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Image : L'actrice queer et mohawk Devery Jacobs

Un texte de Fanny Bourel Photographies par Evan Mitsui

Elle brille au Canada comme aux États-Unis. La comédienne Devery Jacobs séduit par son talent et son authenticité. Actrice, réalisatrice et scénariste, cette jeune artiste mohawk est aussi une porte-voix engagée pour la cause autochtone et LGBTQ+. Portrait d’une force tranquille qui est en train de faire tomber bien des barrières pour se construire un destin.

L’année 2021 aura été particulièrement marquante pour Devery Jacobs. Celle qui est originaire de Kahnawake a dû s’accrocher et oser pour concrétiser son rêve de jouer tout en restant fidèle à sa double identité queer et mohawk, mais elle y est parvenue.

Le coup du lapin. C’est l’image qu’utilise Devery Jacobs pour décrire la manière dont sa vie s’est accélérée ces derniers temps. Il s’est passé à peine trois mois entre la fin du tournage de la première saison de Reservation Dogs, son lancement sur la plateforme Hulu, l’engouement de la critique pour cette série 100 % autochtone réalisée par Taika Waititi et l’invitation faite à Devery Jacobs par les prix Emmy, l’équivalent des Oscars de la télévision, pour présenter un prix avec ses collègues de la série.

C’est un bon départ qui peut nous amener au jour où raconter des histoires de communautés peu couvertes sera la norme, et non l’exception , a-t-elle déclaré, lors de la cérémonie, en septembre dernier, devant le gratin de la télévision américaine.

En plus de tenir un rôle principal dans Reservation Dogs, qui raconte l’histoire de quatre jeunes Autochtones de l'Oklahoma n’hésitant pas à voler dans l’espoir de se rendre en Californie, Devery Jacobs s’est illustrée en octobre dans son premier film en français, Bootlegger, de l’artiste multidisciplinaire anichinabée, Caroline Monnet. Bientôt, elle sera l’une des voix d’ARK: The Animated Series, avec Elliot Page et Russell Crowe.

L'actrice Kawennáhere Devery Jacobs pose pour des portraits à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
Image : L'actrice Kawennáhere Devery Jacobs pose pour des portraits à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
Photo: Devery Jacobs marche à Toronto sous une pluie à la fin du mois d'octobre.  Crédit: Radio-Canada / Evan Mitsui

Un parcours fait de hauts et de bas

J’ai toujours voulu être actrice; c’est quelque chose qui a toujours fait partie de moi, raconte la jeune femme de 28 ans, dont le français est la troisième langue. Ce que je ne réalisais pas, c’est qu’il était véritablement possible pour moi, Mohawk et anglophone dans une province francophone, de réussir à avoir une carrière d’actrice.   

Si Alex Rice – qui est également née à Kahnawake, mais qui a grandi à New York – a joué dans plusieurs films de la saga Twilight, rares sont les artistes de la communauté à faire carrière à l’international. 

Devery avait de grands rêves et elle les a suivis, se félicite Kahsennenhawe Sky-Deer, grande cheffe de Kahnawake. Lorsqu’elle était plus jeune, on pouvait déjà dire qu’elle allait laisser sa marque, même si elle a toujours eu un côté calme et réservé.

L’actrice, qui vit aujourd'hui à Toronto, fait donc la fierté de sa communauté, au sein de laquelle les artistes qui peuvent servir de modèles pour les jeunes se font rares. 

Elle a un feu intérieur qui la pousse à avancer , confirme la réalisatrice Caroline Monnet, qui l’a dirigée dans Bootlegger.

Et de l’énergie, il lui en a fallu pour persévérer sur sa route vers Hollywood. Un chemin long de plusieurs années pendant lesquelles elle a failli tout abandonner pour se consacrer aux autres en devenant travailleuse sociale.

Tout a commencé à la compagnie de théâtre Turtle Island, aujourd’hui disparue, mais qui a permis pendant plus de 25 ans aux jeunes et aux moins jeunes de Kahnawake de pratiquer l’art dramatique. La petite Devery Jacobs y a fait ses premiers pas sur scène, notamment pour jouer dans Le magicien d’Oz. 

