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Image : Maya, Samuel et Jaden dans une mosaïque.

Maya, Samuel et Jaden sont transgenres. Leur parcours, celui de leur famille et les conseils d’une psychologue spécialiste de la transidentité nous aident à comprendre l’importance de l’identité de genre et le rôle crucial des parents dans le bien-être des enfants trans et non binaires.

Texte : Janique LeBlanc | Illustrations : Kristel Mallet

Est-ce que je peux être une fille, Maman?

La réponse à cette question a changé la vie de Maya. Sa mère vient de lui apprendre toute une nouvelle : la fillette rencontrée au parc est née dans le corps d’un garçon, mais elle est une fille dans son cœur.

— Ça se peut, ça, Maman? demande l’enfant de 5 ans.
— Oui ça se peut, répond sa mère.
— Est-ce que moi j’aurais le droit?
— Oui, tu aurais le droit.
— Est-ce que je peux être une fille, Maman?

Quand sa mère acquiesce, l’enfant saute de joie en criant : Je vais être une fille, je vais être fille!

Samuel a 11 ans quand il fait une recherche sur Internet pour tenter de comprendre le sentiment de mal-être qui l’habite. Pour ce jeune déclaré fille à la naissance, la découverte d’un mot est une révélation.

J’ai trouvé le mot ''transgenre'' et quand j’ai lu la description, j’ai juste compris que c’était moi, raconte Samuel, 17 ans.

Pour Jaden, tout s’éclaire soudainement lorsque sa mère lui demande s’il est bien dans son corps. C’était vraiment comme une lumière. Oui, c’est ça la réponse! C’est ça que je cherche depuis longtemps, explique le jeune homme trans de 26 ans.

Enfant, préadolescent ou adulte, ces trois personnes évoquent la joie, la compréhension soudaine et la lumière pour décrire ce moment crucial où tout s’explique : leur identité de genre ne concorde pas avec le sexe déclaré à leur naissance.

L’identité de genre, c'est quoi?

L’identité de genre désigne le sentiment profond d’être une femme, un homme, ni l’un ni l’autre (agenre) ou quelque part entre le masculin et le féminin (non binaire). L’identité de genre est fondamentalement différente de l’orientation sexuelle.

Un oeil entouré par une lunette recouverte par des cheveux longs.
Image : Un oeil entouré par une lunette recouverte par des cheveux longs.
Photo: Chapitre trois  Crédit: Radio-Canada / Kristel Mallet

Des signes dès la petite enfance

Les parents de Maya remarquent très tôt qu’elle s’intéresse peu aux objets communément considérés comme masculins. À 18 mois, l’enfant refuse de porter tout vêtement déjà vu sur son frère aîné. Dans les magasins, elle est plus attirée par les jouets de petites filles. Elle adore les robes, les barrettes, les bijoux et les paillettes.

Maya portant une robe rose et une couronne de fleurs.
Maya aime les robes et le rose.Photo : Gracieuseté/Lise Mazerolle

À trois ans, ses histoires commencent par moi, quand j’étais un bébé fille....

Sa mère sent que son enfant a un besoin qu’elle ne comprend pas. Elle consulte son médecin de famille, qui, en l’absence de services adaptés pour les jeunes enfants, l’adresse à un sexologue. Ce dernier lui recommande d'enseigner à son enfant ce qu’est un garçon.

Après cette rencontre, Isabelle serre l’étau du genre.

Tu es un garçon. Il faut que tu portes ça. Les garçons, c’est ça, dit-elle en lui laissant toutefois la liberté de mettre ses robes de princesse à la maison.

La Dre Françoise Susset reconnaît la pression sociale particulièrement forte sur les parents pour qu’ils élèvent de vrais garçons .

Dre Françoise Susset, psychologue spécialiste de la transidentité
Dre Françoise Susset, psychologue spécialiste de la transidentitéPhoto : Courtoisie

Cette psychologue spécialiste de la transidentité recommande plutôt aux parents de laisser leur enfant explorer. Je travaille avec les parents pour m’adresser à leurs peurs que quelque part ils vont faillir à leur devoir de parents s’ils laissent leur petit garçon jouer avec une poupée , explique la thérapeute.

Selon elle, peu importe l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de leur enfant, le fait de ne pas le laisser s'épanouir avec les choses qui l’intéresse ne va rien changer sauf le rendre malheureux ou malheureuse.

