•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Image : Héros dans l'Ouest, zéro dans l'Est
Image : Vallée de la rivière Rouge et Vallée du Richelieu

Introduction

La quête

Très peu de gens comptent parmi leurs ancêtres des personnages historiques importants. Quand Matthew découvre son lien de parenté avec Jean-Baptiste Lagimodière et Marie-Anne Gaboury, sa surprise est grande.

Grands-parents de Louis Riel, le fondateur de la province du Manitoba, Jean-Baptiste et Marie-Anne venaient pourtant tous deux du Québec. Lui était voyageur et rêvait de la Prairie. Elle, a choisi de le suivre. Ensemble, ils ont formé le premier couple d'ascendance européenne à s’établir en permanence dans l’Ouest canadien.

Dans une quête qui le ramène à ses racines, Matthew refait, à l’envers, le chemin de ses ancêtres. De la vallée de la rivière Rouge à celle du Richelieu, que reste-t-il de leur vie, de leurs exploits?

Alors que les voyageurs qui ont peuplé l'Ouest canadien sont pour la plupart venus du Québec, Matthew découvrira avec surprise que l’histoire de ses ancêtres est très peu connue là où tout a commencé.

Image : La découverte

La découverte

Image : Matthew Sabourin

Perché sur un des tabourets de sa microbrasserie, Matthew sourit, les yeux brillants. Il s’apprête à raconter l'histoire de sa grande découverte. Celle de son lien de parenté avec un des plus grands héros de l’Ouest canadien.

À 34 ans, Matthew a des airs de voyageur des temps modernes. Oreille percée, barbe épaisse mais bien taillée, il est l’heureux copropriétaire de la microbrasserie Nonsuch, à Winnipeg.
Il a découvert qu’il est un descendant de Jean-Baptiste Lagimodière en faisant une recherche généalogique. Il souhaitait obtenir sa carte de Métis.

L’arbre généalogique traînait depuis plusieurs mois dans un ordinateur, jusqu’à ce soir fatidique, il y a un an et demi. En voulant remonter le plus loin possible dans sa généalogie, Matthew voit le nom de Jean-Baptiste Lagimodière passer sur l’écran. « Je me suis arrêté. J’ai dit : “Ben non, c’est pas possible!” »

Matthew a été bouleversé par cette découverte. Le Jean-Baptiste Lagimodière des livres d’histoire, le voyageur qui a eu la folle idée de se rendre dans l’ouest en canot avec sa femme. Celui-là même qui a traversé le pays à pied en plein hiver pour porter une simple lettre était son ancêtre. « C’est incroyable! », s’exclame Matthew à l’évocation de ce périple. Son lien de parenté avec Jean-Baptiste remonte à sept générations.

Ce que Matthew sait de ses ancêtres se résume à ces quelques faits. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il découvrira la complexité de leur vie au cours d’un voyage au Québec. Un périple que nous avons organisé pour lui et dont il ne connaît pas la destination finale.

Image : Le voyage de Lagimodière
Image : Jean-Baptiste Lagimodière

Cinq mois à pied

17 octobre 1815

Le craquement des feuilles accompagne chacun de ses pas. Jean-Baptiste Lagimodière doit marcher vite. Partir sans être vu. Sous la couche de vêtements qui le protègent du froid, la petite enveloppe de cuir est toujours là, en sécurité dans sa poche. Les lettres qu’elle contient sont destinées à Lord Selkirk, le principal actionnaire de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il est responsable de l’établissement de la colonie de la Rivière-Rouge.

En pleine guerre commerciale entre la Compagnie de la Baie d’Hudson (HBC) et la Compagnie du Nord-Ouest, la mission que Jean-Baptiste entreprend pour le compte de la HBC est très importante. Toutes deux veulent contrôler le commerce de la fourrure dans la région.

Depuis la Proclamation qui interdit l'exportation de pemmican, la rivalité entre les deux compagnies est à son comble. Le décret assure la distribution prioritaire du pemmican aux colons de la Rivière-Rouge, mais il nuit aux commerçants de la Compagnie du Nord-Ouest. Ces derniers ne peuvent plus acheter le pemmican dont ils ont besoin pour se nourrir durant leurs voyages à l’extérieur de la colonie. La tension est telle qu’en juin, le manque de vivres a forcé l’évacuation complète des colons. Il faut donc alerter au plus vite Lord Selkirk. La survie de la colonie de la Rivière-Rouge en dépend.

Image : Lac supérieur

Jean-Baptiste presse le pas. Il n’est pas seul. L’employé de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Bénoni Maré, et un guide autochtone l’accompagnent. Ils sont en bonne forme physique.
Pour se rendre à Montréal, ils devront parcourir 1800 milles, soit près de 3000 kilomètres à pied. Ils font le trajet en longeant le lac Supérieur au sud. Ils ne doivent pas se faire prendre par les hommes de la Compagnie du Nord-Ouest qui surveillent la route. Par la poste, le risque que le courrier soit intercepté est trop grand. De plus, ils ont manqué le dernier bateau avant la gelée.

