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Image : Marie-Eve Dicaire lève le poing pour saluer la foule.

Musique, fébrilité et horaire rodé au quart de tour : les heures précédant un combat sont souvent entourées d'un mystère volontairement entretenu par le clan de la boxeuse.

Texte | Jean-François Chabot et Marie-Eve Potvin - Photos | Martin Labbé

L’entourage de Marie-Eve Dicaire a donné à Radio-Canada Sports un accès sans précédent pour vous permettre de vivre avec elle, son équipe et ses proches, le déroulement de sa journée vers la défense de son titre des super-mi-moyennes de l’IBF (International Boxing Federation), le 23 novembre.

Elle tient un coussin.
Marie-Eve Dicaire raconte quelques anecdotes. Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

8 h - Deuxième pesée de l’IBF

Réveillée dès 5 h, Marie-Eve se prépare pour la seconde pesée imposée par l’IBF.

Après un petit déjeuner frugal qu’elle prépare elle-même avec l’attirail de cuisine qu’elle traîne avec elle pour chacun de ses combats, la championne du monde se pointe dans un petit salon du Château Bonne Entente où elle réside en compagnie des membres de son équipe.

Souriante, joviale, elle partage sa bonne humeur et quelques anecdotes en attendant de monter sur le pèse-personne dans le petit gymnase de l’hôtel, sous le regard de l’officiel de l’IBF… À 159,4 lb, Dicaire respecte la consigne de ne pas dépasser de plus de 10 lb son poids enregistré la veille (152,8 lb).

Elle regarde le pèse-personne.
Marie-Eve Dicaire pèse 159,4 lb.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

9 h 45 - Dernière analyse de Suarez

De retour dans sa suite pour manger encore un peu et s’accorder quelques instants de calme, Marie-Eve rejoint son entraîneur Stéphane Harnois pour une ultime séance de vidéos.

Marie-Eve Dicaire est assise à côté de son entraîneur Stéphane Harnois.
Séance de visionnement avec son entraîneur Stéphane HarnoisPhoto : Radio-Canada / Martin Labbé

Ensemble, dans une complicité palpable, ils décortiquent un récent combat d'Ogleidis Suarez. Les gestes et les façons de faire de sa rivale sont passés au peigne fin. Grâce à des arrêts sur image multiples, Harnois dénote les moments où Marie-Eve pourra et devra exécuter le plan. Harnois la veut plus active et surtout qu’elle ne laisse pas de répit à sa rivale.

11 h 30 - Séance d’activation

Un petit quart d’heure de voiture vers le Club de boxe Empire, où les muscles et les articulations de la boxeuse seront mis en route.

Pas de gants de boxe, aucune frappe dans un sac de sable ni sur un ballon rythmique. En lieu et place, son préparateur physique [et ami de coeur, NDLR] Marc-André Wilson est présent avec une machine qui a l’air tout droit sortie de l’atelier du Dr Emmett Brown dans Retour vers le futur.

Importé d’Italie, ce « yoyo » comme l’appelle Marc-André, permet de travailler l’explosion musculaire de Marie-Eve. Chevilles, genoux, avant-bras et épaules, tout y passe.

12 h 30 - Dans sa bulle

Au bout d’une heure, Marie-Eve, son entraîneur et l’adjoint Samuel Décarie-Drolet prennent la direction du Centre Vidéotron.

Au coeur de l’amphithéâtre encore dans la pénombre d’un chantier à moitié prêt pour la soirée qui approche à grands pas, la boxeuse se retrouve soudainement dans sa bulle.

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Marie-Eve Dicaire devant le ring du Centre Vidéotron.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

Le sourire a laissé place à des écouteurs solidement vissés sur ses oreilles. Sortant du vestiaire, elle fredonne encore en empruntant le chemin qui la conduira vers le ring.