Quand est venu le temps pour elle de faire son entrée au cégep, l’adolescente souhaitait au fond de son cœur être devant la caméra, mais cette ambition lui semblait irréaliste à l’époque. Elle s’est alors inscrite dans un programme d’intervention correctionnelle pour les jeunes et les adultes au Collège John Abbott, à Sainte-Anne-de-Bellevue. 

Je me suis dit que si je ne pouvais pas suivre mon premier amour, le jeu, je voulais pouvoir aider les Autochtones, et j’ai donc choisi le programme d’intervention correctionnelle pour les jeunes et les adultes, explique-t-elle. 

En 2012, alors qu’elle avait 19 ans, Devery Jacobs a décroché le rôle principal dans Rimes pour jeunes goules (Rhymes for Young Ghouls), un long métrage fantastique du réalisateur mi’kmaw Jeff Barnaby. Sa performance lui a valu de remporter le prix de la meilleure actrice dans un rôle principal aux prix Écrans canadiens en 2014.

Ce tournage s’est avéré déterminant pour elle. À ce moment-là, je me suis dit qu’il n’y avait rien d’autre que je voulais faire dans ma vie, se rappelle-t-elle. Cela m’a prouvé que j’en étais capable et que j’arrivais à porter un film.  

Voyant en elle un talent prometteur, le quotidien Montreal Gazette l’a d’ailleurs incluse dans sa liste des artistes de Montréal à surveiller en 2014. Pour faire décoller sa carrière, Devery Jacobs a quitté le Québec la même année pour New York. 

Toutefois, là-bas, c’était la désillusion. Je n’avais pas réalisé que l’expérience que j’avais vécue sur le tournage de Rimes pour jeunes goules, réalisé par un cinéaste et scénariste [mi’kmaw], ne représentait pas la norme, indique-t-elle. J’ai constaté qu’il y avait très peu de rôles pour des femmes autochtones et qu’ils étaient souvent stéréotypés.

Or, pas question pour cette militante de jouer les femmes autochtones soumises, vêtues de peaux de bêtes, dans des films d’époque. 

À cette réalité, s’est ajoutée la déception de rater de peu des rôles importants, notamment dans Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi. 

C’est alors que Devery Jacobs est rentrée à Kahnawake, abattue et sans argent. Sa famille, inquiète pour elle, l’a poussée à reprendre ses études pour devenir travailleuse sociale. 

Mais je sentais au plus profond de moi-même que je devais tenir bon et que, si je continuais à y travailler, je finirais par pouvoir jouer les rôles que je voulais interpréter et à en vivre , dit-elle.

L'actrice Kawennáhere Devery Jacobs pose pour des portraits à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
Image : L'actrice Kawennáhere Devery Jacobs pose pour des portraits à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
Photo: La comédienne mohawk originaire de Kahnawake, Devery Jacobs.  Crédit: Radio-Canada / Evan Mitsui

Un déclic pour faire entendre sa voix

Je me sentais frustrée et démunie à l'époque , raconte Devery en se rappelant cette période où elle a décidé de prendre son destin en main.

C’est à nouveau un film, le sien cette fois, qui l’a poussée à continuer. En 2016, elle a en effet réalisé son premier court métrage, Stolen – qui porte sur les femmes autochtones disparues et assassinées –, grâce à une campagne de sociofinancement. 

Avant de quitter New York, une réalisatrice a posé une question à Devery qui l’a plongée dans une crise existentielle, pour reprendre ses propres mots. Quel était son rêve, que voulait-elle jouer? Au bout de deux mois, Devery lui a fait part d’idées qui la passionnaient. Néanmoins, la réalisatrice avait changé de carrière entre-temps. Ce revirement l’a amenée à une prise de conscience.

« Ce qui m’a frappée, c’est que je comptais sur cette femme juive new-yorkaise pour raconter les histoires de ma communauté, alors que j’étais tout à fait capable d’avoir ma voix bien à moi.  »

— Une citation de  Devery Jacobs

Ce moment a marqué un tournant décisif pour la jeune actrice, qui a décidé de se mettre à créer pour donner vie à ses propres histoires : Cela m’a rendue autonome. Si je peux obtenir un rôle en tant qu’actrice, c’est super. Si ce n’est pas le cas, tant pis; je serai quand même épanouie sur le plan créatif en écrivant ou en produisant mes propres projets.  

