•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Image : Plan aérien du fleuve Saint-Laurent et du Port de Trois-Rivières.

Texte : Julie Grenon

L’extraordinaire développement industriel au début du siècle dernier a attiré à Trois-Rivières des milliers d’ouvriers. L’arrivée d’autant de familles à loger a provoqué une crise du logement. Il a même fallu un miracle pour y remédier dans les années 40. Dans les années 50, les Trifluviens ont déserté le centre-ville pour s’installer dans des bungalows. Au tournant des années 70, on a démoli puis reconstruit tout un quartier de la ville pour reloger 170 familles démunies. Débute alors l’étalement urbain.

Aujourd'hui, Trois-Rivières se tourne vers son passé pour mieux envisager son avenir. Voici son histoire, de la rue principale et son magasin général aux centres commerciaux du futur.

Image : Une série d'immeubles résidentiels avec des escaliers en colimaçon sur la rue Sainte-Cécile à Trois-Rivières.
Photo: Les triplex étaient bâtis collés les uns aux autres. En voici un exemple sur la rue Sainte-Cécile.   Crédit: Radio-Canada / Jean-François Fortier

Les quartiers ouvriers

Pierre Saint-Yves est né sur la rue Sainte-Angèle en 1956 dans un logement typique du quartier ouvrier de Sainte-Cécile.

Son père travaillait à la fonderie Canron. Quand mon père rentrait à la maison le soir, ses vêtements étaient pleins de goudron. À la fin de la semaine, on devait les jeter. Des conditions de travail difficiles, partagées par les milliers d’ouvriers qui travaillaient soit dans les usines de textile, soit dans les papetières ou dans les nombreuses usines et manufactures qui se sont installées à Trois-Rivières au tournant du 20e siècle.

De 1908 à 1922, six grandes industries se sont implantées en ville, attirant un nombre sans précédent d’ouvriers à loger. De 1900 à 1930, la population trifluvienne triple et passe de 10 000 à 35 000 habitants. Les besoins en logements sont énormes et l’espace est restreint. On assiste à une crise du logement.

Pour y remédier, entre 1910 et 1920 sont rapidement construits les quartiers Sainte-Cécile, Notre-Dame-des-Sept-Allégresses et Saint-Philippe, que l’on appelle aujourd’hui les premiers quartiers. Des rues entières de maisons en rangée sont alors aménagées à l’ombre de la papetière Canadian International Paper (CIP) et de l’usine de textile Wabasso.

C’était l’époque où l’on pouvait tout faire à pied, avant la démocratisation de l’automobile.

C’est là que Pierre Saint-Yves a grandi jusqu’à ses 13 ans. Ma vie était concentrée dans un kilomètre carré au centre-ville. On vivait là où l’on travaillait. Dans ce kilomètre carré ou à peu près, les Trifluviens trouvent tout ce qu’il leur faut pour vivre : vêtements, nourriture, fournitures de toutes sortes, écoles, hôpital, banques, caserne d’incendie, palais de justice et prison. Même que le laitier passait encore chez nous, se rappelle-t-il.

Image : Le curé Chamberland entouré de citoyens dans les années 40.
Photo: Le curé Chamberland pose les blocs de ciment de l’une des premières fondations de maisons de la Coopérative d’habitation.  Crédit: Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, Fonds Famille Sadoth Tessier 04T_P149S3D12_Fabrique bénévole de blocs de ciment_1944

Le « miracle » du curé Chamberland

En 1942, voyant que ses paroissiens ont du mal à se construire une vie digne, le curé Chamberland mobilise une dizaine d’hommes et fonde la Coopérative d’habitation de Sainte-Marguerite. La crise du logement avait poussé les moins nantis à vivre en périphérie avec peu de moyens. Il les convainc de construire 10 maisons de leurs propres mains.

Le principe est simple : les chefs de famille payent à la Coopérative une somme de 10 $ pour le terrain puis 25 $ par mois pour l’hypothèque. En échange, ils doivent retrousser leurs manches et fournir 4 heures de travail par jour – en plus de leur journée de travail à l’usine – pour construire les maisons sous la supervision de contremaîtres engagés. À la fin de la construction, les maisons sont octroyées par tirage au sort.

