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Image : Silhouettes de trois surfeurs sortant de l'eau sur la plage Chesterman, à Tofino.

Comme dans d’autres sports nautiques ou extrêmes, le port d’équipement de protection est appelé à s’imposer en surf, mais nombreux sont ceux qui entendent résister à ce changement. Peut-on blâmer la culture du sport? La réponse est peut-être plus complexe et nuancée.

Un texte de Geneviève Lasalle

Quand on est jeune, on se croit invincible. Puis, la vie nous rappelle qu’avoir l'air cool n'est pas aussi important que de la vivre, affirme le surfeur hawaïen Alika Anixt depuis sa résidence de Kaʻaʻawa, dans le nord d’Oahu.

En 2002, il a frôlé la mort lorsqu’une vague l’a violemment projeté contre un récif. La perte de conscience dans les eaux turbulentes de Banzai Pipeline aurait pu le tuer, mais l’athlète, aujourd’hui âgé de 47 ans, s’en est tiré avec des points de suture et un tympan perforé.

Tout de suite après, je suis allé m’acheter un casque. Je le porte depuis.

Alika remarque que le nombre de personnes qui portent des casques en surf a augmenté au cours des dernières années. Mais cet équipement parfois jugé encombrant est encore bien loin de faire l’unanimité, des plages ensoleillées d'Hawaï à celles du Canada, froides et embrumées.

Un surfeur sur une plage de Tofino, vu d'en haut.
Image : Un surfeur sur une plage de Tofino, vu d'en haut.
Photo: Le surf à Long Beach, Tofino, Colombie-Britannique  Crédit: Getty Images / Jaime Kowal

Tofino. Ce village côtier de la Colombie-Britannique est considéré comme étant la capitale du surf au Canada. Chaque année, des milliers d’amateurs foulent ses plages mythiques pour tenter de dompter ses courants et de maîtriser ses vagues.

Dans la brume matinale qui enveloppe la mer, on aperçoit déjà des dizaines de silhouettes en combinaison noire flottant au rythme des vagues qui s’abattent sur nos pieds.

Certains sont de véritables pros. D’autres tentent l’expérience pour la toute première fois. Tous s’exposent à des risques bien connus.

Si tu reçois ta planche contre la tête, la noyade peut être un problème, lance à la blague Renaud Laliberté, rencontré par hasard sur la plage de Cox Bay, les cheveux rebelles et mouillés. Tomber inconscient dans l’eau, ce n’est pas recommandé.

Portrait de Renaud Laliberté tenant sa planche, sur une plage.
Le casque est un outil de sécurité pour les surfeurs avancés, selon Renaud Laliberté.Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

On comprend rapidement qu’ici les surfeurs ne minimisent pas les risques. Ils savent qu’ils peuvent se cogner la tête contre une vague, un rocher, le fond de l'océan et, surtout, leur planche ou celles des autres.

Selon le journal Hawaii Medical Public Health, 70 % des surfeurs disent avoir subi une blessure à la tête, la plus courante étant des lacérations à la tête ou au visage, suivie de la commotion cérébrale. Ces observations concordent avec celles du Journal de l'Association chiropratique canadienne, publiées en 2014.

Peter DeVries en combinaison tient sa planche sous le bras, sur une plage.
Image : Peter DeVries en combinaison tient sa planche sous le bras, sur une plage.
Photo: Peter DeVries, surfeur professionnel   Crédit: Radio-Canada / Alexandre Lamic

Trop cool pour porter un casque?

Peter DeVries a grandi dans ces eaux fougueuses. Le Britanno-Colombien est sans doute l’un des surfeurs professionnels les plus reconnus et admirés à Tofino. Nous le rencontrons juste avant qu’il ne se jette à l’eau, comme il le fait chaque jour depuis 30 ans.

Peter DeVries ne porte pas de casque. S’il a subi de nombreux chocs à la tête, aucun n’a eu d’effets persistants, assure-t-il, ne serait-ce qu’un tympan perforé dans un accident survenu au Mexique.

