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Image : Une vue de Gatineau et d'Ottawa.

Positionnée sur une véritable ligne de fracture, la région de la capitale nationale a été le théâtre d'importantes mobilisations, d'efforts et de déchirements lors du référendum de 1995. Retour sur une année politique marquante pour l'Outaouais, pour ses élus et pour ses habitants.

Un texte de Dominique Degré

Comme des millions de Québécois et de Canadiens, Yves Ducharme a les deux yeux rivés sur l’écran de son téléviseur le soir du 30 octobre 1995. Il retient son souffle alors que les résultats du référendum sur la souveraineté du Québec arrivent au compte-gouttes.

J’avais la chienne. J’ai eu peur qu’on le perde!

Yves Ducharme, ancien maire de Hull

Ça ne parlait pas fort, se souvient le maire de l’ancienne Ville de Hull, qui a milité ardemment en Outaouais contre le projet de séparation du Québec tout au long de la campagne référendaire de 1995. Il n’y avait pas de party dans les maisons des fédéralistes.

Peu après 22 h, le stress accumulé depuis un an tombe : le « non » l’emporte de justesse, au grand soulagement d’Yves Ducharme qui craignait les contrecoups d’une victoire du « oui » sur la région de l’Outaouais.

Le maire savoure la victoire sans complaisance. Il a été tellement serré, ce résultat-là, reconnaît-il, qu’il s’en est fallu de peu pour que la rivière des Outaouais devienne la frontière entre deux nouveaux pays.

Bill Clinton est debout devant l'ensemble des élus de la Chambre des communes. Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, la première dame des États-Unis, Hillary Clinton et la femme du premier ministre canadien, Aline Chrétien l'écoutent attentivement.
Image : Bill Clinton est debout devant l'ensemble des élus de la Chambre des communes. Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, la première dame des États-Unis, Hillary Clinton et la femme du premier ministre canadien, Aline Chrétien l'écoutent attentivement.
Photo: Le 42e président des États-Unis, Bill Clinton, se prononce en faveur d'un Canada « fort et uni » dans un discours prononcé à la Chambre des communes, le 23 février 1995.  Crédit: afp via getty images / PAUL J. RICHARDS

Le grain de sel de Bill Clinton

L’un des principaux acteurs qui donneront le ton à l’année référendaire n’est ni un fédéraliste ni un souverainiste. En fait, il n’est même pas Canadien : il s’agit de Bill Clinton.

Le 23 février 1995, le 42e président des États-Unis s’adresse aux députés de la Chambre des communes. Dans son discours, il glisse une allusion à propos du référendum en vantant un « Canada fort et uni ».

Sa déclaration est saluée par un tonnerre d’applaudissements des élus, excepté ceux du Bloc québécois, qui voient dans cette remarque une ingérence indue du commandant en chef américain.

Votre avenir politique vous appartient, bien entendu. C’est le fondement même de la démocratie, s’empresse-t-il toutefois d’ajouter, ce qui lui vaut cette fois une ovation généralisée.

Cette intervention maladroite du président venait de lever le voile sur le climat de tension qui régnait à Ottawa à quelques mois d’un référendum sur la souveraineté du Québec… un état de nervosité surtout ressenti à un jet de pierre du parlement, en Outaouais.

Un rassemblement en pleine campagne référendaire
Image : Un rassemblement en pleine campagne référendaire
Photo: En milieu de campagne référendaire, l'Outaouais n'était pas insensible aux arguments du camp du « oui », même si elle est réputée une région fédéraliste.  Crédit: Radio-Canada

L’Outaouais, terrain fédéraliste conquis?

Pour que les Québécois se rendent aux urnes le 30 octobre 1995, il aura fallu un alignement des astres politiques, et plus particulièrement des forces souverainistes. L’Outaouais, pourtant largement fédéraliste, n’a pas échappé à l’influence qu’ont eue les partis indépendantistes à Ottawa et à Québec.