Avant son entrée à la maternelle, Isabelle avertit l’école que son enfant, qui ne s’appelle pas encore Maya, s’exprime plus au féminin. Coup de chance : sa future enseignante de maternelle est la mère d’un adolescent transgenre.

Samuel et Janice.
Samuel est le fils de Janice, enseignante de maternelle de Maya.Photo : Radio-Canada / René Godin

Un corps qui trahit

Cet adolescent, fils de l’enseignante de maternelle, c’est Samuel. Très jeune, cet enfant, déclaré fille à la naissance, porte des casquettes pour cacher ses cheveux longs, aime emprunter les vêtements de son frère et se dessiner une barbe.

À 11 ans, ses seins se développent et ses règles commencent. Le malaise que vit Samuel depuis des années s’intensifie. Découvrir qu'il est transgenre le soulage, mais il ne sait pas comment en parler avec sa mère. Il décide de la faire deviner par textos. Sa mère, Janice, lui pose plein de questions : T'aimes pas ton style? Tu veux couper tes cheveux? Il répond : Oui, mais c'est plus que ça. Finalement, elle lui demande s'il veut être un garçon et se crispe en sachant que la réponse sera oui.

À son retour à la maison, Janice dit ce qu’il faut à son enfant. Samuel ressent toutefois sa détresse et décide de ne rien demander de plus pour le moment. Ses parents n’agissent pas non plus.

Son père, Jean-Pierre, admet qu’au début, il avait l’impression que c’était une phase. Il se demande alors si l’enfant est trop sur les médias sociaux, s’il est influencé par ses amis, si c’est une tendance. Dans cette optique-là, c‘était de ne pas faire d’erreur, explique le père de Samuel.

L’inaction de ses parents pousse toutefois l’enfant à tenter de se conformer au sexe qui a été déclaré à sa naissance. Le préadolescent se met à porter du rose, garde ses cheveux longs et demande même à porter du maquillage, ce qui réjouit sa mère.

Se conformer fait plaisir à ses parents, mais pour Samuel, la tentative est dévastatrice. Sa souffrance est telle qu’il l’exprime en faisant de l’automutilation, en se coupant sur les bras. Je ne pouvais pas être moi-même. Ça me faisait tellement mal qu’il fallait que je le sente physiquement, se souvient Samuel.

Selon la Dre Susset, les études démontrent clairement que les parents constituent le soutien le plus important pour les enfants trans.

Je comprends que les parents soient déroutés, qu’ils se sentent marginalisés, isolés, mal compris. Souvent, ils sont la cible d'autres membres de la famille. Ils ont besoin de soutien, c’est indéniable, mais les parents ont aussi besoin de comprendre rapidement parce qu’on en perd. Il y a des jeunes qui se sont suicidés dans l’écart de temps que les parents ont mis à se mettre au diapason.

Une citation de :La Dre Françoise Susset, psychologue et thérapeute conjugale et familiale

Le temps passe et la santé de Samuel se dégrade. Pendant une semaine, il vomit toutes les nuits.

Quand j'ai essayé d'être une fille pour ma mère, c'est sorti physiquement. Je n'en pouvais plus.

Ses parents comprennent alors qu'ils doivent agir.

Questionnement et quête d’identité

Pour les personnes trans qui s’affirment à l’âge adulte, le chemin peut être long et parsemé d’embûches. Dès l’enfance, Jaden, déclaré fille à la naissance, n’aime pas trop les jouets de fille.

Sa mère raconte que, très jeune, l’enfant se donne le nom de Marc Boudreau, s’habille comme un garçon et joue toujours avec des garçons. Linda se souvient notamment d’un voyage en Floride où les gens qui ne connaissaient pas son enfant le prenaient pour un garçon.

À l’adolescence, son frère cadet hérite des tâches extérieures alors que Jaden doit faire des travaux ménagers. Ses amis garçons l'invitent moins à participer à leurs activités. Jaden ressent de plus en plus sa différence.

Jaden avec les cheveux en rose.
Jaden changeait souvent son apparence, mais aucun changement ne l’apaisait.Photo : Gracieuseté/Jaden Landry

À 13 ans, Jaden sort du placard et s’affirme en tant que lesbienne. Il veut constamment changer quelque chose dans son apparence, mais aucun changement ne l’apaise. Il souffre d’anxiété et a des idées suicidaires.

