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Image : L'édifice du Centre, sur la colline du Parlement, à Ottawa, de soir.

Les députés de la Mauricie et du Centre-du-Québec passent entre quatre et cinq jours par semaine à Ottawa. Alors qu'ils se trouvent à plus de 300 kilomètres de leur circonscription, ils tentent de faire avancer les dossiers de leur région. Nous avons voulu savoir en quoi consiste leur rôle d'élu sur la colline du Parlement.

Texte : Marilyn Marceau | Photos : Josée Ducharme

Les trois députés bloquistes de la région, Louis Plamondon, Louise Charbonneau et Yves Perron, passent beaucoup de temps à rencontrer des représentants d’association. Dans un gouvernement minoritaire, aucun parti n’est boudé. Et c’est sans compter les caucus, les comités parlementaires et le temps passé à la Chambre des communes.

Le député libéral François-Philippe Champagne, qui a hérité du ministère des Affaires étrangères, a aussi des journées bien remplies. En situation de crise, comme celle du coronavirus ou des Canadiens morts dans l’écrasement d’avion en Iran, il passe beaucoup de temps à s’adresser aux médias.

Louis Plamondon qui sourit en regardant la caméra pendant qu'il marche dans la rue, l'hiver.
Le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, se déplace à pied entre les différents édifices de la rue Wellington.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Louis Plamondon, la voix de l’expérience

Les journées de 12 heures sont fréquentes sur la colline du Parlement.

Le député du Bloc québécois Louis Plamondon est habitué à ce rythme effréné. Avec ses 36 années comme député, il est le doyen de la Chambre des communes, ce qui ne l’empêche pas d’avoir toujours la flamme et l’énergie nécessaire pour faire de longues journées.

Ma journée devrait se terminer vers 21 h et, demain matin, il faut que je sois ici à 7 h pour le déjeuner des producteurs d’œufs, nous raconte le député de Bécancour-Nicolet-Saurel entre deux rendez-vous : une rencontre avec des producteurs de lait et l’Association Canada-Afrique.

C’est intéressant, passionnant et très occupant.

Louis Plamondon, député de Bécancour-Nicolet-Saurel
Les trois personnes assises dans un bureau qui regardent des feuilles.
Le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, rencontre le président des Producteurs de lait du Québec, section Centre-du-Québec, Alain Brassard, et la présidente de la Fédération de la relève agricole du Québec, Julie Bissonnette, dans son bureau à Ottawa.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Le premier élément à l’agenda de Louis Plamondon ce matin-là est un rendez-vous à son bureau avec des producteurs laitiers du Centre-du-Québec.

Le but de ces rencontres, c’est d’informer nos représentants, parce que c’est eux qui ont le droit de parole à la Chambre des communes, affirme le président des Producteurs de lait du Québec, section Centre-du-Québec, Alain Brassard, de Plessisville.

On a des problématiques et c’est sûr que si on reste chez nous et qu’on ne les dit pas, ça n’avancera pas, affirme la présidente de la Fédération de la relève agricole du Québec, Julie Bissonnette, qui est productrice de lait à L’Avenir.

Elle trouve très stratégique et efficace de tenir ces rencontres à Ottawa. On prend une journée de congé et on les fait tous d’un bloc, donc c’est plus pour nous, en tant que producteur aussi.

Louis Plamondon avec son adjointe parlementaire dans son bureau d'Ottawa.
Carole Forcier travaille avec le député Louis Plamondon depuis une trentaine d'années.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Après sa rencontre avec les producteurs de lait, Louis Plamondon appelle à son bureau de circonscription, dicte un statut pour sa page Facebook de député, enfile son manteau et se dirige vers les escaliers. Louis Plamondon, comme plusieurs députés bien conscients de ne pas avoir le temps d’aller au gym, évite les ascenseurs et se rend à pied là où le devoir l’appelle.

Nous avons demandé à Louis Plamondon quels dossiers régionaux il aimerait avoir réglés à mi-mandat, soit deux ans après le 21 octobre 2019. Le dossier de l’agriculture est prioritaire, parce que 84 % de mon territoire est agricole, répond-il. La vie de chacun des villages repose sur l’agriculture, principalement sur la gestion de l’offre, par exemple. Là-dessus, on va mener un combat à tout casser pour arriver à faire en sorte que l’entente avec les Américains ne soit pas dommageable ou le moins possible.