Presque deux ans jour pour jour avant le référendum, soit le 25 octobre  1993, le Bloc québécois — qui en est à ses premières élections générales — parvient à faire élire 54 députés, dont un dans Argenteuil–Papineau. Cette percée en Outaouais ne passe pas inaperçue.

L'Outaouais québécois et l'est ontarien ont voté “du bon bord” lundi, élisant des députés libéraux dans toutes les circonscriptions sauf une, Argenteuil–Papineau demeurant l'exception qui confirme la règle.

Murray Maltais, éditorialiste, Le Droit, 28 octobre 1993

Dans toute l’histoire de la région, jusqu’à ce moment, seuls deux candidats souverainistes provinciaux ont pu remporter des circonscriptions en Outaouais, soit en 1976.

Lucien Bouchard donne la main à une dame lors d'un rassemblement tenu à Alma.
Le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, salue des partisans lors d'un rassemblement tenu en l'honneur de sa victoire électorale du 25 octobre 1993. Le Bloc québécois devient officiellement l'Opposition officielle à Ottawa.Photo : La Presse canadienne / JAQUES BOISSINOT

La jeune formation politique dirigée par Lucien Bouchard devient ainsi l’opposition officielle à la Chambre des communes, conséquence de la frustration de l’électorat québécois à la suite de tentatives et de promesses infructueuses de réformer le fédéralisme canadien dans les années précédentes.

S’il y avait quelque chose pour illustrer le caractère pour le moins particulier, voire dysfonctionnel, du Canada, c’était de voir tout à coup l’opposition officielle être composée d’un parti indépendantiste à la Chambre des communes.

Stéphane Bergeron, député du Bloc québécois de Verchères, 1993-2005

Le Parti québécois (PQ) de Jacques Parizeau raflera quant à lui 77 circonscriptions — soit près des deux tiers des sièges à l’Assemblée nationale — presque un an plus tard, le 12 septembre 1994.

L’arrivée au pouvoir du PQ ne manquera pas d’envoyer une onde de choc partout dans la province, y compris en Outaouais, pourtant entièrement détenu par le Parti libéral du Québec.

Il y a une base militante du PQ [en Outaouais], concède Yves Ducharme, lui-même un fervent fédéraliste. Il y a un groupe quand même qui était assez militant qui faisait part de ses positions assez ouvertement.

Jacques Parizeau s'adresse à ses partisans après son élection en 1994.
Jacques Parizeau s'adresse à ses partisans après son élection en 1994 (archives).Photo : Reuters / Andy Clark

Parmi ce groupe décrit par M. Ducharme, on compte Emmanuel Marcotte, un important militant indépendantiste en Outaouais et porte-parole du PQ dans la région.

On voyait que c'était le début de la grande marche vers la souveraineté, se souvient M. Marcotte. Les barrières étaient ouvertes, puis on fonçait. C'était vraiment, vraiment motivant.

Les membres de la Commission de l'Outaouais sur l'avenir du Québec écoutent attentivement les propos d'un intervenant.
Image : Les membres de la Commission de l'Outaouais sur l'avenir du Québec écoutent attentivement les propos d'un intervenant.
Photo: La Commission de l'Outaouais sur l'avenir du Québec avait le mandat d'écouter les positions et les questions des citoyens sur la souveraineté du Québec.  Crédit: Radio-Canada

Questions et commission

Trois mois après son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Jacques Parizeau dépose l’avant-projet de loi sur l’avenir du Québec, concrétisant ainsi son intention de tenir un référendum dès l’année suivante.

Il crée également des commissions consultatives composées de commissaires de divers milieux et d’allégeances politiques variées. Leur mandat : sillonner les régions du Québec pour écouter les positions et les questions des citoyens par rapport à une éventuelle souveraineté.

