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Image : Un homme en situation d'itinérance porte son chat aux yeux vairons sur ses épaules.

Texte : Justine de l'Église | Photos : Patrick André Perron

Noël célèbre l’amour. Glorifie l’harmonie. Sanctifie la famille. L’image est si forte qu’il est facile d’oublier ceux et celles pour qui Noël n’est qu’une journée d’hiver morose. Pour de nombreuses personnes en situation d’itinérance, la période des Fêtes est un rappel annuel, illuminé d’ampoules multicolores et orné de rubans, qu’elles n’ont pas la chance de passer, comme la plupart des gens, un moment parmi leurs proches, qu’elles n’ont pas droit au même confort que les autres.

Sur le terrain, il y a autant d’histoires qu’il y a de visages.

Celle de Mary Ann, une mère de 56 ans, grand-mère aussi, qui ne croyait jamais se retrouver en situation d’itinérance un jour. Entre deux nuits au refuge, elle a retrouvé sa famille pour fêter Noël, comme si de rien n'était.

Celle de Jonathan, un travailleur de rue qui a abandonné sa vie bien rangée pour redonner un sens à son existence.

Celle de Nadia, une femme musulmane reniée et abandonnée par son mari, qui a célébré Noël avec d'autres combattantes comme elle dans un refuge réservé aux femmes.

Ou encore celle d’André, un ancien toxicomane qui donne aujourd’hui au suivant, pour ne jamais oublier d’où il vient.

J’ai exploré l’épicentre de l’itinérance québécoise, Montréal, le temps d’un Noël. Voici ce qu’on m’a raconté.

Mary Ann, en situation d'itinérance, se fait maquiller.
Mary Ann est sans logis depuis le mois de septembre. Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

L’itinérance inattendue

24 décembre, 8 h

Une maquilleuse, un coiffeur, un photographe, une journaliste et Mary Ann s’engouffrent dans l’ascenseur. Une femme sort de sa chambre et nous regarde, étonnée. Wow! Tout ce monde pour toi! Mary Ann laisse échapper un petit rire gêné.

Lorsque je l’ai rencontrée la semaine dernière, malgré le stress induit par l’itinérance et l’incertitude, malgré la dépression qui la talonne, ce que craignait Mary Ann, c’est surtout qu’on ne lui coupe les cheveux trop courts.

Mary Ann n’a plus de chez-elle depuis septembre. Elle était en guerre contre son propriétaire au sujet d’une interminable infestation de punaises de lit et avait arrêté de payer son loyer. La Régie du logement a finalement tranché, et la femme de 56 ans a été évincée de son appartement. Pour la première fois de sa vie, elle s’est retrouvée à la rue. Confusion, incompréhension, nausées. Mes pensées allaient dans tous les sens. Je ne savais pas quoi faire.

Privée de sa mère, emportée l’an dernier par la maladie, Mary Ann s’est tournée vers quelques proches qui l’ont accueillie d’urgence sous leur toit. Elle pense avoir perdu dans l’aventure son chat Casper – elle l’a fait héberger chez un ami, mais celui-ci ne répond plus au téléphone. Depuis un peu plus d’un mois, Mary Ann vit ici, à l’organisme Le chaînon, dans une chambre qu’elle partage avec une autre femme.

Ce matin, Mary Ann est traitée en star : ce soir, elle va réveillonner avec ses quatre filles et ses quatre petits-fils, alors, pour égayer cette période sombre, une équipe est en place pour la pomponner. On lui lave les cheveux, on l’installe dans une chaise de coiffure, au milieu d’un grand salon décoré de sapins, et on la bichonne.

Le coiffeur Luc Vincent s’affaire à rectifier la frange de Mary Ann, puis à travailler la mise en plis. Le sourire nerveux de Mary Ann devient plus naturel, plus détendu à chaque coup de brosse expert de Luc.

Luc Vincent, coiffeur professionnel, est bénévole depuis deux ans. Avec son équipe, il coiffe bénévolement les femmes du Chaînon.
Luc Vincent et son équipe coiffent bénévolement les femmes du Chaînon depuis deux ans.Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

La coiffure comme armure

Luc Vincent a l’habitude des clientèles vulnérables. Depuis deux ans, son équipe de bénévoles et lui – des coiffeurs et coiffeuses d’expérience – font briller les cheveux des femmes du Chaînon. Il est venu aujourd’hui accompagné d’Hélène-Manon Poudrette, une maquilleuse de renom qui a récemment pratiqué son art sur les visages de Valérie Plante et de Justin Trudeau.

Luc estime que son travail bénévole permet de redonner un brin de confiance à des femmes qui vivent de l’itinérance, de la violence et de la précarité.