Il vient d’ailleurs de déposer un projet de loi en ce sens. S’il est adopté, ce sera une première en carrière pour ce routier de la politique.

Yves Perron dans le couloir du parlement temporaire, avec un dossier dans les mains.
Le député de Berthier-Maskinongé, Yves Perron, en route vers la réunion hebdomadaire du caucus du Bloc québécois, à Ottawa.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Yves Perron, d’enseignant à député

À l’heure du dîner, nous avons rendez-vous avec le député de Berthier-Maskinongé, Yves Perron. Il attrape une salade à la cafétéria de l’édifice où se trouve son bureau, rue Wellington. Son horaire de la journée ne lui permet que quelques minutes pour manger, ce qu’il fait devant son ordinateur, son téléphone intelligent à proximité.

Contrairement à son collègue Louis Plamondon, Yves Perron est peu familier avec la vie de politicien. Cet enseignant dans une école secondaire de Lanaudière, qui était président du Bloc québécois, en est à son premier mandat comme député.

Yves Perron devant son ordinateur avec son lunch à côté de lui.
Le député de Berthier-Maskinongé, Yves Perron, trouve qu'il n'y a pas assez d'heures dans une semaine pour faire tout ce qu'il voudrait en lien avec son nouveau rôle.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Dans son bureau, les murs sont encore vierges. Près de six mois après l’élection, peu de nouveaux députés ont eu le temps de décorer leur espace de travail.

Éventuellement, on aura une décoration, mais ça vous montre le temps libre qu’on a dans une journée, dit-il en riant. Il souhaite exposer des œuvres d’artistes de sa circonscription.

Après avoir assisté au caucus de son parti, qui a pris une bonne part de l’avant-midi, Yves Perron prépare l’allocution qu’il fera en Chambre en après-midi. Le temps presse, il doit arriver au parlement à temps pour la période de questions.

Yves Perron dans une rue d'Ottawa, le soir.
À l'heure où le député Yves Perron termine ses journées, il fait souvent déjà noir.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

À mi-chemin de son premier mandat comme député, Yves Perron aimerait que soit réglé le dossier de la pyrrhotite.

C’est un dossier régional, mais c’est une urgence nationale. C’est un dossier qui traîne depuis déjà plus de 10 ans. C’est un non-sens complet.

Yves Perron, député de Berthier-Maskinongé

Il souhaite aussi amener le gouvernement à s’occuper de l’érosion des berges, notamment en fournissant de l’aide financière pour soutenir les projets visant à contrer ce fléau.

La députée avec son manteau et sa valise sur roulettes dans un corridor du parlement temporaire à Ottawa.
La députée de Trois-Rivières, Louise Charbonneau, en direction de la Chambre des communes, à OttawaPhoto : Radio-Canada / Josée Ducharme

Louise Charbonneau, sortir de la retraite pour la politique

La députée de Trois-Rivières, Louise Charbonneau, devait nous rencontrer en début d’après-midi puisqu’elle n’était pas de garde pour cette période des questions, mais, changement de dernière minute, il y a un vote en Chambre. Louise Charbonneau doit s’y rendre sur-le-champ.

À son retour, elle nous accueille dans son bureau très nouvellement aménagé.

Le soir des élections, le 21 octobre 2019, la vie de Louise Charbonneau a complètement changé.

La députée debout qui vote, entourée de ses collègues à la Chambre des communes.
Les députés doivent se tenir prêts en tout temps à quitter leur bureau pour se rendre à la Chambre des communes pour la tenue d'un vote, comme ce fût le cas pour la députée bloquiste de Trois-Rivières, Louise Charbonneau, le 5 février 2020.Photo : Chambre des communes

J’étais dans une retraite confortable. Je n’avais pas de soucis quotidiens autres que d’aller promener mon chien pendant la journée. [...] Je me levais le matin et je me disais : ”Oh, il fait beau aujourd’hui, je vais aller faire une couple de descentes de ski”. Maintenant, ce n’est plus ça, raconte celle qui était présidente de la section trifluvienne du Bloc québécois et qui a dû s’habituer constamment à utiliser les technologies tels l’ordinateur et le téléphone intelligent.

