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Portrait d'Ivan Doroschuk à Victoria, en Colombie-Britannique.
Radio-Canada / Simon Gohier

Le chanteur du groupe légendaire Men Without Hats est plutôt discret dans la vie de tous les jours. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur ce qui l’anime, 40 ans après la parution de l'album Rhythm of Youth, alors qu'il s’apprête à reprendre la route en tournée.

Par Monique Polloni Texte : Mylène Briand Photographies : Simon Gohier

Mars 2022. Nous marchons le long du Fisherman’s Wharf, à Victoria, lorsqu’un homme au volant de sa camionnette s’arrête et s’adresse à nous. Il s’intéresse surtout à Ivan Doroschuk, faisant preuve d’une certaine familiarité, avant de poursuivre sa route.

Quand nous lui demandons s'il est connu dans le quartier, Ivan Doroschuk nous répond : Non, je suis complètement incognito et c’est pour ça que je suis venu ici. J’ai été interpellé une fois depuis 20 ans, dans la rue. C’était quelqu’un de Montréal!

Le leader de Men Without Hats, l’une des formations canadiennes les plus célèbres des années 80, mène une vie simple et discrète dans l'île de Vancouver. Il a quitté Montréal pour s’installer à Victoria, il y a une vingtaine d’années. Il y vit dans l’anonymat et il en est très heureux. Réservé dans la vie, s’éclatant sur scène, le personnage est énigmatique.

Formé à Montréal en 1977, le groupe Men Without Hats est reconnu comme étant un pionnier de l’électropop et du new wave au Canada. La formation s’est illustrée avec le succès planétaire The Safety Dance en 1982, suivi de l’autre immense succès Pop Goes The World, paru en 1987. Ces deux chansons, intronisées au Temple de la renommée des auteurs-compositeurs canadiens en 2022, ont permis à Ivan Doroschuk d’assumer le rôle de père à la maison pendant une dizaine d’années.

Au moment de notre rencontre, nous sommes à quelques jours du lancement d’un nouvel opus de chansons originales, Again Part 2. Assis dans un café, Ivan Doroschuk est fébrile, mais fier de nous présenter ce premier album complet depuis Love in the Ages of War, paru il y a 10 ans.

    Ivan Doroschuk dans un café à Victoria, en Colombie-Britannique.

    Il y a un 40 ans d’écriture musicale [dans Again Part 2]. Il y a des chansons que j’ai écrites pendant le temps de Safety Dance, qu’on a sorties de la voûte. Il y a des chansons que j’ai écrites dans le fond du tour bus pendant les 10 dernières années de tournée qu’on a parcouru le monde. Puis il y a [des nouvelles chansons] que j’ai écrites en studio pendant que j’étais en train d’enregistrer. J’ai eu un peu d’inspiration!

    Par un savant mélange de technologie numérique et analogique, Men Without Hats continue son voyage dans le monde de la synthpop, avec un son forgé dans son glorieux passé, mais d’une pertinence toujours actuelle.

    Les gens à qui j’ai déjà fait écouter l’album m’ont dit que ça leur faisait penser surtout à Pop Goes the World. Parce que ce sont les mêmes thèmes qui sont abordés : l’écologie, les droits humains, la planète. […] Alors on continue, on persévère!

    Pilier de la formation musicale, le chanteur est aussi l'auteur des textes, mais il peut compter sur son frère, Colin Doroschuk, membre du groupe depuis 1980, pour conserver la signature distinctive de Men Without Hats : rendre des propos sérieux sur des rythmes dansants.

    Je compte beaucoup sur son opinion, sur sa technique aussi. Quand c’est marqué que c’est produit par moi et lui, c’est surtout par lui. […] Le gros de la job, c’est lui qui le fait. Puis, c’est lui qui a refait ma voix complètement. Il m’aide beaucoup dans les paroles, ça a toujours été mon éditeur pour travailler mes textes.