Quand les femmes entrent dans le salon de coiffure, c’est un moment où elles n’ont pas le goût de parler de leurs problèmes. Elles ont juste le goût d’être normales, de raconter la fois où elles ont eu une permanente qui s’est mal passée, la fois où elles étaient blondes... C’est du placotage de salon de coiffure. L’itinérance, la souffrance vont rester à la porte. Elles sont des femmes chez le coiffeur, tout simplement.

Ce salon, nommé Luc mon coiffeur, ce n’est pas un « trip de beauté ». L’accent n’est pas mis sur la transformation avant/après. Une coiffure, c’est beaucoup plus que ça.

Une femme qui a l’air désorganisée, c’est une proie pour les mauvaises personnes. Quand une femme a les cheveux frais faits, qu’elle a une super couleur, le gars se dit “Elle, elle est organisée. Elle peut aller à la police, elle peut se défendre.” Les prédateurs vont se tenir loin. C’est une armure, qu’on leur fait. Elles se fondent dans la société. Elles se font remarquer non pas par des prédateurs, mais par des gens qui leur disent “Ils sont donc ben beaux, vos cheveux!”

La détresse muette

Mary Ann n’aime pas demander de l’aide. Elle est plus du genre à accumuler les souffrances dans le silence, jusqu’à ce que ses remparts cèdent. Elle raconte avoir longtemps refoulé la honte et la culpabilité liées aux agressions sexuelles qu’elle a subies de la part de son père, enfant. Elle a attendu d’avoir 21 ans avant de les dénoncer à sa mère.

Sa mère, sa confidente, souffrait déjà de diabète, de problèmes de cœur et de foie lorsqu’elle a appris qu’elle avait le cancer du sein, en 2017. Mary Ann a sombré dans la dépression peu après ce diagnostic. Sa mère est morte l’année suivante, à 75 ans.

Je m’ennuie encore d’elle. Surtout là, avec Noël, elle me manque encore plus. Mais elle est dans un monde meilleur, maintenant.

Je trouve ça vraiment, vraiment dur. Déprimant. Je veux ravoir mon ancienne vie. J’ai l’impression de tout perdre : ma mère, mon chat, ma maison. Mais j’ai encore un peu d’espoir pour Noël.

Les filles de Mary Ann savent qu’elle n’a plus de logement – elle le leur a dit seulement une fois rendue au Chaînon – mais elles ignorent l’étendue de sa détresse. Je ne voulais pas qu’elles sachent. Je voulais qu’elles sachent que j’allais bien aller. Elles savent que je suis forte. Elles m’ont demandé si j’allais bien, et j’ai dit oui, même si je ne vais pas bien. C’est ce que les mères doivent faire, j’imagine.

Pour Noël, Mary Ann souhaite que de gros flocons tombent du ciel. Qu’ils viennent adoucir sa peine. Mais dehors, le ciel demeure obstinément bleu.

Mary Ann ignore quelle est la prochaine étape. Elle estime qu’il ne lui reste qu’une semaine ou deux au Chaînon. Elle a approché un autre organisme, mais n’était pas admissible à l’hébergement de courte durée. La nouvelle l’a attristée. Je ne sais pas où je vais, maintenant. Je ne sais pas trop comment me sentir. Je suis confuse.

Mary Ann se fait maquiller.
Mary Ann se fait maquiller.Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

En attendant, Mary Ann se concentre sur les petits plaisirs. Entre autres, sur le fait que ses cheveux n’ont pas été coupés trop court. Discrète, elle ne s’exclame pas de joie en observant dans le miroir le résultat final. Mais ses yeux brillants parlent d’eux-mêmes.

Il n’y a pas que cette transformation qui ravive l’éclat de ses prunelles. En fumant une dernière cigarette dehors, Mary Ann me parle de la nouvelle qu’elle a apprise hier, et qu’elle espérait tant. Ça va être une fille! Après avoir eu quatre petits-fils, la grand-mère pourra enfin gâter une petite-fille, qui doit naître en mai.

Je me dis que c’est ma mère qui va se réincarner en elle.

Ce soir, après le réveillon en famille, Mary Ann va assister à la messe de minuit. Et plutôt que de prier pour avoir un nouveau toit, elle va allumer un lampion pour celle qui l’a quittée.

Jonathan Péthel est travailleur de rue pour l’organisme Spectre de rue.
Jonathan Péthel est travailleur de rue pour l’organisme Spectre de rue. Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

S’inviter dans la rue, pour Noël

24 décembre, 16 h

Le soleil commence à se coucher sur la ville.

C’est l’heure de mon rendez-vous avec Jonathan Péthel, un travailleur de rue pour l’organisme Spectre de rue. Plusieurs fois par semaine, le trentenaire arpente le quartier Centre-Sud. Il est là pour distribuer du matériel, mais aussi pour donner des références, jaser, guider les personnes dans leurs besoins.