Les membres de la Commission de l'Outaouais sur l'avenir du Québec écoutent attentivement les propos d'un intervenant.
La Commission de l'Outaouais sur l'avenir du Québec avait le mandat d'écouter les positions et les questions des citoyens sur la souveraineté du Québec.Photo : Radio-Canada

Ce sont les enjeux économiques et de libre circulation de la main-d’œuvre qui prennent rapidement l’avant-scène lors des audiences de la Commission de l’Outaouais sur l’avenir du Québec.

L’avenir des 26 000 fonctionnaires fédéraux et des 15 000 travailleurs d’autres secteurs — soit près de 40 % des travailleurs demeurant à Gatineau, Hull et Aylmer — qui se rendent quotidiennement à Ottawa est en tête de liste.

C’était la région où les peurs étaient les plus développées.

Emmanuel Marcotte, militant péquiste

L’éventualité d’un Québec souverain est un enjeu préoccupant autant pour les fédéralistes que pour les souverainistes. Bon nombre s’inquiètent pour la sécurité d’emploi.

L'enjeu est de taille pour les Hullois et les Hulloises, et nous serons la ville au Québec qui sera le plus affectée sur le plan économique, avait alors averti Yves Ducharme. Qu'adviendra-t-il des fonctionnaires fédéraux qui résident à Hull? Seront-ils intégrés à la fonction publique québécoise?

Nous demandons au gouvernement du Québec, [...] garantissez à ces gens-là un emploi en Outaouais, de renchérir Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français à l’époque.

D’autres voulaient faire entendre que si le Québec disait oui à la souveraineté, c'était l’Outaouais qui en souffrirait le plus sur le plan économique.

Marc Croteau est assis devant les membres de la Commission de l'Outaouais sur l'avenir du Québec.
Marc Croteau, alors président de la Communauté urbaine de l'Outaouais, a plaidé en faveur du maintien du Québec au sein du Canada. Photo : Radio-Canada

La souveraineté du Québec créera certainement des barrières importantes pour la zone frontalière qu'est l'Outaouais québécois, dénonçait Marc Croteau, alors président de la Communauté urbaine de l’Outaouais. Les effets de celle-ci ne pouvant être que désastreux.

Le projet de loi tel que rédigé — regardez bien bien, c’est bien marqué — ne garantit rien pour la région frontalière, insistait-il.

Dans un Québec souverain, l’Outaouais a tout à gagner. Mais aussi tout à perdre.

Roch Martel, ancien maire de Papineauville

Les membres de la commission sentent qu’en Outaouais le projet souverainiste n’a pas encore gagné la confiance des électeurs.

Ce qui ressortait du lot, c’était toujours ça : quelles sont les garanties? se remémore Françoise Boivin, alors vice-présidente de la Commission de l’Outaouais sur l’avenir du Québec. On ne sentait pas qu'il y avait une garantie, puis ça inquiétait les gens.

Les résidents de l'Outaouais ont participé en grand nombre aux audiences tenues par la Commission sur l'avenir du Québec.
Les audiences de la Commission de l'Outaouais sur l'avenir du Québec organisées dans les mois qui précèdent le référendum de 1995 sont très populaires. Les résidents sont nombreux à partager leurs opinions.Photo : Radio-Canada

Un autre constat s’imposait au fur et à mesure que la Commission poursuivait ses audiences en Outaouais : beaucoup de ceux qui s’étaient manifestés ne rejetaient pas complètement la souveraineté même si, historiquement, la région a presque toujours porté au pouvoir des députés fédéralistes.

Il n'y avait pas beaucoup de mémoires qui allaient uniquement dans le sens : “On n’en veut pas, on ne veut rien savoir, that's it, se rappelle Stéphane Bergeron, qui était également commissaire à cette période.

Peu d’intervenants ont affirmé leur adhésion ou non au projet de souveraineté […] Leurs interventions se situaient plutôt dans un contexte de participation à une réflexion collective.

Extrait du rapport de la Commission de l’Outaouais sur l’avenir du Québec

La participation est également marquée dans les secteurs ruraux de l’Outaouais, où d’autres préoccupations sont soulevées. C’est le cas dans la MRC de Pontiac, un secteur avec une forte proportion d’anglophones.

