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Image : Cédric Choinière, Émilia Viégas et Samuel Chiasson sur le bord de l'eau en hiver.

Un texte d'Ann-Édith Daoust

Transition énergétique. Omniprésence du numérique. Urgence climatique. Rareté de main-d'œuvre. Nombreux sont les défis qui attendent les enfants du millénaire. En plus, ces jeunes n'échappent pas aux critiques : individualistes, paresseux, narcissiques, dépendants au numérique.

Cependant, à 20 ans, quelles valeurs guident leurs vies et leurs actions? Comment perçoivent-ils leur avenir? Qu'est-ce qui les rend heureux?

Rencontre avec six Nord-Côtiers de 20 ans qui racontent leurs rêves, leurs craintes et leurs visions de la société.

Tobby Gagné

Respect, entraide, collaboration

Tobby Gagné à l'Université de Montréal.
Tobby Gagné étudie en politique et en communication à Montréal.Photo : Université de Montréal

Natif de Baie-Comeau, Tobby Gagné étudie en politique et en communication à l'Université de Montréal. Il adore lire les biographies d’entrepreneurs accomplis. Ces histoires sont pour lui très inspirantes. Il vise la réussite professionnelle qu’il définit par l’impact qu’il désire avoir dans la vie des gens. S’engager en politique, comme il l’a fait lors de la dernière campagne électorale fédérale, et créer divers projets collectifs contribuent à sa volonté d’améliorer la société.

L’être humain est notre plus grande richesse.

Tobby Gagné

Selon lui, c’est la politique qui structure notre société et qui crée un équilibre entre les différentes classes sociales. Il souhaite que les partis politiques intègrent plus naturellement les nouvelles technologies numériques à leurs activités. Par ailleurs, il dénonce le système gouvernemental qui n’est pas représentatif de la société actuelle. Il devrait être plus inclusif, estime-t-il.

C’est bien beau que tu dises que tu comprends les jeunes, mais tant que tu n’es pas jeune, [dans la société actuelle] tu ne peux pas comprendre ce qu’on vit. C’est la même chose pour les autochtones, c’est la même chose pour les différentes personnes de la société.

Dans ses temps libres, lorsqu’il revient dans sa région, il aime encourager son équipe de hockey favorite, le Drakkar de Baie-Comeau. D’ailleurs, il souhaite faire l’acquisition de celle-ci, un jour.

Faut dire que je n’ai pas de rêve dans la vie, j’ai des objectifs.

Tobby Gagné

Questionner sur sa plus grande peur, Tobby Gagné dit craindre la mort. Ne pas savoir comment l'être humain passe à travers cette dernière étape de la vie est source d’insécurité pour lui. Cependant, il entrevoit la vieillesse comme une opportunité de devenir une meilleure personne au fil de ses apprentissages et de ses expériences.

L’important, c'est de bien vivre ensemble. Vivre une vie dont on va se souvenir.

Émilie Viégas

Générosité, famille, ouverture d’esprit

Émilie Viégas à l'extérieur durant l'hiver.
Émilie Viégas étudie en arts visuels.Photo : Julie Viégas

Native de La Malbaie, elle a grandi principalement sur la Côte-Nord et étudie en arts visuels au Cégep de Sept-Îles. Elle cumule trois emplois : elle travaille dans le secteur de la vente, de l’enseignement ainsi qu’à la maison des jeunes.

Ayant un déficit d’attention, elle mise sur l’organisation pour concilier son travail, ses études et sa vie personnelle. Son agenda est son meilleur allié. Elle salue d’ailleurs ses employeurs pour leur flexibilité face à son horaire souvent chargé. Elle considère que toutes les entreprises embauchant des étudiants devraient mieux comprendre la volonté de plusieurs d’entre eux d’explorer et de vivre différentes expériences de vie. Aujourd’hui, elle se perçoit encore comme une adolescente et voit sa vie adulte se dessiner tranquillement.

À 20 ans, on est censé être une adulte, mais je ne sais pas comment devenir une adulte.