Des centaines de maisons de style duplex ont été construites par la Coopérative Sainte-Marguerite.

Photo prise en 1966.
Les hommes, futurs propriétaires, s'engageaient à consacrer 4 heures par jour à la construction de leur maison. Il n’était pas permis de s'absenter, sauf s’ils arrivaient à se trouver un remplaçant. Photo : Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, Fonds Famille Sadoth Tessier04T_P149S3D12_vers 1966

Aux yeux des croyants, l'œuvre du chanoine Louis-Joseph Chamberland dans Sainte-Marguerite relève ni plus ni moins du miracle. C’est le mot qu’utilise monseigneur Albert Tessier pour décrire la mission du curé Chamberland dans le quartier Sainte-Marguerite dans un livre publié en 1952.

Le mérite principal du dynamique curé Chamberland a été de transformer en propriétaires des centaines de pauvres gens qui semblaient totalement incapables moralement et financièrement de sortir de leur condition.

Extrait du livre : Le miracle du Curé Chamberland, par monseigneur Albert Tessier

Yolande Thibeau a grandi dans le quartier avec ses 10 frères et sœurs. Mon père a construit en 1949. Il travaillait à la fonderie Canron. Pour avoir accès à la Coopérative, les chefs de famille devaient absolument fonder une famille.

Pour un enfant, la vie était merveilleuse, se rappelle Yolande. Quand j’avais 12 ans, on a calculé qu’on était 100 enfants à vivre sur une centaine de mètres seulement sur la rue du chanoine Chamberland. Notre terrain de jeux, c’était la rue et les cours de tout le monde. Elle se souvient d’un curé bienveillant envers les enfants. Il nous passait toujours une main sur la tête.

Le curé Chamberland entouré de plusieurs enfants.
On raconte que les enfants étaient impressionnés par sa « grosse voix », mais il était aussi, dit-on, bienveillant avec eux.Photo : Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, Fonds Famille Sadoth Tessier 04T_P149S3D12_Curé Chamberland

Et aujourd’hui, elle garde le souvenir d’un homme surtout influent. Ma mère voulait que mon père finisse le sous-sol. On avait besoin d’espace. Mon père disait non. Elle s’est servie du curé. Elle lui aurait dit apparemment : "Vous avez voulu qu’on ait des enfants. Alors moi j’ai besoin de place, et ça me prend une cave en ciment. Vous devriez en parler à mon mari". Mon père a finalement fait finir le sous-sol.

Yolande Thibeau est revenue vivre dans la maison de son enfance. Au fil des années, ses fils l’ont habitée et ils y ont élevé leurs propres enfants. Aujourd’hui, c’est sa petite-fille qui vit à l’étage. Elle prévoit l'acheter dans quelques années.

Janine Bellerive-Lebel, elle, n’a jamais quitté sa maison de la rue Guimont, bâtie par son mari suivant le principe de la Coopérative Sainte-Marguerite en 1956. Ses grands frères sont aussi devenus propriétaires grâce à lui. Soixante-cinq ans plus tard, elle profite encore de cette idée de génie du curé Chamberland. Le loyer du haut était offert à coût modique, ce qui aidait le propriétaire à payer l'hypothèque. Le curé Chamberland faisait œuvre utile pour deux familles.

« Avoir une maison, c’était un rêve inaccessible pour la majorité des gens qui travaillaient pour la Coopérative. Si le curé Chamberland n’avait pas eu cette idée de génie, la majorité ne serait jamais devenue propriétaire. »

— Une citation de  Janine Bellerive-Lebel, résidente du quartier
Des hommes qui travaillent sur un chantier à Trois-Rivières.

Extrait du film Le miracle du curé Chamberland - 1952

Photo : BAnQ / Office provincial de publicité, Éditions Bien public - 1952 - Réalisateur : Albert Tessier

Image : Il y a plusieurs maisons dans un quartier près du pont Laviolette en 1978.
Photo: Des quartiers entiers de bungalows sont construits un peu partout dans la ville.  Crédit: BAnQ E10,S44,SS1,D78-725, DANIEL LESSARD 1978

De 1945 à 1975 : les années glorieuses

C’est l’ère des fameux bungalows. Les Trifluviens ont besoin d’espace et le champ est libre. 