Après Stolen, la cinéaste-actrice a coréalisé et scénarisé deux autres courts métrages, Rae et Ara Marumaru, tout en continuant de jouer. 

Elle a notamment tenu des rôles récurrents dans la série Netflix The Order ainsi que dans la troisième saison de Cardinal aux côtés de Karine Vanasse.

Studieuse et hyper disciplinée, elle est très investie dans ses rôles , constate Caroline Monnet.

Ce travail assidu l’a amenée à devenir l’une des vedettes de la série Reservation Dogs, lancée au début du mois d’août, et à décrocher un rôle dans Rutherford Falls, diffusée sur Peacock, la plateforme de NBC.

Elle a aussi été choisie pour être l’un des visages de la campagne automnale de la chaîne de grands magasins Holt Renfrew et de la maison de joaillerie Birks.

Signe que la carrière de Devery Jacobs est sur une belle lancée, l'actrice a également été choisie pour prêter sa voix à Alasie, une adolescente inuk, dans la fiction ARK: The Animated Series. L’an prochain, son nom côtoiera donc ceux de vedettes telles Elliot Page, Russell Crowe, Vin Diesel et Michelle Yeoh au générique de cette version animée de la populaire série de jeux vidéo.

L'actrice Kawennáhere Devery Jacobs pose pour des portraits à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
L'actrice Kawennáhere Devery Jacobs pose pour des portraits à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Pour la deuxième saison de Reservation Dogs, prévue en 2022, elle fera partie de l’équipe de scénaristes, en plus de se glisser à nouveau dans la peau d’Elora Danan.

« Il s’est passé plus de choses dans ma vie professionnelle ces derniers mois qu’au cours des 10 dernières années.  »

— Une citation de  Devery Jacobs

Comment vit-elle cet emballement? 

Je reste concentrée sur mon travail, car si je commence à penser à tous les yeux posés sur moi, cela va me faire un petit peu peur , répond-elle. Pour l’aider à garder la tête froide, elle peut compter sur les quatre années de thérapie qu’elle a suivies et qui lui ont appris à être plus ancrée et plus [elle-même].

L'actrice Kawennáhere Devery Jacobs pose pour des portraits à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
Image : L'actrice Kawennáhere Devery Jacobs pose pour des portraits à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
Photo: Portrait de l'actrice Kawennáhere Devery Jacobs à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.  Crédit: Radio-Canada / Evan Mitsui

Forte de son identité mohawk

L’été dernier, est sorti le film Beans, réalisée par Tracey Deer, qui vient aussi de Kahnawake. C’était fou de voir notre histoire portée à l’écran. Il y avait eu des documentaires sur la crise d’Oka, dont ceux d’Alanis Obomsawin, qui sont incroyables, mais je n’avais jamais vu un film de fiction sur le sujet, raconte-t-elle.

La crise d’Oka s’est déroulée trois ans avant la venue au monde de Devery Jacobs, mais ces événements ont influencé son devenir, car ils ont catalysé un renouveau de la fierté mohawk, dont elle est aujourd'hui l'incarnation.

Devery Jacobs ne se considère pas comme une Canadienne, mais avant tout comme une Mohawk. Le peuple mohawk est réparti de part et d’autre de la frontière, dit celle qui a de la famille du côté américain. Notre territoire a été divisé par des frontières coloniales. Nous existions avant ces frontières.

Pour la jeune artiste ambitionnant de raconter des histoires, cette identité affirmée se double d'un sentiment de devoir non seulement interpréter des personnages qui rendront sa communauté fière, mais aussi ouvrir des portes dans l'industrie pour les autres réalisateurs et réalisatrices autochtones qui viendront après elle. Je pense absolument porter cette responsabilité, souligne-t-elle. 