Au fil des ans, Jean-Baptiste Lagimodière s’est bâti une solide réputation. On le dit fiable. C’est pour ça que Colin Robertson, le représentant de la Compagnie de la Baie d’Hudson, l’a choisi pour cette mission. Jean-Baptiste est parti sans avertir sa femme, Marie-Anne Gaboury, et leurs enfants. Il ne fallait pas attirer l’attention. L’hiver n’est plus loin. Le voyage sera long et pénible.

10 mars 1816 : Jean-Baptiste arrive à Montréal. Il remet les dépêches en mains propres à Lord Selkirk. Son périple aura duré cinq mois.

Au moment de ce voyage, Jean-Baptiste avait 37 ans. Il était à peine plus vieux que Matthew.

Image : Matthew Sabourin rencontre Vania Gagnon la directrice du Musée de Saint-Boniface

L’enveloppe

29 novembre 2018

Matthew rencontre pour la première fois Vania Gagnon, la directrice du Musée de Saint-Boniface. La salle d’exposition où ils se trouvent est petite. On y est un peu à l’étroit. Sur les murs en bois, des artéfacts en tous genres : une veste perlée, des ceintures fléchées, un cercueil à moitié brûlé. Un petit écriteau indique que le cercueil aurait été celui de Louis Riel. Pour Matthew, c’est étrange de se savoir lié à un tel personnage. Le chef des Métis et fondateur du Manitoba est en effet un cousin éloigné.

En consultant son arbre généalogique, Matthew a découvert qu’il descendait de la lignée de Marie Josephte Lagimodière, troisième enfant de Marie-Anne Gaboury et Jean-Baptiste Lagimodière. Cette dernière est la grande sœur de Julie Lagimodière, la mère de Louis Riel.

Depuis qu’il a découvert son lien de parenté avec Jean-Baptiste et Marie-Anne, Matthew a souvent repensé à ce fameux voyage de 1815. Qui parcourt une telle distance pour porter une lettre? Vania Gagnon, qui lui explique le contexte de ce périple, semble aussi fière et impressionnée que lui. « Mille huit cents miles à pied! C’est un exploit! », s'exclame-t-elle.

Image : Une enveloppe

En venant ici, Matthew s’attendait à être surpris. Mais rien ne l’a préparé à ce qui suit. « À côté de toi, tu as l’enveloppe dans laquelle il a transporté les lettres », dit-elle fièrement. « L’enveloppe? Non, non… wow, wow. » Matthew n’en revient pas. Il a pourtant déjà visité le musée auparavant. Devant lui, sur un petit présentoir rouge, se trouve une enveloppe pâle, jaunie par le temps. La petite pochette est entourée d’objets divers d’une autre époque.

« Ça a été sur son corps, probablement à l’intérieur de sa chemise, protégé pendant des mois et des mois », ajoute Vania. Jamais Matthew n’aurait pensé que cette enveloppe se trouverait au Musée de Saint-Boniface. Il est ému, ce qui fait sourire Vania. Le silence tombe dans la pièce. L’émotion de Matthew n’a d’égale que la fierté de la conservatrice du musée. C’est fou de penser que ce petit bout de cuir a appartenu à son ancêtre, il y a plus de 200 ans.

À côté de l’enveloppe, un sabre en métal foncé repose sur un socle. Il s’agit d’un cadeau remis à Jean-Baptiste Lagimodière par Lord Selkirk en remerciement de son dévouement. Non loin de là, près d’une ceinture fléchée, il y a un petit objet en métal forgé. Il s'agit du fer à repasser de Marie-Anne Gaboury. Quelle ironie de penser que cet objet très lié à la vie domestique reste le seul témoin d'une vie pourtant remplie d’aventures dignes d’un western.

« Le retour du voyage de Lagimodière a été un peu plus difficile. Ils ont été capturés à Sault-Sainte-Marie », explique Vania Gagnon. Sa voix tire Matthew de sa contemplation.

Image : Matthew Sabourin

La descendance

Durant son emprisonnement, Jean-Baptiste Lagimodière a été dépouillé de ses biens personnels ainsi que des lettres de Lord Selkirk qu’il devait apporter à la colonie. On lui aurait aussi affirmé que son épouse et leurs enfants avaient été tués dans des affrontements s’étant déroulés dans la colonie en juin 1816. « Sa femme, de son côté, avait entendu dire que lui aussi avait péri pendant le voyage », raconte Vania. Jean-Baptiste et Marie-Anne se retrouvent toutefois plus d'un an après ces événements. À ce moment-là, Marie-Anne vivait dans une cabane abandonnée. Ce logis de fortune se trouvait à l’emplacement actuel du Musée de Saint-Boniface, l’ancien couvent des soeurs grises.

Quand Jean-Baptiste est revenu, il lui a fait de grandes promesses. Il a entrepris de lui construire une maison.

Vania Gagnon, directrice du Musée de Saint-Boniface

Toujours pour le remercier, Lord Selkirk a aussi offert 20 acres de terres à Jean-Baptiste. Grâce à ce don, la famille Lagimodière a enfin pu s’établir et se lancer en agriculture. « Ils font partie des cinq agriculteurs les plus prospères dans les années 1830-1840 », explique Vania.