Selon la Dre Françoise Susset, l’adolescence est un réveil très difficile pour beaucoup de personnes trans et non binaires.

C'est le moment où le corps se développe et il trahit en quelque sorte l’identité de la personne, affirme la thérapeute.

La quête de Jaden se poursuit jusqu’à 23 ans. Il traverse alors une période particulièrement malheureuse. Il pleure constamment et sort à peine de sa chambre.

J’avais de la misère à me réveiller le matin. Je voyais pas le point, explique-t-il, le visage assombri par ces souvenirs douloureux.

Quand sa mère lui demande s’il est bien dans son corps, il comprend instantanément que son identité de genre est masculine.

J’étais beaucoup en détresse, et à c't'heure j’ai finalement un mot pour ça : la dysphorie. C’était ça, mais je comprenais pas que tout le monde ne vivait pas cet inconfort-là, explique le jeune homme.

La dysphorie de genre, c'est quoi?

La dysphorie de genre est un terme médical pour nommer l’inconfort voire la souffrance qui existe entre le genre déclaré à la naissance et le genre réel de la personne.

Un nez et un bouche.
Image : Un nez et un bouche.
Photo: Chapitre 1  Crédit: Radio-Canada / Kristel Mallet

Affirmer son identité réelle

Pour Maya, la transition se fait bien plus jeune. C’est une petite fille qui arrive, qui aime les licornes, le rose et qui, à ce moment-là, s'identifie encore comme garçon, se rappelle avec affection son enseignante de maternelle.

À la maison, Janice vit alors le début de la transition de son fils. Après avoir attendu par crainte qu’il ne se trompe, elle est devenue une alliée indéfectible de Samuel. Elle a beaucoup appris sur la transidentité et la diversité. Elle combat ses propres stéréotypes et travaille fort pour inculquer des valeurs d’ouverture à ses jeunes élèves.

Se souvenant de son désarroi devant la transidentité de son fils, Janice emmène les parents de Maya à une réunion de parents d’enfants trans de l’organisme UBU Sois toi-même Atlantique. Ce soir-là, l’enfant de 5 ans exprime clairement son identité de genre féminine.

Maya dessine sur un trottoir.
Maya aime bien dessiner et prendre des photos.Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Isabelle, qui se décrit comme une maman ours, agit immédiatement pour que son enfant puisse affirmer son identité réelle. Pierre, son mari, reconnaît qu'il a dû s'habituer à l'idée, mais il s'est vite adapté pour le bien-être de sa fille.

Je suis transgenre depuis l’âge de 5 ans. Avant j’étais un garçon pis maintenant, je suis une fille.

Une citation de :Maya, 9 ans

L’enfant choisit un prénom qu’elle aime et se laisse pousser les cheveux. Ses parents lui achètent les vêtements qu'elle préfère.

Samuel et Jean-Pierre au bord de l'eau.
Samuel et son père, Jean-PierrePhoto : Radio-Canada / René Godin

Résilience et affirmation

Pendant ce temps, Samuel chemine dans son identité masculine. Après l’automutilation et les malaises physiques, ses parents ont finalement compris son besoin de s’affirmer.

C’est là qu’on s’est dit : ‘’Ok, dorénavant, on va agir’’ parce qu’il y avait eu beaucoup d’inaction de notre part et c’est ça l’erreur qu’on a faite, admet son père, Jean-Pierre.

Les deux parents se laissent désormais guider par le rythme de leur adolescent. Janice va chercher de l’aide psychologique. Se sentant redevable à Samuel, elle agit rapidement pour trouver les ressources, peu nombreuses dans la région, qui guideront sa transition.

Juste trouver une place où il y avait quelqu’un qui comprenait ce que je vivais, parce que t’as l’impression que tu es toute seule au monde. Qu’est-ce que les autres vont dire? Comment tu commences à parler de ça avec les autres? Pour certaines personnes, c’est inconcevable. Il y a aussi toute la question du coming out à nos familles. Comment gérer ça?

Une citation de :Janice, mère de Samuel

L’adolescent de 13 ans et sa mère choisissent son nouveau prénom. Samuel s’achète un binder (gilet compressif pour aplatir la poitrine). Ses parents font les démarches pour consulter un psychologue et une endocrinologue.