Mais elle ne regrette rien, car Louise Charbonneau, la seule femme députée fédérale en Mauricie et au Centre-du-Québec, sent qu’elle est utile, qu’elle aide les électeurs.

Ce jour-là, elle nous quitte justement pour aller rencontrer l’organisme À voix égales, qui fait la promotion de l’élection d’un plus grand nombre de femmes à tous les paliers de gouvernement au Canada, peut-on lire sur le site Internet de l'organisme.

La députée qui ouvre une lettre à son bureau d'Ottawa.
La députée de Trois-Rivières, Louise Charbonneau, reçoit beaucoup d'invitations et de correspondances à son bureau d'Ottawa.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Pour Louise Charbonneau aussi, le dossier de la pyrrhotite est une priorité. À mi-mandat, elle souhaiterait pouvoir dire : C’est réglé, c’est fini, tout le monde a été vraiment satisfait de ce qui s’est fait .

Elle aimerait aussi avoir fait avancer les dossiers du développement du port et de l’aéroport de Trois-Rivières ainsi que celui du train à grande fréquence.

François-Philippe Champagne durant une mêlée de presse au parlement temporaire à Ottawa en février 2020.
Le début de l'année 2020 a été particulièrement mouvementé pour François-Philippe Champagne, qui est le ministre des Affaires étrangères du Canada.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

François-Philippe Champagne, la Mauricie et le monde

L’Iran, le coronavirus… les événements sur la scène internationale, qui ont des répercussions sur le Canada, tiennent le député de Saint-Maurice–Champlain, François-Philippe Champagne, bien occupé.

Ces jours-ci, le député du Parti libéral du Canada se limite aux points de presse prévus et n’accorde pas beaucoup d’entrevues individuelles. Il fait une exception pour l’équipe d’ICI Mauricie–Centre-du-Québec.

Le député dans un couloir, avec un drapeau canadien, à Ottawa.
Le député de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, a déjà été ministre du Commerce international ainsi que de l'Infrastructure et des Collectivités.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Son équipe prévoit 10 minutes d’entrevue avant qu’il ne retourne gérer la crise du coronavirus. En plus, aujourd’hui, c’est son tour de garde à la Chambre des communes, c’est-à-dire qu’il doit rester au parlement pour représenter son parti.

Malgré son horaire chargé, François-Philippe Champagne assure qu’il reste bien à l’affût des préoccupations des électeurs. Il a ajouté deux personnes à son équipe dans sa circonscription pour l’appuyer.

Si je suis capable de défendre les intérêts des Québécois et du Canada dans le monde, c’est parce que, d’abord et avant tout, les gens de la Mauricie m’ont choisi, alors mon premier rôle est de bien les représenter, dit-il.

François-Philippe Champagne debout à la Chambre des communes, entouré de ses collègues, le 4 février 2020.
Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, durant la période des questions à la Chambre des communesPhoto : Chambre des communes

Le dossier régional que le ministre libéral aimerait avoir réglé deux ans après son élection, soit à la moitié de son deuxième mandat comme député, c’est celui de la couverture cellulaire et Internet.

L’Internet et le cellulaire, pour moi, c’est l’électricité du 20e siècle!

François-Philippe Champagne, député de Saint-Maurice-Champlain

[Je souhaiterais avoir] réglé l’enjeu de la connectivité ou du moins que cet enjeu-là soit derrière nous, c’est-à-dire que les sommes soient allouées, que les projets soient entamés, dit-il. Je vois cela comme un moteur de développement économique, un moteur de développement social.

Défendre sa région à Ottawa

Il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Il y a les déclarations à la période des questions, les communiqués de presse et les conférences de presse, mais aussi, ce qui se passe dans les couloirs du parlement.