« Sais-tu de quel enfant de Jean-Baptiste et [Marie-Anne] tu descends », demande Vania à Matthew. « Josette », répond-il. « Josette, c’est spécial, parce que son nom, c’était la Cypress de 1810 quand elle est née, jusqu’à ce qu’elle soit baptisée en 1818, explique Vania. C’est à ce moment-là qu’on l’a nommée Marie Josephte. Mais tout le monde l’appelait Josette. Le surnom la Cypress, c’est parce qu’elle est née dans les montagnes Cypress Hills. »

« J’ai eu la chance d’y aller il y a une couple d’années, et puis j’ai été captivée par le paysage. C'est parce que, moi aussi, je suis sa descendante », confie enfin Vania.

Image : Matthew Sabourin

S’il est surpris, Matthew comprend mieux la passion de Vania pour le sujet. Tous les deux partagent un peu du même ADN. Vania lui explique qu’elle est aussi descendante de Jean-Baptiste Lagimodière fils, dit Laprairie, le fils aîné de Jean-Baptiste et Marie-Anne.

Les Lagimodière ont eu 10 enfants. Tous, à l’exception de Reine, se sont installés dans les environs de Winnipeg. Une grande famille dont les enfants ont à leur tour eu de nombreux descendants. Plusieurs sont restés au Manitoba, tandis que d'autres se sont installés en Saskatchewan ou en Alberta, où certains enfants des Lagimodière sont nés. Cela explique aussi l’importance de cette famille dans l’ouest.

La descendance du couple Lagimodière-Gaboury est estimée à « près de 25 000 », précise Vania. Matthew ne peut s’empêcher de pouffer de rire en entendant ce chiffre. « Holy smokes! C’est incroyable. Je ne m’attendais pas à ça », lance-t-il, incrédule.

Il apprendra plus tard que, parmi ces nombreux descendants, certains ont été oubliés.

Image : L'enveloppe de Jean-Baptiste Lagimodière

L'émoi de la découverte

Matthew n'en revient pas de découvrir que l'enveloppe contenant les lettres de Lord Selkirk se trouve au Musée de Saint-Boniface.

Image : Les zéclairs

« Les zéclairs »

Image : Village autochtone

29 novembre 2018

Matthew se doutait bien que Jean-Baptiste Lagimodière avait eu une vie avant d’épouser Marie-Anne Gaboury. Voyageur, il aurait vécu pendant cinq ans dans la région qu'on appelait « les Pays d’en haut », avant d’y revenir en 1807. Il n’était pas rare que les voyageurs épousent des femmes autochtones « à la façon du pays ». Jean-Baptiste ne fait pas exception.

Celle qu’il a épousée s'appelait Josette. Elle était de la tribu des Montagnais-Chipewyan. Avec Jean-Baptiste, elle a eu trois enfants : Marie-Rose Antoinette, Marguerite et Lisette. On ne sait pas grand-chose de Josette, si ce n’est qu’elle a partagé la vie de Jean Baptiste pendant près de cinq ans. Après quelques années de vie commune, Jean-Baptiste lui annonce son intention de retourner dans le Bas-Canada (Québec). Il part aux alentours de 1805, la laissant seule avec leurs trois enfants.

Il reste aussi très peu de traces de sa descendance, sauf dans le cas de Marie-Rose Antoinette, l’aînée des filles. Cette dernière aurait épousé un certain Jean-Baptiste Robillard avec qui elle a eu plusieurs enfants.

Image : Terry discute avec Matthew Sabourin et Vania Gagnon

Pendant que Matthew et Vania discutent, un homme s’approche. Il est très grand. La salle d’exposition semble soudain s’être rétrécie un peu plus. Il s’appelle Terry Mitchell et parle anglais. Vania l’a rencontré il y a plusieurs années, alors qu’elle organisait un rassemblement des descendants des Lagimodière en 2006, à Winnipeg.

« Josette est ma 5e arrière-grand-mère et Marie Rose Antoinette Lagimodière est ma 4e arrière, arrière-grand-mère », dit-il à Matthew. Ce dernier n’aurait jamais pensé rencontrer un descendant de Josette.

« Mon grand-père me disait souvent que Josette n’aimait pas du tout Marie-Anne », raconte Terry. Josette aurait tenté d’empoisonner le chien de Marie-Anne à plusieurs reprises.

Un jour, Josette était tellement furieuse qu’elle a kidnappé un des enfants de Marie-Anne, mais elle l’a ramené le lendemain.

Terry Mitchell

Matthew écoute, incrédule. Il pense à la chance qu’il a de pouvoir entendre l’histoire de sa famille racontée du point de vue de la lignée restée dans l’ombre. Plusieurs des histoires que Terry raconte lui ont été transmises oralement. Malgré les années, elles traduisent bien la jalousie et l’amertume que ressentait Josette.