Elle gravit les marches qui lui feront franchir les rideaux de scène pour se retrouver sous les projecteurs. Puis, elle marche vers le ring. Dans sa tête, le moment est là. Entre les câbles, elle parcourt les angles de l’arène que finissent à peine d’assembler les ouvriers. Dicaire compte ses pas. En avant. De côté. En diagonale. Elle saura déjà par où esquiver les attaques.

En un coup de vent, elle gravit quelques marches pour prendre place dans les gradins. Elle visualise encore quelques instants. Quand elle redescend, le sourire est de retour. Elle sautille, fébrile comme un enfant à quelques heures de déballer ses cadeaux de Noël.

Et elle chante encore… « Tonight’s gonna be a good, good night… (air connu) »

Quand elle quitte l’enceinte, c’est pour retourner à l’hôtel en vue d’une sieste et d’un entretien via Skype avec son préparateur mental, Jean-François Ménard.

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Marie-Eve Dicaire fait de la visualisation dans les gradins vides du Centre Vidéotron.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé


17 h - Des tresses sans stress

C’est dans la chambre d’hôtel de Marie-Eve que Karine Swales, sa coiffeuse attitrée, la rejoint pour lui préparer ses tresses. Ciseaux, gel, élastiques et rallonges seront nécessaires pour s’assurer qu’elle ait le visage découvert lors du combat.

Assise confortablement sur le sofa dans le salon de sa suite, la boxeuse de Saint-Eustache se transforme en DJ, passant en revue ses meilleurs morceaux pendant que Karine commence le tressage.

« Depuis que j’ai commencé à boxer que Karine fait mes tresses. Elle n’en fait pas normalement à son salon, mais elle a accepté de faire les miennes. »

De plus en plus de membres de sa famille arrivent dans sa chambre pour la voir et lui souhaiter bonne chance. Marie-Eve rit, partage des anecdotes de ses anciens combats et des histoires de famille et taquine au passage sa mère Pierrette, qui n’a jamais laissé transparaître sa nervosité.

« Ma mère ne regarde jamais mes combats, elle va se cacher dans les toilettes. Vous ne pourrez probablement pas lui parler puisqu’elle sera trop stressée. »

Une quarantaine de minutes plus tard, les tresses sont terminées et elles sont solides! « La première fois que j’ai fait les tresses à Marie-Eve, j’avais tellement peur qu’un élastique lâche pendant le combat », lance Karine en riant.

18 h - Un déjeuner de champion pour souper!

Une tresse à gauche et à droite, Marie-Eve s’installe devant son petit four pour préparer son « déjeuner de champion », comme elle aime l’appeler : une galette de blancs d’œufs, banane, canneberges, grains d’avoine et beurre d’arachides.

« Ça n’a pas l’air si bon que ça, mais j’adore manger ça. J’ai tous les nutriments dont j’ai besoin. »

Avec sa digestion qu’elle qualifie de lente, Marie-Eve tente de manger un dernier repas trois heures avant son combat.

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Marie-Eve Dicaire prépare son repas.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

20 h 10 - Arrivée au Centre Vidéotron

En coulisses, les gens attendent impatiemment l’arrivée de Marie-Eve au Centre Vidéotron. La tension est palpable. Personne ne veut manquer ce moment. Au loin, la voix de la championne du monde retentit. Plus elle s’approche, plus son chant s’intensifie.

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Michael Grégoire, Marie-Eve Dicaire et Stéphane HarnoisPhoto : Radio-Canada / Martin Labbé

Accompagnée de son entraîneur et de son attaché de presse, elle chante, elle danse. Elle démontre qu’elle est dans son élément et en pleine maîtrise de la situation.

Une fois que Marie-Eve est bien installée, la première personne à s’inviter dans son vestiaire n’est nul autre que son ami Eleider Alvarez, l’ex-champion du monde des mi-lourds de la WBO. Ils échangent quelques mots, puis Alvarez repart rapidement pour regarder les combats de la soirée.