Lors des audiences de Campbell’s Bay, bon nombre de participants ont affiché leur patriotisme et ont accueilli les commissaires en entamant haut et fort l’Ô Canada en anglais.

L’idée de la séparation du Québec terrifiait la population anglophone du Pontiac, relate Emmanuel Marcotte.

Ce que je me souviens, surtout, c’est que, moi, je passais souvent par le Pontiac pour aller à mon Témiscamingue natal. Et à partir d’Aylmer, chaque poteau de téléphone et d’électricité avait un drapeau canadien, raconte-t-il.

Peu importe les allégeances politiques des personnes qui sont passées devant les commissaires, l’exercice n’a pas manqué de faire courir les foules, tant et si bien que l’on a décidé d’ajouter une semaine complète d’audiences. Le nombre de journées où siégeaient les commissaires est donc passé de 8 à 15.

La Commission s’est rendue à Papineauville, à Aylmer, à Campbell’s Bay, à Hull, à Maniwaki, à Buckingham, à Chelsea et à Gatineau avant de revenir se terminer à Hull au début du mois de mars 1995.

La Commission de l’Outaouais sur l’avenir du Québec, en chiffres

279 intervenants
177 mémoires de personnes ou d'organismes
29 rencontres
120 heures d’audiences publiques
17 recommandations

Des partisans du OUI au référendum agitent des drapeaux lors d'un rassemblement indépendantiste en 1995.
Image : Des partisans du OUI au référendum agitent des drapeaux lors d'un rassemblement indépendantiste en 1995.
Photo: Des partisans du « oui » au référendum de 1995 (archives).  Crédit: La Presse canadienne / Fred Chartrand

Une peur bleue (et blanche)

Malgré la présence désormais marquée de partis souverainistes à Québec et à Ottawa, et en dépit de leurs meilleurs efforts, la campagne du « oui » peine à lever alors que s’approche inexorablement la date fatidique du 30 octobre.

Devant ce constat, les fédéralistes, eux, estiment qu’un scénario s’apparentant à celui de 1980 va se répéter. C’est du moins ce qu’anticipait l’ancien député libéral fédéral de Glengarry–Prescott–Russell, Don Boudria.

Il régnait ici, à Ottawa, une certaine désinvolture. On sentait de la part du gouvernement [de Jean Chrétien] une très grande assurance que jamais les Québécois n’allaient tourner le dos au Canada, que jamais les Québécois n’allaient choisir la voie de l'indépendance, souligne Stéphane Bergeron, alors adversaire politique de Don Boudria.

Certains chiffres de l’époque semblaient aussi prédire une répétition de l’effort référendaire piloté par René Lévesque 15 ans plus tôt. Un sondage CROP–Environics–Radio-Canada paru en février 1995 donnait le « non » vainqueur avec 60 % des intentions de vote.

Les semaines continuaient de s'égrener, mais les souverainistes stagnaient toujours dans les intentions de vote. Le 7 octobre, Jacques Parizeau y est allé d’un geste audacieux dans l’espoir de donner un nouveau souffle à sa campagne : il nomme le chef bloquiste Lucien Bouchard « négociateur en chef des Québécois ».

Le premier ministre du Québec Jacques Parizeau et le chef du Bloc québécois Lucien Bouchard se donnent l'accolade.
Le 7 octobre 1995, le premier ministre du Québec Jacques Parizeau nomme le chef du Bloc québécois Lucien Bouchard « négociateur en chef des Québécois ». Le référendum devait se tenir le 30 octobre 1995.Photo : La Presse canadienne / RYAN REMIORZ

Le moment où c'est arrivé, moi je n’y croyais pas du tout. J'ai dit : “Bien ils ont donné un autre titre à Lucien Bouchard. So what! Ça fait quoi, ça?”, se souvient M. Boudria.

Que va-t-il être capable de faire? Y reste trois semaines [jusqu’au référendum]. C’est comme changer de coach dans les finales de la coupe Stanley.

