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Dessin d'une personne dont le cerveau à la forme d'émissions provenant d'une cheminée.
Radio-Canada / Designer / Émilie Robert

Texte et photos : Denis Wong Illustrations : Emilie Robert

C’est un malaise propre à notre époque et près de la moitié des jeunes adultes du Québec en souffriraient. Si l’écoanxiété fait couler beaucoup d’encre, des spécialistes soulignent qu’il existe des moyens concrets pour l’atténuer, même s’ils sont rarement évoqués. Apprivoiser ce sentiment qui nous submerge pourrait même guider nos actions dans le contexte des changements climatiques, car il est sain et normal de se soucier de l’environnement. Voici pourquoi il faut réévaluer notre perception de l’écoanxiété.

« Je suis fucking écoanxieuse, lance une jeune mère de famille dans un petit local d’université. J’ai trois enfants. On parle d’horreurs dans 2-3 ans, pas dans 50 ans. C’est le sort de mes enfants qui m’inquiète. Je ne trouve pas mon compte dans les milieux écolos, c’est super culpabilisant. »

Dans une salle de cours de l’Université Concordia, des gens discutent de leurs expériences liées à l’écoanxiété. Cette conférence offerte en août à l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde révèle leurs insécurités et leurs frustrations.

Si je regardais juste les chiffres, je ne ferais pas d’effort [pour lutter contre les changements climatiques]. Mais je le fais pour moi, parce que ça me fait du bien, déclare un deuxième participant.

À l’avant de la salle, Isabelle Béliveau écoute les commentaires de ces gens qui en ont long à dire. Cette conférence, c’est elle qui l’anime. En 2021, elle a fondé Éco-motion, un organisme à but non lucratif qui offre du soutien et de l’accompagnement aux personnes qui ressentent du désespoir face aux changements climatiques. Au moyen de discussions et d’activités, l’organisme veut aider les gens et les organisations à apprivoiser ces sentiments.

« Je n’hésite pas à parler d’écoanxiété, parce que dès que j’en parle, il y a des gens qui m’écrivent pour me dire qu’eux aussi, ils en ressentent. Je trouve ça important que ça sorte. C’est très souffrant et il ne faut pas penser qu’il n’y a rien à faire. »

— Une citation de  Isabelle Béliveau, fondatrice de l'organisme Éco-motion

Si elle en parle ouvertement aujourd’hui, c’est parce que l’environnement est au cœur de ses préoccupations depuis de nombreuses années. En 2019, Isabelle Béliveau s’est engagée dans toutes les manifestations climatiques. Alors que le mouvement La planète s’invite à l’Université multipliait les actions d’envergure au Québec, la militante écologiste s’occupait de mobiliser l’Université de Sherbrooke et l’ensemble de la région de l’Estrie.

Mon implication me prenait de 40 à 50 heures par semaine et j’étais aux études à temps plein en même temps, se souvient-elle. C’était très prenant. À l’hiver 2020, quand la pandémie s’est déclenchée, on était en train de repartir une deuxième vague du mouvement et tout s’est effondré. C’est là que je suis devenue le plus épuisée.

Impliquée au sein de plusieurs associations environnementales, celle qui étudiait au baccalauréat en environnement a vécu un épisode de « burnout du militant » : elle est tombée d’épuisement après avoir tout donné dans un mouvement citoyen. La fatigue et la pression engendrées par son militantisme l’ont terrassée. Mais en filigrane, Isabelle Béliveau souffrait aussi d’écoanxiété, une détresse existentielle qui la rongeait depuis longtemps.

« J’ai l’impression que depuis au moins 10 ans, je suis tout le temps en mode survie et portée par cette anxiété, raconte-t-elle. Mon système a épuisé ses ressources et c’est là que j’ai fait un burnout. Oui, c’est lié à cette écoanxiété accumulée depuis des années. »

Portrait d'Isabelle Béliveau devant un jardin.
Isabelle Béliveau est la fondatrice d'Éco-motion, un organisme à but non lucratif.Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Isabelle Béliveau fait partie d’un groupe grandissant de jeunes adultes qui vivent de l’écoanxiété au quotidien. À l’automne 2021, une étude menée par l’Université de Sherbrooke auprès de 10 000 personnes révélait que 49,7 % des adultes de 18 à 24 ans au Québec disent présenter des symptômes reliés à ce malaise.

Aux États-Unis, l’American Psychiatric Association reconnaît l’écoanxiété comme un problème de société depuis 2017. La communauté scientifique québécoise s’intéresse de plus en plus à la question, mais il n’existe pas de définition médicale précise à cet état d’esprit. Cette écoanxiété est-elle associée à un trouble d’anxiété généralisé, par exemple? 

