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Image : Illustration des silhouettes d'une femme et d'un homme dans lesquelles on voit une femme nager et fuir une vague en forme de poing.

Texte | Catherine Morency - Illustrations | Sophie Leclerc

Pas au visage!, lui ai-je dit en évitant le projectile du mieux que je le pouvais, avant de recevoir la bouteille de vitamines en plein thorax. Le lendemain, je devais donner une conférence à l'université. Un chandail à col roulé peut à peu près cacher toutes les marques de coups, sauf au visage.

Mon nom est Catherine Morency. J'ai 42 ans, je suis auteure, éditrice, docteure en littérature et mère d'une fillette de 9 ans.

Comme c'est sans doute le cas pour vous, si l'on m'avait raconté cette scène jadis, je me serais dit que ça n'avait aucune chance de m'arriver à moi. C'était il y a 15 ans. Avant de le rencontrer, lui. Et de l'aimer, au péril de ma vie.

***

Rien ne me prédisposait à devenir une femme victime de violence conjugale. J’ai été élevée par de bons parents, heureux en amour, heureux au travail, qui m’ont enseigné que dans la vie, je pouvais devenir qui je voulais, que tout était possible.

J’avais, jusqu’alors, réussi tout ce que j’avais entrepris. J’avais eu du succès dans mes études et dans ma carrière. Des amis brillants et bienveillants. Je vivais une vie comme on en rêve, ou du moins, j’avais la certitude d’avoir été privilégiée, dans toutes les sphères.

Je dis que rien ne me prédisposait à devenir une femme victime de violence conjugale, mais en réalité, rien ne prédispose aucune femme à cela. Il faut cesser de penser que ce type de violence ne touche que les plus vulnérables.

Qu’elles soient travailleuses autonomes, présidentes d’entreprises, jeunes mamans diplômées, médecins spécialistes ou professeures d’université, aucune d’entre elles ne correspond à l’image que l’on se fait de la femme battue : misérable, isolée et, le plus souvent, sans ressource.

Une policière m’a dit un jour que le public n’avait aucune idée de toute la violence qui se cache derrière les portes closes des maisons cossues. Cette sombre réalité, je l’ai découverte à mes dépens, et vécue durant sept longues années.

J’écris ce texte parce que tous les 2 jours et demi en 2018, une fille ou une femme a été assassinée au Canada*. Et que je ne peux plus rester assise chez moi, à regarder les drames se déployer sous mes yeux, sans rien faire.

Je devais donc raconter davantage que mon récit. J’ai lu, beaucoup: études, reportages, témoignages, etc. Et j’ai consulté des expertes en la matière, afin qu’elles m’aident à comprendre, à prendre le recul nécessaire pour mieux raconter mon histoire.

Alors voici cette histoire (qui est aussi celle de trop nombreuses femmes), parsemée de questions, de réflexions et, je l’espère, de quelques réponses.

* Rapport de l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation

L'ombre d'un homme qui hurle par la tête d'une femme qui a les yeux bandés.
Image : L'ombre d'un homme qui hurle par la tête d'une femme qui a les yeux bandés.
Photo: L'ombre d'un homme qui hurle par la tête d'une femme qui a les yeux bandés.  Crédit: Radio-Canada / Illustration: Sophie Leclerc

Une femme qui en cache des centaines

En avril dernier, le procès du neurochirurgien Mohammed Shamji, accusé du meurtre de sa femme Elana Fric, a révélé à la population canadienne l’horreur funeste vécue par sa conjointe, une médecin omnipraticienne très respectée par ses pairs et mère de trois jeunes enfants. Son mari l’avait battue à mort, cachée dans une valise avant de jeter sa dépouille dans le fleuve Humber, à 35 km au nord de leur domicile torontois, et de retourner pratiquer dans sa salle d’opération le lendemain du meurtre, en novembre 2016.

Après avoir nié formellement être responsable de la disparition de son épouse, le Dr Shamji a fini par reconnaître sa culpabilité et a été incarcéré. Les faits ne laissaient aucun doute quant aux origines du crime, dont le témoignage de la fille aînée du couple, âgée de 11 ans à l’époque, qui avait été réveillée par les hurlements de sa mère et des bruits sourds la nuit du meurtre. Or, la perplexité et la consternation des proches d’Elana Fric lorsqu’ils ont appris la nouvelle mettent en lumière une question : pourquoi une personne qui réussit sa vie, indépendante et autonome financièrement, bien entourée, peut-elle se retrouver dans une situation aussi avilissante et dangereuse?

Le masque de la réussite

Les femmes occidentales sont de plus en plus scolarisées et ont gagné, au fil des décennies, le droit de développer leurs capacités intellectuelles au même titre que les hommes. Si ce virage a engendré une autonomie, une liberté et une progression professionnelle impressionnantes chez nombre d’entre elles, il est aussi responsable d’un certain remodelage social. Cet effritement des codes, souvent décrit comme positif, n’a pas manqué d’ébranler certains hommes (de tous âges), qui se disent publiquement pour l’épanouissement des femmes, mais qui intériorisent ce bouleversement de manière beaucoup moins harmonieuse dans leur vie privée.