Vivre près de son lieu de travail n’est plus une nécessité. Tout le monde possède une voiture et le réseau routier se développe de façon exponentielle. Le cœur économique bat toujours au centre-ville, mais on dort ailleurs.

Une carte interactive qui présente les premiers quartiers avant 1950, la première couronne de développement entre 1950 et 1950 ainsi que la deuxième couronne de développement entre 1980 et aujourd'hui.
À partir des premiers quartiers, la carte montre globalement comment les Trifluviens ont développé leur territoire depuis les 100 dernières années.Photo : Radio-Canada / Design Martin Labbé

Le quartier de Normanville et la Terrasse Duvernay

Pendant que le quartier Sainte-Marguerite prend forme, un autre secteur de la ville se déploie : le quartier de Normanville. Dans les années 40, un homme d’affaires influent de la ville, Marcel Laflamme, flaire la bonne affaire et achète une vaste superficie de terrains en haut du coteau Saint-Louis.

Mon père avait une vision. La fille de Marcel Laflamme, Renée Laflamme, demeure encore dans le quartier de son enfance, sur le boulevard du Carmel. Ce qu’il proposait aux familles, c’était la campagne à la ville. Il y avait de grands parcs. Mon père avait à cœur l’environnement. On m’a dit qu’il était hors de question pour lui de faucher un arbre si ce n’était pas nécessaire.

Le projet immobilier est gigantesque pour l’époque. Les gens disaient à mon père : "T’es fou Laflamme", mais peu de temps après, ces mêmes personnes se sont installées dans Normanville.

Mon père voulait un équilibre architectural. Les autoconstructeurs devaient absolument respecter les plans et normes établis par Laflamme. Le projet a attiré de nombreux professionnels.

Renée Laflamme sur un terre-plein dans le quartier de Normanville à Trois-Rivières avec une photo ancienne de son père, Marcel Laflamme.
Renée Laflamme avec son père Marcel Laflamme, homme d'affaires.Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

Dans les années soixante, Marcel Laflamme s’est attaqué au développement d’un autre secteur, cette fois à Trois-Rivières-Ouest : la Terrasse Duvernay. Fidèles à sa vision, les rues de ce quartier sont encore aujourd’hui parmi les plus belles de la ville. Les arbres y sont rois. Une rue ainsi qu’un parc, sur la rue des Poitiers, portent aujourd’hui son nom. 

Le district Les Rivières

Le nord de la ville se développe. Un deuxième centre commercial est construit sur le boulevard des Forges. C’est dans ce secteur qu’atterrit la famille Saint-Yves en 1970. Elle quitte son logement de la rue Saint-Angèle pour s’établir dans le quartier de la Mission Sainte-Thérèse, mettant la main sur un petit bungalow tout neuf de la 15e Rue. Coût de la transaction : 18 000 $. Ils améliorent leur sort.

« Aller au nord de la ville c’était presque gagner un statut. Tu n’habitais plus dans le bas de la ville, tu montais. »

— Une citation de  Pierre Saint-Yves, Trifluvien

Il ne faut pas oublier que le premier coteau, où se trouve le quartier Saint-Sacrement, c’était les nantis qui étaient là, poursuit Pierre Saint-Yves. D’une certaine façon, on les dépassait… On allait plus loin qu’eux autres. J’imagine qu’on devait avoir cette impression qu’on gagnait en standing.

Simultanément, près de chez lui, dans un autre kilomètre carré ou un peu plus, se construisent le Centre Les Rivières, l’université, le cégep, le poste de police, le pavillon De La Salle, l'hôpital Sainte-Marie et tout un réseau routier.

La démolition du quartier Notre-Dame-de-la-Paix

Dans les années 60, au cœur de cette expansion subsiste un quartier qui semble coincé dans la misère d’une autre époque : Notre-Dame-de-la-Paix. Dans les journaux, on utilisait les mots cambuses ou taudis sordides pour décrire les habitations qui s’y trouvaient.