Oui, certaines formes [d’écoanxiété] peuvent être plus intenses et amener un dysfonctionnement qui peut se rapprocher d’un profil clinique, explique Anne-Sophie Gousse-Lessard, chercheuse en psychologie sociale et environnementale. « Certaines personnes vivent une réelle détresse profonde. Mais il faut le voir sur un continuum, un éventail de vécus reliés à l’écoanxiété. »

Ces vécus sont propres à chaque personne, selon la psychologue Karine St-Jean, spécialisée dans les questions liées à l’écoanxiété. Les symptômes classiques vont du sentiment de peur jusqu’à la rage et la colère, en passant par l’impuissance et le deuil profond. Dans ses formes les plus intenses, elle peut mener à des troubles de panique et d’anxiété généralisée ou encore à des symptômes de dépression.

Mais les spécialistes de la question font une mise en garde : réduire ce phénomène à un diagnostic clinique à éradiquer serait une erreur. Selon Karine St-Jean, l’écoanxiété provient du désir de survie de l’être humain, et cette réaction l’informe de ses valeurs.

À moins que cette anxiété nous paralyse, il est normal et sain de se soucier de l’environnement.

On ne veut surtout pas atténuer cet [aspect de l’écoanxiété], affirme la psychologue. Je vois beaucoup en thérapie cette idée qu’on devrait gérer les idées négatives pour les rendre positives. C’est très culturel. Je pense qu’on doit porter des émotions négatives sans nécessairement les transformer. Être capable de les porter pour pouvoir guider nos actions, c’est très précieux.

Des nuages dessinés sur un ciel écarlate.
Radio-Canada / Designer / Émilie Robert
Photo: Des nuages dessinés sur un ciel écarlate.  Crédit: Radio-Canada / Designer / Émilie Robert

<strong>Sortir de la noirceur</strong>

Depuis ce temps, Isabelle Béliveau a graduellement remonté la pente. C’est en consultant et en affrontant cette anxiété que l’ex-militante est sortie de cette période sombre où elle a notamment souffert d’une mononucléose. Bien qu’elle se sente encore fragile psychologiquement, elle a recentré son approche quant à ces sentiments. Ceux-ci ne l’ont pas quittée puisque la question climatique demeure entière, mais cette anxiété ne représente plus le même fardeau depuis qu’elle a nommé la chose.

Si tu essayes de faire tous les gestes écologiques possibles et imaginables, ça peut engendrer plus d’écoanxiété parce que tu essayes d’être parfait, illustre-t-elle. J’essaye de m’éloigner de cela et de voir ce que je peux faire au niveau local pour améliorer les choses ensemble : dans notre quartier, notre communauté, notre milieu de travail, notre famille. Mon implication est plus durable en ce sens. Je fais moins de choses, mais je les fais mieux.

Il faut prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin de la planète, selon la psychologue Karine St-Jean. Pour ce faire, cultiver sa connexion existante à la nature est l’un des plus importants antidotes à l’écoanxiété. Sortir en nature, trouver des communautés avec des valeurs axées sur l’environnement ou s’occuper d’un jardin sont tout autant de moyens d’apaiser cette détresse.

En cette ère d’information en continu et de surabondance numérique, prendre un pas de recul est également salutaire. Karine St-Jean souligne qu’il faut reconnaître les moments où la vague de l’anxiété est sur le point de nous submerger.

C’est la recommandation que je donne le plus : une fois de temps en temps, ça fait du bien de ne pas allumer la télé ou la radio pendant un week-end, dit la psychologue à propos de ses consultations. Il faut aussi parfois aller chercher des sources qui nous donnent accès à des informations plus positives, comme des sites qui parlent des mouvements ou des actions qui ont eu des impacts positifs.

Portrait de la chercheuse Anne-Sophie Gousse-Lessard
Anne-Sophie Gousse-Lessard est chercheuse en psychologie sociale et environnementale.Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Professeure associée à l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Anne-Sophie Gousse-Lessard étudie l’impact psychologique de la crise climatique sur les jeunes adultes de 18 à 35 ans. Celle qui codirige aussi le Groupe interdisciplinaire de recherche sur l’écoanxiété et l’engagement citoyen (GIREEC) s’intéresse notamment aux processus qui motivent une personne à adapter son comportement à l’égard de la crise climatique.

On peut mettre en place différentes stratégies pour diminuer les émotions jugées négatives et ensuite trouver des solutions, dit-elle. Dans le cas de l’écoanxiété, il y a des stratégies qui sont moins adaptatives : on peut entrer dans la banalisation, le déni, l’étourdissement où on regarde Netflix en boucle sans trop y penser.