    Plusieurs musiciens ont fait partie de l’aventure au cours des années. En 2016, en amont d’une tournée européenne, le guitariste Sho Murray s’est joint au groupe. Il consolide le trio dans sa forme actuelle. Il y en a eu du monde qui sont passés par le band, mais [avec] lui, je pense qu’on va faire du travail ensemble assez longtemps. C’est un gars super smooth!

    Les trois membres du groupe Men Without Hats se tiennent côte à côte.
    Sho Murray, Ivan Doruschuk et Colin DoruschukPhoto : Men Without Hats

    Pour Again Part 2, ils ont ressorti le synthétiseur Prophet 5 qui avait été utilisé pendant les sessions d’enregistrements de The Safety Dance. C’est des sons qu’on ne retrouve pas maintenant, ces instruments-là sont uniques. Ce sont de vrais oscillateurs. […] Il y a vraiment une différence. On l’entend. Comme les gens entendent la différence entre le vinyle et le cd et le digital.

    Quand nous lui confions qu’une des pièces de l’album, When Does The Love Begin, nous rappelle le succès disco d’André Gagnon, Wow, il s'anime : C’est un beau compliment, c’est un gars que je respecte beaucoup! Il ajoute qu’il aimait aussi le disco dans sa jeunesse : J’étais un des original club kids dans cette période-là. Rentrer au Lime Light à 14 ans! Je m’en rappelle, le premier club où je suis allé, ils jouaient une chanson de Dr. John, Right Place Wrong Time, quand je suis rentré.

    Passer de l’adolescence à l’âge adulte dans les années 70 à Montréal, alors que foisonnent les mouvements musicaux et que les scènes s’ouvrent à de nouveaux sons, est un terreau favorable à l’exploration.

    J’ai été chanceux d’avoir grandi dans cette période-là. J’ai vu Led Zeppelin au Forum, j’ai vu Pink Floyd, j’ai vu tous les gros bands qui constituent la musique populaire aujourd’hui. J’ai vu tout ça à la source.

    Ivan Doroschuk marche dans une rue de Victoria, en Colombie-Britannique.
    Ivan Doroschuk marche dans une rue de Victoria, en Colombie-Britannique.
    Radio-Canada / Simon Gohier
    Photo: Ivan Doroschuk, chanteur du groupe Men Without Hats  Crédit: Radio-Canada / Simon Gohier

    Retour vers le No Future

    Ivan Doroschuk a 20 ans lorsqu’il forme une première mouture de Men Without Hats, qu'il actualise véritablement avec ses frères Stefan et Colin à partir de 1980. Le paysage politique, notamment avec les gouvernements de Margaret Thatcher, au Royaume-Uni, et de Ronald Reagan, aux États-Unis, est un environnement fertile à l'émergence du mouvement punk rock.

    « Quand le punk est arrivé, c’était comme un "breath of fresh air" pour moi. Je me suis rendu compte que je cherchais quelque chose comme ça. C'était vraiment un mouvement artistique total, dans la musique, le linge, la peinture, les vidéos, les nouvelles technologies, tout. »

    — Une citation de  Ivan Doroschuk

    De fait, Men Without Hats a été un porte-flambeau de la contre-culture punk et new wave, un mouvement où on repoussait les normes, tout en créant ses propres modèles, en toute liberté, que ce soit au niveau de la musique, de la mode, de l’art et des tendances.

    C’était le tout. C’était les textes, la musique, le simple fait de faire. Ce qui me touchait beaucoup, dans ce temps-là, c’est l’esprit DIY (Do it yourself) du punk et du new wave. C’était qu’on n’avait pas besoin de l’establishment. On pouvait monter des shows nous-mêmes.

    Alan McCarthy, Ivan Doroschuk, Stefan Doroschuk et Colin Doroschuk du groupe Men Without Hats.
    Allan McCarthy, Ivan Doroschuk, Stefan Doroschuk et Colin Doroschuk du groupe Men Without Hats (Archives du début des années 1980)Photo : La Presse canadienne / The Canadian Press

    Ce saut dans l’univers de la contre-culture des années 80 est facilité par le fait qu’il a grandi dans une famille d’artistes, de musiciens et de danseurs depuis trois générations. J’étais prêt, en tout cas. J’avais les outils. Mes parents m’ont fait prendre des cours de piano toute ma jeunesse, alors j’avais ça. La mère d’Ivan Doroschuk, qui a enseigné le chant classique à l’Université McGill, a d’ailleurs été sa professeure après la création du groupe.

