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Image : Des gens traversent une grande rue de New York en soirée. Ils portent presque tous le masque.

À New York, près de 35 000 personnes sont mortes de la COVID. C’est beaucoup plus qu'au Canada tout entier. Aujourd’hui, la mégalopole américaine essaie de se remettre de la pandémie.

Texte et photos : Michel Labrecque

C’était terrifiant, lugubre. Nous manquions de tout : les masques, les ventilateurs, raconte le docteur Albert Lévy.

Et les camions réfrigérés qui entassaient les cadavres; ce sont des images qui vont nous marquer longtemps, ajoute le pâtissier-boulanger Pascal Goupil.

Nous avons tous vécu la pandémie. Mais les New-Yorkais l’ont vécue à la puissance 10. La métropole américaine a vu la première vague déferler comme un tsunami. La ville qui ne dort jamais s’est pratiquement éteinte.

Deux travailleurs transportent des corps.
Au moment fort de la pandémie, on entassait les cadavres dans des camions réfrigérés.Photo : La Presse canadienne / AP/Craig Ruttle

C’était comme un après Armageddon, dit Pierre Montreuil, un ingénieur québécois en structure métallique expatrié à New York.

Dans les pharmacies, on ne trouvait plus de Tylénol, de thermomètres, raconte celui qui a été infecté par la COVID dès le départ. Après 10 jours de fièvre, j’étais inquiet; puis tout à coup, la fièvre a baissé.

Aujourd’hui, Pierre Montreuil, qui travaille pour la firme beauceronne CANAM, participe à la construction de l’immense siège social de Disney, dans le quartier de Soho.

Ça montre un certain retour à la normale. Il n’y a sans doute pas autant de grues qu’il y a 5 ans dans le ciel, mais New York redevient New York.

Une citation de :Pierre Montreuil, ingénieur
Des gens assis dans une agora regardent des musiciens.
Les New-Yorkais reprennent goût à la vie en assistant à des concerts publics.Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

New York is back

Après un hiatus de près d’un an, New York est en mode renaissance. Les touristes sont de retour, mais presque essentiellement américains. Dans les rues et les places publiques, les musiciens foisonnent. Les écoles sont, pour la première fois depuis mars 2020, en mode présentiel complet. Et depuis le 14 septembre, Broadway a vu ses théâtres rouvrir dans une grande euphorie.

C’est une industrie énorme, dit Jean Brassard, acteur et chanteur originaire du Québec, qui vit à New York depuis près de 40 ans.

Imaginez, en plus des acteurs et chanteurs, il y a les costumiers, les décorateurs, les techniciens et tant d’autres. Cet écosystème de plus de 100 000 personnes a été à l’arrêt pendant près de 15 mois.

Une citation de :Jean Brassard

Jean Brassard se produisait avec un groupe de jazz en mars 2020 au club mythique Birdland, dans un spectacle en hommage à Charles Aznavour. La moitié des gens avaient décommandé. Et les gens du Birdland nous ont dit que notre spectacle allait être le dernier [avant la fermeture].

Aujourd’hui, Jean Brassard, qui joue dans plusieurs séries télévisées américaines, a pu recommencer à travailler.

Les restaurants sont un point fort de l’ADN de cette ville. Il y en a 25 000. Ils emploient plus de 300 000 personnes. Comme partout sur la planète, ils ont fermé leurs portes à la suite de la pandémie. Plusieurs se sont réinventés dans la livraison.

Un spectacle de cabaret français dans un bar de New York. L'acteur Jean Brassard chante.
Le comédien et chanteur Jean Brassard présente le spectacle « Allons z'enfants » à New York. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Mais au début de 2021, les autorités municipales ont permis la réouverture des espaces, à condition qu’ils soient sur une terrasse. Or, New York n’a jamais été Paris ou Montréal : il y avait tout au plus 1000 terrasses. Aujourd’hui, la ville en compte 11 000. Et ça va rester, ajoute Andrew Rigie, directeur de la New York City Hospitality Alliance, qui regroupe les restaurants et bars de la ville.

La pandémie a permis de redéfinir l’espace public, ajoute M Rigie. Davantage de places publiques, de pistes cyclables, d’espace piétonnier. Du positif quoi.

Mais plusieurs restaurants ont dû fermer leurs portes. Et d'autres sont fragiles. Car il y a moins de touristes qu’il y a deux ans. Et surtout, les innombrables tours de bureaux sont occupées tout au plus à 20 %.