Accusées par leur conjoint de parler trop, tout le temps, de s’exprimer librement sur tous les sujets, d’être trop éloquentes en public, de briller de tous leurs feux devant les amis, ces femmes aux ressources nombreuses se font reprocher leur facilité à entrer en relation, à décrocher un emploi, à gravir les échelons de l’édifice social. Elles paient cher le prix d’une personnalité parfois flamboyante, mais surtout, de leur intelligence et de leur réussite, qui finissent par devenir un déclencheur funeste chez leur conjoint.

En 2015, l’ensemble des services de police du Québec ont enregistré 19 406 infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal. Ces infractions représentent près du tiers (30,2 %) de tous les crimes commis contre la personne dans la province. Source: Sécurité publique Québec

Mon histoire

Quand je poursuivais des études supérieures, j’ai moi-même vécu sous l’emprise de ce que les spécialistes qualifient désormais de « terrorisme familial ». En 2001, alors âgée de 23 ans, je rentrais d’une année en Écosse, où j’étais allée enseigner le français à des élèves dans des écoles secondaires. J’avais découvert un pays magnifique, tissé des liens durables et fondateurs, et avais même réussi à écrire une pièce de théâtre qui a été jouée par mes étudiants dans un festival francophone, et qui nous a valu le premier prix. C’est donc une jeune femme enthousiaste, fière de cette expérience nouvelle, qui est rentrée dans sa ville natale, à Québec. Quelques jours ont suffi pour me trouver non pas un, mais trois emplois d’été, parmi lesquels un engagement à la pige dans un hebdomadaire, qui m’ouvrirait les portes du journalisme professionnel. Un défi à ma mesure, ai-je alors pensé, d’autant plus que le rédacteur en chef, croyant beaucoup en mon talent, m’offrait la chance de suivre l’équivalent d’un diplôme accéléré en journalisme, sur le terrain.

Les mois qui ont suivi ont été fort occupés : lorsque mes emplois de réceptionniste dans un petit hôtel et de serveuse dans un estaminet du Vieux-Port me le permettaient, je courais les concerts de musique pour le compte du journal. Chaque semaine, je me voyais confier davantage d’articles, et de critiques en entrevues, on m’a engagée à titre de secrétaire de rédaction. C’est à cette époque que j’ai rencontré celui qui allait devenir à la fois mon collègue, mon camarade d’université, mon interlocuteur et, ultimement, mon mari.

Une petite voix qui dit de fuir au plus vite

Ce jeune homme, de six ans mon aîné, poursuivait alors de brillantes études universitaires. De mon côté, je projetais d’aller compléter ma maîtrise à Montréal, où j’avais été acceptée au programme de littératures comparées. Très (trop) rapidement après notre rencontre, j’ai abandonné ce projet puis, sur les conseils de mon tout nouvel amoureux, je suis restée à Québec, où je pouvais très bien, comme il me l’avait fait valoir, poursuivre mes études dans la même université et la même ville que lui. Après quelques semaines seulement, j’ai emménagé dans son appartement.

Les gens pensent que la violence s’installe lentement, sournoisement, avec le temps et l’usure des couples. Or, la violence surgit à la seconde même où son auteur saisit qu’il a cerné sa proie et que cette dernière lui appartient. Les agressions commises dans un contexte conjugal surviennent à l’intérieur de ce qu’on appelle le « cycle de la violence conjugale ». Mis en place et orchestré par l’agresseur, ce cycle lui permet de maintenir sa domination sur sa conjointe. Dans une relation conjugale marquée par la violence, il se répète plusieurs fois et s’accélère avec le temps.

Dès lors, l’araignée s’active avec un doigté étonnant à tisser une toile excessivement sophistiquée, de laquelle il deviendra rapidement impossible à sa proie de s’extraire.

Le soir même de mon emménagement, une première dispute s’est transformée en assaut, tandis que je me suis retrouvée acculée au mur, menacée de « regretter mes paroles » si je ne me montrais pas plus douce et docile. Cette nuit-là, j’ai passé des heures à rôder dans ma ville natale, à monter et descendre la rue où habitaient mes parents en voulant aller sonner à leur porte et leur demander si je pouvais y rester pour un temps. Je me souviens clairement de m’être répété en boucle que cette situation n’avait aucun sens, que je ne pouvais pas accepter cela, que l’amour ne pouvait être aussi funeste. Puis, j’ai pensé à mon père et à ma mère, à la déception que je craignais de lire sur leurs visages. Par peur de les blesser, de les décevoir, j’ai repris la route de ce chez-moi qui n’avait déjà plus rien de rassurant ni d’hospitalier.