    Le premier album enregistré en studio en 1982, Rhythm of Youth, est un succès. La pièce Safety Dance se taille une place dans des palmarès prestigieux, et le vidéoclip, qui met en scène un Ivan Doroschuk aux allures médiévales dans un village anglais, répand désormais son image à une échelle sans précédent.

    La célébrité était très dure et je disais non à beaucoup de choses qui contribuaient uniquement à rehausser mon statut de célébrité. Au départ, je n'avais pas une bonne réputation avec les médias, car je voulais que les gens focalisent sur la musique. La technologie vidéo a changé ma vie.

    Les plateformes d'écoute en ligne n'existaient pas encore, mais les musiciens devaient composer avec la compétition sous une autre forme.

    Dans ce temps-là, pour moi, être dans un groupe, c’était un peu être dans une équipe de hockey. Il y avait de la compétition. On courait tous après les mêmes 10 places sur le top ten.

    Ivan Doroschuk marche dans une rue de Victoria, en Colombie-Britannique.
    Radio-Canada / Simon Gohier

    « Ç'a toujours été le but, passer un message sérieux sur un beat dansable. Robert Fripp, de King Crimson, disait que la musique, c’était politique, on votait avec nos pieds. C'est un peu ça qu’on faisait dans le temps. »

    — Une citation de  Ivan Doroschuk

    Après avoir pris une pause en 1993, Men Without Hats renaît au début des années 2010 et participe à des tournées de concerts partout dans le monde, en compagnie d’autres groupes cultes des années 80. Ce retour, qui fait plaisir aux fans de la première heure, cultive également une nouvelle génération d’adeptes. Il faut dire que les influences des années 80 sont à la mode.

    Dans le milieu où je tourne, je rencontre beaucoup de mes héros, des gens que j’ai écoutés en grandissant. La première tournée de Men Without Hats, à son retour en scène en 2012, le plaçait en première partie de Human League et des B-52’s, deux groupes qui l’ont beaucoup influencé. C’est deux raisons pour lesquelles je fais ce que je fais en ce moment.

    Maintenant, la compétition n’est plus là. En tournée, je suis avec Flock of Seagulls, B-52’s, tous les bands, et ce n’est pas une compétition, notre chemin est fait, notre travail est fait. Personne ne fait ça pour payer le loyer. Les gens font ça parce qu’ils ont du fun. […] La foule a à peu près 10 ans de moins, c’est un peu le même genre, […] ils ont de l’argent et du temps à dépenser, ils sont là pour s’amuser!

    « La musique était une plateforme politique plus que maintenant. Maintenant, je me vois plus comme "entertainer" que politicien, mais je me voyais plus comme politicien quand j’étais jeune. »

    — Une citation de  Ivan Doroschuk
    Le groupe Men Without Hats sur une scène extérieure, avec le logo du groupe en arrière-plan.
    Men Without Hats en concert au Festival d'été de Québec, en juillet 2017.Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

    Dans ses textes et dans nos échanges, pourtant, sa réflexion est souvent politique, et son regard sur la société actuelle est bien critique. Ivan Doroschuk croit que peu d’artistes des générations à venir pourront faire de la musique et de la scène comme on le faisait dans les années 80.

    Rock’n roll is a dying art. Je suis un des derniers à faire ce que je fais, un dinosaure de ce métier. Parce qu’il n’y a personne […] qui va faire ce qu’on a fait, avec les gros budgets qu’on avait, faire des disques pour des millions de dollars, ça ne se fait plus.

    Selon lui, l’industrie musicale est une chasse gardée où, parmi de nombreux appelés, il y a très peu d’élus. Des fois, je pense, le musicien, c’est un peu le hoarder, celui qui garde toute la musique pour lui, au lieu que tout le monde devrait être en train de faire de la musique. On a un système qui nous fait croire que certaines personnes sont capables de faire certaines choses et d’autres ne le sont pas.