Les stratégies les plus efficaces permettent de canaliser ces émotions. Dans le travail de recherche de la spécialiste, les personnes interviewées disent trouver des communautés où exprimer leurs angoisses sans jugement, participer à des actions collectives positives, ou se mobiliser dans les milieux communautaire ou politique. La nuance étant que chaque personne est différente et possède sa propre énergie à déployer. 

Les comportements individuels peuvent aider parce que vivre en cohérence avec nos propres valeurs et notre identité, ça fait du bien à la santé mentale, souligne la chercheuse. C’est clair et c’est documenté.

Photo: Des nuages dessinés sur un ciel écarlate.  Crédit: Radio-Canada / Designer / Émilie Robert

<strong>Le lourd fardeau de la responsabilité individuelle</strong>

Pendant la conférence d’Isabelle Béliveau organisée par l’Institut du Nouveau Monde, un autre sujet est sur toutes les lèvres : celui du poids de la responsabilité individuelle quant aux changements climatiques. Les participants et participantes sont sans équivoque et considèrent que le fardeau qui repose sur leurs épaules est disproportionné.

On fait ce qu’on peut individuellement. Mais mon voyage en avion tous les trois ans pour aller voir ma famille en France, ce n’est pas vrai que c’est ce qui cause tout, commente une première personne.

On n’est déjà pas beaucoup à faire des efforts, se désole un autre participant. Mais on sait que ce sont les grandes entreprises et les systèmes qui polluent. On ne fait pas porter la responsabilité aux bonnes personnes. On nous culpabilise beaucoup en tant qu’individu.

Vivre avec l’écoanxiété, c’est aussi remettre en question chacun de ses gestes : acheter un produit suremballé à l’épicerie, mettre de l’essence sur la route des vacances, se procurer un vêtement fabriqué à l’étranger... À ce titre, le discours individualisant qui prévaut dans notre société ajoute une pression considérable sur les épaules des citoyens et citoyennes, aux dires d’Isabelle Béliveau.

Je suis la première à penser qu’on responsabilise trop l’individu, admet-elle. Si tu ressens de l’écoanxiété, c’est que tu es sensible à ce qui se passe et tu cherches donc des moyens de t’adapter. Il faut le reconnaître sur une base individuelle. Mais il faut toujours garder la vision collective et systémique de la chose.

Bien sûr, il faut tout mettre en œuvre à petite échelle afin de réduire l’impact climatique de l’être humain. Par exemple, plus de 43 % des gaz à effet de serre (GES) du Québec proviennent des transports, et les façons de se déplacer relèvent de choix éminemment individuels. Mais les choix politiques de nos gouvernements ou les actions des grandes entreprises sont aussi des facteurs déterminants dans la réduction de cette source de GES. 

Anne-Sophie Gousse-Lessard croit qu’il existe dans le discours ambiant un fossé entre la responsabilité individuelle et les structures systémiques. La chercheuse en psychologie sociale souligne d’ailleurs qu’un déclencheur important de l’écoanxiété provient de la perception d’immobilisme des gouvernements sur la question du défi climatique. Les données disponibles démontrent que le segment des 16 à 25 ans se sent trahi et abandonné par la classe politique.

Au-delà des impacts des changements climatiques, comme les feux de forêt ou les inondations, le fait que les dirigeants n’agissent pas à la hauteur de l’urgence [de la situation] crée beaucoup de détresse, indique la professeure associée à l’UQAM.

« Ce que je critique, ce ne sont pas les gestes individuels, parce que c’est une façon d’être cohérent avec nos valeurs. Je critique davantage le discours global qu’on porte sur les actions individuelles. Ça fait des décennies qu’on dit aux individus que chaque petit geste compte. C’est comme le mythe du colibri, qui, devant un feu de forêt, va essayer de l’éteindre goutte par goutte. »

— Une citation de  Anne-Sophie Gousse-Lessard, chercheuse en psychologie sociale et environnementale

Aux yeux de plusieurs personnes, cette responsabilité individuelle détourne les projecteurs des plus grands pollueurs de la planète. Parmi ces gens, il y a le climatologue américain Michael E. Mann, l’un des scientifiques les plus influents au sud de la frontière. Selon lui, toute solution à la crise climatique implique des actions individuelles ET des changements systémiques.

Dans The New Climate War, son plus récent livre paru en 2021, le professeur émérite à l’Université de la Pennsylvanie s’attarde à la campagne de distraction menée par les plus grands pollueurs de la planète. Il estime que les actions individuelles sont de plus en plus présentées comme la solution à la crise climatique et que cette situation profite aux entreprises. Celles-ci alimentent d’ailleurs cette conception avec des campagnes de communication bien ficelées.