Émilie Viégas

Chaque dimanche soir, elle se rend chez sa grand-mère pour le traditionnel souper familial. Ses proches la considèrent généreuse de son temps. Une valeur qui s’incarne dans sa volonté indéniable de vouloir faire une différence dans la vie des gens. Le bonheur se traduit par sa capacité de rester fidèle à ses croyances et aux choses qui la font sourire. L’amour demeure indispensable à son bien-être.

Des bateaux remisés pour l'hiver au quai de Sept-îles.
Le quai de Sept-îles en hiverPhoto : Radio-Canada / Ann-Édith Daoust

Par ailleurs, elle craint de ne pas être aimée et acceptée pour ce qu’elle est réellement. Elle affirme avec spontanéité que ce n’est pas facile d’être soi-même en 2020 avec ce qui est relayé principalement dans les médias sociaux. Elle tente de se dissocier de cette pression associée à l’image et à la performance qu’elle ressent parfois. Selon Émilia Viégas, la réussite passe d’abord par une meilleure connaissance de ses limites et par le dépassement de soi.

Mes parents me disaient : compare-toi aux meilleurs. (...) Je me donne des buts que je suis capable de réaliser, dont je vais être fière.

Ses études en arts lui ont permis d’être davantage réceptive à ce qui l’entoure et aux idées divergentes des siennes. Elle estime cela comme essentiel pour s’adapter et faire face aux enjeux en matière d’environnement, notamment.

Ça serait vraiment important que tout le monde ait un minimum d’ouverture d’esprit, surtout en 2020 où on vit tellement de changements.

Émilie Viégas

L’urgence climatique l’inquiète. Elle se questionne d’ailleurs sur son désir d’avoir des enfants. Si elle devait en avoir, elle aimerait leur offrir une qualité de vie équivalente à ce qu’elle a reçu.

Cédric Choinière

Confiance, respect, honnêteté

Cédric Choinière dehors sous la neige.
Cédric Choinière étudie en sciences humaines au cégep à MontréalPhoto : Ann-Édith Daoust

Natif de Cowansville, Cédric Choinière a grandi à Port-Cartier et à Sept-Îles. Actuellement, il explore différents cours dans le cadre de ses études en sciences humaines au Cégep de Rosemont, à Montréal.

C’est avec un détachement apparent qu’il affirme qu’avoir 20 ans en 2020, c’est quelque peu angoissant. Être au meilleur de soi-même dans tous les pans de sa vie, se fixer des objectifs tout en conjuguant son travail, ses études et son quotidien lui font ressentir beaucoup de pression.

Il est également préoccupé par la montée de la droite politique et craint une 3e guerre mondiale en plus de se questionner sur les impacts environnementaux des changements climatiques.

C’est beaucoup de problèmes dans le monde. […] Ça ne me fait pas peur, mais il faut que ça change.

Cédric Choinière

Sa vie est basée sur le respect, l’honnêteté et la confiance. Trois valeurs qui guident ses réflexions et ses relations, qu’elles soient amicales ou amoureuses. Sa plus grande peur, qu’il nomme avec calme : la mort.

C’est quelque chose qui m’angoisse beaucoup. Ça ne me tente pas de mourir et de ne plus voir rien après, de perdre tout ce que j’ai appris dans la vie. On n’a pas assez appris dans le monde. Il reste encore tellement de choses à voir.

Selon lui, l’expérimentation est la meilleure façon d’avancer dans la vie. Il estime que la connaissance de soi se développe par la multiplication des apprentissages et des connaissances. Passionné d’histoire, il s’intéresse à l’évolution du monde à différentes époques et rêve de voyager dans le temps.

Son récent départ vers Montréal lui a permis de prendre conscience de l’importance de sa famille dans sa vie. Conjuguer le travail et les études ont été des défis difficiles à relever. Il aurait souhaité avoir sa famille auprès de lui. Aujourd’hui, il ressent davantage de reconnaissance envers celle-ci et souhaite profiter de chaque occasion où il est possible de se réunir avec elle.

