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Image : Les jumelles vues depuis le cockpit d'un avion.

Texte : Mathieu Gobeil Illustrations : Sophie Leclerc

La journée commençait sous un ciel ensoleillé presque sans nuages dans l’est de l’Amérique du Nord. Des millions de femmes et d’hommes se rendaient au travail au centre-ville de New York, à Washington ou ailleurs. Certains prenaient la voie des airs pour se déplacer. Ils étaient loin de se douter qu’une tragédie d’une ampleur inouïe allait se dérouler ce matin-là et chambouler leur vie.

Une vingtaine de terroristes d’Al-Qaïda, qui s’étaient préparés pendant des mois en sol américain et suivaient un plan méthodique, embarquaient dans quatre appareils Boeing 757 et 767, après avoir déjoué les contrôles de sécurité aux aéroports de Boston, Newark et Washington. Leur objectif : semer la terreur en abattant des symboles de la finance, de la défense et du gouvernement.

Voici le fil des événements de ce tragique 11 Septembre, qui a laissé ses marques ici aussi, au Canada.

7 h 59 Le vol 11 de United Airlines qui effectue la liaison Boston-Los Angeles décolle avec 92 occupants, dont 5 terroristes.

8 h 14 Le vol 175, qui dessert la même route, quitte Boston avec 65 occupants, dont 5 terroristes.

8 h 20 Le vol 77 d’American Airlines qui assure la liaison Washington-Los Angeles décolle avec 64 personnes à bord, dont 5 terroristes.

En moins de 30 minutes après leur décollage, les pirates de l’air prennent le contrôle de ces appareils. Les deux premiers sont dirigés vers New York et le troisième, vers Washington.

Une hôtesse de l’air à bord du vol 11, Betty Ong, contacte les responsables d’American Airlines au sol et leur signifie qu’un détournement est en cours : Un passager a été poignardé en classe affaires. [Deux hôtesses] ont été poignardées. On n’arrive pas à communiquer avec le cockpit et la porte ne s’ouvre pas.

8 h 38 Les responsables du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), qui comprend des Canadiens, reçoivent la première alerte selon laquelle le vol commercial 11 d’American Airlines a possiblement été détourné.

Les autorités aériennes tentent de communiquer avec les pilotes et essaient de dégager l’espace aérien autour de l’appareil pour éviter une collision avec d’autres vols.

8 h 42 Le vol 93 de United Airlines qui fait la liaison entre Newark, au New Jersey, et San Francisco décolle avec un peu de retard, avec 44 occupants, dont 4 terroristes. Il est lui aussi détourné quelque 30 minutes après le départ.

Certains passagers à bord de ces avions appellent leurs proches pour leur dire qu’ils croient être victimes d’un détournement.

Les attaques

8 h 46 Le vol 11 percute à près de 800 km/h la façade nord de la tour Nord du World Trade Center, à New York, entre le 93e et le 99e étage.

Quelque 15 000 personnes se trouvent dans les tours jumelles à ce moment-là.

Les réseaux américains diffusent les premières images de la fumée s’échappant du premier gratte-ciel. Les chaînes canadiennes emboîtent le pas rapidement. Des millions de téléspectateurs assistent en direct au drame qui est en train de se dérouler. RDI entre en ondes à ce sujet à 8 h 52.

Michel Viens rend compte des événements en direct à RDI.

9 h 03 Le vol 175 percute la façade sud de la tour Sud du World Trade Center à 950 km/h, entre le 77e et le 85e étage.

En visite à Manhattan pour l’événement Québec – New York 2001, le Québécois Luc Courchesne entend l’explosion du premier avion. Il sort dans la rue, muni de sa caméra, et capte les événements à quelques centaines de mètres des tours jumelles. Ses images feront le tour du monde.

Un témoin privilégié du 11 septembre 2001.

Les gens commencent à fuir le Lower Manhattan. Des milliers de travailleurs des tours du World Trade Center descendent et sortent dans la rue. D’autres sont incapables de faire de même, coincés par les flammes, la fumée et les débris.