À partir de cet instant, j’ai ainsi cohabité avec mon bourreau, cet homme aussi brillant qu’insaisissable, dont j’admirais les qualités intellectuelles et que j’aimais plus que tout, ou malgré tout. Personne, et je dis bien personne, n’aurait pu soupçonner la nature des sévices psychologiques et physiques que j’allais subir sur une base régulière. Combien de marques de coups dissimulées sous de longs chandails, de cours manqués et de sessions hypothéquées, à fuir mes proches comme mes lieux de travail et d’études, pour laisser aux marques le temps de s’estomper sur mon corps? Combien de mensonges, d’esquives, d’explications lacunaires ai-je pu donner à mes proches pour excuser mes absences, mes humeurs, cette agressivité contenue que je traînais partout (moi qui jadis avais été si gaie)?

Généralement, la trame était la même, au point de devenir prévisible.

Si je brillais le moindrement en société (distinction, contrat intéressant, etc.), je devais m’attendre à le payer d’une manière ou d’une autre. Par des coups, trop souvent.

J’ai même fini par penser qu’il était normal de me retrouver à l’urgence à 3 h couverte d’ecchymoses, de le sentir me pister partout, me questionner sur les moindres sorties ou escapades, accueillir avec froideur – sinon mépris – chacun de mes succès. Il faisait tout pour me faire croire que je n’étais pas – ou plus – la femme brillante, prometteuse, vouée à un avenir radieux qu’il avait rencontrée quelques années auparavant, et qu’il n’avait eu de cesse de tenter d’anéantir depuis.

L’angle mort de la recherche

Un psychologue m’a un jour expliqué qu’à force d’être en présence d’une personne qui se montre froide, la majeure partie du temps distante, voire inatteignable, lorsque les coups arrivent, une forme de rapport est « restauré », et la victime se sent enfin digne d’attention, prête à tout pour exister – ne serait-ce qu’un instant et faute de mieux – aux yeux de l’autre. Une autre croyance populaire pousse certaines femmes à croire qu’elles sont outillées pour « sauver » leur conjoint, même si toutes celles qui l’ont précédée pensaient la même chose et ont échoué. « Il est introverti, un peu sombre, mais ce secret cache un mystère que j’arriverai à comprendre et à partager », « Je ne suis pas victime de violence conjugale, je suis avec un homme qui a des problèmes, et je vais l’aider » ou encore « Il a subi de graves blessures dans l’enfance, mais je l’aimerai tant et si bien que je finirai par le réparer » sont des phrases que l’on se répète en boucle lorsque l’on tombe dans les filets d’un homme violent.

Le fait que la recherche soit construite à partir des résultats recueillis surtout auprès des milieux de pratique communautaires spécialisés en violence conjugale, et que les femmes scolarisées se tournent peut-être moins vers ces ressources d’aide, biaise sans doute une partie des résultats, avance Geneviève Lessard, directrice d’une équipe de recherche en violence conjugale et professeure à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. Ainsi, les femmes issues de milieux plus aisés se sentent moins « concernées » par la réalité de la violence conjugale, ou arrivent plus difficilement à identifier leur expérience, bien que la classe sociale ou la scolarité ne protège aucune femme de vivre de la violence conjugale.

Selon Anouk St-Onge, commandant au Service de police de la Ville de Montréal, mandataire corporative en matière de violence conjugale et intrafamiliale, il est urgent de changer notre regard sur les clientèles provenant de milieux plus scolarisés : Les personnes qui ne sont pas habituées à demander de l’aide peuvent méconnaître ces ressources. On observe chez elles un sentiment de culpabilité accru lié au fait d’entreprendre des démarches, car elles ne correspondent pas aux critères habituels de vulnérabilité. 

Illustration d'une femme recroquevillée triste et désemparée dans sa propre tête.
Image : Illustration d'une femme recroquevillée triste et désemparée dans sa propre tête.
Photo: Une femme recroquevillée triste et désemparée dans sa propre tête.  Crédit: Radio-Canada / Illustration: Sophie Leclerc

Crazy Love

Dans une conférence TED consacrée à la violence conjugale qui a été vue plus de 5 millions de fois, l’auteure et journaliste Leslie Morgan Steiner, aujourd’hui vice-présidente au Washington Post, amorce la discussion sans détour : Je suis ici aujourd’hui pour parler d’une question troublante que tout le monde se pose, et dont la réponse est tout aussi troublante : “Pourquoi est-elle restée? Pourquoi une femme resterait-elle avec un homme qui la bat?”

En effet, les mécanismes qui sous-tendent les rapports de violence enchâssés dans une relation amoureuse sont si complexes qu’il n’est pas surprenant que de telles relations demeurent une énigme aux yeux de la plupart des gens. Dans un livre intitulé Crazy Love: A Memoir, Steiner a raconté en détail la relation violente qui l’avait unie à un homme en apparence charismatique, et qui avait fini par la battre au point de la laisser pour morte quelques années après leur rencontre, alors qu’elle était une jeune journaliste prometteuse de New York, issue d’un milieu favorisé de la côte est américaine. L’auteure est catégorique : Vous vous rendez dangereusement vulnérables si vous aimez inconditionnellement un conjoint.