En entrevue à Radio-Canada, Michael E. Mann donne notamment l’exemple du concept de la calculatrice d’empreinte carbone personnelle. Plusieurs d’entre nous ont en effet mesuré sur Internet leur quantité annuelle d’émissions de gaz à effet de serre, pour ensuite s’en sentir coupables. Peu de gens savent que l’une de ces toutes premières calculatrices provient d’une stratégie marketing établie en 2004 par British Petroleum, l’une des plus grandes pétrolières de la planète. 

Karine St-Jean est également d’avis que cette dynamique allège le poids porté par les multinationales et les gouvernements, qui deviennent moins redevables aux yeux de la population. Par conséquent, elle contribue aussi au sentiment de désespoir des personnes qui s’inquiètent du sort de la planète.

Une dissonance cognitive s’installe lorsqu’on multiplie les petits gestes au quotidien, mais que les ouragans, les inondations ou les feux de forêt gagnent malgré tout en intensité et en pouvoir destructeur.

Oui, dans un monde idéal, tout le monde recycle et consomme beaucoup moins, mais cette dynamique fait que l’individu porte une très grande responsabilité en sachant que ça va prendre un mouvement majeur pour renverser la tendance, juge la psychologue. Alors c’est évident que l’anxiété va augmenter, de même que la colère, l’impuissance et la frustration.

Photo: Des nuages dessinés sur un ciel écarlate.  Crédit: Radio-Canada / Designer / Émilie Robert

<strong>Quel est le rôle de la santé publique?</strong>

Si la tendance se maintient, les scientifiques s’attendent à ce que le nombre d’événements climatiques extrêmes continue d’augmenter et qu’ils deviennent de plus en plus menaçants. En parallèle, ceux et celles qui éprouvent le plus de détresse à propos de l’environnement ont encore une vie entière à mener. Ces deux constats inquiètent Isabelle Béliveau.

La lutte aux changements climatiques est une bataille de longue haleine, alors on ne peut pas perdre des gens qui se brûlent, soutient-elle. Tous les militants qui étaient avec moi, on les a perdus et on ne sait plus ce qu’ils font aujourd’hui. Ça existe et ce n’est pas isolé. Pour moi, la crise écologique est liée à la crise de santé mentale. On ne peut pas travailler sur l’une sans travailler sur l’autre.

Portrait de la psychologue Karine St-Jean dans un parc de Montréal
La psychologue Karine St-Jean est spécialisée dans les questions liées à l’écoanxiété.Photo : Radio-Canada / Denis Wong

S’il est rare qu’une personne consulte exclusivement pour un trouble écoanxieux, la psychologue Karine St-Jean note pour sa part que le sujet est de plus en plus évoqué pendant ses consultations. 

Comme il ne faut pas nécessairement guérir de cette anxiété, son accompagnement réside dans l’exploration de l’identité environnementale de la personne qui consulte : valeurs, connexion à plus grand que soi, vie, mort, justice sociale. L’objectif est de trouver un équilibre qui pourra l’apaiser sans qu’elle doive pour autant renier ses sentiments.

« Ça fait tellement du bien d’entendre et de mettre des mots sur ce qu’on vit. On constate qu’on n’est pas tout seul avec toute cette colère avec laquelle on ne sait pas quoi faire. C’est l’un des bénéfices de toutes ces conversations sur l’écoanxiété. Au-delà des chiffres, à quoi ressemble cette peur au ventre? »

— Une citation de  Karine St-Jean, psychologue

Comme psychologue, ce n’est jamais notre rôle de dire aux autres quoi penser ni d’influencer les points de vue sociopolitiques des gens, ajoute-t-elle. Mais on se retrouve à devoir en discuter et à explorer les impacts de ces croyances et de ces allégeances [sur le plan climatique].

La santé publique et les gouvernements ont-ils un rôle à jouer dans cette perspective? Anne-Sophie Gousse-Lessard en est persuadée et estime que les institutions doivent prendre ce phénomène au sérieux et éviter de le banaliser. Elle déplore le manque de formation spécifique et structurante en psychologie environnementale dans les universités du Québec.

Malheureusement, le bien-être psychologique collectif est souvent évacué des débats sur l’environnement, selon la professeure associée à l’UQAM. Elle espère que cette question sera considérée au même titre que le sont l’aménagement urbain, la mobilité ou la biodiversité, lorsqu’on réfléchit aux changements climatiques. 

Le bien-être psychologique ou psychosocial, ce n’est pas juste l’absence de maladie ou de trouble, dit Anne-Sophie Gousse-Lessard. C’est aussi à quel point on fonctionne de manière optimale dans la société, à quel point on trouve un sens à notre vie, on s’épanouit ou on a des relations positives. À quel point on croit en l’avenir. Ce sont tous des indicateurs de bien-être psychologique.

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