Don Boudria, député libéral de Glengarry–Prescott–Russell, 1984-2006

Ce que cette nomination fera, c’est de donner un électrochoc à la campagne du « oui » en donnant un rôle de premier plan à Lucien Bouchard, qui jouissait d’une très grande popularité auprès de l’électorat québécois.

C'est un orateur extraordinaire, reconnaît M. Boudria. Ça n’a pas pris de temps, en l'espace de quelques jours, on voyait que tout était en train de changer.

On a eu peur. Il a eu l’effet escompté, observe quant à lui Yves Ducharme. Ça en a surpris plusieurs et après on a vu dans la fougue et la vigueur qu’il a apportées, ç’a fouetté les troupes.

À moins de deux semaines du soir fatidique, tout semble indiquer que le pari de Jacques Parizeau a porté ses fruits : un sondage CROP publié le 18 octobre donne pour la première fois le « oui » gagnant, avec 50,6 % des voies.

L’arrivée en scène de Lucien Bouchard a eu des répercussions même en Outaouais, relate Jules Richer dans un reportage publié dans les pages du quotidien Le Droit le 26 octobre 1995.

De l'aveu même des responsables régionaux, l'inquiétude est presque palpable chez les tenants du non en Outaouais.

Jules Richer, Le Droit, 26 octobre 1995

Depuis dimanche, les gens sont nerveux, écrivait-il, citant l’organisateur et député libéral de Papineau, Norman MacMillan. Ils craignent les conséquences d'un Oui.

Le premier ministre Jean Chrétien s’adresse à un rassemblement fédéraliste dans sa crirconscription de Shawinigan, le 6 octobre 1995. À ses côtés se tiennent le chef du PLQ, Daniel Johnson, et la ministre fédérale Lucienne Robillard.
Le premier ministre Jean Chrétien s’adresse à un rassemblement fédéraliste dans sa crirconscription de Shawinigan, le 6 octobre 1995. À ses côtés se tiennent le chef du PLQ, Daniel Johnson, et la ministre fédérale Lucienne Robillard.Photo : Reuters / Shaun Best

Si les souverainistes intensifient leurs efforts pour surfer sur l’arrivée de M. Bouchard dans la mêlée, les fédéralistes passent en quatrième vitesse pour regagner le terrain perdu. M. Boudria a même fait du porte-à-porte au Québec jusqu’à se rendre malade.

On m'a mis sur des médicaments très très forts. “Vous devez éviter le froid, on est en octobre. Et vous devez surtout vous reposer”. Alors j'ai pris les médicaments et je suis retourné faire du porte-à-porte le lendemain.

Don Boudria, député libéral de Glengarry–Prescott–Russell, 1984-2006

Don Boudria participera également au plus célèbre des efforts fédéralistes, le love-in, en nolisant une cinquantaine d’autobus pour envoyer à Montréal des gens de l’est ontarien.

Les partisans du camp du non prennent part à un rassemblement pour l'unité, à Montréal, le 27 octobre 1995.
Des milliers de partisans du camp du non sont descendus à Montréal, le 27 octobre 1995, afin de prendre part à un rassemblement monstre pour l'unité nationale.Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Une manifestation fédéraliste semblable s’organise aussi sur le pont Alexandra la veille du vote, une initiative d’Yves Ducharme et de son homologue d’Ottawa, Jacquelin Holzman.

On savait que le “oui” sortirait en bloc. Il fallait qu’on mobilise les gens. Il fallait faire sortir le “non”, explique le maire de l’ancienne Ville de Hull.

Il fallait montrer que nos deux communautés étaient tissées serré.

Yves Ducharme, ancien maire de Hull

Des centaines de résidents des deux côtés de la rivière des Outaouais se réunissent, drapeaux canadien et québécois à la main, dans un geste d’unité nationale.

Il y avait une symbolique forte là, admet d’emblée Stéphane Bergeron. De dire qu’on se rejoint au milieu du pont.

