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Un groupe d'épaulards dont la tête de deux d'entre eux sort de l'eau, en Colombie-Britannique.
La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Symboles de l’océan Pacifique, emblèmes de nombreuses communautés autochtones, les épaulards résidents du Sud sont en péril, mis à mal par les activités humaines et menacés par les changements climatiques. Sur la côte ouest, en Colombie-Britannique, scientifiques et Premières Nations se mobilisent, alors que l'espèce joue sa survie.

Au large de l’île de Vancouver, les épaulards résidents du Sud, en voie de disparition, ne se comptent plus que par dizaines. Si de son côté, la population d’épaulards résidents du Nord semble, avec 322 individus, mieux résister aux menaces qui pèsent sur elle, le portrait n’en demeure pas moins alarmant.

D’une espèce à l’autre, comment expliquer cette différence? D’un habitat à l’autre, quelle est la nature de ces périls?

Thomas Doniol-Valcroze de dos, en train de regarder avec des jumelles le récif par le hublot d'un bateau, à Nanaimo, en Colombie-Britannique, en octobre 2022.
Thomas Doniol-Valcroze de dos, en train de regarder avec des jumelles le récif par le hublot d'un bateau, à Nanaimo, en Colombie-Britannique, en octobre 2022.
Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier
Photo: Pêches et Océans Canada mène régulièrement des activités d’observation de la faune marine, au large de sa Station biologique du Pacifique.   Crédit: Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

À Nanaimo, un bateau de Pêches et Océans Canada nous attend. Va-t-on apercevoir une population d’épaulards résidents du Sud? L’excitation est au rendez-vous, tant cet animal fascine.

La mer est très calme, mais la visibilité est réduite par un nuage de fumée formé par les feux de forêt qui, en cette saison automnale, continuent de faire rage.

Rapidement, nous comprenons que nos chances sont minces. Il est peu probable que les épaulards résidents du Sud soient dans les parages à cette période de l’année, nous avertit Thomas Doniol-Valcroze, directeur du programme sur les cétacés à Pêches et Océans Canada.

Les chances deviennent quasi nulles, car avec seulement 73 individus, ils sont plus durs à trouver, ajoute-t-il.

Carte mettant en avant la population d'épaulards résidents du Nord et du Sud le long de la côte en Colombie-Britannique en novembre 2022. Les épaulards résidents du Nord sont plus nombreux.
Aire de répartition générale des épaulards résidents du Nord et du Sud.Photo : Radio-Canada

Déclin du saumon et pollution marine

Tout a commencé avec la capture des épaulards dans les années 1960-1970, mis en captivité dans des aquariums, explique Thomas Doniol-Valcroze, de Pêches et Océans Canada.

«  La population [d’épaulards] du Sud a sûrement été beaucoup plus traumatisée par le fait que de nombreux individus de cette structure sociale, qui est pourtant si importante, ont été capturés. »

— Une citation de  Thomas Doniol-Valcroze, directeur du programme sur les cétacés à Pêches et Océans Canada
Portrait de Thomas Doniol-Valcroze, une casquette et des lunettes sur la tête, à Nanaimo, en Colombie-Britannique, en octobre 2022.
Le travail de Thomas Doniol-Valcroze consiste à documenter et analyser les comportements des mammifères marins pour fournir des avis scientifiques, notamment aux autorités. Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Des populations décimées, traumatisées qui, aujourd’hui, font face à de nouveaux défis.

Le premier est la moindre disponibilité de leur nourriture, les saumons.

Réchauffement climatique, surpêche, pression sur leur habitat, fermes d’élevage : les saumons du Pacifique sont en déclin depuis le début des années 1990.

En Colombie-Britannique, selon le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, 39 populations de saumons quinnats, cohos et rouges sont actuellement en péril, désignées comme préoccupantes, menacées ou en voie de disparition.