9 h 05 Le président George W. Bush est informé des attentats du World Trade Center pendant qu’il assiste à un événement en Floride.

À peu près au même moment, le ministre canadien des Transports, David Collenette, est informé de la situation alors qu’il prenait la parole au Palais des congrès de Montréal devant des dirigeants du secteur aérien. Il retourne prestement à Ottawa et décide au téléphone des premières mesures qui s’imposent pour la sécurité.

Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, est également mis au courant de la tragédie pendant qu’il rencontre le premier ministre de la Saskatchewan au 24 Sussex, à Ottawa.

9 h 30 Le président Bush s’adresse aux médias : Nous allons traquer et retrouver ceux qui ont commis ces attentats.

9 h 37 Près de Washington, le vol 77 s’écrase à 850 km/h sur le côté ouest de l’édifice du Pentagone, le siège du département de la Défense. Des centaines de travailleurs se trouvent alors dans le bâtiment.

9 h 45 L’agence fédérale américaine de l’aviation civile (FAA) ordonne à tous les aéronefs civils d’atterrir – environ 4000 appareils – et annule tous les départs des aéroports américains, fermant de facto l’espace aérien du pays, qui sera réservé aux militaires. Les vols internationaux sont interdits d’arrivée.

Quelques instants plus tard, le Canada prend une mesure semblable, en clouant au sol tous les appareils. Les Forces armées canadiennes prennent le contrôle du ciel, instaurant le Plan relatif au contrôle de sécurité d’urgence de la circulation aérienne, utilisé en temps de guerre.

La décision est prise de faire atterrir au Canada (notamment à Gander, Halifax, Saint-Jean et Vancouver) les vols internationaux qui étaient destinés aux États-Unis, une mesure qui concerne des centaines d'avions de partout sur la planète alors en route vers les États-Unis.

Les avions disposant de suffisamment de carburant rebroussent chemin.

Des débris d'un bâtiment.
Les restes de la tour 1 du World Trade Center.Photo : Getty Images / Doug Kanter

9 h 59 À New York, la tour Sud du World Trade Center s’effondre sur elle-même en une dizaine de secondes, affaiblie par l’impact de l’aéronef et le brasier. Les Canadiens Brian Clark et Ron DiFrancesco sont parmi les toutes dernières personnes à s’échapper vivantes de l’édifice avant sa destruction. Ils sont aussi parmi les quelques personnes qui travaillaient aux étages frappés par l’avion et qui ont survécu.

10 h 03 Le vol 93 s’écrase dans un champ de la Pennsylvanie à 950 km/h, après que des passagers eurent tenté de reprendre de force le contrôle de l’appareil des mains des pirates de l’air. La cible des terroristes était soit le Capitole ou la Maison-Blanche, à Washington.

Quelques minutes avant, la décision avait été prise d’évacuer le personnel de la Maison-Blanche, dont le vice-président, Dick Cheney, et la conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, ainsi que les élus du Capitole, pour les amener en lieu sûr.

10 h 28 La tour Nord du World Trade Center s’effondre. La silhouette urbaine caractéristique de la Grosse Pomme est à jamais changée.

Le journaliste de Radio-Canada Claude Deschênes, sur place, sur Broadway, témoigne de ce qu’il voit à ce moment.

Le World Trade Center disparaît du paysage new-yorkais.

10 h 40 Les indices boursiers du monde entier chutent et la plupart des places boursières, dont celle de Toronto, ferment. Certaines ne rouvriront que la semaine suivante.

À l’instar des États-Unis, la sécurité est renforcée autour des infrastructures stratégiques partout au Canada : aéroports, terminaux de transports, bases militaires, centrales nucléaires et installations électriques, parlements, places financières. Les avions de chasse se tiennent prêts à intervenir au besoin.

Les cicatrices

11 h Les secours à New York sont à pied d'œuvre sur le site, qui sera désormais nommé Ground Zero, pour tenter de retrouver des survivants. Les pompiers et les policiers travaillent d’arrache-pied dans la poussière et la fumée, alors que des centaines de leurs confrères et consœurs sont morts dans l’effondrement. Des hôpitaux de campagne sont mis en place en vitesse à proximité pour accueillir les nombreux blessés.

