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Image : Un groupe de musiciens sur une scène de Philadelphie.

L'Orchestre de Philadelphie ouvre régulièrement ses portes à ceux qui veulent jouer avec ses membres le temps d'une répétition publique. Un concept que leur chef, Yannick Nézet-Séguin, pourrait importer à Montréal.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

La salle de concert, au coin des rues Broad et Spruce, n’est qu’à quelques pas de la station de métro, mais visiblement, Gevon Goddard a couru.

Le jeune musicien de 18 ans dépose le volumineux étui bleu dans lequel se cache son instrument et reprend son souffle. Nous nous assoyons dans l’un des sofas de la loge.

« J’ai choisi le violoncelle à l’époque parce que j’étais paresseux, m’asseoir pour jouer d’un instrument était ce qui me convenait le mieux. »

C’est dit avec le sourire aux lèvres.

Un jeune homme joue du violoncelle.
Gevon Goddard répète en vue d'une prestation avec des membres de l'Orchestre de Philadelphie et de l'Orchestre métropolitain. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Le Kimmel Centre, l’institution qui, depuis le début des années 2000, abrite les principales salles de concert au centre-ville de Philadelphie, accueille régulièrement des musiciens amateurs, invités à partager la scène avec l’orchestre. Un rendez-vous que Gevon ne voulait pas manquer.

Initialement, je ne trouvais pas que c’était cool, je préférais le pop, la musique plus rythmée.

Gevon Goddard, violoncelliste

Les choses ont bien changé depuis pour ce fils d’immigrants caribéens qui s’implique dans des projets musicaux à l’école et qui est membre de l’orchestre jeunesse de Philadelphie.

La musique classique est devenue une véritable passion, à un point tel qu’il veut en faire son métier.

« Rencontrer des musiciens qui ont suivi le même parcours que vous, c’est très inspirant, m’explique Gevon. Ils enseignent tellement bien, je veux savoir comment ils ont atteint ce niveau. »

Ces questions sur la carrière qu’il convoite, le jeune violoncelliste aura la chance de les poser à des musiciens professionnels dans quelques instants.

Un orchestre atypique sur une scène prestigieuse

Un orchestre sur une scène.
Des musiciens, professionnels et amateurs, sur la scène du Verizon Hall, à Philadelphie. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

L’entrevue terminée, Gevon monte d’un étage, où pendant plus d’une heure il partagera la scène du Verizon Hall avec l’Orchestre de Philadelphie, sous la direction du chef Yannick Nézet-Séguin.

Ces événements, nommés PlayIN, sont devenus une tradition à Philadelphie.

Le temps d’une répétition publique, l’orchestre symphonique ouvre ses portes aux musiciens amateurs, jeunes et moins jeunes, de la communauté. Choristes, joueurs de cuivres, flûtistes : des PlayIN de toutes sortes ont été organisés dans le passé.

Une partition sur un lutrin.
Une partition de violoncelle, dans le cadre d'une répétition à Philadelphie. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Aujourd’hui, l’appel a été lancé aux musiciens qui jouent d'un instrument à cordes : violons, altos, violoncelles et contrebasses.

Sur scène, entourés de centaines de sièges d’un rouge éclatant, la centaine d'instrumentistes s’accordent.

On aperçoit, à l’ombre d’un immense orgue de 32 tonnes composé de près de 7000 tuyaux, des musiciens de l’orchestre côtoyant des jeunes, qui, comme Gevon, aimeraient un jour devenir eux aussi des professionnels. Beaucoup viennent de Pennsylvanie, mais certains se sont également déplacés depuis le New Jersey ou New York.

Des violoncellistes sur une scène.
Gevon Goddard partage la scène avec des musiciens de l'Orchestre de Philadelphie et de l'Orchestre métropolitain. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Pendant que le jeune violoncelliste, concentré, révise ses partitions, d’autres participants profitent du moment pour discuter entre eux.

« Nous discutons par exemple des cordes qu’on utilise, de notre archet. Ce sont des conversations très pratiques pour quelqu’un qui joue d’un instrument à la maison », m’explique l’altiste Kerri Ryan, membre de l’Orchestre de Philadelphie depuis 2007.

J’ai grandi dans cette région. Si j’avais pu partager la scène avec des gens qui étaient des idoles pour moi, j’aurais été complètement époustouflée par cette possibilité.

Kerri Ryan, altiste au sein de l’Orchestre de Philadelphie
L'altiste Kerri Ryan sur la scène du Verizon Hall, de Philadelphie.
L'altiste Kerri Ryan sur la scène du Verizon Hall, de Philadelphie. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

La séance de PlayIN du jour a un caractère particulier.

Aux onze musiciens de l’Orchestre de Philadelphie se joignent aujourd’hui huit membres de l’Orchestre métropolitain (OM), ensemble montréalais que Yannick Nézet-Séguin dirige depuis près de vingt ans.