Dessin traditionnel autochtone représentant un épaulard sur la vitre d'un bâtiment à Alert Bay, en Colombie-Britannique, en octobre 2022.
Sur la côte ouest, les représentations d’épaulards sont présentes dans plusieurs lieux publics et bâtiments, comme ici, à Alert Bay. Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

À cette pénurie de nourriture pour les épaulards s’ajoute un environnement sonore bruyant et perturbé.

Si, pendant notre sortie en mer, les épaulards sont absents, les bateaux, eux, sont en abondance. Dans une valse bien orchestrée, des traversiers, des cargos et des bateaux de plaisance font des va-et-vient constants.

«  Les épaulards résidents du Sud vivent dans une zone plus urbaine, entre Vancouver, Victoria et Seattle, avec beaucoup plus de trafic maritime et de pollution. »

— Une citation de  Thomas Doniol-Valcroze, directeur du programme sur les cétacés à Pêches et Océans Canada

À la surface, le bruit n’est pour nous qu’une nuisance, mais, sous l’eau, il représente une menace extrême pour les épaulards.

Les épaulards se servent énormément du son pour communiquer et maintenir leur cohésion sociale, mais aussi pour trouver et capturer des saumons, affirme Thomas Doniol-Valcroze.

Avec ces deux menaces simultanées, l’épaulard est pris au piège dans un cercle vicieux, aux effets cumulatifs, selon Pêches et Océans Canada. Plus la nourriture se fait rare, plus l'espèce devra se servir de son environnement sonore pour repérer ses proies. Une tâche rendue difficile dans un océan de plus en plus bruyant.

Enrayer le déclin

Signe de cette crise, et comme thermomètre de leur santé, chaque grossesse et chaque naissance dans ces populations sont suivies avec beaucoup d’attention. À l’inverse, chaque mort fait l’effet d’une douche froide.

En 2018, l’image d’une mère épaulard transportant son bébé mort pendant 17 jours a fait le tour du monde et mis en lumière la détresse d’une espèce en voie de disparition.

Une orque qui transporte la carcasse de son petit sur son nez
La mère épaulard connue sous l'appellation J-35 aurait transporté son bébé mort sur plus de 1500 kilomètres, lors de cette « tournée de deuil ».Photo : Ken Balcomb/Centre for Whale Research

Conscient de cette menace qui pèse sur les épaulards résidents du Sud, Pêches et Océans Canada a mis en place au cours des dernières années une série de mesures pour protéger l'espèce.

Parmi elles figurent l’interdiction de pêcher le saumon dans certains secteurs, l’interdiction de s'approcher des épaulards à moins de 400 mètres, ou encore, l’obligation pour certains navires de ralentir leur vitesse de croisière.

Toute la zone autour de nous est considérée comme un habitat critique défini par la Loi sur les espèces en péril, explique le directeur du programme sur les cétacés à Pêches et Océans Canada.

Il reconnaît toutefois qu’il est difficile d’évaluer l’efficacité de ces mesures à court terme.

Ce sont des animaux qui vivent à peu près sur le même rythme que nous. Ils sont adultes à 15 ou 20 ans, vivent jusqu’à 70 ans ou plus, et se reproduisent lentement. Pour voir une population augmenter, il faudra une génération.

Un ancien bâtiment en bois construit sur pilotis qui s'avance sur l'océan avec la côte en face, à Alert Bay, en Colombie-Britannique, en octobre 2022.
Photo: Alert Bay, au nord de l’île de Vancouver, est connue pour être un habitat des épaulards résidents du nord.   Crédit: Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

S’inspirer des résidents du Nord?

Avec quatre fois plus d'individus, et une population qui augmente en moyenne de 2 % par an, les épaulards résidents du Nord peuvent aussi servir d’inspiration pour sauver leurs voisins résidents du Sud.

Notre quête nous amène donc à aller voir de plus près leur habitat.