Cumulant plusieurs fonctions liées à la lutte contre la violence conjugale et à sa prévention (présidente du conseil d’administration de Viol Secours pour la région de Québec et enseignante de victimologie à l’Université Laval), Catherine Rossi est souvent témoin, directement ou indirectement, de témoignages confidentiels de femmes victimes de violence conjugale. Parmi elles, il y a des étudiantes, mais aussi des professionnelles et des entrepreneures à la réputation très enviable. Ces femmes n’iront jamais en maison d’hébergement et refusent de porter plainte, raconte-t-elle en entrevue, car il leur importe avant toute chose de protéger leurs proches, leurs enfants, mais aussi la réputation de leur famille. En dénonçant la situation tragique qu’elles vivent, elles craignent par-dessus tout d’entraîner dans leur chute les gens qu’elles aiment, et d’attirer l’opprobre sur leur environnement de travail, dans bien des cas.

Dans les pires moments de violence et d’isolement qu’il m’a été donné de vivre, je me souviens de m’être répété en boucle, prostrée dans mon lit, que je n’avais pas le droit de briser les illusions des gens qui m’aiment. Pas le droit de décevoir ceux et celles qui avaient assisté à notre mariage, sans savoir que mon nouvel époux avait juré d’aller voir un spécialiste dès notre retour de lune de miel, afin de se « faire aider ». Pas le droit de briser l’image de la bonne étudiante, de la fière journaliste, de la poète émergente, de la lumineuse jeune femme que je tentais de devenir, et à laquelle les gens autour de moi croyaient. Plutôt que d’alerter mes proches, qui auraient été d’un secours et d’une aide imparables et qui l’ont été par la suite, je me suis laissé isoler, enfermer dans une image entièrement construite par la haine d’un autre, et j’ai fini par croire que, comme il me le répétait infatigablement, j’étais une furie dont personne ne voudrait hormis lui.

Dans presque toutes les situations de violence, la victime a aussi des comportements violents, qu’on appelle violence réactionnelle, explique Marie-Claude Côté, directrice du CAVAC (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels) de Laval. S’ensuit de la culpabilité, un sentiment d’hyperresponsabilité de la part de la victime. Lorsqu’on dit “rendre quelqu’un fou/folle de rage”, il s’agit bien de violence réactionnelle.

Les hommes violents peuvent se montrer charmants, attentionnés et romantiques au début, rappelle Morgan Steiner. Un [agresseur] ne deviendra pas violent lors du premier rendez-vous – son but initial est d’installer une impression de sécurité. Il attendra que vous deveniez vulnérable, soit en vous demandant en mariage, en insistant pour que vous emménagiez avec lui, en quittant son emploi pour “s’occuper de vous” (pour mieux vous contrôler) ou en vous mettant enceinte. Souvent, [l’homme violent] isole sa victime de ses amis, de ses collègues et de sa famille.*

Pour ma part, je ne pesais plus que 85 livres lorsque je lui ai dit oui, pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Je souffrais alors d’anorexie, sans le savoir ni le reconnaître. Inconsciemment, je devais penser qu’en devenant de plus en plus maigre, il allait finir par ne plus me voir, et ainsi ne plus pouvoir m’atteindre. Ma mère, au dernier essayage avant le mariage, m’avait dit: « Il faut que tu arrêtes de perdre du poids car tu vas devenir un cintre dans ta robe. »

Aussi étrange que cela puisse paraître, poursuit l’auteure de Crazy Love, je n’étais pas consciente d’être maltraitée. Mon déni était aussi puissant que cela. J’ai cru que je l’aidais à résoudre les problèmes de son enfance; il avait été battu par son beau-père de l’âge de 4 ans jusqu’à 15. À mes yeux, la relation en était une d’amour, et non de haine. Je croyais – non je savais – qu’il était mon âme sœur. J’allais le sauver. Et en retour, je croyais qu’il n’allait jamais me quitter.*

Dès l’adolescence, les jeunes peuvent vivre des relations amoureuses malsaines (surveillance, pouvoir, contrôle), fait remarquer Anouk St-Onge. Des relations qui, éventuellement, pourraient déboucher sur des actes criminels. Une vision que partage Claudine Thibodeau, responsable de la formation et du soutien clinique à SOS Violence conjugale: La violence conjugale commence aussi tôt qu’au secondaire ou au cégep, lorsqu’un garçon convainc sa blonde de choisir un programme d’études moins scolarisé que le sien, qu’il la décourage de faire un stage à l’étranger, ou encore qu’il empêche sa copine d’étudier pour qu’elle ait de moins bonnes notes que lui. 

Après m’avoir convaincue de terminer ma maîtrise près de lui à Québec, mon conjoint a d’abord refusé de me suivre à Montréal, où j’ai entrepris par la suite des études de doctorat. Lorsque je revenais fatiguée ou découragée d’une semaine là-bas, il me répétait que je devrais laisser tomber ces études qui, disait-il, étaient sans doute trop difficiles pour moi.