Jocelyne Lupien habitait sur le boulevard des Forges avec ses 19 frères et sœurs. Chez nous, c’était propre, mais mes parents passaient la nuit debout pour chauffer le poêle à bois. On n’avait pas de bain, ni d’eau chaude. Parmi ses voisins, certains n’avaient même pas de toilette. Du prélart était déposé sur le sol en terre battue. Comme bien d’autres maisons du secteur, leur logement était mal isolé. 

Ce secteur autrefois nommé La Pierre avait pris racine dans les années 30. La crise du logement avait poussé des citoyens à s’établir hors du centre urbain à l’angle des Récollets et des Forges. Des habitations de fortune y ont été construites. Oui, on y vivait en situation de pauvreté, mais avec un sens de la solidarité à toute épreuve. 

Elle refuse de parler en mal de Notre-Dame-de-la-Paix, aujourd’hui appelé le secteur Jean-Nicolet. Elle se rappelle les grandes fêtes de quartier. Les familles se réunissaient au parc. La communauté était tissée serrée. On avait des petits commerces autour, une église, un centre de loisirs, une école. Au tournant des années 70, absolument tout sera démoli.

L’Office municipal d’habitation construit 170 logements sociaux entre les rues Chanoine-Moreau et des Cyprès. C’était comme gagner au gros lot. On avait plus d’espace et surtout on avait un bain et une douche avec l’eau chaude. Ça a changé la vie de ma mère. Elle avait une cuisinière électrique et un frigidaire. Fini le poêle à bois.

Image : Plusieurs personnes participent à une braderie au centre commercial en été.
Photo: Le 2 août 1963, le Centre commercial Trois-Rivières célèbre son deuxième anniversaire.   Crédit: Collection Patrimoine Trois-Rivières

La conquête de l’Ouest

Pendant que Trois-Rivières élargit son territoire vers le nord, naît à l’ouest une nouvelle ville. Trois-Rivières-Ouest devient officiellement une municipalité en 1963. Son développement est propulsé par l’arrivée du centre commercial Trois-Rivières-Ouest, la construction du pont Laviolette dans les années 60, de même que les autoroutes 55 et de Francheville dans les années 70.

Pour la nouvelle ville de Trois-Rivières-Ouest, la venue du centre commercial fait sonner les coffres de la Ville.

Dans la fiscalité municipale dans les années 30, 40, 50, 60, il y avait une taxe de vente qui existait sur les achats. Un pourcentage de cette taxe retournait dans la municipalité ou le bien avait été acheté, explique l’historien Yannick Gendron. Et c’est maintenant à Trois-Rivières-Ouest que les Trifluviens magasinent.

« Dans ma p’tite ville on était juste quatre mille
Pis la rue principale a s’appelait St-Cyrille
La coop, le gaz bar, la caisse-pop, le croque-mort
Et le magasin général
Quand j’y r’tourne ça m’fait assez mal
Y’é tombé une bombe su’a rue principale
Depuis qu’y ont construit le centre d’achat »

- Extrait de La rue Principale, Les Colocs

Avec leur chanson La rue Principale, Les Colocs ne pouvaient pas mieux faire écho au sort qu’ont connu les centres-villes. Celui de Trois-Rivières n’a pas échappé à la tendance; sa longue agonie s’est amorcée dans les années 70. 

Plus besoin d’aller chez J-L Fortin ou au magasin général J.B. Loranger, sur la rue des Forges, pour tout trouver. Les centres commerciaux ont désormais la cote.

Mon arrière-grand-père avait le magasin général J.B. Loranger. C’était le Walmart de l’époque. Tout d’un coup, ça ne convenait plus parce que les gens avaient des voitures, témoigne Marc-André Godin, chef de la division de l’urbanisme à la Ville de Trois-Rivières.

À la fin des années 70, le magasin général de son arrière-grand-père a fermé boutique. Ça signifiait beaucoup. Quand le magasin général qui a pignon sur rue dans le principal centre urbain ferme ses portes, c’est un deuil important.