Des fois, ça peut juste être “Donne-moi deux tubes, ciao bye”. Des fois, ça peut être qu’on jase 30 minutes au McDo, parce que tu es enceinte en ce moment, que tu ne sais pas quoi faire, que tu consommes, etc. Ça peut être juste des talks sur la vie. On essaie d’être là aussi dans les bons moments. Pas juste les mauvais.

Il a longuement travaillé à établir un lien de confiance avec les personnes qui vivent dehors, en respectant toujours leurs limites. Parce que, comme il le dit : Dans la rue, on s’invite chez le monde.

Comme d’habitude, son sac à dos est rempli de gants, de barres tendres, de pipes à meth, de seringues stériles. Rien sur lui n’indique qu’il est travailleur de rue – sauf, pour l’œil averti, la boîte de plastique jaune qui dépasse de la poche latérale de son sac et qui sert à recueillir des seringues souillées.

Jonathan Péthel trouve un sens à sa vie en aidant les gens de la rue.
Jonathan Péthel trouve un sens à sa vie en aidant les gens de la rue. Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

On se met en marche. Les gens sont probablement déjà partis réveillonner, parce que les rues sont très calmes, voire désertes. Ça nous prend plus d’un kilomètre avant de croiser un premier homme, confus, qui erre à l’extérieur d’un petit centre commercial. Il demande de l’argent, le regard absent. Jonathan essaie de cerner ses besoins, sans succès.

Tu vois, le sentiment d’impuissance dont je te parlais… c’est celui-là.

J’ai rencontré Jonathan quelques jours auparavant, et il m’avait effectivement confié ses angoisses. Tu te sens tellement démuni, des fois, dans certaines situations. À quoi je sers? Est-ce que c’est aidant, ce que je fais? Mais j’essaie de me ramener à des petites choses, des petites victoires.

La quête de sens

Jonathan a décidé d’aider les gens de la rue après une phase dépressive. Installateur de systèmes de sécurité, il amassait de l’argent, s’était acheté une voiture, un condo… Mais à travailler seul, le nez contre le mur, il se sentait malheureux.

J’ai l’impression des fois que c’est cliché comme histoire. À un moment donné, j’ai réalisé que ça ne me plaisait pas tant, faire du cash pour faire du cash. Je ne me sentais pas utile, je n’apportais rien à la société.

C’est juste le travail social qui avait du sens dans ma tête.

Il a donc pris son courage à deux mains, vendu son condo, sa voiture, et est retourné à l’université pour étudier dans ce domaine, à 27 ans. Est-ce que ça a un sens, ce qu’il fait maintenant, huit ans plus tard? Sûrement. Mais parfois, même pour lui, c’est dur à dire.

La rue, le soir

Un peu plus loin, on rencontre un homme qui quête auprès des voitures arrêtées au feu de circulation, coin Iberville et Notre-Dame. Jonathan lui donne les quelques seringues stériles dont il a besoin, puis Gaétan nous raconte son histoire.

L’homme vit dans la rue depuis 30 ans. Il en avait 28 quand est survenu un accident de travail dans une usine d’imprimerie. Un bras coincé sous un couvercle de deux tonnes et une extirpation plus ou moins réussie l’ont laissé avec un bras à moitié figé, une main faible qui tient difficilement les petits objets, des bouts de doigts en moins. En ajoutant à cela des problèmes de consommation, l’homme s’est retrouvé sans moyens.

Tu as échappé tes gants, lui dit Jonathan en lui remettant la paire en main.

Ah… échapper des affaires. L’histoire de ma vie.

Au loin, une voiture stationnée klaxonne Gaétan. Oh, ça c’est pour moi. Il court vers le véhicule, mais nous demande de l’attendre. Il revient rapidement. On parle de Noël. Ce qu’il prévoit faire ce soir? Pas grand-chose. Une de ses sœurs a pris contact avec lui le mois dernier, et c’est là qu’il a appris que sa mère et son père étaient morts depuis deux et huit ans. Ce soir, Gaétan va dormir dehors, comme d’habitude. Quoique, avec l’âge, il trouve le froid de plus en plus dur sur le système.

Parlant de froid, Jonathan doit changer son parcours l’hiver. C’est plus difficile d’aller rejoindre le monde. Ils sont moins dans les rues, témoigne celui qui intervient surtout auprès des jeunes. Ses points de choix : les entrées de métro, les haltes-chaleur, le refuge Red Roof, les cages d’escalier des stationnements à l’Université du Québec à Montréal, les coins de ruelle qui donnent sur une bouche d’air chaud, les campements…

Nous poursuivons notre chemin rue Sainte-Catherine, où un groupe commence à se former devant le Refuge des jeunes, dont les portes ouvrent à 18 h. Les jeunes reconnaissent Jonathan, lui demandent du matériel de consommation, discutent avec lui.