La garde côtière et des dizaines d’exploitants de petits bateaux évacuent des gens de Manhattan vers le New Jersey.

Au Pentagone, on combat l’incendie qui ravage l’édifice dans la portion endommagée par l’écrasement. Les secouristes tentent de retrouver des survivants et on soigne les blessés.

12 h 16 L’espace aérien des États-Unis est complètement vidé; tous les appareils sont au sol.

13 h 24 Le vol 85 de Korean Air qui effectue la liaison Séoul-New York s’apprête à descendre vers l’Alaska pour refaire le plein de carburant. Il émet alors un signal codé indiquant qu’il a été détourné.

Les États-Unis refusent de laisser cet avion se poser sur leur territoire. Des avions de chasse escortent l’appareil au-dessus du Yukon pour un atterrissage à Whitehorse, qui est évacuée.

14 h Le premier ministre canadien Jean Chrétien prend la parole devant les journalistes dans le foyer de la Chambre des communes, à Ottawa. Je ne crois pas qu’on ait vu quelque chose d’aussi horrible que ce qui s’est produit ce matin.

14 h 20 Le premier ministre Chrétien donne l’autorisation d’abattre l’avion de Korean Air s’il menace des cibles canadiennes.

14 h 54 Le vol de Korean Air se pose à Whitehorse escorté par l’armée. Il s'avère que le message d’alerte de détournement était une erreur de la part des pilotes.

16 h Le premier ministre du Québec Bernard Landry s’adresse aux journalistes : Jamais dans l’histoire de cette planète on n'a vu un attentat de cette ampleur en dehors d’un climat d’une guerre. Il s’agit vraiment d’un terrorisme à une échelle jusqu’alors inconnue.

17 h Le gouvernement canadien doit se défendre au sujet de rumeurs voulant que les terroristes soient passés par le Canada pour aller aux États-Unis. Le commissaire de la GRC Giuliano Zaccardellli affirme aux journalistes qu’il n’y aucun détail à ce sujet.

Les médias américains reprendront ces rumeurs dans les jours suivants. Les enquêtes démontreront par la suite que les terroristes ne sont pas passés par le Canada pour aller aux États-Unis.

Tout le reste de la journée, c’est le branle-bas de combat dans les aéroports canadiens, notamment à cause des centaines d’avions en route vers les États-Unis forcés de se poser au Canada. Des dizaines de milliers de passagers doivent rester confinés des heures dans leur avion au sol en attendant d’être contrôlés pour la sécurité.

À Gander, mais aussi ailleurs, les citoyens se mobilisent dans les jours qui suivent; ils accueillent chez eux ces voyageurs étrangers pris au dépourvu et forgent des amitiés qui durent dans certains cas jusqu’à ce jour.

En soirée s’enclenche à New York une immense opération qui durera des semaines : en plus de chercher des survivants, il faut récupérer les dépouilles des victimes et nettoyer les décombres. La métropole commence à peine à panser ses plaies.

4 avions, 19 terroristes et 2992 morts

Au site du World Trade Center : 2753 morts. Au Pentagone : 184 morts. Près de Shanksville, en Pennsylvanie : 40 morts.

On compte des victimes d’une soixantaine de nationalités. Outre des Américains, on compte notamment des Britanniques, des Dominicains, des Indiens, des Coréens, des Japonais et des Canadiens (24 au total).

Quelque 60 % des victimes du WTC ont été formellement identifiées par les légistes grâce notamment à l’ADN – soit parce que leur dépouille a été retrouvée, ou encore à l’aide de fragments ou d’objets leur appartenant.

Cette journée qui a marqué la planète restera immortalisée grâce au mémorial national à la mémoire des victimes du 11 Septembre, inauguré en 2011 sur le site même du World Trade Center.

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Une famille se recueille près du mémorial aux victimes du 11 Septembre à New York, lors du 10e anniversaire des attentats.Photo : Getty Images / JUSTIN LANE/AFP

Avec les informations de CPAC et CNN

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