    Pour chaque groupe qui a du succès, il y en a 100 000 qui n’en ont pas, se désole-t-il. Quand je vais sur Internet, je suis comme un crate-digger, je suis historien du rock plutôt que l’écouteur. J'aime faire des connexions entre les groupes et les mouvements. Quand je vois le nombre de groupes qui ont mis leur coeur, leur vie, leur famille, leur argent, puis qui n’ont pas été entendus, qui sont passés complètement inaperçus, je trouve ça triste. Mais avec les arts, c’est ça. J’ai toujours pensé que le meilleur art, on ne l’a pas vu. Personne ne l’a vu. Personne ne l’a entendu.

    Portrait d'Ivan Doroschuk à Victoria, en Colombie-Britannique.
    Ivan Doroschuk : « Je suis un grand fan d’art naïf, de folk art. Je crois que tout le monde a ça en eux. Tout le monde peut faire du folk art. Pour moi, c’est le vrai art. »Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

    Nous, on disait : "There’s no future”, il y a 40 ans, mais, pour eux [les jeunes], c’est vraiment le cas. Les seuls gens qui ont des jobs, c’est [ceux] qui sont en train de créer des robots pour éliminer le reste des jobs.

    Il déplore notamment la rectitude politique, cette arme qui a été lâchée sur le peuple à coups de mots clés. J’ai toujours dit ce que j’avais à dire et je me suis toujours gardé loin de la foule. […] Je n’ai jamais aimé que les gens me disent quoi faire. Ça, ça peut être un de mes guiding principles aussi, précise-t-il toutefois.

    Ivan Doroschuk marche sur une promenade au bord de l'eau à Victoria, en Colombie-Britannique.
    Ivan Doroschuk marche sur une promenade au bord de l'eau à Victoria, en Colombie-Britannique.
    Radio-Canada / Simon Gohier
    Photo: Ivan Doroschuk, chanteur du groupe Men Without Hats  Crédit: Radio-Canada / Simon Gohier

    Je suis plus à l’aise sur le "stage" qu’en privé. C’est du théâtre, on sait à quoi s’attendre quand on fait ce métier

    Si les frères Doroschuk ont pu compter sur le soutien de leurs parents dans leurs aventures musicales, la célébrité soudaine a tout de même été difficile à porter. Cela a été dur, au début, car je ne suis pas issu d’une famille d’artistes célèbres, je n’avais pas de point de repère, se rappelle Ivan Doroschuk.

    L’histoire familiale est loin d’être banale. Ses grands-parents, d’origine ukrainienne, étaient des "esclaves" en Russie. Ils sont venus au Canada pour essayer d’améliorer leur sort. Quant à ses parents, qui ont grandi au Manitoba, ils sont allés vivre aux États-Unis lorsque son père a entrepris des études de doctorat. Ivan et ses deux frères plus jeunes sont nés sur le campus de l’Université de l'Illinois. La famille s’est installée par la suite au Québec, quand le père a obtenu un poste à l’Université de Montréal.

    Ses parents ne parlaient pas français, mais ils ont inscrit leurs enfants à l’école française. J’ai dû être anglais et français en même temps. Cette dualité, Ivan Doroschuk l’a vécue doublement en étudiant au Collège Stanislas, à Outremont.

    À l’école, j’étais un des pauvres, mais quand j’arrivais chez nous, dans un quartier qui était assez pauvre, j’étais le riche du quartier. Alors j’avais tous ces genres d’opposés. C’est ça qui [fait] que j’ai pu rester groundé, peut-être.

    Avant de se lancer dans la musique, Ivan Doroschuk a suivi sa première femme en France et a fait une année de droit. De retour à Montréal, il s'est inscrit dans le programme Film and Communication, à l’Université McGill, tout en travaillant comme brancardier à l'Hôpital général de Montréal.