La députée en entrevue télé dans son bureau avec la journaliste Marilyn Marceau.
« Les femmes, quel que soit leur âge, peuvent apporter leur pierre à la construction de la société. Ça fait cliché, mais de faire le pas, c’est tout un pas », affirme Louise Charbonneau en entrevue.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Même si on n’est pas toujours présent devant les caméras, on fait du travail dans les coulisses.

Louise Charbonneau, députée de Trois-Rivières

Dans les corridors, je peux avoir un échange informel avec François-Philippe Champagne, qui représente le comté voisin, et j’ai parlé à plusieurs reprises avec M. Garneau [le ministre des Transports] du train à grande fréquence, souligne-t-elle. La députée affirme avoir réussi à faire progresser le dossier de la pyrrhotite grâce à ses démarches à Ottawa.

Le député Yves Perron et son adjoint parlementaire Benoit Manseau dans le bureau.
Yves Perron était enseignant d'histoire à l'école secondaire de Saint-Félix-de-Valois avant de se porter candidat aux élections. Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

D’ici, on peut intervenir auprès de personnes qui sont reliées directement aux dossiers, renchérit le député de Berthier-Maskinongé, Yves Perron.

Pour obtenir des gains pour les citoyens, il faut questionner le gouvernement, faire pression sur les ministres responsables de ces dossiers-là, affirme cet autre nouveau venu sur la colline du Parlement. J’ai l’impression de vraiment faire une différence, dit-il près de six mois après son élection.

Les trois députés bloquistes de la région admettent qu’en situation de gouvernement minoritaire leur pouvoir de persuasion est plus fort que l’habitude.

Les trois politiciens devant des chandelles durant une minute de silence au Haut–commissariat du Canada au Royaume–Uni, situé à Londres.
À Londres, François-Philippe Champagne (au centre), le ministre des Affaires étrangères de l'Ukraine, Vadym Prystaiko (à droite), et le secrétaire d'État des Affaires étrangères du Royaume-Uni, Dominic Raab (à gauche), commémorent les victimes du vol PS752, qui s'est écrasé en Iran. (16 janvier 2020)Photo : The Associated Press / Frank Augstein

François-Philippe Champagne a l’avantage d’être dans le parti au pouvoir depuis son arrivée en politique. Dès qu’il le peut, il interpelle ses collègues au sujet d’enjeux régionaux.

Mais ce qu’il trouve encore plus efficace, c’est quand les gens de sa circonscription peuvent s’entretenir directement avec les élus concernés. Il organise d’ailleurs une rencontre à Ottawa au sujet de la connectivité dans sa région. Moi, ce que je veux, c’est que les décideurs puissent entendre la voix de la Mauricie, dit-il.

Quand on vit dans un grand pays comme le nôtre, il faut que les enjeux régionaux se fassent entendre, souligne-t-il.

[Les 30 millions de dollars pour la pyrrhotite], on a réussi à les mettre dans le premier budget. Pourquoi? Parce qu’on a réussi à amener la voix de la Mauricie à Ottawa, affirme le ministre Champagne.

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Louis Plamondon se souvient qu'il n'y avait pas de cellulaire, d'Internet ou de télécopieur lorsqu'il a été élu pour la première fois comme député, en 1984.Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Louis Plamondon en avait long à dire sur la façon d’aider les électeurs de sa circonscription à partir d’Ottawa. Il nous raconte avoir permis, en 2008, d’éviter la fermeture temporaire de l’usine des Forges, à Sorel, en obtenant la signature d’un ministre nécessaire à la continuation. Une fermeture aurait eu des conséquences désastreuses sur les quelque 350 travailleurs et les clients de l’entreprise, souligne-t-il.

En tant que doyen de la Chambre des communes et président du caucus du Bloc québécois, Louis Plamondon aide les nouveaux députés à comprendre les rouages du métier.

Voici son conseil pour faire bouger les dossiers : Il faut faire du lobby, il faut faire aussi de la revendication. Je dis toujours deux opérations : l’opération de tétage et l’opération chantage après. Tu fais tout ce que tu peux pour l’avoir avec la diplomatie et, sinon, tu dis : ”On met le problème sur la map et on dénonce”. Dans les deux, je préfère la première solution, conclut-il en riant.

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