Déterminer la source du problème pour mieux le combattre

Lorsque je me suis retrouvée, en plein cœur d’une nuit froide, à l’urgence de l’hôpital le plus près de chez nous, et que le médecin qui venait de soigner mon nez cassé m’a demandé si je souhaitais qu’il appelle la police sans que j’aie rien dit sur les causes de mes blessures, je lui ai répondu que ce n’était pas nécessaire. Devant son insistance, tandis qu’il m’assurait que je serais de retour avant longtemps avec des blessures plus graves encore, je me souviens de m’être dit, avant de rejoindre mon ex-mari qui m’attendait dans la salle d’attente (pour être bien sûr de me ramener à la maison) : Je ne suis pas victime de violence conjugale. Je suis avec un homme qui a des problèmes et je vais l’aider.

Pour s’extraire d’une situation violente, encore faut-il avoir conscience d’en vivre une. Trop souvent, la victime de violence conjugale se croit, en partie du moins, responsable de ce qu’elle vit, explique Marie-Claude Côté. [C’est notre mandat] de lui faire connaître et comprendre le cycle de la violence, et de la convaincre que sa seule responsabilité est de réaliser ce qui lui arrive pour se sortir de la situation. Mais pour y parvenir, les organismes d’aide aux victimes doivent avoir les moyens d’être encore plus visibles sur le terrain : tant qu’une victime ne se reconnaît pas comme telle, elle ne voudra pas entendre parler du problème qui la concerne .

Depuis que je me suis sortie de cette situation funeste, en 2007, il m’est souvent arrivé de me dire que si j’avais entendu parler concrètement et réalistement de violence conjugale lors de mes années d’étude au collégial ou à l’université, si une femme comme moi, en pleine ascension sociale, était venue me parler de sa réalité, j’aurais sans doute été mieux à même de reconnaître les racines de la violence lorsqu’elle m’a attrapée, au moment où je m’y attendais le moins. Il est aussi impératif de sensibiliser les témoins de la violence conjugale pour qu’ils la dénoncent, poursuit Marie-Claude Côté. Convaincre les gens de ne jamais rester des témoins muets et d’agir avant que la personne ne s’isole complètement, comme ça arrive trop souvent dans ce genre de situation.

Les yeux bandés de la justice

Selon une étude menée par l’Organisation mondiale de la santé, près du tiers (30 %) des femmes à travers le monde ont subi de la violence physique ou sexuelle de la part d’un partenaire intime au cours de leur vie. Chez les femmes nord-américaines, la prévalence à vie de cette violence se situerait à 21,3%. Et certaines de ces femmes en sont victimes à répétition, parfois dans une même relation, parfois dans plusieurs. Nous sommes bien loin du nombre de cas dénoncés et répertoriés annuellement par les divers services de police dans la province. La professeure Catherine Rossi souligne que le système de justice n’offre qu’une réponse et des solutions partielles aux victimes de violence conjugale, dont les histoires se dénouent bien plus souvent sur le territoire de l’intime qu’en cour.

Un état d’alerte que porte également Sylvie Morin, conférencière avec Nathalie Simard pour la trilogie Je veux vivre et ancienne directrice de La Bouée (maison d’aide et d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale), qui a accompagné des centaines de femmes au cours de ce processus complexe et souvent traumatique.

Il y a beaucoup trop de latitude en matière de sentences; la victime demeure une victime tout au long du processus judiciaire, ce qui est très lourd, stressant, voire humiliant.

Sylvie Morin

À ce stress s’ajoute une précarité psychologique qui fragilise toutes les victimes, peu importe leur niveau de scolarisation, le soutien de leur entourage ou leur réussite sociale. Lorsqu’elle dénonce son agresseur, la victime sait qu’elle est en danger, mais n’a souvent pas conscience de vivre de la violence conjugale, note Sylvie Morin. Laissée à elle-même, souvent seule, dans le vide, elle se retrouve en position d’extrême vulnérabilité.

En mars 2019, la ministre de la Justice du Québec, Sonia LeBel, annonçait la création d’un comité formé de victimes, de chercheurs et chercheuses, ainsi que d’intervenants et intervenantes, portant sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. À travers cette initiative, l’État québécois dit vouloir redonner confiance dans le système judiciaire. Plus concrètement, le gouvernement souhaite créer un lieu pour que les femmes puissent dénoncer en toute confiance et sécurité la violence dont elles sont victimes; permettre au processus judiciaire de s’enclencher plus rapidement après la dénonciation (en ce moment, les victimes doivent souvent attendre deux ou trois ans avant le début du processus, ce qui est interminable et les incite souvent à retourner dans la relation violente, ou dans une autre); contrer toutes les formes de harcèlement, tant à la maison (domaine privé) qu’au travail (domaine professionnel); prendre en considération le parcours de chaque victime; et réfléchir aux moyens de s’adresser au système judiciaire pour que ces femmes soient mieux accompagnées. Le comité s’est donné un an pour proposer des solutions. Nous saurons bientôt de quoi il retourne, et nous attendons des actions concrètes, à court, moyen et long terme pour prévenir les féminicides, qui ne cessent de se multiplier, ici comme ailleurs.