    Puis, il a créé le groupe, ce qui l’a mené à abandonner ses études et, plus tard, son emploi à l'hôpital. C'était la révolution punk rock, new wave, on voulait changer le monde. Le succès de son catalogue de chansons lui a permis de prendre des pauses, le temps de se consacrer à sa famille et à d’autres projets.

    Une fan se prend en photo avec en arrière-plan Ivan Doroschuk, sur scène.
    Colin Doroschuk aux claviers et le chanteur Ivan Doroschuk, lors d'un spectacle de Men Without Hats à Calgary, en juillet 2021.Photo : Radio-Canada / Rachel Maclean

    Les trois frères Doroschuk poursuivent toujours une carrière musicale. Colin, qui vit à Victoria et enseigne le chant, fait encore partie de l’aventure Men Without Hats, et sa fille, Sahara Sloan, qui est chanteuse lyrique, assure la relève. Stefan mène ses propres projets à Montréal et a aussi une fille musicienne. Ivan a un fils, qui a 19 ans, mais à la différence de ses cousines, celui-ci s’oriente plutôt vers la littérature. Je lui ai dit que, si on veut entrer dans l’industrie de la musique, il faut être avocat, pas musicien!

    Ivan Doroschuk n’a jamais encouragé son fils à suivre son exemple. Il voit les sacrifices que j’ai faits et il n’a pas envie de les faire. […] Il voit que sa vie a été un peu différente de la vie de tous ses amis. […] Des choses qu’on a évité de faire, que j’ai évité de faire à cause de qui j’étais, de ce que je faisais. Il ajoute que sa carrière a pris beaucoup de son temps et que ce mode de vie a emporté beaucoup de ses amis, aussi.

    Ce n’est pas la vieillesse qui a pris la plupart de mes amis. C’est la vie qu’on menait. […] Ce n’est pas tous les métiers qui applaudissent la dépendance, la drogue, l’alcool, se coucher tard avec des étrangers. C’est vraiment un style de vie.

    S’il n’a pas encouragé son fils à se tourner vers la musique, il lui a par contre transmis sa langue d’adoption en l’inscrivant à l’école francophone, bien qu’il s’y soit opposé au départ.

    Moi, je ne voulais pas, parce que [l'école Victor-Brodeur], c’est une "destination school”. Moi j’ai vécu ça […] Je voulais qu’il aille dans l’école du quartier, que ses chums soient du quartier, qu’il puisse les voir après les classes. Mais c’était moi, le seul éligible à le faire [comme ayant droit], parce que sa mère avait été à l’école en anglais. J’ai finalement cédé parce que j’ai compris que c’était une façon qu’il pourrait me comprendre plus.

    Portrait d'Ivan Doroschuk à Victoria, en Colombie-Britannique.
    « J’imagine que je suis le parfait Canadien. Mais dans un sens, le parfait Canadien veut dire que tu n’as pas de culture... Moi, je n’ai pas eu la culture anglophone, puis je n’ai pas eu la culture francophone appuyée à la maison. Je ne connais rien de Shakespeare, je ne connais rien [du] monde anglophone, je ne peux pas participer. Puis le monde francophone non plus, je n’ai pas ça dans le sang, mes parents ne m’ont pas récité Molière quand je me couchais. » Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

    La famille continue d'occuper une place prépondérante dans la vie de cet ancien papa à la maison. Je pense que c’est une des bonnes choses avec ce qui s’est passé ces dernières années. Il y a des gens qui ont eu leur sens des priorités un peu réévalué. Il y a des gens qui se sont retrouvés en famille, entre proches, à faire des vraies choses.

    Depuis le décès de sa mère, en 2021, qui était le roc de la famille, l’aîné de la fratrie Doroschuk a repris le flambeau et prend soin, avec son frère Colin, de son père qui aura bientôt 91 ans.

