’établissement métis de Fishing Lake est situé à 280 kilomètres à l’est d’Edmonton, près de la frontière saskatchewanaise.  Crédit: Radio-Canada / Geneviève Tardif

L'insécurité alimentaire

Avant la pandémie, sur les 175 ménages de l’établissement métis de Fishing Lake, une vingtaine dépendaient de la banque alimentaire de la communauté. Aujourd’hui, ils sont au moins 70 dans cette situation.

Ce jour-là, Tanya Fayant, l’administratrice de l’établissement métis de Fishing Lake, gère une quinzaine de bénévoles venus aider à distribuer des vivres aux membres de la communauté. Elle explique que l’établissement a acheté l’équivalent de 4 à 5 semaines de denrées en tout genre pour aider les familles à combler leurs besoins pour le mois de mai. La facture s’élève, selon elle, à environ 60 000 $.

C’est beaucoup d’argent. [...] Le mois de mai devrait être le pic de la pandémie, donc nous avons voulu nous assurer de bien soutenir nos familles, explique-t-elle.

Des tables dans un gymnase sur lesquelles sont déposées des denrées alimentaires.
La communauté de Fishing Lake doit acheter et payer elle-même pour les produits distribués par sa banque alimentaire. Photo : Radio-Canada / Andréane Williams

Comme les sept autres établissements métis de la province, Fishing Lake jouit d’une indépendance administrative et finance lui-même le maintien de la plupart de ses infrastructures.

Avec la chute des prix du pétrole, la communauté, dont les revenus proviennent principalement de l’industrie pétrolière, craint cependant de bientôt manquer d’argent.

Installations pétrolières, des citernes, dans un paysage boisé.
Plusieurs membres de la communauté de Fishing Lake ont perdu leur emploi dans l’industrie pétrolière à cause de la chute des prix du pétrole, aggravée par la pandémie de la COVID-19.Photo : Radio-Canada / Andréane Williams

Le conseil général des établissements métis de l’Alberta, qui gère les huit établissements métis de la province, dit n’avoir reçu qu’environ 900 000 $ de la part du gouvernement fédéral pour l’aider à faire face à la crise et aucun fonds du gouvernement provincial.

Le seul argent dont nous disposons est le nôtre. Nous avons dû puiser 1,6 million de dollars dans notre Fonds pour l’avenir et l’avons partagé entre nos huit communautés, mais ce n’est pas assez, il a déjà presque tout été dépensé, déplore Herb Lehr.

Joint par courriel, le gouvernement albertain affirme, quant à lui, que les membres des établissements métis de l’Alberta ont accès aux mêmes services et soutien que tous les résidents de la province.

Drogue et criminalité

L’insécurité alimentaire n’est malheureusement pas le seul problème de la communauté de Fishing Lake.

Tanya Fayant affirme que la criminalité semble en hausse depuis le début de la pandémie : plus de vols, d’introductions par effraction, de consommation de drogue, par exemple.

Tanya Fayant et Wayne Daniels devant une bâtisse qui porte des graffiti.
Tanya Fayant (gauche) et Wayne Daniels (droite) posent devant une maison recouverte d’un graffiti peint par un gang autochtone de la région. Photo : Radio-Canada / Andréane Williams

Selon elle, depuis que les communautés voisines ont installé des barrages routiers pour restreindre le va-et-vient sur leur territoire, de plus en plus de gens entrent à Fishing Lake.

Nous sommes une petite communauté et connaissons tout le monde, mais, depuis quelque temps, on remarque la présence de gens et de véhicules qu'on ne connaît pas. Ça nous inquiète beaucoup. Qui sont ces gens et qu'apportent-ils ici?, dit Tanya Fayant.

La crystal meth fait des ravages. (...) Nous faisons de notre mieux pour que les gens respectent le confinement, mais certaines personnes se battent pour sortir de la communauté et aller acheter leur drogue.

Tanya Fayant

Selon Wayne Daniels, le président de l’établissement métis de Fishing Lake, installer des barrages routiers aux six points d’entrée de la communauté coûterait jusqu’à 4000 $ par jour.

Nous n’avons vraiment pas les fonds nécessaires, déplore-t-il.

De son côté, la GRC affirme cependant que le nombre de personnes arrêtées sur le territoire de Fishing Lake qui ne sont pas des résidents de la communauté n’a pas augmenté depuis le mois de mars.

Une population à risque


Depuis qu’il a été victime d’un vol à domicile, il y a deux semaines, Mitchell Crevier vit chez sa mère, où s'entassent six autres personnes, dont quatre enfants.

On est vraiment à l'étroit. (...) S’il fallait qu’un d’entre nous tombe malade, nous devrions tous nous isoler ensemble, dit-il.

Cela m’inquiète parce que je suis diabétique et, selon ce que j’ai lu, le virus pourrait me toucher davantage, ajoute-t-il.

Comme lui, plusieurs membres de la communauté souffrent de maladies chroniques.

Environ 35 % de nos résidents disent avoir un problème de santé. Une grande partie de ces problèmes sont des maladies respiratoires comme l’asthme, explique Dorothy Anderson, présidente du conseil de santé des établissements métis de l’Alberta.

La pandémie nous inquiète parce que l’accès aux soins de santé dans nos communautés est très difficile. Cela peut prendre jusqu'à une heure de route pour se rendre à la ville la plus proche et voir un médecin.

Dorothy Anderson

Pourtant, un seul des huit établissements métis de l’Alberta reçoit la visite d’un médecin sur son territoire, selon Dorothy Anderson.

Mitchell Crevier dans un champ.
Herb Lehr craint les ravages que la COVID-19 pourrait faire dans sa communauté. Selon lui, la pandémie révèle l’importance du mode de vie traditionnel des communautés autochtones pour leur survie.Photo : Radio-Canada / Andréane Williams

Des aînés m’ont parlé de l’épidémie de grippe espagnole et des gens qu’ils trouvaient morts, dans leur maison. Quand j’y pense, j’ai peur qu’il nous arrive la même chose, affirme Herb Lehr. Je sais que les Autochtones sont les plus à risque.

Même s'il s'inquiète pour sa communauté, Herb Lehr reste positif. Selon lui, ces temps difficiles démontrent une chose.

Je remercie nos ancêtres de nous avoir enseigné ces techniques traditionnelles comme la chasse et la pêche. Grâce à elles, je sais que nous survivrons, quoi qu'il arrive.

Herb Lehr

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