C’est moi le père Noël ce soir! Gary, un jeune trans de 25 ans, est visiblement excité à l’idée d’être celui qui va distribuer des cartes-cadeaux de cinéma, de Tim Hortons, en plus des paquets de cigarettes aux jeunes du centre.

Dans une camionnette blanche stationnée devant le refuge, il y a aussi Max, 21 ans, qui connaît la rue depuis ses 17 ans, et les familles d’accueil depuis plus longtemps encore.

Il vit en marge, rejette « le système », trouve que les traditions comme Noël, l’Halloween ou la cueillette des pommes sont ridicules. Sauf que Max porte présentement un manteau neuf, un beau veston, une chemise rouge et une cravate de Noël, et il montre à tout le monde – et très fièrement – le cadeau qu’il a acheté à sa blonde dans une réserve autochtone. Le paquet contient du cannabis, de la barbe à papa infusée au THC et d’autres surprises du genre. Je lui fais remarquer qu’il semble plutôt excité par Noël, pour quelqu’un qui rejette les traditions. C’est pas pareil! C’est pour quelqu’un que je connais. T’sais, je suis en amour.

Il emprunte le cellulaire de Jonathan pour essayer de joindre sa copine. Elle ne décroche pas, mais ce n’est pas grave. Il va finir par la trouver quelque part ce soir. D’ici là, il s’en va chiller au Refuge.

La ronde de Jonathan tire à sa fin. Comble du hasard, il croise sa mère et sa sœur, rue Sainte-Catherine, en pleine discussion avec des personnes en situation d'itinérance. Nous le laissons en famille.

Pour Noël, des enfants du primaire ont confectionné des cartes de souhaits destinées aux femmes en situation d'itinérance.
Pour Noël, des enfants du primaire ont confectionné des cartes de souhaits destinées aux femmes en situation d'itinérance.Photo : Radio-Canada / Justine de l'Église

Soirée de filles

24 décembre, 18 h 30

La fête est déjà commencée à la Maison Olga, tenue par l’organisme La maison des femmes.

Ici, j’entre seule, sans photographe. Les femmes de la rue ont trop connu de violence pour être à l’aise en présence d’un homme étranger. On m’a aussi demandé de ne pas prendre les femmes en photo, consigne que j’ai respectée.

À mon arrivée, la directrice des services cliniques de l’organisme, Suzanne Bourret, me fait naviguer d’une table à l’autre en me présentant bénévoles, employées et femmes de la rue.

Veux-tu une place avec nous? C’est libre ici!, me propose spontanément une de ces femmes, avec un grand sourire.

Autour des tables, c’est vivant. On tape des mains, on mange, on rit, on imite la voix rauque d’un homme qui chante Noël dans les haut-parleurs. Quelques femmes se mêlent moins bien au groupe, certaines affichent un air anxieux, mais l’ambiance demeure à la fête.

Oh! Mais tu es si belle!, s’exclame une des femmes en voyant Nadia*, qui porte une longue robe de velours vert sapin ornée de broderies dorées, et dont les cheveux sont délicatement bouclés et les paupières couvertes de fard émeraude.

Un peu avant le souper, à l’écart des autres, Nadia m’a raconté son histoire. Celle d’une femme indépendante, une pâtissière de profession qui avait sa boutique au Moyen-Orient. Une femme qui avait refusé de nombreuses demandes en mariage, car elle attendait un mari qui respecterait son autonomie, qui la laisserait travailler.

En est venu un qui lui a fait miroiter ce bonheur. Puis il l’a fait immigrer au Canada avec lui. Des larmes coulent sans retenue sur les joues de Nadia, qui raconte que la violence verbale et psychologique a commencé du jour au lendemain.

Il m’a détruite.

Le mari est devenu distant, non, distant, ça, ce n’est rien!, la rejetait, l’insultait, contrôlait son habillement, lui reprochait de ne pas travailler, alors qu’elle se remettait d’une opération médicale et s’occupait seule de leur grande villa. Puis il l’a ramenée dans son pays natal, gardant avec lui son passeport et ses papiers de résidence permanente canadienne. Il a exigé le divorce, puis lancé des rumeurs sur son honneur qui se sont répandues dans toute la ville. On a dit que je n’étais pas vierge [avant le mariage]. Moi, je jure devant Dieu que j’étais vierge, dit-elle, en murmurant ce mot chargé de sens.

Tout le monde parlait de moi, là-bas. Pour nous, si tu as perdu ta virginité, tu n’es pas une femme. Tu n’es pas honnête. Tu n’es pas une fille bien éduquée. Tu n’es pas une femme bonne à marier. Et si tu viens chez nous, tu vas voir qu’une femme divorcée n’a pas sa place.

Nadia ne comprend toujours pas ce qu’il lui est arrivé. Comment, pourquoi? Elle n’a jamais su. Elle est revenue au Canada pour reprendre sa vie en main, atterrissant directement à La rue des femmes, qui lui a déniché un petit logement. Elle sera éternellement reconnaissante envers les intervenantes « toutes magnifiques » qui l’ont aidée à se reconstruire.