Peut-on blâmer la culture du surf, cette soif de liberté et ses adeptes qui projettent une image décontractée pour expliquer l’hésitation de ses athlètes à porter un casque? Absolument, croit-il.

C'est comme la planche à roulettes. Quand j’étais jeune, j’allais au parc, personne ne portait de casque et, maintenant, tous les planchistes de moins de 20 ans en portent un. C'est devenu socialement accepté dans ce sport.

Peter DeVries en combinaison tenant sa planche de surf.
« Si quelques personnes plus influentes portaient un casque, cela aurait probablement une incidence », croit le surfeur professionnel Peter DeVries.Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Ces comparaisons avec d’autres sports extrêmes qui ont vu, au cours des dernières années, un changement dans l'acceptabilité du port du casque reviennent fréquemment dans les conversations.

Regardez le ski ou la planche à neige. Avant, personne ne portait de casque, maintenant, tout le monde en porte, ajoute Ian Masterson, qui enseigne la gestion de risque en surf à Hawaï.

Toutefois, la question est beaucoup plus complexe et nuancée, et la culture du cool a souvent le dos large, dit-il.

Chaque pièce d'équipement est un outil dans sa trousse. Elle a des avantages, mais peut aussi présenter des risques. Le casque peut gêner la vision, par exemple, dit Ian Masterson.

À midi, des débutants se rassemblent devant l’école Surf School Tofino, située au cœur du village bondé de touristes. 

Les élèves s’agitent, grisés à l’idée de chevaucher leur première vague. Les instructeurs s’organisent rapidement et remplissent à la hâte les camionnettes qui les mènent à la mer. Au centre de cette scène mouvementée, un jeune homme aux cheveux longs, bouclés et dorés s'avance vers nous, le sourire radieux. 

C’est Félix Guénette, instructeur en chef. Ses joues sont recouvertes de crème solaire bleu flamboyant. « C’est pour le show », lance-t-il avec un clin d'œil.

Félix Guénette les joues barbouillées en bleu.
Félix Guénette ne croit pas que le port du casque soit aussi nécessaire en surf que dans d’autres sports, comme la planche à neige.Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Sa mission première : transmettre sa passion pour le sport, et il le fait très bien. Mais, avant tout, il doit s’assurer que ses élèves, qui n’ont peut-être jamais encore mis les pieds dans les eaux houleuses, ne se blessent pas.

Je suis tellement excitée, j'espère simplement que je me souviendrai de tout ce que Félix m’a enseigné. Je ferai de mon mieux, nous dit l’une de ces personnes en riant.

Les gens pensent que le surf, c’est vraiment facile, qu’il n’y a pas de risque, que monsieur et madame tout le monde peuvent juste prendre une planche et se lancer, mais ce n’est pas vrai, dit le jeune instructeur.

Félix Guénette au milieu de planches.
Félix Guénette, instructeur à l’école Surf School Tofino, fabrique aussi ses propres planches.Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Il ne fait aucun doute que Félix prend la sécurité dans son sport très au sérieux. Malgré tout, il ne voit pas l’utilité de porter un casque. Je ne pense pas que ce soit nécessaire.

C’est un sport dans lequel tu bouges beaucoup. On considère déjà le poids des wetsuit, le poids de la planche. En plus, tu peux te faire plus mal avec le poids d’un casque, surtout s’il est rempli d’eau, plaide-t-il.

Même après des décennies à le porter et à le promouvoir, Alika Anixt reconnaît que le casque est parfois gênant, voire nuisible. Le casque agit comme levier contre le cou. Si on heurte l'eau à grande vitesse, cela peut faire très mal.

Si on pouvait surfer nu, on le ferait.

Un jeune surfeur dans l'océan.
Image : Un jeune surfeur dans l'océan.
Photo: La jeune génération n'est pas effrayée ou intimidée par la culture, pense Connor Kane-Devlin, employé d’une boutique de surf, à Tofino.  Crédit: Getty Images / Gary John Norman

Avec les jeunes, le changement

Peter DeVries constate que les discussions entourant la sécurité et les conséquences de commotions cérébrales se multiplient. Avec la prise de conscience entourant les commotions cérébrales, c'est de plus en plus pertinent. Je pense vraiment que cela s'en vient.