Image : Matthew Sabourin

Terry explique que son grand-père comparait Josette et ses enfants à des lumières vives, saisissantes, mais très brèves. Des zéclairs, disait-il, dans sa langue, le mitchif. « C’est un peu comme s’ils avaient disparu », dit-il. Matthew constate que l’histoire de sa famille n’est pas uniquement celle de Jean-Baptiste. C’est aussi celle des deux femmes qui ont joué un rôle important dans la vie de son ancêtre.

Bien qu’il soit un peu triste que l’histoire de son ancêtre et la lignée de Josette soient restées dans l’ombre, Terry est fier d’être lié à Jean-Baptiste Lagimodière. « Dès que j’en ai la chance, je m’en vante », dit-il en riant. « Pendant longtemps, la famille s’est sentie comme s’il manquait un morceau de notre histoire », ajoute Vania, restée silencieuse jusqu’ici. Elle est heureuse de pouvoir achever l’histoire de sa propre famille.

Pour Matthew, cette rencontre a l’effet d’une réconciliation entre deux familles éloignées par le temps, divisées par l’histoire. C’est aussi le constat que le métissage chez les Lagimodière remonte à bien avant Louis Riel.

Image : « Tu vois, c’est écrit Lavimaudier Jean-Baptiste [...] En 1778, le 25 décembre. »

Tu vois, c’est écrit Lavimaudier Jean-Baptiste [...] En 1778, le 25 décembre.

Christiane Arpin Pérodeau, archiviste bénévole
Image : Matthew Sabourin

Le baptistaire

12 décembre 2018

La fourgonnette s’arrête dans le stationnement d’une église. Matthew est à Saint-Ours, au Québec. C’est le premier arrêt d’un voyage dont il ne connaît pas la destination finale.

L’église est imposante. À l’intérieur, les fresques qui ornent le plafond en alcôve du chœur sont à couper le souffle. Les figurines de Jésus, les anges et les ornements en or donnent à l’endroit une allure somptueuse. Debout près de l’autel se trouve Christiane Arpin Pérodeau, archiviste bénévole de la paroisse.

« Bonjour Matthew! Ça me fait plaisir de te recevoir », lui dit-elle de sa voix frêle. « Bienvenue à Saint-Ours, le lieu du baptême, ou de l’enregistrement du baptême, de ton arrière-grand-père [de la septième génération] », poursuit-elle.

Image : Matthew Sabourin

Sur le lutrin devant elle repose un livre brun qui rappelle les vieux registres de comptabilité. C’est l’index des naissances de la paroisse de Saint-Ours. Il remonte aux premières années de sa fondation. Malgré les changements survenus au fil des siècles, la paroisse a gardé les registres originaux. Les documents sont préservés dans une chambre forte à l’épreuve du feu dans le presbytère, situé en arrière de l’église. Christiane les a sortis spécialement pour la visite de Matthew.

Dans le registre, des paragraphes écrits à la main. « Tu vois [c’est écrit] Lavimaudier Jean-Baptiste [...] En 1778, le 25 décembre. » Matthew ne peut s’empêcher d’être étonné. Jean-Baptiste Lagimodière serait né à Saint-Antoine-sur-Richelieu, un village voisin de Saint-Ours.

Christiane lui monte un autre livre, plus volumineux et écrit à l'encre cette fois-ci. Il s’agit du document officiel de 1778, lui dit alors Christiane avec fierté. « Quoi? Puis on a le droit de le toucher? », demande Matthew en riant.

« Né hier du légitime mariage de Jean-Baptiste Lavimaudier et de Josephte Beauregard », lit-elle. Les noms du parrain et de la marraine y figurent aussi : Joseph Lavimaudier et Marie-Louise Courtemanche.

Image : André Lagimonière et Matthew Sabourin

Alors que Matthew se remet de sa surprise, un homme dans la soixantaine entre par la porte arrière. D’une voix grave et chaleureuse, il se présente : « Je suis André Lagimonière. Et le lien dans nos ancêtres, c’est Jean-Baptiste Lagimonière. Le père de celui qui est allé au Manitoba, c’est le frère de Pierre, mon ancêtre. »

André vit à Sorel-Tracy, une ville située à une trentaine de minutes de Saint-Ours. Il a fait le voyage pour rencontrer Matthew, son parent éloigné. Pour lui, c’est une magnifique occasion de faire la lumière sur une partie de sa propre histoire familiale. Une histoire qu’il souhaite laisser en héritage à ses propres enfants.

La première fois qu’André a entendu parler de Jean-Baptiste Lagimodière, c’était à l’école secondaire. « On apprenait [dans un livre d’histoire] que Jean-Baptiste avait marché de Winnipeg à Montréal en plein hiver pour venir demander de l’aide », explique-t-il.

Ça m’avait toujours marqué que mon nom soit dans un livre d’histoire.

André Lagimonière
Image : Héros dans l'Ouest zéro dans l'Est

Le vide

En 2015, lors d’un voyage au Manitoba, André a rencontré Vania Gagnon par hasard. Cela lui a permis d’en apprendre davantage sur la composition de cette branche familiale.