Chargement de l’image
Marc-André Godin, chef du département de l’Urbanisme Ville de Trois-RivièresPhoto : Radio-Canada / Jean-François Fortier

Dans les années 80, lorsque Denis Ricard arrive au service de l’urbanisme de l’ancienne Ville de Trois-Rivières, le centre-ville est sous respirateur; c’est un lieu de pauvreté et d’insalubrité.

En 1984-85, on a réveillé le centre-ville. On a mis en place une stratégie pour assurer sa protection patrimoniale et on a réalisé les investissements majeurs qu’on souhaitait, dit l’urbaniste aujourd’hui retraité.

S’amorce alors une planification à long terme pour la rue des Forges et ses rues attenantes afin de leur redonner un air de jeunesse.

On a ramené les directions et des services gouvernementaux dans le centre-ville. C’était des éléments structurants qui amenaient une masse de travailleurs, pour faire vivre des commerces.

Chargement de l’image
Denis Ricard, urbaniste retraité de la Ville de Trois-Rivières. Il a occupé la fonction de chef du département de l’urbanisme après les fusions municipales jusqu’à sa retraite en 2017. Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

On attire donc de plus gros joueurs, mais il faut prendre soin des plus petits. Les commerçants ont la langue à terre. L’entretien extérieur des bâtiments est négligé et souvent réparé avec des matériaux bon marché comme de la tôle. On est arrivés avec une réglementation sévère pour protéger notre patrimoine, se souvient Denis Ricard, qui a incité les propriétaires à rénover leur façade. On allait chercher une photo d’origine et on disait : "On sait que derrière ton revêtement, si tu enlèves ça, tu vas trouver par exemple de la brique".

On a aussi cherché à attirer une clientèle au centre-ville par la culture. À la fin des années 90 et dans les années 2000, on a misé sur le tourisme en valorisant le volet patrimonial et historique de notre centre-ville, relate Marc-André Godin.

Les nombreux restaurants, la rue des Forges piétonne, le Festivoix, l’axe des spectacles avec notamment l'Amphithéâtre, la mise en valeur de l’histoire de la ville avec la vieille prison, le Musée des Ursulines et le Musée POP offrent aux visiteurs et aux résidents de nouvelles raisons de visiter le centre-ville.

Image : Plusieurs personnes qui marchent sur la rue des Forges au centre-ville fermée aux voitures.
Photo: Rue des Forges, au printemps  Crédit: Radio-Canada / Jean-François Fortier

Trois-Rivières, aujourd’hui et demain

Denis Ricard habite une maison unifamiliale dans le quartier de Normanville. À cinq minutes de marche, il a accès à des restaurants, à une quincaillerie, à une boulangerie et même à une couturière. N’eût été le déménagement du Provigo sur le boulevard des Forges, il y a quelques dizaines d’années, il pourrait encore aujourd’hui aller faire son épicerie à pied. Pour l’urbaniste, c’est le milieu de vie idéal. Si toutes les banlieues étaient construites comme ça, ce serait parfait.

Cette perfection, le conseiller sortant du district Les Rivières, Claude Ferron, en rêve. Sa proposition : transformer le Centre Les Rivières.

Dans les années 60 et 70, les centres commerciaux ont été construits à l'extérieur du centre urbain précisément parce qu’on pouvait s’y rendre en voiture. Dans un contexte de lutte contre les changements climatiques, ces stationnements sont maintenant considérés comme des îlots de chaleur. Probablement le plus gros stationnement à Trois-Rivières en ce moment, et il n’est pas occupé à 50 % la majorité du temps, dit-il.

Dans sa dernière année à titre de président du comité d’aménagement du territoire de la Ville de Trois-Rivières, Claude Ferron a demandé à l’organisme Vivre en ville de réfléchir à ce que pourrait devenir le pôle Les Rivières au cours des prochaines années. Il a présenté le fruit de ces réflexions à Radio-Canada.

L’organisme a imaginé un endroit axé sur la mixité avec de l’hébergement en condos ou en maisons de ville et des espaces commerciaux.

Le modèle est déjà appliqué dans plusieurs grandes villes. Les commerces sont aménagés au rez-de-chaussée et les logements se trouvent aux étages supérieurs. On mise sur des corridors de transport actif en se raccordant aux parcs du secteur.