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Eleider Alvarez discute avec Marie-Eve.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

21 h 35 - L’ultime préparation

La cloche du sixième combat vient de sonner. Les visites dans le vestiaire de Marie-Eve se multiplient. L’équipe de production du diffuseur s’invite pour filmer un moment important dans sa préparation : elle se fait envelopper les mains par Samuel Décarie-Drolet.

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Samuel Décarie-Drolet enveloppe les mains de Marie-Eve Dicaire.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

C’est sur l’air de What a Wonderful World de Louis Armstrong que Samuel commence son travail. En retrait, Stéphane Harnois regarde sur la petite télévision du vestiaire les autres combats de la soirée. Après une dizaine de minutes, la première main est complètement enveloppée.

Les gens quittent le vestiaire pour laisser Marie-Eve terminer sa routine.

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Marie-Eve Dicaire marche en compagnie de son entraîneur Stéphane Harnois.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

23 h 19 - L’heure du combat a sonné

Le moment qu’elle attend depuis les dernières semaines est enfin arrivé. Marie-Eve, concentrée et prête à tout, sort de son vestiaire. À sa gauche, son entraîneur Stéphane Harnois. Derrière elle, son cousin porte fièrement sa ceinture de championne du monde.

Contrairement aux heures précédentes, la musique a fait place au silence et à des regards complices. D’un pas décidé, son équipe se dirige dans le corridor qui la mènera derrière les grands rideaux noirs où elle fera son entrée.

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Marie-Eve apparaît souriante enfin devant sa foule au Centre Vidéotron.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

Elle apparaît souriante enfin devant sa foule. Au bas des marches de la scène, sa mère l’attend pour leur rituel. Marie-Eve touche avec son gant la main de Pierrette et lui fait un clin d’œil avant de monter dans le ring.

Tout est en place, les combattantes sont dans l’arène.

La cloche sonne. C’est parti.

En ouverture de combat, Dicaire bouge rapidement. Sans carrément prendre le contrôle du centre, elle esquive les principales attaques de son adversaire Ogleidis Suarez. La championne poursuit son travail durant les deux rounds suivants pour s’imposer et dicter la cadence.

La vitesse aidant, Dicaire, déjà bien installée aux commandes, semble laisser aller ses mains un peu plus au cinquième round. Visiblement dépassée, Suarez reste en quête de solutions.

Vers la fin du sixième, qu’elle a encore dominé, Dicaire tente le grand coup, mais rate largement sa cible.

Entre les rounds, on peut souvent entendre Stéphane Harnois lui rappeler le plan de match, celui qu'elle a mis en place lors de ses nombreux entraînements, qui ne semble pas être respecté à la lettre.

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Stéphane Harnois lui indique ce qu'elle doit faire pour le prochain round.Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

La prestation de Dicaire se poursuit durant les deux rounds suivants, si bien qu’avec deux rounds à disputer, la boxeuse de Saint-Eustache n’est plus vraiment menacée.

Les quatre dernières minutes du combat ne sont visiblement plus qu’une simple formalité.

Marie-Eve remplit sa mission. Elle est déclarée gagnante par décision unanime.

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Marie-Eve Dicaire et son entraîneur Stéphane HarnoisPhoto : Radio-Canada / Martin Labbé

« Merci beaucoup d’avoir été là. Merci d’avoir crié et d’avoir mis de l’ambiance. Comme vous avez pu voir, j’ai vraiment tout donné pour vous ce soir. »

00 h 30 - Le clan Dicaire au rendez-vous

Pendant ce temps, la pression est finalement retombée au sein du clan Dicaire. La famille se réunit dans le vestiaire avant de féliciter leur boxeuse, qui a défendu avec succès sa ceinture.

En attendant que Marie-Eve termine de répondre aux journalistes, sa mère Pierrette écoute attentivement la conférence de presse sur son cellulaire.

De l’autre côté du vestiaire, les membres de la famille discutent de la performance de Marie-Eve.

Quelques minutes plus tard, leur fierté entre dans le vestiaire, ceinture dans les mains.

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Marie-Eve Dicaire et sa famillePhoto : Radio-Canada / Martin Labbé

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