« La majorité des Québécois ne connaissent pas l’histoire de l’ouest et des francophones qui sont dans les Prairies », affirme André. Matthew est étonné d’apprendre que l’histoire de Jean-Baptiste est peu connue dans l’est. Alors que les voyageurs qui ont peuplé l’ouest venaient pour la plupart du Québec, comment se fait-il que leurs histoires soient si méconnues dans la Belle Province? « Moi, je l’ai apprise à cause de mon nom. Sans ça, je serais peut-être comme les autres », avoue André.

Au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, des écoles, des boulevards, des rues et des parcs portent son nom. En dehors de ce baptistaire qui atteste de sa naissance, il ne reste aucune trace de la vie de Jean-Baptiste Lagimodière au Québec. Rien pour rappeler ses exploits et ses accomplissements. Rien, sauf ce lointain parent.

Image : Photo du livre des baptêmes original datant des années 1700.

La découverte du baptistaire

Matthew se rend à l'Église de Saint-Ours au Québec. C'est là qu'a été baptisé son ancêtre Jean-Baptiste Lagimodière.

Image : Qui prend mari prend pays

Qui prend mari prend pays

Image : Marie-Anne Gaboury

Août 1806

Marie-Anne arrive enfin à Pembina, au Dakota du Nord, après 100 jours de voyage en canot. C’est la première fois qu’une femme blanche pose les pieds dans cette contrée sauvage. Ici, pas de maisons, pas d’église, seulement des tentes et un immense territoire où tout est à faire.

Elle a rencontré Jean-Baptiste durant une soirée organisée par la paroisse de Maskinongé. Ce jour-là, tout le village s’était rassemblé pour entendre les histoires du mystérieux voyageur, qui rentrait d’un séjour de cinq ans dans l’ouest.

Entre Jean-Baptiste et elle, le courant passe immédiatement. Comment ne pas le trouver fascinant? Ses récits ont de quoi faire rêver. Jean-Baptiste est un homme libre. Il est prospère et gagne bien sa vie. À 26 ans, Marie-Anne est ce qu’on appelle une vieille fille. Jean-Baptiste représente donc sa chance de changer de vie.

Cinquième d’une famille de 10 enfants, Marie-Anne a dû travailler à partir de 12 ans pour aider sa famille. Elle faisait le ménage au presbytère du village. Grâce à l’abbé Vinet, elle a appris à lire et à écrire.

Marie-Anne et Jean-Baptiste se marient le 21 avril 1806. Jean-Baptiste lui fait alors part de son désir de retourner dans l’ouest. Contre toute attente, et malgré les réticences de ses proches, elle décide de le suivre. Le 5 mai 1806, Marie-Anne et Jean-Baptiste quittent Maskinongé avec trois autres voyageurs.

Un des rares objets qu’elle emporte est un chapelet. Face à l’immensité des prairies, elle en tire du réconfort. Marie-Anne est pieuse. Elle se demande comment elle parviendra à survivre dans ce territoire où rien ne lui est familier.

Étant donné les fréquents voyages de chasse de Jean-Baptiste, Marie-Anne passe beaucoup de temps en compagnie des femmes des autres voyageurs. Ce sont des Autochtones. C’est ainsi qu’elle fait la rencontre de Josette, la rivale dont Jean-Baptiste ne lui avait rien dit. Il ne lui avait pas non plus parlé de ses enfants. Comment avait-il pu lui cacher une telle chose?

Josette est si furieuse de l’arrivée de Marie-Anne que Marie-Anne et Jean-Baptiste sont forcés de quitter le campement. Cet hiver-là, Marie-Anne donne naissance à Reine, son premier enfant.

Marie-Anne suit Jean-Baptiste au gré des saisons. En hiver, elle reste au campement. Au printemps, elle l’accompagne à la chasse au bison. Au contact des femmes autochtones, elle découvre les coutumes du pays. Elle a même appris à monter à cheval.

Image : Marie-Anne Gaboury

Un soir, après une longue journée de chevauchée dans les plaines, Marie-Anne donne naissance à un fils, Jean-Baptiste fils. Le bébé naît au beau milieu d’un champ, ce qui lui vaudra le surnom de Laprairie. C’est le premier bébé canadien-français légitime à naître en Alberta. Nous sommes le 15 août 1808.

Laprairie est blond aux yeux clairs. Les Autochtones croient que sa mère et lui ont des pouvoirs. Un jour, alors que Marie-Anne s'affaire sous la tente, un chef autochtone vient lui proposer deux chevaux en échange du bébé. Devant son refus, il renchérit en lui offrant un de ses propres enfants. Dans ce nouveau monde, la jeune mère doit apprendre les mœurs et les coutumes des peuples qui l’habitent.

Marie-Anne donne naissance à un troisième enfant alors que la famille se trouve en Saskatchewan. Josette, dite la Cypress, voit le jour en 1810. Le couple aura un quatrième enfant, Benjamin, né en décembre 1811 alors qu’il est au poste de Pembina.

Marie-Anne et Jean-Baptiste partent ensuite s’établir dans la colonie de la Rivière-Rouge, au fort Gibraltar. Celui-ci se trouve à l’embouchure de la rivière Assiniboine. Le couple avait entendu dire que Thomas Douglas, le cinquième comte de Selkirk, souhaitait y établir une colonie de peuplement.