Quand elle regarde l'histoire du cinéma et de la télévision, elle constate que la représentation des personnes autochtones a trop souvent pris la forme de westerns dans lesquels elles tenaient le mauvais rôle et se faisaient tuer, sans oublier les non-Autochtones à la peau rougie, pour les caricaturer grossièrement. 

« On a si peu entendu parler de nos communautés. Pour moi, c'est une injustice que les Autochtones n'aient pas été représentés comme il le faut plus tôt.  »

— Une citation de  Devery Jacobs

Heureusement, la représentation des Autochtones à l'écran évolue depuis quelques années;  un changement qui aurait dû se produire depuis longtemps, selon elle, mais qui la rend très heureuse et enthousiaste pour l'avenir. 

Soucieuse de donner de la visibilité à des talents autochtones, elle a confié la confection de la robe sur mesure qu'elle portait à la remise des prix Emmy à la créatrice anichinabée Lesley Hampton, installée à Toronto. Une robe blanche transparente parsemée de plumes et brodée de sequins dorés ainsi que de perles argentées qu'elle a portée avec de très longues et majestueuses boucles d'oreilles en miroir imaginées par Indi City, une marque de bijoux autochtone lancée à Calgary par deux personnes bispirituelles. 

On voulait mettre en valeur les créations d'Autochtones, dit-elle au sujet de ce style composé en seulement 10 jours. Quand je le peux, j'essaie de soutenir les créateurs et créatrices PANDC et de la communauté queer ainsi que la mode durable et écologique.

Même si son parcours cinématographique l'a éloignée du travail social auquel elle se consacrait dans un refuge pour femmes autochtones à Montréal, Devery Jacobs reste une militante, et elle se sert de sa personnalité publique pour faire entendre la cause autochtone, notamment en ligne. 

J'espère aider les Autochtones en les représentant à l'écran et en utilisant toutes les plateformes que j'ai pour sensibiliser les gens aux droits des Autochtones, expose-t-elle. Par exemple, j'ai parlé de la mort de Joyce Echaquan.

Portrait de l'actrice Kawennáhere Devery Jacobs à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
Image : Portrait de l'actrice Kawennáhere Devery Jacobs à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.
Photo: Portrait de l'actrice Kawennáhere Devery Jacobs à la Burdock Brewery, à Toronto, le 26 octobre 2021.  Crédit: Radio-Canada / Evan Mitsui

Un Black Panther autochtone?

Sourire aux lèvres, voix veloutée et posée : Devery Jacobs affiche une force tranquille qui a tout de suite plu à Caroline Monnet quand elle cherchait la personne pour incarner Mani dans Bootlegger.

Elle a du charisme et une belle présence, note celle qui loue l’humilité et la générosité de son actrice. La caméra l’aime; elle se fait remarquer à Los Angeles. Elle a tout ce qu’il faut pour aller très loin.  

Si Devery Jacobs espère effectivement briller encore plus à Hollywood, elle est bien décidée à rester fidèle à sa volonté de faire vivre sur grand écran ses propres histoires. 

La jeune artiste fourmille donc de projets en ce sens. Elle a coécrit This Place, une fiction tournant autour d’une femme mohawk, de personnes réfugiées et de leurs filles qui tombent amoureuses, en plus d’y jouer. 

Devery Jacobs a également écrit un long métrage intitulé High Steel, qui n’est pas encore tourné, mais qui porte sur les personnes mohawks venues édifier des immeubles et des ponts en acier à New York. Des membres des deux côtés de ma famille ont travaillé à construire des gratte-ciel à Manhattan, et c’est une histoire que trop peu de gens connaissent.

Enfin, celle qui a été gymnaste de compétition à l’échelle provinciale lorsqu’elle était plus jeune prépare aussi un long métrage centré sur l’univers de la claque (cheerleading en anglais), qu’elle compte tourner l’année prochaine. L’intrigue de ce film tournera autour de la rencontre entre une jeune athlète queer de cette discipline et sa nouvelle entraîneuse, plus âgée, qu’elle idolâtre et qui est aussi lesbienne.