Le bonheur, c’est quand tu n’as besoin de rien. C’est quand tu te sens à l’aise, satisfait de ce que tu as. Quand tu te sens bien.

Cédric Choinière

Shanna Maltais

Sincérité, justice et égalité

Shanna Maltais dehors durant l'hiver.
Shanna Maltais travaille en relations publiques et en communication.Photo : Clara-Lou Coderre Trahan

Shanna Maltais a quitté Gallix, près de Sept-Îles, pour travailler en relations publiques et en communication à la Fédération étudiante collégiale du Québec. Volontaire et dynamique, elle a toujours été très active dans son milieu. Être présidente de son association étudiante lors de ses études collégiales et participer activement aux activités culturelles dans sa région incarnent quelques exemples de son engagement.

Elle mise sur la sincérité et la transparence dans ses rapports avec les autres. Elle rêve d’un monde où la justice et l’équité soient mieux respectées. Elle souhaite que l’acceptation des différences en matière de nationalité, de sexualité et de genre, transcende les générations.

Tout le monde est beau dans sa différence.

Shanna Maltais

Pour Shanna Maltais, le bonheur repose dans l’atteinte d’une situation confortable. C’est d’ailleurs intrinsèque à son épanouissement personnel et professionnel. Son plus grand défi en est un d’équilibre entre les différentes sphères de sa vie. Elle a parfois mis sa santé de côté pour être en mesure de réaliser ses objectifs.

« Prendre le temps de respirer, ce n’est pas quelque chose que je fais souvent. »

Elle détestait l’éducation physique à l’école. Selon elle, la santé passe par le plaisir d’aller jouer dehors avec ses proches et de revenir dans sa région pour profiter de la nature et de son sport préféré, le ski.

Gallix vue du ciel
Gallix vue du cielPhoto : Radio-Canada / Ann-Édith Daoust

Je considère ma famille et mes amis comme la source d’énergie principale de ma vie.

Shanna Maltais

Dans le futur, elle souhaite continuer de multiplier ses expériences de vie entourée des siens. Elle vise à acquérir le bagage nécessaire pour ensuite transmettre ses apprentissages et ses connaissances à la nouvelle génération pour assurer une relève et une continuité.

Samuel Chiasson

Famille, amitié, respect

Samuel Chiasson avec sa guitare au bord de l'eau en hiver.
Samuel Chiasson a quitté la Côte-Nord pour étudier à Québec.Photo : Alec Marceau

Né à Sept-Îles, Samuel Chiasson étudie en intervention en délinquance à Québec. Ce qu’il préfère dans la vie? Rencontrer et discuter avec les gens.

Selon lui, le bonheur c’est d’abord écouter son instinct et être fier de ses réalisations. Il a quitté la maison familiale à 17 ans pour étudier à Québec. Jamais il n’aurait pensé que ce saut vers l’indépendance aura été aussi enrichissant en termes d’apprentissages de vie. Aujourd’hui, il est intervenant en toxicomanie dans le milieu communautaire et joue, à l’occasion, de la guitare dans certains bars de la grande ville.

C’est dans ces trois dernières années-là que j’ai appris à me connaître. Je sais ce que je vaux, ce que je suis capable de faire puis je sais aussi ce que je veux.

Samuel Chiasson

Lorsqu’il revient sur la Côte-Nord, il revient au calme et ressent une certaine liberté. La mer et les grands espaces l’apaise. C’est également là qu’il retrouve ses repères, sa famille et ses amis.

D’ailleurs, les opportunités d’emplois sont multiples dans le contexte de rareté de main d’oeuvre actuel. Les contacts sont plus faciles à bâtir et il souhaite, tout au long de sa vie, explorer différents métiers en intervention social. Il aimerait, un jour, travailler dans le milieu carcéral.

Je me fais approcher par des milieux de travail qui demande un baccalauréat, quand j’ai juste une technique, ça me fait un peu capoté, mais je suis heureux de vivre dans cette situation d’embauche.