Le chef Yannick Nézet-Séguin devant des musiciens.
Yannick Nézet-Séguin dirige à l'occasion des ensembles formés de musiciens professionnels et amateurs. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Une fois le chef installé à l’avant de la scène, l’ensemble atypique entame les premières notes de la Suite Holberg, du compositeur Edvard Grieg. S’ensuivent des oeuvres de Bach, Mozart et Tchaïkovski que les musiciens ont répétées au préalable et qu’ils devront parfois reprendre, en accélérant la cadence, à la demande du directeur artistique.

Le regard de Gevon Goddard alterne entre son lutrin et le chef. Il écoute attentivement ses indications, puis attaque de nouveau les partitions. Le jeune homme est au diapason de ses collègues.

Un peu plus tard pendant la répétition, Nicolas Ellis, collaborateur artistique de l’OM, succède à Nézet-Séguin sur scène.

Des musiciens et un chef d'orchestre sur une scène.
Le groupe de musiciens, sous la direction de Nicolas Ellis. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

On joue Eine Kleine Nachtmusik. Le chef invité lance à la blague qu’au Québec cette fameuse oeuvre de Mozart est connue pour être une publicité de la chaîne de pharmacies Jean Coutu.

« Ça les nourrit, ça les inspire, et je pense que ça crée un lien plus rapproché avec notre auditoire », m’explique Yannick Nézet-Séguin, qui dirige l’Orchestre de Philadelphie depuis 2012.

C'est le moment d'aplanir toutes les différences. Les différences de niveau, les différences de provenance, de culture, de bagage, d’éducation.

Yannick Nézet-Séguin, chef de l’Orchestre de Philadelphie et de l’Orchestre métropolitain.

À son avis, « ouvrir les portes » de l'orchestre présente des bénéfices musicaux, mais aussi sociaux. Il admet que son ensemble montréalais pourrait s’inspirer de l’initiative mise sur pied il y a plusieurs années dans la métropole de Pennsylvanie.

Des connaissances qui ruissellent dans la communauté

Une rue au centre-ville de Philadelphie.
La rue Broad réunit la plupart des grandes institutions culturelles de Philadelphie.Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Sandra Goddard, la mère du jeune Gevon, se félicite de l’impact de telles initiatives communautaires sur le cheminement de son fils.

« Ces musiciens professionnels sont essentiels » pour transmettre des connaissances, explique-t-elle, assise l’air fier, en compagnie des frères et soeurs cadets de Gevon, qui, eux aussi, apprennent la musique.

Des membres d'une famille dans une salle de spectacle.
Des membres de la famille de Gevon Goddard, venus assister à une représentation du jeune violoncelliste. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

En plus de pouvoir à l’occasion partager la scène avec les membres de l’orchestre symphonique, Gevon est également l’élève d’une violoncelliste de l’ensemble, qui le forme gratuitement. Avec une valeur estimée à 100 $ la leçon, Sandra admet qu’elle ne pourrait pas offrir une telle qualité d’apprentissage à son fils.

Sans l’appui de différentes organisations et de l’Orchestre de Philadelphie, mon fils ne serait pas assis ici. Cela va façonner sa vie, d’une manière ou d’une autre.

Sandra Goddard, mère de Gevon Goddard

Gevon, finissant au secondaire, met en ce moment beaucoup d’énergie dans la préparation d’auditions qui lui permettront d’étudier en musique au niveau universitaire.

Son objectif est de devenir enseignant, « question de redonner à la communauté de la même manière qu’il a reçu », explique sa mère.

Dans l’immédiat, le jeune musicien mettra son apprentissage de l’après-midi en application dans le cadre d’un concert organisé à son école secondaire. D’ailleurs à peine la répétition terminée, Gevon, sa mère, son frère et sa soeur quittent le Kimmel Centre. Le violoncelliste profite d’un bref arrêt chez lui pour troquer sa chemise pour un polo, puis destination le Franklin Learning Center, son école.

Gevon Goddard et son violoncelle dans sa classe de musique.
Gevon Goddard, finissant au secondaire, espère étudier en musique à l'université. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

L’institution publique, abritée dans un vieil édifice de brique du début du XXe siècle, tout juste au nord du centre-ville de Philadelphie, présente une comédie musicale. Gevon fait partie du petit groupe de musiciens qui, installé sur le vieux plancher le bois devant la scène, accompagnera les chanteurs.

Gevon entend incorporer certains éléments de la répétition avec l’orchestre symphonique, notamment en s’inspirant des styles proposés par des chefs québécois qu’il est moins habitué à côtoyer.

Des musiciens dans une école secondaire de Philadelphie.
Gevon Goddard s'apprête à accompagner une comédie musicale à son école secondaire. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Le jeune musicien, de nature discrète, évoque également l’aisance devant le public acquise sur la scène du Kimmel Centre.

« Être à côté de musiciens de l’orchestre m’a donné confiance en moi. Je devrais être assez confiant pour accompagner cette comédie musicale », explique-t-il avant de prendre son violoncelle et son archet et d’entamer les premières notes de la soirée.

Journaliste - Raphaël Bouvier-Auclair | Chef de pupitre - Bernard Leduc
Crédit pour la photo d’en-tête : Orchestre métropolitain, François Goupil.

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