À l’heure actuelle, les casques sont davantage portés par des professionnels, les personnes qui vont dans de grosses vagues, dit-il.

C’est vraiment un outil de sécurité pour les surfeurs avancés, renchérit le surfeur Renaud Laliberté.

Renaud Laliberté et un ami sortent de l'eau, planche sous le bras.
Il n’y a pas que les hautes vagues qui peuvent être intimidantes : la vie marine aussi. Renaud Laliberté est déjà tombé nez à nez avec un énorme lion de mer.Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Or, selon Florent Besson, qui travaille dans une boutique de surf à Tofino, il vaut mieux se protéger quand on est malhabile sur la planche, qui va et qui vient dans tous les sens.

Si on ne pratique pas beaucoup le surf et qu'on ne sait pas trop où on va, ce serait bien de porter un casque. J’ai vu des accidents qui n’étaient pas très beaux à voir au niveau de la tête.

L’Association internationale de surf (ISA), qui régularise la compétition olympique, n’entend pas imposer le port du casque lors des Jeux olympiques de Tokyo cet été. Le port du casque n'est pas obligatoire, et c'est une décision qui revient à chaque athlète, écrit l’ISA dans un courriel.

Une femme tient une planche de surf.
Le port du casque ne sera pas obligatoire lors des Jeux olympiques de Tokyo, cet été.Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Une occasion ratée, selon Florent Besson. J’aurais aimé voir de l’équipement de protection. Maintenant, en vélo, ils sont obligés de mettre un casque, pourquoi pas en surf?

Auparavant, le surf était une activité marginale, mais maintenant, avec son entrée aux Jeux olympiques, il devient de plus en plus grand public, explique Connor Kane-Devlin, employé d’une boutique de surf, à Tofino.

Avec l'ancienne génération, il y a beaucoup de protestations. Ils ne portent pas le casque par peur d’avoir l’air idiot ou faible. La jeune génération n'est pas effrayée ou intimidée par la culture.

La nouvelle génération voit le sport pour ce qu'il est : il y a beaucoup de danger, surtout dans le surf de haut niveau.

Une citation de :Connor Kane-Devlin, employé du magasin Surf Shop Tofino

Peter Devries, champion canadien de surf 2019, est debout sur sa planche en haut d'une vague qui se brise à Tofino.
Image : Peter Devries, champion canadien de surf 2019, est debout sur sa planche en haut d'une vague qui se brise à Tofino.
Photo: Peter Devries, champion canadien de surf 2019  Crédit: Radio-Canada / Evan Mitsui

Maîtriser les forces de l’océan

Contrairement à d’autres sports, le surf se pratique dans des conditions qui changent et évoluent de manière constante, explique Peter DeVries.

C'est ce qui le rend le sport excitant : on n’attrape jamais la même vague deux fois.

Une citation de :Peter DeVries, surfeur professionnel

C’est aussi ce qui rend le sport si dangereux : les forces de l’océan sont difficiles à maîtriser. À Tofino, on a affaire à d'énormes variations de marée par rapport à d'autres endroits dans le monde. C’est très important pour la sécurité de le comprendre.

Ian Masterson croit que le port du casque est important pour minimiser les risques, mais il ne doit pas remplacer la compréhension de la mer.

La connaissance est la plus grande arme contre le danger, prône le professeur de surf.

Ian Masterson en classe, montrant une carte sur un mur.
Ian Masterson, professeur de surf Photo : Jeff DePonte/University of Hawai'i News

Que ce soit le surf amateur ou le surf aux Jeux olympiques, il faut que cette activité reste liée à la culture dont elle est issue, qui est de créer une relation avec l'océan.

Nous avons les connaissances, les capacités et la technologie pour gagner un avantage dans un environnement parfois hostile, dit Ian Masterson. Or, tous ces outils ne font qu’appuyer la force, les compétences et le jugement du surfeur, selon lui.

C’est au surfeur qu’il revient de prendre les bonnes décisions.


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