Pour Samuel, le petit flacon de testostérone renferme la recette du bonheur.

Happiness in a bottle, répète-t-il.

L'hormone qui masculinise met fin aux menstruations. Avant ça, avec les périodes [menstruations, NDLR], ça n'allait pas avec moi, mais quand j’ai commencé à avoir la voix qui baissait, on dirait que c’était juste moi , raconte Samuel, rayonnant. Janice et Jean-Pierre deviennent les meilleurs alliés de leur adolescent. Ils paient sa chirurgie du torse et soutiennent pleinement Samuel dans son affirmation masculine.

Jaden.
Jaden a entamé sa transition à l’âge de 23 ans.Photo : Radio-Canada / René Godin

Besoin de ressources spécialisées

Depuis 2019, Jaden fête un deuxième anniversaire, celui de sa première injection de testostérone. Pour lui, le contenu du flacon est révolutionnaire. Sa transition, souhaitée, ne s’est toutefois pas faite sans heurts.

J’ai vécu une deuxième puberté avec des émotions très fortes, confie le jeune homme de 26 ans, qui a changé de prénom et modifié le sexe indiqué sur ses documents légaux.

Avec la testostérone, sa voix et son visage ont changé, mais l’obtention d’une chirurgie du torse est compliquée par la pandémie. Trois ans après sa transition, Jaden souffre de dysphorie sociale. En public, il se demande constamment si les gens savent qu’il est trans. Ce sentiment le pousse à surcompenser en adoptant des comportements masculins stéréotypés.

La Dre Françoise Susset explique cette souffrance par le manque de reconnaissance des personnes trans dans notre société, par la vision négative dans le public de leur réalité et par les réactions dommageables qu’elles subissent. La thérapeute déplore les nombreux reportages et publications qui remettent en question l’identité trans et non binaire.

On est au-delà du négatif, dénonce-t-elle, on a la remise en question de l’existence même des personnes trans et non binaires.

Jaden croit qu’il aurait pu découvrir son identité de genre masculine plus tôt s’il avait eu accès à des professionnels sensibilisés à la transidentité. Les soins médicaux dont il a besoin comme personne trans font aussi défaut.

Au Nouveau-Brunswick, c’est beaucoup plus difficile avec la Clinique 554 qui vient de fermer, regrette le jeune homme.

Cette clinique, située à Fredericton, fournissait des services médicaux aux personnes trans.

Jaden n’a donc plus d’endocrinologue pour surveiller sa prise d’hormones. Avec une réticence au départ, son médecin a accepté de se former pour faire les suivis. Quant aux services de santé mentale, il soutient que les intervenants ne sont pas tous ouverts d’esprit, même s’ils affirment le contraire.

La Clinique 554 à Fredericton.
La Clinique 554 à Fredericton.Photo : Radio-Canada

La Dre Françoise Susset est d’accord. Elle exhorte les professionnels à comprendre plutôt que de remettre en question les jeunes trans et non binaires. La psychologue est convaincue qu’on éviterait de la souffrance aux adolescents si les professionnels de la santé étaient formés pour aider les personnes trans en les soutenant dans leurs besoins de transition.

L’invisibilité de la transidentité pousse des professionnels à aller voir d’autres diagnostics [...] sans identifier la vraie problématique centrale, qui est la dysphorie non traitée, explique la Dre Susset.

Pour Jaden, la reconnaissance sociale de son identité masculine est essentielle. Un soir, un collègue remarque qu’ils sont tous des gars au travail. En relatant ce commentaire anodin, le visage de Jaden s’illumine. C’est insignifiant pour les autres, concède-t-il, mais pour moi, je me sentais à ma place, pas comme un imposteur.

Des yeux.
Image : Des yeux.
Photo: Chapitre deux  Crédit: Radio-Canada / Kristel Mallet

Un avenir plein d’espoir

Depuis sa transition, Jaden a trouvé l’amour avec Megan.

Cette relation est la plus heureuse qu’il ait jamais vécue. C’est grâce à sa blonde, dit-il, mais aussi parce qu’en s'affirmant comme homme, il est enfin honnête avec lui-même. Ses rêves sont modestes : vivre dans la forêt avec sa blonde et leur chien, travailler dans la nature, être heureux tout simplement, sans angoisse existentielle.