Des centaines de partisans de l'unité nationale rassemblés devant le Musée des civilisations de Hull.
Des milliers de partisans de l'unité nationale venus des deux côtés de la rivière des Outaouais se rassemblent au Musée des civilisations à Hull, la veille du référendum.Photo : The Associated Press / Fred Chartrand

Le 30 octobre venu, les deux camps sont aux coude à coude. La vaste majorité des Québécois attendent avec appréhension ou espoir l’issue du vote.

J’avais une bouteille de champagne qui attendait. J'avais peur d’être obligé de la casser, pas de la boire, se remémore Yves Ducharme, qui a retenu son souffle jusqu’à ce que tombent les résultats.

Tout comme la bouteille de champagne de M. Ducharme, les frontières du Canada resteront physiquement intactes à l’issue du dépouillement des voies, mais il s’en est fallu de peu : 50,6 % des Québécois ont voté « non », alors que 49,4 % ont voté « oui ».

Malgré les meilleurs efforts des forces souverainistes en Outaouais, la victoire du camp fédéraliste a été sans équivoque dans les cinq circonscriptions de la région.

J’étais triste, j’étais triste, admet le porte-parole du Parti québécois en Outaouais Emmanuel Marcotte. J’ai trouvé ça difficile.

C’était riche en émotions, se rappelle Don Boudria. Après que ce fut terminé, je suis rentré chez moi et j’ai dormi neuf heures solides.

Le pont Alexandra réunit la rive ontarienne et la rive québécoise, en Outaouais.
Image : Le pont Alexandra réunit la rive ontarienne et la rive québécoise, en Outaouais.
Photo: Après le référendum, les deux camps ont travaillé à rétablir les ponts. Dans la région de l’Outaouais comme ailleurs au Québec, l’exercice référendaire s’est avéré exemplaire.   Crédit: Radio-Canada / Michel Aspirot

Des ponts à rebâtir

 

Si 1995 a soulevé les passions de part et d’autre sur la question de la souveraineté du Québec, l’exercice démocratique s’est avéré exemplaire, reconnaissent certains acteurs des deux camps.

Il y a eu aucune, pas une, manifestation de violence, avant, pendant ou après le référendum, note le bloquiste Stéphane Bergeron, évoquant également le taux de participation global de 93,52 %.

Il n’y a eu aucun mouvement de violence, aucune réaction. Le camp du “oui” a accepté le verdict démocratique même si nous avions le cœur brisé.

Des partisans du camp du oui découragés et en pleurs, le soir du référendum. Pour certains, la défaite a été difficile à accepter.
Des partisans du camp du oui découragés et en pleurs, le soir du référendum. Pour certains, la défaite a été difficile à accepter. Photo : The Canadian Press / PAUL CHIASSON

Il me semble que c'était un débat intéressant et adulte. Les adversaires disaient leurs arguments, souvent on les trouvait ridicules. Nous autres, on donnait nos arguments et probablement qu'on les trouvait ridicules. Mais c'était de bonne guerre, chacun s'exposait, se souvient le militant péquiste Emmanuel Marcotte.

Le peuple québécois était rendu assez mature pour pouvoir discuter sereinement.

Emmanuel Marcotte, ancien porte-parole du Parti québécois en Outaouais

Il y a des frustrations, il y a des gens qui y croient foncièrement. On ne peut pas être contre eux, indique pour sa part Yves Ducharme, ajoutant qu’il a un grand respect pour Emmanuel Marcotte.

Mais là, il fallait rebâtir nos ponts avec eux et faire en sorte de se réhabiliter comme connaissances et d’être capables de pouvoir en rire éventuellement.

Équipe : Dominique Degré, journaliste; Angie Bonenfant, réalisatrice, projets numériques; André Dalencour, réalisateur stratégie numérique; Simon Blais, édimestre-graphiste; Marc Chartrand, graphiste, direction artistique; Cédric Édouard, développeur.

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