Les premières années de vie dans les prairies sont dures. Marie-Anne est témoin des guerres et des nombreux bouleversements qui secouent la colonie de la Rivière-Rouge. À l’arrivée des premiers missionnaires, en 1818, Marie-Anne est la seule femme blanche déjà baptisée. Elle devient la marraine de tous les enfants, les siens comme ceux des Autochtones et des Métis. Ici on l’appelle Ningah, « mère ».

Marie-Anne survit à Jean-Baptiste, qui meurt en 1855, à l’âge de 77 ans. Elle assiste à la naissance de la province du Manitoba, dont son petit-fils deviendra le père fondateur. Elle meurt en 1875 à 95 ans, 20 ans après son mari, 10 ans avant la pendaison de son petit-fils, Louis Riel. Elle sera enterrée avec son chapelet, rare souvenir de sa vie passée au Québec.

Image : Mémorial Louis-Riel/ Marie-Anne Gaboury à Maskinongé au Québec

Les bustes

13 décembre 2018

C’est une magnifique et froide journée d'hiver qui s’achève sur Maskinongé.

Dans le parc intergénérationnel, une demi-douzaine de personnes bravent le froid en compagnie de Matthew. Ils tiennent à lui montrer les bustes, une des grandes fiertés du village. Parmi les personnes présentes, il y a le maire, Roger Michaud, des membres du comité du mémorial Louis Riel/Marie-Anne Gaboury, un descendant des Gaboury, André Lagimonière, et sa femme, Hélène. Ils ont fait le voyage parce qu’ils veulent eux aussi découvrir ce qu’il reste de la vie de Marie-Anne Gaboury dans sa ville natale.

Les bustes sont le travail de l’artiste Jules Lasalle. Perchés sur des socles en granit, les visages en bronze de Marie-Anne Gaboury et de son petit-fils, Louis Riel, regardent droit devant eux. Celui de Marie-Anne a été imaginé de toutes pièces. Il n’existe ni photo ni reproduction d’elle. Elle a les traits fins, la chevelure tirée en arrière et le menton creusé d’une fossette, comme son petit-fils.

Les bustes sont installés dans le parc depuis à peine un mois. Toute la communauté s’est ralliée à cette oeuvre de 50 000 $, explique Benoît Roy, le président du comité du mémorial Louis-Riel/ Marie-Anne Gaboury. « Le prestige de ce projet va au-delà de la municipalité de Maskinongé », dit-il à Matthew.

Image : « Pour moi, Marie-Anne Gaboury, c’est une héroïne, c’est une femme plus grande que nature. C’est une géante, avec tout ce qu’elle a traversé »

Pour moi, Marie-Anne Gaboury, c’est une héroïne, une femme plus grande que nature. C’est une géante, avec tout ce qu’elle a traversé.

Benoît Roy, président du comité du mémorial Riel/Gaboury
Image : Matthew Sabourin rencontre Benoît Roy

Le comité a participé au financement de plusieurs autres œuvres dans le passé. Benoît Roy explique que c’est par hasard, sur la recommandation d’un ami, Laurent Desbois, qu’il s’est intéressé au personnage de Marie-Anne Gaboury. Ce dernier avait entendu parler d’elle plusieurs années auparavant, lors d’un voyage à Edmonton, en Alberta.

En s'informant sur Marie-Anne, le président du comité a été étonné. « Pour moi, Marie-Anne Gaboury, c’est une héroïne, c’est une femme plus grande que nature. C’est une géante, avec tout ce qu’elle a traversé », dit-il, enthousiaste.

Au moment de lancer l’idée du mémorial, le comité a constaté que 2015 coïncidait avec le 130e anniversaire de la pendaison de Louis Riel. « Nous nous sommes dit que nous ferions d’une pierre deux coups et que nous honorerions la mémoire de la grande Marie-Anne Gaboury ainsi que celle de Louis Riel, son petit-fils. » Louis Riel étant plus connu au Québec, il sert un peu de tremplin pour présenter Marie-Anne.

Si Marie-Anne a grandi à Maskinongé, tout le monde ne connaît pas pour autant son histoire, et ce, même parmi les Gaboury. « Certaines personnes savaient qu’il y avait quelqu’un de prestigieux dans l’histoire de la famille, d’autres moins, explique Benoît Roy. Ce projet a permis d’en informer tous les membres de la communauté. »

Pour Matthew, la découverte est stupéfiante. Qui aurait cru que, dans cette petite municipalité de la Mauricie, le fondateur du Manitoba et sa grand-mère seraient élevés au rang de héros?

Image : Matthew Sabourin rencontre des résidents de Maskinongé

À Maskinongé, Matthew est impressionné par le nombre de personnes qui sont venues l'accueillir. Elles avaient été informées de son arrivée quelques semaines auparavant. Leur enthousiasme à l'idée de le rencontrer, lui, le cousin éloigné, est touchant. Le maire lui remet une épinglette de la municipalité. « Vous êtes un peu chez vous ici », lui dit-il.