Son rêve, à long terme, est de se produire sur une des scènes du Festival international de jazz de Montréal et, à plus court terme, il souhaite réaliser un voyage au Maroc. Il cherche avant tout être dépaysé et sortir de sa zone de confort afin d’apprendre toujours à mieux se connaître.

Maniuapukuan Bellefleur-Moreau

Honnêteté, éducation et savoir-vivre

Maniuapukuan Bellefleur-Moreau.
Maniuapukuan Bellefleur-Moreau étudie en éducation spécialisée à Sept-Îles.Photo : Kitiara Nanipou

Native de Schefferville, cette étudiante de 22 ans en éducation spécialisée au Cégep de Sept-Îles a grandi à Uashat. Rieuse et quelque peu timide, elle affirme que la vingtaine signifie pour elle le début de sa vie d’adulte. C’est aussi le moment de s’accorder du temps à définir ses rêves et ses objectifs de vie.

L’honnêteté, l’éducation et le savoir-vivre sont trois valeurs qui guident sa vie.

Si tu n’es pas honnête avec les autres, surtout envers toi-même, tu ne peux pas avancer dans la vie. Tu ne peux pas grandir.

Maniuapukuan Bellefleur-Moreau

Ancienne décrocheuse, elle souhaite maintenant étudier la psychiatrie à Ottawa, un programme offert entièrement en anglais. Vivre de nouvelles expériences, voir de nouveaux paysages, rencontrer de nouvelles personnes sont des objectifs qu’elle souhaite s’offrir. De plus, transmettre l’importance de la persévérance scolaire aux plus jeunes de sa communauté est fondamental.

Plus je m’instruis, plus j’en apprends et plus j’ai envie d’en apprendre.

Maniuapukuan Bellefleur-Moreau

Le bonheur, selon elle, réside dans la capacité de chacun de lâcher prise et de s’accepter soi-même. Sa relation avec ses parents s’améliore en vieillissant. Elle comprend mieux leur rôle et leurs désirs de voir grandir leur fille heureuse.

Nos parents, ce sont les premiers êtres qui nous accueillent quand on naît, et ma mère ça a été une des premières personnes à s’occuper de moi. Elle allait à l’école en même temps. […] Je veux prendre soin d’elle. Je veux qu’on ait une belle relation.

Une de ses plus grandes passions s’inscrit dans la lecture, mais elle aimerait renouer avec la peinture. Elle chérit le projet de peindre en blanc un mur de son appartement, s’en servir comme toile pour laisser aller ses émotions et ainsi laisser place à sa créativité.

La politique et l’environnement sont deux enjeux qui l’interpellent de plus en plus. Elle souhaite en apprendre davantage, mais surtout mieux définir ses idées selon ses valeurs et ses croyances.

Sa plus grande peur s’anime lorsqu’elle est confrontée à la maladie. Elle déteste se sentir impuissante face à la souffrance de ses proches. Entretenir ses amitiés est essentiel pour elle puisque celles-ci lui permettent d’être entière et vraie. Marcher dans la nature, surtout dans le bois, lui permet de se ressourcer et lui apporte une paix intérieure. C’est sa façon de méditer.

Des traces de motoneige dans une forêt enneigée.
En forêt près du barrage Sainte-MargueritePhoto : Radio-Canada / Ann-Édith Daoust

Maniuapukuan Bellefleur-Moreau n’aime pas se projeter dans l’avenir, elle préfère vivre le moment présent. Ce qui ne l’empêche pas de rêver d’une grande maison construite à son image afin de créer ses propres souvenirs.

Avoir 20 ans en 2020 demeure un passage vers l’âge adulte qui comporte son lot de défis et d’opportunités. Ces jeunes du millénaire aspirent à être au meilleur d’eux-mêmes dans tout ce qu’ils entreprennent, tout en harmonisant les différentes sphères de leur vie. L’importance d’être soi-même domine leur discours. Ils possèdent une soif incontestable d’apprendre, d’expérimenter, de discuter, de se raconter. Guidée par ces valeurs, cette nouvelle génération tentera de bâtir, à son tour, une société à son image.

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