Ce soir, elle fête, et elle est heureuse de fêter. Elle a revêtu une robe traditionnelle, a choisi le vert exprès pour être dans le thème. Même si elle est musulmane. Même si Noël est une fête chrétienne. On va manger, on va danser. C’est comme un mariage. Pour moi, c’est une fête, c’est tout!

Un dur Noël

Si l’ambiance est à la fête, il faut se rappeler que, pour de nombreuses femmes de la rue, Noël est porteur de désespoir.

La souffrance des femmes est exacerbée par la période des Fêtes. Dès la fin octobre, début novembre, elles commencent à nous en parler, à sentir qu’elles sont seules. Plusieurs d’entre elles ont des enfants, qui ont été pris par la DPJ, ou qui sont adultes, mais qu’elles ne voient pas nécessairement. La majorité des femmes ici n’ont plus personne, explique Suzanne Bourret, directrice des services cliniques.

Noël fait ressortir l’agitation, l’anxiété. C’est une période où l’on consomme plus de drogues, aussi. C’est toujours en lien avec la souffrance, la détresse. Elles consomment pour pouvoir geler cette souffrance, précise Suzanne Bourret.

Les femmes invisibles

Les femmes de la rue connaissent très bien les supplices, et la résilience. Plus vulnérables que les hommes, elles vivent l’enfer dans la rue. Elles sont souvent victimes d’agressions sexuelles, de violence physique, de vols. On s’en prend beaucoup à elles, même sans raison, témoigne Suzanne Bourret.

Pour survivre, elles vont tenter par différents moyens de trouver un abri. C’est pourquoi on hésite d’ailleurs à se fier aux statistiques du dénombrement de personnes en situation d’itinérance de 2018. Ce recensement soutient qu’il y en aurait environ 3149, dont le quart seraient des femmes. Mais cela ne prend pas en compte l’itinérance cachée, invisible. Les femmes vont partager une chambre d’hôtel à plusieurs; trouver une place dans un logement insalubre ou surpeuplé; tolérer un conjoint violent, un propriétaire abusif; dormir dans la voiture, chez des amis. Ces réalités ne peuvent être dénombrées.

Parfois, elles vont s’installer chez un homme en échange de services sexuels. Même lorsqu’elles sont hébergées chez quelqu’un, elles s’exposent à énormément de violence. Et puis, elles sont toujours à risque en pleine nuit de se faire dire “Va-t’en!”, et elles se retrouvent dehors, explique Suzanne Bourret.

La violence, la plupart de ces femmes la subissent dès la tendre enfance. C’est le cas d’Ethereal*, 63 ans, qui fête son vingt-troisième Noël au centre. Elle n’est plus en situation d’itinérance, mais elle vient réveillonner ici pour briser la solitude, et parce qu’elle aime le centre et son personnel. Je n’ai nulle part où aller, sinon! Peut-être qu’un jour, j’aurai un bon conjoint, et j’irai dans sa famille et on se fera un bon souper. Mais c’est bien correct. Je suis une des plus vieilles, au centre, une des seules qui vient depuis aussi longtemps. C’est comme une famille pour moi.

Les cadeaux commencent à être distribués au moment où Ethereal s’installe pour me parler. Elle ne veut pas rater son tour, alors très rapidement, elle déballe son bagage. Elle raconte une vie qui commence avec de sévères abus de la part de son père, la dépression à l’âge adulte, les premières années à danser dans les bars, puis la prostitution, les épisodes d’itinérance, les relations abusives avec des hommes violents, des consommateurs de drogues.

Aujourd’hui, Ethereal s’est sortie de tout. Elle a appris à gérer son stress sans médication. Elle a mis fin à une relation abusive de 16 ans avec un conjoint violent. Elle se tient la tête hors de l’eau grâce à La rue des femmes et aux Narcotiques anonymes, qu’elle fréquente cinq fois par semaine. Elle contrôle enfin sa vie.

J’ai 63 ans, il est trop tard pour me lancer dans une carrière. C’est un peu triste, mais je fais de mon mieux pour profiter de ma vie. Et j’évite tous ceux qui consomment des drogues, qui mènent une vie malsaine.

Nous, on honore leur force d’être vivantes encore avec tout ce qu’elles ont vécu, affirme Suzanne Bourret. Il y a un continuum d’abus. Et elles sont encore en vie. C’est formidable.

*noms fictifs

À la Maison Olga, le sapin et les tables avoisinantes débordent de sacs et de boîtes-cadeaux.
À la Maison Olga, le sapin et les tables avoisinantes débordent de sacs et de boîtes-cadeaux.Photo : Radio-Canada / Justine de l'Église

Ce soir, on oublie la souffrance pour quelques heures.