Des clients à des tables avec vue sur des espaces verts et des gratte-ciel.
Les terrasses new-yorkaises sont aussi aménagées sur les toits.Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

L’ombre du Delta

Septembre devait marquer le retour de nombreux employés dans les bureaux. Mais avec l’arrivée du variant Delta, tout a été retardé, dit Pascal Goupil, propriétaire de la boulangerie café La maison du macaron, dans le quartier d’affaires de Chelsea.

C’est dur sur les nerfs, notre chiffre d’affaires est à 40 % de la normale. Si ça ne change pas, nous n’arriverons pas à payer notre loyer. Je suis très inquiet.

Une citation de :Pascal Goupil, boulanger-pâtissier, New York

Le chef étoilé Michelin Daniel Boulud possède un mini-empire de sept restaurants dans la métropole américaine. Il a aussi des restaurants à Montréal et à Toronto.

Le chef Daniel Boulud devant une grande table avec les couverts.
Daniel Boulud est un des chefs les plus célèbres de New York.Photo : THOMAS_SCHAUER

Il s’est beaucoup impliqué pendant la crise pandémique, notamment au sein d’un comité consultatif du maire Bill de Blasio. Nous avons créé une fondation qui a acheminé 1 million de repas pour les travailleurs de la santé, les banques alimentaires, et autres.

Il a aussi fait le pari d’ouvrir un nouveau restaurant en mai dernier : Le Pavillon, à Manhattan. C’est presque toujours plein. Mes clients me remercient, dit le chef.

Dans tous ses restaurants, les employés et les clients doivent être vaccinés. Cette décision a été prise bien avant que les autorités municipales n’imposent une preuve de vaccination, le 13 septembre. Nous devons être prudents, porter le masque dans les lieux publics en présence d’étrangers. Mais en même temps, le monde doit repartir, ajoute le chef.

L'intérieur d'un wagon de métro new-yorkais. Tous les passagers portent le masque.
Dans le métro, les gens non masqués sont très rares. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

La discipline new-yorkaise

Quand on se promène partout à New York, on constate que le port du masque est encore généralisé. J’ai fait des dizaines de kilomètres en métro durant cinq jours de reportages. Les contrevenants étaient très rares.

Les gens ont eu vraiment très peur, ajoute l’ingénieur québécois Pierre Montreuil. Dans nos bureaux, nous avions arrêté de porter le masque pour nos déplacements; maintenant, nous avons recommencé.

New York est un des endroits aux États-Unis où les citoyens sont les plus vaccinés. Il y a une minorité qui s’oppose, comme partout. Mais à New York, c’est plutôt la colère contre les non-vaccinés qui domine.

A Times square un centre de dépistage sous une tente.
New York renaît, mais la peur du virus est encore omniprésente.Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Le Dr Albert Lévy a vu beaucoup de gens mourir devant ses yeux au printemps 2020. Ce médecin de famille de Manhattan est allé porter secours à ses collègues dans les hôpitaux. Il a eu l’impression de pratiquer la médecine de guerre.

C’était comme le film Mash, dit-il en souriant. Et aujourd’hui, si vous ne voulez pas vous faire vacciner, restez chez vous, ajoute-t-il avec un visage beaucoup plus sérieux.

Je connais un médecin, qui est un patient dans notre clinique, qui refuse de se faire vacciner. C’est un criminel. Parce qu’il va rencontrer de 20 à 25 patients chaque jour. C’est un danger public.

Une citation de :Albert Lévy, médecin de famille, New York
3 cyclistes sur une piste cyclable d'une grande rue de Manhattan.
Une des retombées de la pandémie : davantage de pistes cyclables et d'espaces piétonniers.Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

New York a été transformée par la pandémie. Il y a davantage de sans-abri, de nombreux New-Yorkais ont quitté la ville. Mais vous aurez du mal à trouver des New-Yorkais qui pensent que New York va cesser d’être cette mégalopole hors du commun.

New York s’est tirée du 11 Septembre il y a 20 ans. Elle se sortira aussi de cette pandémie.

« Il y a cette concentration de business, de talents et d’ambitions qui fait que New York sera toujours New York, tranche le chef Daniel Boulud.

Des gens attablés.
Les New-Yorkais ont adopté les terrasses depuis l'imposition de mesures sanitaires dans les lieux fermés pour contrer la COVID. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Désautels le dimanche est diffusé le dimanche de 10 h à midi et en rediffusion le lundi à 3 h sur ICI Première.

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