Direction Alert Bay, dans le nord de l'île de Vancouver. Une pancarte nous accueille : La maison des épaulards. À juste titre, puisqu’il est partout : peint sur des murs, représenté dans des œuvres d’art et des totems, mentionné par des restaurants ou des cafés.

Joyau de la nature, berceau de la biodiversité, cette communauté d’environ 700 habitants est le siège de plusieurs groupes et organismes mobilisés pour sauver l'espèce.

C’est le cas de Bay Cetology, qui observe, documente et étudie les populations d’épaulards résidents du Nord.

Dans son bureau, qui fait face à l’océan, le directeur de l’organisme, Jared Towers, nous montre une application mobile, conçue par son organisme, qui répertorie, photos à l’appui, les 322 épaulards résidents du Nord.

On peut être optimiste, la population n’a jamais été aussi importante. Elle vit dans une nature plus sauvage, plus intacte, plus calme avec moins d’activités humaines, explique le directeur de Bay Cetology.

« Les épaulards résidents du Nord nous montrent que, avec un océan plus calme, les résidents du Sud pourraient mieux se reproduire et se nourrir. »

— Une citation de  Jared Towers, directeur de Bay Cetology
Jared Tower tient des jumelles sur stick dans la main, derrière un bâtiment et l'océan, à Alert Bay, en Colombie-Britannique, en octobre 2022.
Jared Towers passe plus de 100 jours par an en mer pour mener des recherches sur les épaulards dans plusieurs régions du monde.Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Malgré ce vent d’optimisme, l’épaulard résident du Nord est également considéré comme une espèce menacée.

Sur les 322 individus, il faut se demander combien d’entre eux peuvent ou sont en âge de se reproduire, et là, le nombre est faible. De plus, le saumon est en déclin, et la taille de ces poissons baisse également. C'est préoccupant, précise Jared Towers. 

Une espèce sacrée à protéger

La lutte pour la survie de l’épaulard est capitale pour cette région et pour la Première Nation 'Namgis.

Mon nom autochtone signifie "chef des épaulards". Ma grand-mère m’a raconté que tous les membres de sa communauté avaient un nom d'épaulard, dit Wayne Alfred, artiste et membre de cette Première Nation.

« Les épaulards sont une partie de nous, une part de ce que nous sommes, et une part de notre culture. »

— Une citation de  Wayne Alfred, artiste et membre de la Première Nation 'Namgis.
Le bébé épaulard L-125 sort sa tête de l'eau.
Chaque naissance de bébé épaulard est perçue comme un espoir pour le renouvellement des populations, comme ici en février 2021, avec le nouveau-né L-125. Photo : Offerte par Dave Ellifrit/Center for Whale Research

L’épaulard est pour Wayne Alfred bien plus qu’un mammifère marin. Il se souvient du premier qu’il a vu, enfant. Il s'inquiète de l’impact des activités humaines et du réchauffement climatique sur l'espèce. Il dit qu’il souffre quand il imagine ceux qui sont en captivité.

Les épaulards ne sont pas faits pour être enfermés. De la même manière que nous, peuples autochtones, l’avons été, explique-t-il.

Dans un moment d’intimité et de partage, Wayne Alfred nous plonge dans les récits et les légendes de sa communauté, où l’épaulard est roi.

On dit que les anciens chefs deviennent des épaulards, raconte-t-il.

Que ce soit dans une tache de naissance ou un signe distinctif, les membres de sa Première Nation aiment reconnaître chez un épaulard une trace d’un ancêtre, en espérant que l'espèce, elle aussi, restera pour l’éternité.

Sculpture traditionnelle autochtone, représentant un totem allongé avec uyn aileron d'épaulard au milieu au bord de l'eau à Alert Bay, en Colombie-Britannique, en octobre 2022.
À l’entrée du centre culturel U'mista, à Alert Bay, cette sculpture autochtone met en valeur une nageoire dorsale d’épaulard. Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

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