    « Des albums, je n’en ai pas fait beaucoup dans ma carrière, mais je regarde chacun, puis c’est vraiment un bloc de vie qu’ils ont tous. Ils ont tous leur histoire séparée. Et le dernier, certainement qu’avec ma mère, mes parents, la fin de leur vie… »

    — Une citation de  Ivan Doroschuk
    Portrait d'Ivan Doroschuk à Victoria, en Colombie-Britannique.
    Portrait d'Ivan Doroschuk à Victoria, en Colombie-Britannique.
    Radio-Canada / Simon Gohier
    Photo: Ivan Doroschuk, chanteur du groupe Men Without Hats, 40 ans après la parution de <em>Rhythm of Youth</em>  Crédit: Radio-Canada / Simon Gohier

    Le lendemain de notre premier entretien, alors que nous marchons sur le bord de l’eau, l’ambiance est posée et le silence est agréable. Ivan Doroschuk semble contemplatif, regardant à l’horizon. Je compare ça au bord de l’expressway Décarie où j’ai grandi, puis j’apprécie beaucoup!

    « J’essaie d’éliminer le "want". Je travaille beaucoup là-dessus. Alors ça, ça devient, je pense, une grande liberté qui vient de là. De se libérer du vouloir. »

    — Une citation de  Ivan Doroschuk

    Ivan Doroschuk fait mentir les clichés au sujet de la vie d’une rock star : tôt le matin, il fait son jogging sur le bord de l’eau, un parcours habituel. Il vit très bien sans voiture ni téléphone cellulaire, et est un adepte du végétalisme et du crudivorisme.

    Portrait d'Ivan Doroschuk à Victoria, en Colombie-Britannique.
    « Ma façon de m’habiller, ça n'a pas changé. Ça va être drôle de voir les maisons de retraités dans 20 ans, le monde full tattoos. Les mohawks, pis les full sleeve tattoos, à 90 ans, ça va être comique. »Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

    Ce n’est ni dans la méditation, ni dans la religion qu’il a trouvé la sérénité, bien qu’il admette avoir toujours eu un côté spirituel. Comme ses parents chantaient dans la chorale à l’église, ses frères et lui ont passé beaucoup de temps dans des répétitions, des offices religieux et la chorale des jeunes.

    Ça m’a beaucoup marqué, subconsciemment. Je sens qu’on a une connexion assez forte avec ce côté-là, que je n’ai pas suivie au cours de ma vie, dit-il. Ça m’a donné un respect pour ces gens qui croient à quelque chose.

    Je me suis rendu compte qu’il faut découvrir par soi-même aussi. J’ai de la misère de plus en plus à faire des entrevues à cause de ça, parce qu’il faut que je me concentre sur des thèmes que tout le monde peut connecter. Je regarde mes entrevues quand j’étais jeune et je vois vraiment un esprit d’indoctrination (endoctrinement), qui est “something is going on there! J’ai un agenda.”

    Au début, ça sortait, je ne contrôlais pas, poursuit-il, précisant que, s’il a toujours un but, il n’a plus l’intention de convaincre les autres de le suivre. Je considère plus ça comme un métier maintenant. C’est plus songé, mon affaire! […] En vieillissant, j’ai enlevé cette pression que je m’étais mise de penser qu’il fallait que je trouve une solution à tout, alors c’est plus reposant!

    « J’ai vécu pas mal tout ce que j’avais dans la tête. Mais j’ai eu de la chance. »

    — Une citation de  Ivan Doroschuk

    Janvier 2023. Quelques mois ont passé depuis notre rencontre, Ivan Doroschuk se prépare à donner son premier spectacle en plus d'un an. C'est le début d'une série de concerts en Ontario et au Québec.

    Par écrit, il nous fait part de son enthousiasme : J'ai très hâte! Sahara, la fille de Colin, qui a chanté sur les deux derniers albums, prendra la place de son père en tournée pour qu'il puisse rester avec mon père. Il se réjouit du fait que l'été se remplit petit à petit, surtout aux Etats-Unis. Le groupe prévoit aussi une autre tournée canadienne, à l’automne.

    Portrait d'Ivan Doroschuk à Victoria, en Colombie-Britannique.
    Portrait d'Ivan Doroschuk à Victoria, en Colombie-Britannique.
    Radio-Canada / Simon Gohier
    Photo: Ivan Doroschuk, chanteur du groupe Men Without Hats  Crédit: Radio-Canada / Simon Gohier

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