Un peu plus tôt, attablé dans le petit restaurant du magasin général Le Brun, Matthew a été témoin de leur passion pour l’histoire de Marie-Anne. Il repense à sa rencontre avec Laurent Desbois, grâce à qui Marie-Anne est revenue à l’avant-scène à Maskinongé. L’homme a longtemps été habité par le personnage de Marie-Anne. Sa vie, son courage et sa détermination ont de quoi marquer l’imaginaire.

Il y a aussi Ferdinand Gaboury, un descendant des Gaboury de Maskinongé. Ce dernier raconte qu’il s’est rendu à Saint-Boniface avec 80 autres descendants des Gaboury. C’était pour le Festival du Voyageur, en 1970, il y a près de 50 ans. Ce voyage lui a permis de découvrir l'ampleur de l’héritage laissé par Marie-Anne.

Matthew a pu constater que, dans l’ouest du pays, Marie-Anne reste dans l’ombre de Jean-Baptiste. C’est lui, le héros. « J'aurais pensé que ce serait pareil ici. Alors je suis très surpris de voir ça [leur enthousiasme]. »

En venant au Québec, Matthew croyait confirmer l’importance de l’histoire de Jean-Baptiste. Or, ici, c’est Marie-Anne que l’histoire a retenue.

Image : Hôtel de ville de Maskinongé

Retour aux sources

Matthew visite Maskinongé, le village où son ancêtre Marie-Anne Gaboury serait née et aurait épousé Jean-Baptiste Lagimodière.

Image : La trait d'union

Le trait d'union

Image : « La vallée de la rivière Rouge et la vallée du Saint-Laurent se parlent à travers Marie-Anne Gaboury. »

Marie-Anne rappelle un trait d’union entre l’est et l’ouest. La vallée de la rivière Rouge et la vallée du Saint-Laurent se parlent à travers elle.

Gilles Laporte, historien et professeur au Cégep du Vieux Montréal
Image : Matthew Sabourin et Gilles Laporte

14 décembre 2018

Longtemps restée dans l’ombre, la grand-mère des Métis a trouvé sa place au soleil dans l’est. Une stalle lui est réservée aux côtés de son petit-fils, Louis Riel, dans un parc au cœur d’un village en Mauricie.

Après sa visite à Maskinongé, Matthew constate à quel point l’histoire de Marie-Anne touche les personnes qui la découvrent. Pour comprendre pourquoi, il rencontre Gilles Laporte, professeur au Cégep du Vieux Montréal, dans l’aire de repos de l’établissement, récemment rénovée.

L’historien a lui aussi participé à la réalisation du mémorial Marie-Anne Gaboury/Louis Riel, de Maskinongé. Ce qu’il explique à Matthew va l’aider à mieux comprendre l’intérêt et la passion des Maskinongeois.

Marie-Anne « rappelle un trait d’union entre l’est et l’ouest », dit-il.

La vallée de la rivière Rouge et la vallée du Saint-Laurent se parlent à travers Marie-Anne Gaboury

Gilles Laporte, historien et professeur au Cégep du Vieux Montréal

« C’est de là [les environs de Maskinongé] que bon nombre de voyageurs sont partis vers l’ouest », poursuit Gilles Laporte. La région de la Mauricie, « c’est la route de l’ouest ». De là sont partis Jean-Baptiste Lagimodière et Marie-Anne Gaboury, mais aussi beaucoup d’autres, dont un ancêtre lointain du fondateur de la province du Manitoba. Jean-Baptiste Riel, dit l’Irlande, un arrière-arrière-grand-père de Louis-Riel était natif de l’Île-Dupas, non loin de Berthier.

Matthew prend aussi conscience de la complexité du rapport des Québécois et des francophones hors Québec avec leur histoire. « L’Amérique française a été fondée à partir du Québec. Mais il faut se le rappeler parfois. Les gens du Québec l’oublient [...] les gens de la franco-Amérique aussi, constate Gilles Laporte. Or, ils sont tous partis de la vallée du Saint-Laurent. »

Selon Gilles Laporte, le retour à l’avant-scène de personnages féminins comme Marie-Anne Gaboury est le signe d’un changement fondamental. « C’est la renaissance de l’histoire des femmes, dit-il. C’est par le biais de l’histoire des femmes qu’on redécouvre des personnages qu’on avait laissés tomber à l’époque où il fallait parler des grands hommes. »

Matthew constate qu’au Québec Marie-Anne Gaboury est la porte d'entrée pour découvrir l’histoire de Jean-Baptiste, du Manitoba et de l’ouest francophone.

« C’est ce que j’espérais. Qu’il y ait un aspect Marie-Anne Gaboury dans le voyage, confie-t-il. Je n’aurais jamais pensé que cela aurait été si important pour tellement de gens. »

Image : Matthew Sabourin et Alexandre Belliard

« Où tu vas, j’irai »

14 décembre 2018

« Moi, ma mission, c’est de donner envie aux gens. C’est de semer une étincelle, un intérêt. » L’homme qui prononce ces mots, c’est Alexandre Belliard. Auteur-compositeur et interprète, il est passionné de musique et d’histoire. Dans ses spectacles, il raconte la vie et les exploits de personnages marquants. Il chante Samuel de Champlain, Gabrielle Roy, Marie-Victorin, Louis Riel, mais aussi Marie-Anne Gaboury.