De retour dans la salle, Ethereal va chercher son cadeau. Nadia me montre les surprises qu’elle a reçues. À la table, on glousse. Les femmes se sont toutes mises à rire quand elles ont vu que les paquets-cadeaux contenaient des échantillons de produits de beauté dont l’emballage ressemble à… un condom.

Comme quoi, on peut rire de tout, tout le temps.

C’est des femmes qui sont dans la vie, s’enthousiasme Suzanne Bourret, les yeux brillants. Quand elles ne sont pas dans leurs blessures, ce sont des femmes formidables, d’une générosité, d’une force, d’une authenticité... Elles, elles ne jouent plus de games. Elles sont vraies. Et la joie, la joie des femmes, la capacité de fêter! Ce sont toutes des choses qu’on ne nous montre pas quand on parle de l’itinérance.

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La Roulotte ne sort généralement pas les mardis, mais on a fait une exception pour le réveillon de Noël.Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Fêter à l’abri, au Bunker

La roulotte de l’organisme Dans la rue est stationnée près du métro Berri-Uqam. Sa mission : offrir un répit aux jeunes qui en ont besoin; ils et elles peuvent s’y réchauffer, s’y sustenter et repartir comme bon leur semble.

La soirée est très tranquille. Les personnes entrent au compte-gouttes pour manger leurs hot-dogs. Les bénévoles papillonnent autour, leur offrent des cadeaux, encore plus de nourriture, des bonbons, des boissons. Il n’y a pas beaucoup de gens ce soir. Mais on se dit que s’ils ne sont pas ici, au moins c’est qu’ils sont avec des amis, de la famille, ou qu’ils ont une place quelque part, explique Alexandre Des Groseillers, coordonnateur de la roulotte et des bénévoles, qui porte une tuque où clignotent les mots « Joyeux Noël ».

Un de ces « quelque part » est le Bunker, un abri pour les jeunes de 12 à 21 ans, aussi administré par Dans la rue. C’est notre prochain arrêt. Son emplacement est tenu secret, parce que les jeunes de la rue sont des proies parfaites pour les gangs de rue qui recrutent, les proxénètes. Ici, on protège les jeunes du monde extérieur.

Dans le bureau, le téléphone ne dérougit pas. Les employés prévoyaient peut-être d’organiser quelques jeux, mais finalement, ils passent beaucoup de temps à gérer les va-et-vient des jeunes et à décrocher le téléphone pour répéter que la dizaine de lits pour garçons sont déjà pris.

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Deux intervenants du Bunker, un abri pour les jeunes administrés par Dans la rue.Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Dans la salle commune, une poignée de jeunes relaxent en groupe. L’un d’eux gratte une guitare. Un autre s’attaque à une montagne de tortellinis fromagés. Deux gars se chamaillent et se lancent des paquets-cadeaux par la tête en riant. L’un d’eux est Tony, 19 ans.

Entre un besoin de liberté, une chambre où il y a peu de place pour lui et un beau-père autoritaire, il a passé la dernière année à alterner entre sa famille, les courts passages en appartement et l’itinérance. Ce soir, il a choisi l’itinérance. Chez ma mère, je me serais juste ennuyé. Je n’aurais rien eu d’autre à faire que d’écouter des vidéos YouTube ou des animes sur Internet. J’aime ben mieux avoir du fun ici avec mes amis. Tony est bavard, et la conversation sur la rue dévie sans cesse vers Star Wars, Avatar et autres films dont nous discutons avec enthousiasme, comme La guerre des tuques. Et son sentiment par rapport à Noël? J’adore. C’est ma deuxième fête préférée, après l’Halloween.

Le coup de minuit passe complètement inaperçu chez les jeunes du centre.

À la table, un jeune prénommé Alex joue aux dés avec un des intervenants.

C’est à ça qu’ils jouent en prison!, lance un des garçons, taquin. Ben non, je sais pas. J’y suis jamais allé.

Règles apprises, c’est à mon tour d’affronter Alex. Les dés bondissent sur la table. Le premier match est serré. Je l’emporte 4 à 3. On s’affronte une seconde fois. J’enchaîne les coups gagnants jusqu’à l’ultime victoire, et Alex affiche un air catastrophé. Je me suis fait humilier!, s’exclame-t-il en se levant. Je me suis fait humilier par une fille!

Pendant ce temps, Tony bombarde notre photographe de questions, et s’entraîne à prendre des clichés de toutes sortes. Tout sourire, il me montre fièrement ses photos de clémentines et de bouteilles de boisson gazeuse.

Je poursuis ma visite du Bunker au sous-sol, où deux jeunes écoutent un film, écrasés sur des divans. J’y croise Yami, qui m’invite à visiter un peu les chambres. Il est seul à l’étage des filles, qui compte aussi une chambre pour les personnes trans. À 25 ans, Yami est reconnaissant d’avoir encore une place ici; les ressources pour trans se font rares.