Ce qui m’inspire le plus, c’est ma communauté et les gens ordinaires qui se battent pour vivre et s’occuper de leurs enfants, indique Devery. Je suis plus intéressée par les gens de la classe ouvrière, les personnes queers, celles qui sont autochtones et tous ceux et celles qu’on n’a pas encore entendus.

Grande admiratrice de Taika Waititi, elle est également fan des cinéastes Andrea Arnold, à qui l'on doit plusieurs épisodes des séries Transparent et Petits secrets, grands mensonges (Big Little Lies), ou encore Barry Jenkins – réalisateur de Moonlight : l’histoire d’une vie (Moonlight) et de Si Beale Street pouvait parler (If Beale Street Could Talk) –, mais aussi du Québécois Jean-Marc Vallée.

Café de Flore est un de mes films préférés; il m'a beaucoup émue, avoue-t-elle. Jean-Marc Vallée a raconté une histoire d'une manière non linéaire qui met en avant l'émotion.

Un jour, Devery Jacobs, qui a joué dans deux films d’horreur de Jeff Barnaby – Rimes pour jeunes goules et Rouge Quantum (Blood Quantum) –, aimerait aussi peut-être explorer le genre du film d’horreur autochtone : Je pense qu’il y a vraiment une manière de faire des films d’horreur indépendants, belle et de bon goût, que les gens sous-estiment, et que les peuples autochtones ont des légendes effrayantes.

Celle qui aime interpréter des rôles physiques se verrait bien également à l’affiche d’un film Marvel et rêve aussi d’un Panthère noire (Black Panther) autochtone. J’étais émue en regardant Black Panther, parce que je n’avais jamais vu un film comme ça et je pouvais imaginer ce que devait ressentir la communauté noire en se voyant super humaine sur un écran, se rappelle-t-elle. J’ai hâte d’être au jour où les Autochtones pourront aussi faire ça.

Sa rencontre avec Joséphine Bacon

En octobre, Bootlegger est arrivé en salle, avec Devery Jacobs en tête d'affiche, aux côtés de Pascale Bussières et de Joséphine Bacon. 

« Elle a eu le courage de porter un film en français, qui est sa troisième langue. »

— Une citation de  Devery Jacobs

Mon personnage parle mieux français que moi, explique celle qui a été accompagnée par un professionnel pour la préparation de ce rôle. Je suis tellement reconnaissante à Caroline de m'avoir fait confiance.  

Devery Jacobs a été touchée par l'histoire de Mani. Cette étudiante revient dans sa communauté autochtone, où les gens parlent français, après avoir vécu dans un milieu anglophone; une réalité inspirée de la propre vie de Caroline Monnet, qui a été élevée en français, alors qu'elle vient d'une communauté anichinabée plutôt anglophone. Mani est déconnectée de sa communauté à cause de cette barrière de la langue et du fait qu'elle n'y a pas grandi, précise l’actrice. J'ai trouvé cela très intéressant.

La grand-mère de Mani est incarnée par Joséphine Bacon, dont Devery a apprécié la patience et la présence, entre autres qualités : Elle est tellement belle, autant intérieurement qu'extérieurement. Elle est forte, solide, mais très gentille en même temps. Je n'ai que de bons mots pour elle.

Au-delà du défi linguistique qu’il représentait, ce tournage en français a permis à Devery Jacobs de réaliser que les peuples québécois et mohawk avaient plus de choses en commun qu'elle le croyait. Chacun lutte pour préserver sa culture et sa langue de l'assimilation à la culture anglo-canadienne, sauf que notre combat est de préserver notre culture traditionnelle face à la fois aux cultures canadienne et québécoise.

Témoin du talent d’actrice de Devery Jacobs, Caroline Monnet voit en elle un modèle pour les Autochtones, notamment pour la jeune génération, qu’elle inspire. Elle comprend sa responsabilité et elle ne la prend pas à la légère, dit-elle. On a besoin de modèles comme elle en ce moment

Elle est en train de faire tomber beaucoup de murs et de plafonds , ajoute la cinéaste. Des plafonds brisés qui ouvrent à Devery Jacobs la voie pour devenir à son tour une icône hollywoodienne. 

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