Matthew le rencontre dans sa maison de Saint-Jean-sur-Richelieu. Dès les premiers échanges, la complicité entre les deux hommes est palpable. En plus d’être entrepreneur, Matthew est musicien. Il fait partie d’un groupe de musique country à Winnipeg.

Comme Laurent Desbois à Maskinongé, Alexandre confie à Matthew avoir eu un coup de cœur pour Marie-Anne. « Son courage, mais toutes ses aventures, c’est comme si je la connaissais un petit peu », dit-il. L’artiste découvre Marie-Anne alors qu’il se prépare en vue d’un voyage au Manitoba en 2012. À cette époque, il travaille sur son projet Légendes d’un peuple. Il connaît déjà Louis Riel, mais ce qu’il lit sur sa grand-mère l’émeut.

Image : Matthew Sabourin et Alexandre Belliard

« Elle, en fait, elle a vu les Métis à leur apogée, dans toute leur gloire, dans leur mode de vie de nomade [...] Elle a aussi vu le déclin, le drame s’installer tranquillement­. Heureusement, elle n’a pas vu ce qui s’est passé avec son petit-fils par la suite », poursuit-il. Depuis, ce personnage occupe une place importante dans son spectacle.

Dans toutes les villes d’Amérique qu’il a visitées, Alexandre a raconté et chanté l’histoire de Marie-Anne Gaboury. « Le public, en général, que je sois au Québec, au Yukon, en Haïti, aime Marie-Anne Gaboury », confie-t-il.

Il croit toutefois qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour faire connaître l’histoire des francophones du Canada. « Il y a quelques années [au Québec] on ne parlait pas beaucoup de Marie-Anne Gaboury ou même de Louis Riel. [...] Ce n’est pas juste l'histoire franco-manitobaine qui n’est pas connue, c'est l'histoire québécoise qui ne l’est pas », dit-il, déplorant le peu de temps alloué à l'enseignement de l’histoire dans les écoles.

Image : Matthew Sabourin

Matthew est touché d’entendre Alexandre, un Québécois, indépendantiste de surcroît, reconnaître l’importance de leur histoire commune et la nécessité de créer des liens. « Oui, le Québec est le centre le plus important de francophones en Amérique. Je pense que ça vient avec une responsabilité, qui est d’entretenir et de soutenir, et de développer des liens [avec les autres communautés francophones]. »

Quand Alexandre offre de lui chanter sa chanson sur Marie-Anne, Matthew est ravi. Les notes de la guitare s’égrènent, claires et détachées. La mélodie est simple, sur trois accords. Où tu vas, j’irai… les paroles évoquent une vie mouvementée, riche en sacrifices et en succès. Très vite, elles ont raison du sang-froid de Matthew. Ses yeux s'embuent. Au dernier accord, les larmes coulent sur ses joues.

Image : Alexandre Belliard

Une chanson pour Marie-Anne

La chanson qui raconte l'exil et le dévouement de Marie-Anne Gaboury touche profondément Matthew.

Image : Le retour

Le retour

Image : Matthew Sabourin est devant la tombe de Louis Riel

Le froid mordant rappelle à Matthew qu’il est bel et bien de retour à Winnipeg. Debout devant la tombe des Lagimodière, il se recueille, heureux de mieux les connaître, de mieux connaître sa propre histoire.

Les trois jours qu’il a passés sur les routes du Québec lui ont ouvert les yeux sur sa chance. Celle de se savoir lié à des personnages tels que Marie-Anne Gaboury, Jean-Baptiste Lagimodière et Louis Riel. Celle, aussi, d’appartenir à une grande famille, unie d’est en ouest par la même langue.

Vingt-cinq mille descendants des Lagimodière, ça en fait de la parenté à visiter!

À eux deux, Marie-Anne et Jean-Baptiste ont ouvert la route de l’ouest à des milliers de Québécois. À leur façon, ils ont contribué à l’établissement d’un peuple et à l’essor d’une langue aujourd’hui parlée par des milliers de personnes dans l’Ouest canadien.

Sans eux, pas de Louis Riel. Sans Louis Riel, pas de Manitoba, ni de reconnaissance du peuple métis. Et sans eux, pas de Matthew.

Matthew Sabourin
Image : Matthew Sabourin
Photo: Matthew Sabourin  Crédit: Radio-Canada

Équipe

Journaliste et réalisatrice aux contenus
Patricia Bitu Tshikudi

Caméraman
Radja Mahamba

Premier concepteur, photographe
Elliott D'Amato Sloan

Édimestre
Martin Bruyère

Illustrations
iStock

Premier développeur, développement numérique
Cédric Édouard

Designer interactif
Martin Labbé

Conseillère aux formats numériques
Émilie Larivée-Tourangeau

Chef de projet, développement numérique
Katherine Domingue

Réalisatrice, contenu numérique
Sylviane Lanthier

Une production de ICI Manitoba

Partager la page