Illustration d'une femme recroquevillée prise au centre d'une toile d'araignée sous l'ombre d'une silhouette masculine rigide.
Image : Illustration d'une femme recroquevillée prise au centre d'une toile d'araignée sous l'ombre d'une silhouette masculine rigide.
Photo: Une femme recroquevillée prise au centre d'une toile d'araignée sous l'ombre d'une silhouette masculine rigide.  Crédit: Radio-Canada / Illustration: Sophie Leclerc

Le plus difficile : partir

Toutes les études récentes – et les nombreux féminicides et infanticides perpétrés au cours des derniers mois au Québec – montrent que le moment le plus dangereux pour une victime de violence conjugale est celui où elle annonce à son conjoint qu’elle a pris la décision de partir, de le quitter enfin. N’ayant plus rien à perdre (ou ayant tout à perdre), et sentant son emprise se défaire pour de bon, ce dernier n’aura plus aucune raison d’épargner sa victime, qu’il ne peut concevoir libre et loin de lui.

Dans mon cas, mon agresseur me répétait en hurlant tu vas la fermer ta crisse de gueule, en me maintenant sous lui et me frappant au visage jusqu’à ce que j’en perde conscience, alors que je lui avais annoncé la veille, quelques jours après être rentrée d’un séjour d’écriture de trois mois au Mexique, que j’avais enfin trouvé la force de demander le divorce. Elana n’a pas eu ma « chance ». Si sa fille, qui avait alors 11 ans, a entendu les cris de sa mère, qui l’ont réveillée au cœur de la nuit, cette dernière était devenue muette au moment où la petite est allée demander des explications à son père, dans la chambre de ses parents. Elana ne parlerait plus jamais, son dernier souffle ayant quitté son corps.

Le seul moyen d’éviter le pire est de partir au premier signe de violence. Les études sont claires : plus longue est l’attente, plus la victime devient vulnérable et isolée. Si vous restez, note Morgan Steiner, la situation se complique toujours et devient plus dangereuse. Je n’ai jamais entendu parler d’un cas où la femme a été capable d’aider son partenaire à guérir son tempérament agressif.*

Un homme violent a besoin d’une aide professionnelle, pas d’un amour romantique.

Morgan Steiner

Selon Sylvie Morin, les agresseurs ne font jamais qu’une seule victime. Il n’est pas rare de voir une femme arriver en maison d’hébergement qui est la troisième ou la quatrième victime d’un individu connu de la justice, et de notre personnel.

Enjeu et débat de société

La société n’est pas suffisamment conscientisée au fait que la violence conjugale est un problème social et collectif, conclut Geneviève Lessard. Si l’initiative de la ministre Sonia LeBel a été accueillie favorablement par les professionnels et les intervenants luttant contre la violence conjugale, celle-ci devra impérativement se traduire par une aide concrète apportée aux victimes, peu importe le milieu social d’où elles proviennent. Au-delà des campagnes de sensibilisation, Marie-Claude Côté croit qu’on devra aller encore plus loin dans la prévention : Il faudrait effectuer un dépistage auprès des enfants, travailler en amont avec ceux qui sont susceptibles de devenir violents. Faire de la prévention dans les écoles primaires, secondaires, et même en garderie. Apprendre à vivre des relations égalitaires, apprendre comment traiter les autres et se faire traiter, ça se fait très jeune.

Cette compréhension et cette prise en charge de la violence devront, selon Sylvie Morin, être relayées par les programmes d’enseignement et les institutions du savoir, si l’on veut que ces ressources spécialisées soient outillées afin de mieux venir en aide aux victimes tous azimuts. Il y a urgence de former des ressources spécialisées. Pourquoi est-ce qu’il existe, au Québec, un certificat en toxicomanie, et pas en violence conjugale? Il y a pourtant tant de personnes touchées par la problématique. Il faudra bien former des ressources pour leur répondre.

Marie-Claude Côté juge que le traitement réservé aux agresseurs devra, lui aussi, être remis en question pour être amélioré. Il n’existe que des bénéfices à ce qu’un homme s’investisse vraiment dans l’aide reçue. Un homme ne peut devenir non violent sans aide, du jour au lendemain. Les chercheurs et les praticiens doivent continuer de se demander : comment peut-on aider les hommes à reconnaître la violence en eux et à en sortir? En détention, les agresseurs sont-ils réellement accompagnés pour régler leurs problèmes de violence? Nous devons continuer à nous demander comment nous pouvons mieux [atteindre] et sensibiliser ces hommes concernant le cycle de violence qu’ils perpétuent.

Assez, c’est assez!

Ainsi, j’interpelle nos instances gouvernementales, mais aussi nos thérapeutes, nos chercheurs, nos policiers, nos procureurs, nos juges et nos législateurs, qui doivent tenter d’élucider les motifs menant un homme à violenter, puis à tuer sa propre femme. Notre société devra tôt ou tard mettre les agresseurs sous les projecteurs, pour mieux les comprendre et les outiller vers une guérison difficile, mais humainement possible.