Jaden et Megan avec un chien.
Jaden a trouvé le bonheur avec Megan et leur chien Oakley.Photo : Gracieuseté/Jaden Landry

Sa mère, Linda, est ravie de constater que son fils a retrouvé son énergie et sa volonté d’être avec les autres.

Les parents de Samuel voient aussi que sa transition a changé sa vie. Complètement épanoui et heureux, s’exclame son père, qui le décrit comme le farceur faisant rire tout le monde lors des soupers de famille. Samuel réussit très bien à l’école, il a gardé son groupe d’amis et travaille à temps partiel, se réjouit Jean-Pierre.

Sa mère raconte que l’enfant triste et mal dans sa peau a cédé la place à un enfant épanoui et confiant. Très émotive, Janice parle de la récompense qui a suivi son deuil.

J’ai perdu ma fille, mais j’ai gagné un enfant heureux. Et la seule chose qui change, c’est sa coquille. Le reste, c’est encore l’enfant à qui j’ai donné naissance.

Une citation de :Janice, mère de Samuel

Samuel confirme qu’il est plus heureux et beaucoup plus confiant. Avant, j’étais pas confiant du tout. J’aimais pas me démarquer. Là, j’aime plus être dans le spotlight, j’aime parler aux gens , précise-t-il.

Samuel avec sa guitare.
Samuel est confiant et heureux. Il espère aider les autres en faisant part de son vécu.Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

L’adolescdent fait souvent des présentations aux élèves sur la transidentité. Il aime raconter son expérience et répond aisément à toutes leurs questions, même les plus intimes. Il espère ainsi changer les choses.

Même si c’est juste un jeune que je peux aider, ça vaut la peine, parce que j’ai aidé un jeune qui aurait pu être moi , dit-il avec espoir.

Quand on demande à Maya ce qu’être une fille lui apporte, elle répond spontanément : Ça m’apporte de la joie et de la fierté.

L’enfant de 9 ans est reconnaissante que les gens qui la connaissaient avant sa transition arrêtent de parler de son identité assignée à la naissance et tournent la page.

Sa mère souligne l’étincelle dans les yeux de sa fille. Dans les photos d’avant la transition, Isabelle voit la tristesse dans le regard de son enfant. Tu regardes des photos de Maya aujourd’hui, c’est une enfant épanouie, complètement. C’est le jour et la nuit, se réjouit-elle.

Maya et Sébastien qui dessinent à la craie sur le pavé d'un stationnement.
Maya s’épanouit avec l’appui de son frère Sébastien et de ses parents.Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Écouter, croire et s’éduquer

Ce que je dirais aux parents, c’est croyez votre enfant. Et au minimum, si vous n’êtes pas certains, certaines que vous devriez le croire, allez consulter des professionnels qui connaissent les enjeux pour la santé des jeunes trans. Ça va vous rassurer et vous aider à bien accompagner votre jeune.

La Dre Françoise Susset souligne l’importance des groupes de soutien pour les enfants trans et leurs parents. Des ressources locales et en ligne existent pour en créer.

Samuel espère qu’avec le temps et l’éducation, les mentalités évolueront. Il conseille aux parents de laisser leur enfant explorer et avancer à son rythme. Dire que c’est non, c’est pas productif. Ça va rien amener, affirme l’adolescent. L’enfant sait ce qu’il veut. Moi, j’aurais aimé avancer à mon propre rythme.

Jaden prône l’ouverture et l’écoute. Si quelqu’un vient te voir pour te dire que c’est ça qu’il vit, viens pas lui enlever le tapis sous les pieds. Écoute-le, laisse-le parler. Accepte que tu ne vas probablement pas le comprendre, mais éduque-toi. Cherche des ressources.

Isabelle, la maman ours, continue de protéger Maya. Elle lui souhaite de rester forte et résiliente malgré les tempêtes. Elle conseille aux parents d’écouter leurs enfants et de les laisser s’exprimer. Renseignez-vous. On perd rien à se renseigner. On apprend seulement, dit-elle avec philosophie.

Isabelle soutient avoir beaucoup appris sur elle-même grâce à Maya qui, depuis toute petite, sait qui elle est. Est-ce un défaut de savoir qui on est? Est-ce un problème? C’est juste fantastique de pouvoir savoir qui on est, juste comme ça alors pourquoi pas la laisser aller? conclut-elle avec espoir.

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