Après quelques années passées dans la rue, qu’il connaît depuis ses 12 ans, Yami a depuis peu un logement. Il n’a pas vraiment besoin de dormir ici ce soir, mais il préférait ne pas réveillonner seul. Et ce, même s’il va se coucher plus tôt que les autres, parce que les groupes lui causent de l’anxiété.

Il m’annonce fièrement n’avoir pris aucune substance depuis 60 jours. Depuis qu’il a entamé sa transition, il va beaucoup mieux. Il est convaincu que ses tentatives de suicide sont chose du passé. Demain, Yami va rentrer chez lui et retrouver son bébé chat, à qui il manque un œil. Comme lui, c’est un rescapé de la rue.

Noël sombre

On m’avait prévenue que la période des Fêtes était normalement une période difficile pour les jeunes qui restent au centre. Parce qu’à Noël, certaines familles sont prêtes à reprendre leurs jeunes pour quelques nuits, mais cette chance n’est pas donnée à tous. Ceux qui ne retournent pas [dans leur famille] sont donc ceux qui sont plus maganés, m’avait expliqué Dave Dumouchel, le coordonnateur du Bunker. Tu es supposé être en famille, parce que c’est la joie… et au contraire, tu es dans la rue, tu consommes, tu t’en vas dormir dans un refuge où tu es avec d’autres dudes qui pètent, qui rotent et qui puent... C’est pas super winner.

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Dave Dumouchel est coordonnateur du Bunker.Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

La majorité des jeunes à qui j’ai parlé ont d’ailleurs connu les centres jeunesse. Une récente étude indiquait qu’une personne sur cinq issue des centres ou des familles d’accueil se retrouve à un moment ou un autre en situation d’itinérance. Ces jeunes du Bunker en sont les visages.

Je m’assois finalement avec Rémy, 21 ans. Capuchon sur la tête, sourire en coin, je le sens assez distant. Cette année encore, il est seul pour Noël. Il trouve ça dur? Non, je suis habitué, dit-il avec un rire sans joie.

Mais plus il parle, plus il laisse tomber quelques barrières. Il admet avoir une carapace. Il se confie sur sa détresse, ses pensées suicidaires. Finalement, il admet que oui, Noël est une période plus dure pour les jeunes. C’est une année comme toutes les autres, remplie de tristesse et de désespoir. On finit par s’habituer.

Le jeune homme indique qu’il n’a plus de contact avec son entourage. Il a appris le décès de sa mère il y a cinq mois. Il la voyait auparavant dans la période de Noël, mais ça faisait cinq ans qu’il ne l’avait pas fait. Ce souvenir est difficile à évoquer pour lui. Les remords le tiennent encore.

Il lui est arrivé d’être invité à passer Noël dans la famille d’un ami, mais il n’aime pas ça. Je hais ça comme le câlisse. C’est pas ma famille. Je ne me sens pas chez nous. Et puis, ça le confronte à sa propre solitude. Je n’ai pas cette chance-là. Et c’est chien.

Au moins, au Bunker, les gens se tiennent entre eux et forment une sorte de famille de fortune. On n’a pas le choix. Sinon, qui d’autre va nous aider? On a déjà de la misère en tant que jeunes dans la rue à se faire remarquer. Si on ne s’aidait pas, ça serait encore pire.

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André Daigle porte fièrement son chandail du Ironman.Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Le père Noël était toxicomane

25 décembre, 11 h

Le lendemain matin, à la bouche de métro Berri-Uqam, le square Émilie-Gamelin bourdonne de vie et déborde de manteaux, de vêtements, de sacs de couchage, de nourriture à donner. Des âmes charitables se sont réunies ici pour offrir des vêtements qui pourraient être utiles aux personnes en situation d’itinérance. Celles-ci examinent la marchandise étalée au sol, pêle-mêle, et remplissent des sacs en toile.

Un homme marqué par la rue se penche sur une boîte qui contient des petites douceurs de Noël.

Je peux en prendre?
Mais oui, voyons, c’est Noël! Prends-en, c’est pour tout le monde!
J’ai été élevé, moi! Je demande!

Derrière lui, un homme examine une ceinture, la place devant sa taille. C’est bon pour moi, ça!

Le fantôme d’André

Là où les gens papillonnent aujourd’hui, c’est exactement là où André Daigle se trouvait 18 ans plus tôt, le 6 décembre 2001. Bravant le froid en jaquette et en chaussons d’hôpital, bras nus, fesses à l’air, il attendait son dealer de coke.

André venait de se réveiller d’un coma, confus, désorienté. Il ignorait comment il avait atterri à l’Hôpital Saint-Luc et qui avait appelé l’ambulance. Mais il connaissait ce scénario. Ce n’était pas la première fois qu’il consommait trop de cocaïne, qu’il ne dormait pas des jours durant, qu’il dérapait et qu’il atterrissait aux urgences à l’article de la mort.