La ministre Isabelle Charest, responsable de la Condition féminine, s’est récemment positionnée sur les enjeux de violence conjugale, invitant ses collègues de plusieurs ministères à adopter une série de mesures concrètes pour contrer la violence faite aux femmes. Souhaitons que cette prise de conscience de nos élus se traduira dans la pratique et dans la réalité. À l’heure où le premier ministre du Canada a décidé d’imposer aux juges une formation obligatoire en matière d’agressions sexuelles, le ton est donné : la question de la violence faite aux femmes ne doit plus être laissée dans les mains des victimes mais dans celles des juristes et des législateurs, et il est grand temps de reconnaître que ces enjeux sont de nature sociale et collective plutôt que du domaine de l’intime et du privé. Les victimes de violence ont le droit d’être traitées avec la considération qui s’impose dans de telles circonstances traumatiques, plutôt que de porter seules – et dans la honte – le lourd fardeau de la preuve.

J’invite aussi chaque lecteur, chaque lectrice de ce texte à se souvenir de ceci : les victimes de violence conjugale ne correspondent pas toujours à l’image d’Épinal que l’on imagine lorsqu’on entend parler d’une telle réalité. Elle s’appelle Elana ou Catherine, elle peut être votre médecin de famille enterrée un midi de décembre par les membres de sa famille dévastés, ou une brillante auteure qui est passée à deux doigts de perdre la vie après s’être fait asséner plusieurs coups à la tête, par un beau matin de mai, et qu’on a laissée inconsciente dans son lit.

Lorsque j'ai repris conscience, j’ai su que j’avais un choix à faire : appeler ma famille ou mourir.

Que si cette fois-là n’avait pas été, par miracle, la dernière, la prochaine le serait, pour sûr. Car du moment que l’assaillant a commencé à viser la tête, la violence est devenue visible et un cran d’arrêt a sauté définitivement. La mort peut advenir à tout moment. Les semaines qui ont suivi cet assaut final ont été effroyables. Pire que les coups reçus, auxquels on finit tristement par « s’habituer » (lire « se désensibiliser »), il y a la douleur morale qui survient lorsqu’on constate que l’on est restée dans un tel système, que l’on a, contre son gré, accepté d’être maintenue dans un statut de victime, au risque d’en perdre la vie.

L’aide des proches devient alors essentielle, primordiale. Dans mon cas, celle de ma jeune sœur venue me chercher avec son conjoint d’alors, le jour du drame, et qui a fait écran en empêchant mon bourreau d’entrer dans notre appartement avant que nous en soyons partis, tandis que je les suppliais de me laisser avec lui.

Celle de mes parents, qui m’ont recueillie chez eux, de mon père qui a eu la présence d’esprit de me faire asseoir dans le salon pour prendre des photos de mes plaies (ces preuves allaient s’avérer incontournables lors du processus judiciaire subséquent, dont j’ignorais tout alors), de ma mère qui m’a emmenée à l’hôpital pour s’assurer de mon rétablissement.

Celle de l’urgentiste qui, voyant que la perspective de ma propre disparition ne m’effrayait plus, m’a dit la seule chose qui pouvait me faire réagir à ce stade : Tu aurais pu mourir, mais tu aurais aussi bien pu perdre l’usage de la vue, de l’ouïe, de la mémoire, ou devenir paraplégique. Est-ce ce que tu souhaites à ta mère : qu’elle pousse ton fauteuil roulant pour le reste de ses jours?

Je dois aussi ma reconstruction à tous les intervenants rencontrés par la suite tout au long du chemin, depuis les policières qui ont pris, avec un respect et une circonspection exemplaires, ma déposition, quatre mois après les événements, jusqu’aux travailleuses sociales de l’IVAC, de la CAVAC, en passant par les procureures de la Couronne qui ont su me défendre dans la dignité, sans oublier la thérapeute qui m’a appris l’existence du pervers narcissique et, surtout, comment m’en protéger, ainsi que la juge qui a dit à mon agresseur qu’un homme avait toujours le choix de partir lors d’une dispute et que rien ne justifiait qu’il choisisse de porter des coups.

Puis, je dois à mes amis et à mes proches de n’avoir jamais réduit ce que je suis à la violence que j’avais vécue. L’une des plus grandes peurs des victimes de violence conjugale tient dans l’illusion qui les porte à croire que les gens ne pourront plus les voir comme elles sont réellement : belles, grandes et fortes. Or, chacun de mes amis et chacune de mes amies a su me rapporter une plume de mes ailes, en me traitant comme ils et elles m’avaient toujours traitée, et en m’aidant à comprendre que personne n’allait me circonscrire ou me réduire à la tragédie que j’avais vécue. Puis de là, j’ai pu revenir lentement à ma passion : l’écriture, et la poésie. J’ai publié depuis trois recueils de poèmes, et j’en suis à écrire le quatrième. Je pratique un métier que j’adore, et dans lequel je crois exceller : l’édition d’art dans un musée national. Chaque jour, j’ai la chance de me réaliser à la mesure de mes ambitions et de mes rêves les plus fous. Chaque jour, en traversant les plaines d’Abraham, je mesure ma chance d’être en vie, aimée et appréciée à ma juste valeur.