Si la valeur environnementale du projet est pour lui inestimable, Claude Ferron est convaincu que ce serait aussi une bonne affaire pour la Ville.

Il y a déjà des lignes d’autobus qui traversent le secteur. On n’aurait qu’à augmenter la fréquence. C'est hyper central. Tu as accès aux grandes institutions, à trois piscines si tu veux, des gymnases, des services de santé, des épiceries, des restaurants, et tout ça sans voiture.

Chargement de l’image
La rue des Forges en 1949Photo : Neuville Bazin BAnQ 03Q,E6,S7,SS1,P73112

Retour aux origines

Marc-André Godin est convaincu que les Trifluviens pourraient habiter leur centre-ville un peu plus. Il faut être créatif. Notre centre urbain regorge de sites qui ne demandent qu’à être densifiés.

Avec l’établissement récent de son périmètre d’urbanisation, la Ville de Trois-Rivières a clarifié les limites pour les projets résidentiels. Le terrain de jeu des promoteurs est maintenant plus restreint. À défaut de pouvoir ratisser plus large, la ville privilégie la densification.

Chargement de l’image
C'est à l'intérieur du secteur central de la ville (en bleu) qui comprend les premiers quartiers et la première couronne que la ville souhaite concentrer ses efforts de consolidation urbaine. Autrement, les secteurs en beige foncé représentent les terrains potentiels pour la construction domiciliaire. En rouge, le nouveau périmètre urbain de la ville. Photo : Ville de Trois-Rivières

Il faut densifier de façon respectueuse, croit Marc-André Godin. Beaucoup de collectivités se sont lancées dans la verticalisation en périphérie éloignée. C’est une erreur de construire du 5 à 10 étages aux limites de la zone agricole.

D’où l’intérêt du centre-ville. L’ancienne Crèmerie des Trois-Rivières, sur Radisson, l’ancien A. Pérusse, sur Saint-Philippe, ou encore l’ancienne Wabasso, sur Saint-François-Xavier, sont toutes des friches urbaines à réaménager, qui font de l'œil aux promoteurs.

Chargement de l’image
L’entrée de l’ancienne usine Wabasso est aujourd’hui démolie, mais des bâtiments subsistent encore et derrière se trouve un terrain vague.Photo : Neuville Bazin BAnQ, 03Q_E6S7SS1P73147

On veut recréer l'ADN des quartiers de la première couronne. C’est la volonté de la Ville, dit le chef de l’urbanisme, Marc-André Godin. L’ADN, c’est ce qui fait qu’on appartient à un quartier. Les lieux de rassemblement comme les parcs et les centres communautaires mériteront un rafraîchissement.

C’est le souhait qu’exprime aussi Yolande Thibeau. Aujourd’hui, elle ne connaît plus ses voisins. Elle rêve de réunir la centaine d’enfants avec qui elle jouait dans les rues de Sainte-Marguerite dans les années 50 et 60. On ferait un grand pique-nique avec des tables dans la rue.

Pour arriver à raviver cette première couronne, encore faut-il que la demande y soit, rappelle Marc-André Godin. Le niveau d’imagination et la créativité des développeurs sera directement proportionnel à la demande pour ce type de milieu de vie. Un milieu contemporain qui se veut plus vert, plus actif, axé sur la culture.

Un mode de vie urbain un brin différent de celui où les enfants jouaient dans les ruelles, où le laitier laissait les bouteilles directement sur le pas de la porte ou de celui où séchaient sur les cordes à linge les vêtements des travailleurs de la Canron, mais qui, d’une certaine manière, peut s’en inspirer.


Images :

Photo de une de l’article : Collection Patrimoine Trois-Rivières
Photo de une du chapitre 2 : Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, Fonds Famille Sadoth Tessier 04T_P149S3D12_Fabrique bénévole de blocs de ciment_1944
Photo de une du chapitre 3 : Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, Fonds Famille Sadoth Tessier 04T_P149S13D10
Photo de une du chapitre 4 : Collection Patrimoine Trois-Rivières

Partager la page