Lorsqu’il a ouvert les yeux et compris où il était, le désespoir l’a envahi. Je me suis dit pas encore. Je ne suis plus capable.

En fouillant les poches de ses vêtements, il a déniché 140 $. Une idée a germé. Pour ne pas éveiller les soupçons, il a laissé ses vêtements sur place, traversé la rue en jaquette pour se rendre au square Émilie-Gamelin. C’est là qu’il a acheté sept quarts de gramme de cocaïne – une quantité énorme – avec la ferme intention de les sniffer d’une traite. Il voulait ainsi mettre fin à ses 20 ans de consommation et à ses 37 ans de souffrance.

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André Daigle, ancien toxicomane, redonne au suivant depuis 2002.Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

André a commencé à consommer de la cocaïne à 22 ans. Il a fait un passage en prison au cours des années 1990 pour trafic de stupéfiants, a été interné en psychiatrie à deux reprises, souffrant de psychoses toxiques sévères. Il a enchaîné les jobs et les renvois, les thérapies et les rechutes, traîné avec des gens « pas recommandables » qui le tiraient vers le fond dès qu’il reprenait du mieux. Un cycle autodestructeur qui a pris racine dans une enfance marquée par l’alcoolisme et la violence conjugale dont il a été témoin.

Moi, être heureux, je ne savais pas c’était quoi. Quand j’ai commencé à consommer, j’ai découvert quelque chose. “Wow, j’ai du fun! C’est ben cool, ça!” Mais ça n’a pas duré longtemps. L’illusion d’avoir du fun, c’est temporaire.

Le 6 décembre 2001, André a sombré. Ce jour-là, il a pris la décision de mettre fin à ses jours. Sauf qu’il a survécu.

Les manteaux du père Noël

On dit souvent qu’il faut toucher le fond avant de remonter. C’est ce que croit André Daigle, aujourd’hui âgé de 55 ans, qui n’a pas bu une goutte d’alcool ni consommé un gramme de cocaïne depuis sa tentative de suicide. Il s’est remis sur pied en se concentrant sur ce qui le rendait heureux : la course. Il a maintenant 68 marathons et 2 Ironman à son actif. Et il a son fils de 7 ans, à qui il veut donner tout l’amour qui lui a manqué.

Depuis Noël 2002, plus heureux que jamais, André Daigle donne aux personnes vulnérables. Il investit de longues heures pour ramasser des manteaux et vêtements chauds, lavés, qu’il vient distribuer gratuitement à tout le monde. Il offre aussi de la nourriture, des cartes-cadeaux, de l’argent. On peut venir en prendre autant qu’on veut, qu’on vive dans la rue ou non. Parce que la misère n’a pas qu’un seul visage. Et ça, André Daigle le sait très bien.

Cet avant-midi, les bénévoles affluent. André n’est pas le seul à venir s’installer au square. Il y a deux autres groupes qui ont aussi des piles de dons. Et ça n’en finit plus : des gens qu’André ne connaît ni d’Ève ni d’Adam s’arrêtent sur le bord de la rue et viennent ajouter ponctuellement leurs dons aux siens.

Un homme observe la pile d’effets à donner toujours grandissante, et son visage s’illumine d’un coup. Ah man! Je viens de voir la veste de mes rêves!

Il bondit et extirpe de la pile une épaisse veste brune flambant neuve. Essaie-la! Tout sourire, l’homme accepte. D’un geste faussement langoureux, il baisse la fermeture éclair de son manteau. Je suis obligé de faire un strip-tease!, ce qui déclenche des éclats de rire. Le vêtement lui va comme un gant. J’en avais une pareille, mais on me l’a volée. C’est trop beau. Je capote.

Sans le savoir, l’homme se trouve à quelque pas de l’endroit où se trouve le spectre d’un autre André qui, des années plus tôt, attendait la mort, à moitié nu dans le froid de décembre.

Je me rappelle encore la souffrance que j’ai vécue cette journée-là, dit André. Et je suis pas mal sûr que la souffrance que j’ai vécue, eux, ils la vivent quotidiennement.

C’est pourquoi il revient chaque année les aider. Pour se rappeler d’où il vient, et pour répandre la joie qu’il a acquise aux prix de nombreux efforts.

Il n’est pas le seul à vouloir partager ce bonheur. Malgré la souffrance, le manque de ressources décrié par le milieu communautaire, les refuges qui débordent, il y a un noyau de gens dévoués qui essaie d’égayer les journées grises et froides des personnes en situation d’itinérance. À Noël, oui, mais aussi à longueur d’année.


Texte et recherche : Justine de l'Église | Photos et recherche : Patrick André Perron

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