Je partage ma vie avec un homme qui m’aime et qui apprécie chaque parcelle de moi, qui ne prend pas mes réussites en ombrage et pour qui mon intelligence, ma réussite et ma douance ne sont pas des sources de conflit et de jalousie, mais des atouts et des qualités qu’il admire. À 42 ans, je peux enfin dire que je vis dans un rayon qui est le mien, dans lequel je ne tolère aucune forme de violence, peu importe d’où elle vient.

J’ai écrit ce texte pour toutes les Elana qui n’ont pas eu ma chance, mais surtout pour celles qui me liront ou celles qui se trouvent peut-être près de vous, au sein de votre famille, dans votre rue ou votre lieu de travail. Le risque de se tromper en sortant de sa réserve est toujours bien mince à côté de la perte d’un ou d’une proche. À toutes les femmes et à toutes les fillettes qui, comme ma fille, ont le droit d’être protégées par une société et un gouvernement qui ne peuvent plus jouer à l’autruche et doivent assumer leurs responsabilités, je souhaite le respect, et que cette question cruciale soit traitée avec l’intégrité et l’urgence que la situation commande.

Nous sommes l’avenir de ce monde, et nous n’accepterons plus d’être considérées comme une statistique, une donnée négligeable ou des anonymes à la une d’un fait divers.

*Leslie Morgan Steiner, Crazy Love : a memoir, 334-335.

Tu vas la fermer

Les coups s’abattent
exsangue un corps
niche dans ses abîmes
tu vas la fermer
je te jure
expirent la décence
la blancheur du cri.

***

Des printemps s’enlacent
menacent du même souffle
les élans les espaces
avril sous les vents
t’annonce une mort subite
ou serait-ce que le ciel
ébauche sa migration ?

***

Les cartes s’affolent
voyagent entre les tranchées
on a troqué les semences
pour des valises informes
mille moissons perdues
ici des mères oublieuses
cultivent leur matrice.

***

Tu la confonds avec les projectiles
des pièces dévorées par la rouille
jetées dans le ravin autrefois
cet homme qui te servait de père
a oublié de dire
on ne froisse pas les filles
comme tôle on les étreint.

***

La folie rencontre sa corolle
ni enfant ni tout à fait femme
une pensée devient solide
s’affaisse devant les puits que creusaient ses aïeux
avant de plomber leurs abois
sur la mine où tu loges.

***

Une gamine
plus maigre qu’un coléoptère
elle rampe sous ton ombre
gruge le frisson d’être née
le médecin qui la scrute
lui dit la prochaine fois
vous viendrez pieds devant.

***

Il eût fallu une santé
celle des chairs
celle de l’âme aussi
quand les bêtes vous habitent
se domptent entre deux soleils
il eût fallu vivre
dans une meilleure auréole.

***

Une claque puis une autre
des astres pleuvent derrière les tempes
t’arment pour des luttes souveraines
le vrai combat commence
le jour où tu cesses de croire
ta vie sauve tombe
un masque de renard roux.

***

Elle voudra se lever
ferrer d’audace un souffle
mais c’est sans compter
le furieux du haut de ses orages
la marche du funambule
fume, mauvais génie
un calumet allumé par personne.

***

Elle t’attend repu
te voit déposer tes ombres
tes couteaux
la lune vous a rejoints
pour un dernier conclave
l’aube rédige ses minutes
tu vas la fermer.

*Cette suite de poèmes de Catherine Morency a paru dans la revue Estuaire, numéro 176, en mars 2019

Obtenir de l'aide

Ligne téléphonique d'écoute, d'information et de référence destinée aux victimes de violence conjugale, à leurs proches ainsi qu’aux intervenants et intervenantes
1 800 363-9010 (SOS violence conjugale)

Service d’urgence pour une aide immédiate, si vous êtes en danger ou si vous êtes témoin de violence.
911 (VOIX) (ATS disponible dans certaines régions)
310-4141 (dans les municipalités où le 911 n’est pas disponible) *4141 (pour les appels d’un cellulaire)

Pour trouver une maison d’hébergement:
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale
maisons-femmes.qc.ca (Nouvelle fenêtre)

Fédération des maisons d’hébergement pour femmes du Québec
fede.qc.ca (Nouvelle fenêtre)

Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC)
1 866 LE CAVAC (1 866 532-2822)
www.CAVAC.qc.ca (Nouvelle fenêtre)

L’R des centres de femmes du Québec
Réseau des centres de femmes du Québec
www.rcentres.qc.ca (Nouvelle fenêtre)

Services d’aide pour les conjoints avec des comportements violents
À coeur d’homme
1-877-660-7799
https://www.acoeurdhomme.com/ (Nouvelle fenêtre)

Ligne parents
1 800 361-5085
www.ligneparents.com (Nouvelle fenêtre)

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